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Full text of "La question macédonienne au point de vue historique, ethnographique et statistique"

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La Question 
macédonienne 



au point de vue historique, ethnographique 

et statistique 



AVEC DEUX CARTES EN COULEURS 



PAR 



J. IVANOFF 



MEM5RE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES BULGARE 
PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE SOFIA 



PARIS 

En vente à la 

LIBRAIRIE J. GAMBER 

7, RUE DANTON (Vie) 
1920 



La Question 
macédonienne 



au point de vue historique, ethnographique 

et statistique 



AVEC DEUX CARTES EN COULEURS 



PAR 



J. IVANOFF 

MEM5RE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES BULGARE 
PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE SOFIA 



PARIS 

En vente è In 

LIBRAIRIE J. GAMBER 
7, RUE DANTON (VI») 

1920 



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Préface. 



Avant la guerre mondiale qui a pris fin, l'impérialisme 
politique et économique présidait seul aux destinées des 
Etats et de leurs peuples. Au cours de cette conflagration 
universelle, le principe des nationalités fut peu à peu 
respecté, pour triompher enfin des autres considérations 
d'ordre politique et économique. Ce principe qui avait 
débuté timidement, il y a plus d'un siècle, parla Révolution 
française, est devenu de nos jours le credo, la base fonda- 
mentale de la constitution des peuples en Etats ou de 
leurs groupements politiques. C'est en vertu de ce droit 
sacré de l'autodisposition des peuples que furent créés de 
nouveaux Etats et que furent affranchis de la tutelle 
étrangère les Danois du Schleswig-Holstein, les Tchèques, 
les Slovaques, les Croates, les Slovènes, les Serbes et les 
Roumains de l'Autriche-Hongrie, les Albanais, les Litu- 
aniens, les Géorgiens, les Arméniens, etc. 

Si, cependant le principe des nationalités n'a pas pu 
être appliqué partout et si certains pays ont dû rester sous 
la domination étrangère, la cause doit en être recherchée 
dans les constellations politiques, pendant la guerre. La 
Macédoine est un de ces pays infortunés, car les Bulgares, 
qui forment la majorité prépondérante de sa population 
n'ont pas eu le bonheur de voir poindre l'aube de jours 
meilleurs après une servitude cinq fois séculaire sous les 
Turcs et tant de luttes religieuses et politiques. En d'autres 
termes, la question macédonienne, source de tant de san- 



— IV 

glants conflits et des calamités qui se sont abattues sur 
les peuples balcaniques, a tenu en haleine la diplomatie 
européenne depuis un demi siècle. La question est restée 
ouverte. Sa solution équitable et humaine s'impose si 
l'on veut éviter de nouveaux conflits, inaugurer l'ère de 
paix tant désirée dans les Balkans, et contribuer à résoudre 
les problèmes mondiaux qui en dépendent. 

Désireux de contribuer à cette œuvre réparatrice et 
d'apaisement, nous livrons notre ouvrage à la publicité et 
le dédions à tous ceux dont le cœur et l'esprit sont émus 
des indicibles souffrances de l'humanité et qui consacrent 
leurs plus nobles facultés à inaugurer cette ère de liberté, 
de bonheur national et de prospérité sociale que les peuples 
profondément éprouvés appellent de tous leurs vœux. 

Les éclaircissements que ces pages apportent sur la 
question macédonienne sont le fruit des quinze années 
d'étude que l'auteur a consacrées à ce brûlant problème 1 ). 
Ils sont le résultat des multiples voyages qu'il a accomplis 
en Macédoine 2 ) pour y glaner des souvenirs historiques 
ou y surprendre sur le vif quelque détail ethnographique 
ou quelque touchante scène de mœurs, dans ces vallées 
macédoniennes où de nos jours encore les échos répètent 
l'appel suppliant des chrétiens du début de notre ère: 
« Passe en Macédoine et viens nous secourir I » 



*) Voir à ce sujet les études et les ouvrages du même auteur: La 
Macédoine du nord. Sofia 1906. — Antiquités bulgares en Macédoine. 
Sofia 1908. — Les dialectes bulgares de la Macédoine du nord. Sofia 
1909. — La capitale du tsar Samuel à Prespa. Sofia 1910. — La ba- 
taille de Bélassitsa en 1014. Sofia 1910. — Les diocèses de l'Archevêché 
d'Okhrida au commencement du XI e siècle. Sofia 1911. — Les rapports 
gréco-bulgares avant la lutte religieuse entre Grecs et Bulgares. Sofia 
1911. — Carte ethnographique de la Macédoine du sud représentant la 
répartition ethnique à la veille de la guerre des Balkans. Sofia 1913 (en 
français). — Les Bulgares en Macédoine. Sofia 1915, l re édition; 2 e édition 
en 1917. — St-Jean de Ryla et son couvent. Sofia 1917. — La Région 
de Cavalla. Berne 1918 (en français). — Bulgares et Grecs devant l'opi- 
nion publique suisse. Berne 1918 (en français). — Les Bulgares devant 
le Congrès de la paix. Berne 1919, 2° édition (en français), etc. 

■) Voir la carte n° 1. 



V 



Ce cri de détresse ne s'adresse plus au grand apôtre 
des Gentils mais à cette Société des Nations sur laquelle 
se fondent tous les espoirs des peuples qui attendent la 
délivrance. Puisse cet appel ne pas rester sans écho en 
haut lieu et contribuer à faire réaliser les aspirations légi- 
times de la population macédonienne. 




Table des matières. 



I. Les frontières de la Macédoine 1 

II. Les Grecs 15 

Les anciennes colonies grecques et la migration des Slaves . 15 

L'hellénisme pendant l'époque turque 20 

Statistique de la population grecque 36 

III. Les Bulgares 39 

Etablissement des Slaves en Macédoine 39 

Les Slaves de la Macédoine appartenaient à la branche orientale 

sud-slave 44 

Les Slaves macédoniens adoptent le nom politique et national 

de Bulgares 55 

Les Bulgares macédoniens au moyen âge. Luttes gréco-bulgares 60 

La domination serbe en Macédoine 69 

La domination turque 74 

La renaissance bulgare. Les champions macédoniens ... 78 

Eglises et écoles bulgares 88 

Luttes pour une Eglise nationale bulgare 97 

Luttes révolutionnaires 108 

L'émigration des Bulgares macédoniens 125 

Territoire macédonien peuplé de Bulgares. Nombre des Bulgares 138 

IV. Les Turcs 148 

V. Les minorités ethniques : Albanais, Kouiso-Valaques, Juifs, 

Tsiganes, etc 155 

VI. Tableaux statistiques de la population macédonienne 163 

VII. Les points de vue des peuples balkaniques sur la question 

macédonienne 188 

La thèse grecque 189 

La thèse serbe 209 

La thèse bulgare 231 

VIII. La question macédonienne devant la science .... 245 



Carte de la Macédoine. 
Carte ethnographique de la Macédoine. 



I. 
Les frontières de la Macédoine, 



Le berceau de l'ancien Etat macédonien se trouvait à 
l'ouest de Salonique, dans les vallées de la Bystritsa (Ha- 
liacmon) et du Kara-Azmak (Ludias) où s'élevèrent les capi- 
tales de là monarchie, Edesse (aujourd'hui Vodéna) et 
Pella, aujourd'hui en ruines près du village de Postol. Après 
une longue période légendaire, c'est au IV e siècle av. J.-C. 
que le nom de Macédoine entra dans le domaine de la réa- 
lité historique; c'est alors que le petit Etat de la tribu 
«macédonienne» développa sa puissance militaire et étendit 
ses limites. Il acquit une grande célébrité par les exploits de 
Philippe II et surtout par ceux de son fils Alexandre le 
Grand, dont les conquêtes le conduisirent en Egypte, en 
Perse et jusqu'à F Indus. En ce temps-là, la Macédoine, 
élargie par l'annexion de la Péonie, de l'Illyrie et d'une 
partie de la Thrace, comprenait les pays situés depuis 
l'Olympe jusqu'aux contreforts sud du Char (Scardus) et 
jusqu'au Ryla et le Rhodope. A l'est, sa frontière touchait 
la rivière de Nestos (aujourd'hui Mesta) tandis qu'à l'ouest 
elle s'arrêtait à la mer Adriatique. Mais, comme les régions 
annexées, telles la Péonie, l'Illyrie, les Agrianes, conser- 
vaient une certaine autonomie locale, tout en faisant partie 
intégrante de la monarchie macédonienne, elles étaient con- 
sidérées parfois comme hors des frontières de la Macé- 
doine proprement dite. De même, les tribus apparentées, 
celles des Péoniens, des Illyriens, des Mèdes, des Thraces, etc. 
reçurent à côté de leurs noms ethniques locaux, la dénomina- 



tion politique de l'Etat macédonien, celle de tribus « macé- 
doniennes ». 

Les géographes de l'antiquité ne sont guère d'accord 
sur la fixation des frontières de la Macédoine. Strabon, 
le père de la géographie, estime que la Macédoine était 
limitée au nord par les montagnes de Bertiscus, Scardus, 
Orbelus, Rhodope et Haemus 1 ). Quant à la frontière est, 
il la porte tantôt à Nestos, tantôt jusqu'à l'Hèbre (au- 
jourd'hui Maritsa); pour lui, la frontière sud touche à 
l'Olympe et celle de l'ouest à la mer Adriatique. Un autre 
géographe célèbre de l'antiquité, Claudius Ptolémée, tout 
en assignant le Char comme frontière septentrionale de 
la Macédoine, place la ville de Scupi (aujourd'hui Scopié) 
qui est au sud de cette montagne dans la Mésie supé- 
rieure. Par contre, il fait entrer la Thessalie dans la 
Macédoine 2 ). Dans ces conditions, il nous semble que Tite- 
Live avait peut-être raison de dire que les Macédoniens 
eux-mêmes ignoraient les frontières exactes de leur pays. 
(Quanta Macedonia esset . . . Macedones quoque igno- 
rabant) 3 ). 

A l'époque romaine et dans les premiers siècles de 
l'empire byzantin, la Macédoine faisait partie d'une nou- 
velle répartition administrative, mais en général elle con- 
tinuait à conserver par intermittence son nom traditionnel. 

Au moyen âge, après la grande migration des peuples 
et l'établissement des Slaves dans les Balkans, il se pro- 
duisit de grands changements politiques et administratifs. 
Les traditions de l'antiquité furent interrompues et le nom 
de Macédoine, presqu'oublié, ne se conserva que dans la 
littérature. 

C'est durant la longue domination des Turcs dans les 
Balkans que le nom de la Macédoine sort peu à peu de 
l'oubli médiéval pour reprendre enfin son sens réel de terme 



*) Livre VII, fragm. 10. 
») Geographia III, 9, 13. 
3 ) XLV, 30. 



géographique. Cependant, avec la réapparition du nom de 
la Macédoine, changent ses limites d'antan. Il faut noter 
que ce ne furent pas les Turcs qui contribuèrent à la 
résurrection des traditions de l'antiquité dans les Balkans. 
Au cours même de leur conquête de la péninsule, ils donnèrent 
le nom de Roumélie (Roum-ili, c'est-à-dire pays de Rome, 
des Romains) à toutes les provinces de la péninsule, la 
Bosnie et la Morée exceptées, et jamais ils ne se servirent 
du nom de « Macédoine » en politique et en littérature. 
Même pendant les dernières décades, le gouvernement 
turc manifestait une antipathie notoire pour le nom de 
Macédoine, ce dernier étant lié au mouvement révolution- 
naire des Bulgares macédoniens, dirigé contre l'Etat turc. 
La résurrection du nom de Macédoine à l'époque 
turque est due d'une part à la littérature historique et géo- 
graphique; d'autre part, elle est l'œuvre de la propre ini- 
tiative des peuples balkaniques. L'historien grec Chalkon- 
dylas qui, au XV e s., travailla dans l'Europe occidentale, y 
transporta les traditions du passé, et dans son ouvrage se 
rapportant aux événements du XIV e s., il se sert du nom 
de Macédoine qu'il comprend dans les limites fixées par 
Strabon et y englobe la région de Scopié 1 ). Les voya- 
geurs européens introduisent peu à peu le terme dans leurs 
journaux de voyage. Le Ragusain Petancius, dans son 
journal de voyage à travers les Balkans de 1502, fixe la 
limite septentrionale de la Macédoine au pont de Kadine- 
Most sur la Strouma supérieure, à 15 kilomètres à l'est de 
la ville de Kustendil 2 ). Le voyageur français Philippe 
Du Fresne-Cannaye (1573) range la ville de Scopié parmi 
les villes macédoniennes 3 ). Dans la grande géographie 



l ) De rébus turcicis. Ed. Bonnœ, II, 60. 

a ) Extraits de son itinéraire, publiés dans le Rad (travaux) de l'Aca- 
démie yougo-slave, Zagreb, vol. XLIX. Cf. lretchek, Revue périodique, 
vol. IV, p. 73 (en bulgare). 

3 ) Cf. Recueil de voyages et de documents pour servir à l'histoire de la 
Géographie. Paris 1879, vol. XVI, p. 223 à 224. 



— 4 — 

du Grec Mélétios, du XVII e s., la Macédoine s'étend depuis 
la mer Egée jusqu'à la Vitocha, y compris le bassin su- 
périeur de la Strouma. La ville de Scopié est située en 
Mésie, aux confins mêmes de la Macédoine 1 ), où entrent, 
d'autre part, les villes de Koumanovo, Palanka, Chtip, 
Kustendil, Doupnitsa, etc. 2 ). 

A la même époque, le nom de Macédoine apparaît avec 
une plus grande fréquence chez les écrivains des peuples 
balkaniques, Grecs, Bulgares, Serbes. C'est là un bel 
exemple des traditions littéraires et religieuses stimulant 
les peuples asservis à la recherche d'une meilleure des- 
tinée. Lorsque, au cours des XIV e et XV e s. les chrétiens 
des Balkans avaient perdu leur liberté politique et gémis- 
saient sous le joug de l'étranger hétérodoxe, ils oublièrent 
leurs dissensions et, sous l'égide de l'Eglise commune, unis 
par les liens de l'amitié chrétienne, ils se mirent à nourrir 
secrètement l'espoir d'un avenir meilleur. Et, pour donner 
une impulsion vigoureuse à cette unité d'esprit, il fallut 
chercher dans les traditions lointaines un stimulant panbal- 
kanique, car le récent passé n'offrait rien de pareil. Ils 
s'arrêtèrent à un nom célèbre de leur pays, sur le fameux 
conquérant que fut Alexandre le Grand, connu chez eux 
plutôt par la dénomination d'« Alexandre le Macédonien ». 
Dans les apocryphes grecs, Alexandre était le fils de 
Jupiter; les anciens Bulgares le vénéraient comme fils de 
leur dieu Péroun. Les gens lettrés de l'époque turque 
l'admiraient dans les chroniques et dans le Roman 
d'Alexandre; les gens simples et illettrés s'émerveillaient 
des exploits de leur compatriote, ce beau et jeune héros qui 
avait parcouru les pays les plus lointains luttant en vainqueur 
contre divers peuples et contre des êtres fabuleux, s'exposant 
à tous les périls qu'il brava, pour périr ensuite, jeune 
encore, sans avoir achevé une mission que le sort 



l ) MsÀerîou, rewy pacpia TzaXacd re xaî véa. 'Ev Bevezîa 1724, 
p. 414. 

a ) Ibidem, p. 394. 



— 5 — 

devait confier à un successeur inconnu qui comblera un 
jour le monde opprimé de liberté et de bienfaits. 

Sous l'influence de telles réminiscences populaires et 
légendes littéraires, la Macédoine, patrie du héros favori, 
apparaît de nouveau, cette fois élargie dans ses frontières, 
englobant presque toute la péninsule balkanique. Les 
écrivains sud-slaves rivalisent pour incorporer leur pays 
natal dans « la glorieuse contrée » qu'est la Macédoine, 
patrie de leur tsar vénéré. La région d'Andrinople en 
Thrace se trouve déjà en Macédoine; la grande bataille de 
Tchirmen, en 1371, entre Turcs et chrétiens, fut livrée non 
pas en Thrace, mais en « Macédoine »; Nicopol sur le Danube 
est une ville de Macédoine, etc. Ecrivains et imprimeurs de 
livres de Sofia, Kustendil, Samokov (en Bulgarie), Pod- 
goritsa (en Monténégro) se déclarent depuis le XVI e s. 
fièrement être natifs des régions macédoniennes. 

Vers la fin du XVIII e s. et pendant la première moitié 
du XIX e s., l'Eglise même de Constantinople permettra 
aux évêchés de ressusciter le nom de Macédoine dans leurs 
titres épiscopaux. Ainsi le métropolite de Monastir (Byto- 
lia) est appelé « Exarque de toute la Macédoine bulgare »; 
celui de Vélès sur le Vardar porte le titre supplémentaire 
«Exarque de la Macédoine »; celui de Stroumitsa, «Exarque 
de la Macédoine bulgare », etc. 

Cet ardent désir des Balkaniques de ressusciter le nom 
de Macédoine est stimulé par les publications des Européens 
sur la péninsule balkanique, surtout depuis le commence- 
ment du XIX e s. Nous ne citerons que les noms des explo- 
rateurs les plus en vue: Félix de Beaujour, Cousinéry, 
Pauqueville, Urquhart, Viquesnel, Boue, Grisebach, Gri- 
gorovitch, etc. Dans leurs études sur les Balkans, ils consi- 
dèrent la Macédoine comme une unité géographique. 

Tandis que le littoral égéen à été compris de tout 
temps comme la limite méridionale de la Macédoine, la 
frontière septentrionale a varié suivant les époques. C'est 
grâce aux recherches des savants susmentionnés qu'elle fut 



— 6 — 

fixée d'une manière plus naturelle, suivant la configuration 
du terrain. D'après Félix de Beaujour, consul de France à 
Salonique à la fin du XVIII e s., les bassins de la Strouma 
et du Vardar, au sud du Char et de la Vitocha, entrent 
dans la Macédoine septentrionale. Beaujour dit que la 
ville de Scopié est «la principale clef de la Macédoine » 1 ). 
Son contemporain Pauqueville, consul français auprès de 
Ali-Pacha, considère le Char, qu'il appelle mont de Priz- 
rend, comme frontière naturelle des trois races balkaniques : 
bulgare, serbe, albanaise : « Le mont de Prizrendi semble 
la limite naturelle de la Bulgarie, de la Serbie et de 1' II- 
lyrie » 2 ). Le naturaliste allemand Grisebach ne diffère 
pas de l'opinion des savants français en ce qui concerne la 
délimitation de la Macédoine du nord. Dans la moitié sep- 
tentrionale de ce pays (« die nôrdliche Hàlfte von Maze- 
donien »), il place les villes et les districts suivants : Scopié, 
Katchanik, Tétovo, Koumanovo, Kriva-Palanka,Kustendil 
Kratovo, Chtip, Kotchani, Melnik, Stroumitsa, Radovich, 
Kitchévo, Dèbre 3 ). Le savant français Ami Boue, qui de 
1836 à 1838 avait parcouru les pays balkaniques en tous 
sens, accompagné de quelques spécialistes, tel Viquesnel, 
publia le premier ouvrage d'ensemble sur la Turquie d'Eu- 
rope. Sous le nom de Macédoine, il comprend les provinces 
entre le Char et le Ryla au nord, le Char et le Gramos à 
l'ouest, la rivière Bystritsa et la mer Egée au sud, la Mesta 
à l'est 4 ). Le défilé de Katchanik dans le Char est appelé 
par lui «la porte de la Macédoine» 5 ). D'accord avec les 
auteurs précités, le Grec B. Nicolaidy fixait en 1859 «les 
limites naturelles» de la Macédoine comme suit: à l'est, 
la rivière de Mesta; au nord, les chaînes de montagnes 



x ) Voyage militaire dans l'empire ottoman. Paris 1829, p. 208. 

2 ) Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie pendant les années 
1798, 1800 et 1801. Paris 1805, vol. III, p. 241. 

3 ) Reise durch Rumelien und nach Brussa im Jalire 1839. Gôttingen 
1841, vol. II, p. 65 à 66. 

4 ) La Turquie d'Europe. Paris 1840, vol. I, p. 177 à 198. 
s ) Ibidem, vol. II, p. 339. 



Ryla et Char; à l'ouest, les monts Borax, Pétrina, Spyri- 
dion, etc.; au sud, les monts Cambouniens, l'Olympe et 
la mer Egée 1 ). Le savant grec M. G. Dimitsas rattachait 
en 1870 à la Macédoine ainsi délimitée et l'Illyrie, jusqu'à 
la mer Adriatique ; dans ce cas, il suit les frontières données 
par Strabon 2 ). 

Ainsi donc, grâce aux traditions indigènes et sous l'in- 
fluence des investigations des savants étrangers, le nom de 
Macédoine, après l'oubli médiéval, renaît peu à peu à la 
vie. En même temps, ses frontières, si diverses à travers les 
âges, sont fixées scientifiquement. Bientôt après, le nom de 
Macédoine acquiert le droit de cité non seulement dans la 
littérature et dans la presse en général, mais aussi dans la vie 
de la population macédonienne. Déjà en 1745, Ivan Dimi- 
trievitch Stalevsky, expatrié à Niéjine en Russie, s'inscri- 
vait dans les registres de cette ville comme « Bulgare, de la 
province de Macédoine, de la ville de Scopié » 3 ). L'historien 
Païssi, des environs sud-ouest du Ryla, emploie en 1762 le 
nom classique de sa patrie 4 ), et dans les retouches de son 
ouvrage du début du XIX e s., parmi les villes de la Macé- 
doine sont rangées entre autres : Scopié, Vélès, Koumanovo, 
Kratovo, Serrés, Vodéna, Enidjé-Vardar, Katranitsa 5 ). Sur 
un encadrement d'icône en argent, donné comme cadeau en 
1822 par des commerçants macédoniens au couvent Zo- 
graphe au Mont Athos, on lit, sur la dédicace, que les do- 
nateurs sont des «Slavo-Bulgares macédoniens» 6 ). En 1849, 



1 ) Les Turcs et la Turquie contemporaine. Paris 1859, vol. I, p. 17. 

2 ) 'Apyaia yscjfpacpca ttjç Maxedovîaç. Mépoç Tipœzov : Xcopo- 
rpa<pia. 'AOrjvrjoc 1870, p. 8. 

3 ) Travaux du Congrès archéologique de Kharkov en 1902. Moscou 
1905, vol. II, p. 225 (en russe). 

*) Païssi, Histoire slavo-bulgare. Découverte et publiée par J. Ivanoff. 
Sofia 1914, p. 13 (en bulgare). 

6 ) J. Ivanoff, Les Bulgares en Macédoine. Sofia 1917, p. 203 (en bul- 
gare). 

6 ) J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine. Sofia 1908, p. 209 (en 
bulgare). 



— 8 — 

dans une requête adressée à Al. Exarque, les habitants de 
Gostivar, département de Scopié, se déclarent de la province 
de Macédoine 1 ). Le folkloriste D. Miladinoff, de Strouga* 
sur le lac d'Okhrida, dans une lettre de 1852, adressée au 
célèbre slaviste russe V. Grigorovitch, donne à sa patrie le 
nom de Macédoine 2 ). L'écrivain bulgare Parthéni, dans une 
de ses études sur les dialectes bulgares, en 1858, se sert du 
même nom pour désigner son pays, Galitchnik, dans la Macé- 
doine occidentale 3 ). Le poète bulgare R. Jinzifoff, de Vê- 
les, sur le Vardar, qui le premier chanta depuis 1861, les 
souffrances de sa patrie, l'appelle «la Macédoine» 4 ). Un 
journal bien rédigé, qui paraissait à Constantinople, depuis 
1866 en langues bulgare et grecque, portait le titre de «Macé- 
doine ». Sur le drapeau des insurgés de la région de Malé- 
chévo (Macédoine), en 1876, figurait le même nom. Nous 
passons sous silence le très fréquent emploi de ce nom dans 
les actes de nature différente, dans la presse, dans la vie 
politique pendant les dernières décades de notre époque. 
C'est un fait suffisamment connu pour qu'il soit superflu 
d'insister. 

Les susdites frontières de la Macédoine, fixées par la 
science du XIX e s., sont avant tout géographiques, mor- 
phologiques. La Macédoine est un pays montagneux par 
excellence, coupé de profondes vallées qui s'élargissent 
parfois en des bassins et des campagnes plus ou moins on- 
dulées. Les massifs de montagnes les plus élevés de la pé- 
ninsule balkanique entourent la Macédoine et forment ses 
limites naturelles: le Ryla (2934 m.), la Vitocha (2285 m.), 
l'Ossogovo (2228 m.), le Char (2510 m.), le Pinde (2575 m)., 
l'Olympe (2985 m.), le Rhodope (2640 m.). La Macédoine 
ainsi délimitée s'incline au sud-est vers la mer Egée où 
quatre rivières macédoniennes: la Mesta, la Strouma, le 



J ) Archives du Musée ethnographique de Sofia, document n° 5080. 

2 ) J. Ivanoff, Les Bulgares en Macédoine, p. 269. 

3 ) Ibidem, p. 282. 
*) Ibidem, p. 296. 



— 9 — 

Vardar et la Bystritsa déversent leurs eaux. Dans la même 
mer, se déversent aussi les lacs et les marais du pays, ceux 
de Pravichta, de Zirnovo, de Tachynos, de Boutkovo, de 
Doïran, de Lagadina, de Bechik, d'Ardjan, d'Amatovo, 
d'Enidjé-Vardar, d'Ostrovo, de Pétersko, de Castoria, de 
Katlanovo près Scopié, etc. Les eaux du lac de Prespa se 
perdent dans des gouffres souterrains, et le lac d'Okhrida 
seul verse ses eaux par le Drin dans la mer Adriatique. 

A cet ensemble géographique de la Macédoine corres- 
pond une unité économique bien définie. Depuis les temps 
les plus reculés, le golfe de Salonique a été le débouché 
principal, sinon unique, du commerce de cette vaste pro- 
vince. La ville de Cavalla qui n'est pas encore reliée par 
chemin de fer à son arrière-pays, d'ailleurs peu étendu, ne 
pourrait guère jouer le rôle d'un port comme Salonique, que 
la nature elle-même a favorisé. Ce n'est pas en vain que les 
anciens saluaient la ville de Salonique comme « mère de la 
Macédoine ». 

Donc, si l'on voulait tracer la frontière de la Macédoine 
suivant la ligne de partage des eaux, elle devrait passer, en 
commençant par le Ryla, par le Moussallah, le défilé de 
Beltchine, la Véryla, la Vitocha, le Luline, le Visker, le 
Stréchère, la Patéritsa, la Bélianitsa, le Rouène (de Kou- 
manovo), la station de Préchovo, la crête de la Forêt-Noire 
près Scopié, Férizovo, la Nérodimska-Planina, la crête de 
Tsernolévo vers le sud, le Prévalets, la crête du Char et de 
la Roudoka, la Bystra, la Yama, le Stog, le Slivovsky- 
Préval, le Pétrino, la Galitchista, la Zvezda, le Gramos, le 
Pinde, la ligne de partage des eaux de la Bystritsa, l'O- 
lympe, le littoral égéen, l'embouchure de la Mesta jusqu'à 
la station d'Oktchilar, le Rouyan-Planina, le Kouchlar- 
Dag, le Dospat, les Dospatsky-Hanové, le Belmekène, le 
Ryla. 

Pour des raisons politiques, économiques ou culturelles, 
certaine confins de cette Macédoine géographique ont dû 
subir quelques modifications. Tel fut le cas pour le district 



— 10- 
de Kustendil, comprenant le bassin supérieur de la Strouma. 
Lors de la constitution de la principauté de Bulgarie en 
1878, ce district lui fut annexé. Depuis ce temps, la fron- 
tière septentrionale de la Macédoine est restée la ligne 
Ryla — Ossogovo au lieu de Ryla — Vitocha — Ossogovo. 
Quant à la région d'Okhrida et du Haut Dèbre, quoique 
appartenant géographiquement au bassin du Drin, elle a 
été depuis longtemps considérée comme faisant partie de 
la Macédoine. Les raisons d'ordre économique et ethno- 
graphique décidaient. C'est la crête de la montagne, à 
l'ouest d'Okhrida, qui constitue la limite des deux races, 
bulgare et albanaise; elle sert également de limite principale 
entre les agglomérations chrétiennes et musulmanes. De 
plus, le manque de communications avec l'Albanie, peu 
accessible, et les relations économiques d'Okhrida et Dèbre 
avec le grand centre de commerce intérieur qu'est Monastir, 
ont dicté de tout temps le rattachement de ces confins 
à la Macédoine. 

De nos jours, c'est dans ces limites notamment qu'est 
comprise la Macédoine par les hommes d'Etat, publicistes 
et par tous les savants qui se sont occupés des questions 
balkaniques, tels: C. Iretchek, Louis Léger, V. Bérard, 
Léon Lamouche, G. Weigand, P. Milukoff, N. P. Konda- 
koff, Arthur Evans, Lubor Niederle, T. D. Florinsky, R. von 
Mach, A. Jensen, etc. Parmi les peuples balkaniques, les 
Bulgares et les Roumains ont admis ces mêmes limites 
naturelles de la Macédoine, soit dans les travaux de leurs 
savants et publicistes, soit dans la terminologie politique et 
dans les dénominations des subdivisions des provinces bal- 
kaniques. Les populations macédoniennes elles-mêmes, les 
Turcs exceptés, désignaient du même nom de Macédoine 
le pays qu'ils habitaient. 

La Turquie, comme nous l'avons vu, ne voulait rien 
savoir du terme de Macédoine et se servait toujours du nom 
de «vilayets de Roumélie» pour désigner un pays que tout le 
monde nommait « Macédoine ». Ce dernier nom ne plaisait 



— 11 — 

pas non plus à certains milieux serbes. Depuis qu'en Serbie 
commença à mûrir la pensée d'un héritage de l'empire de 
l'Homme malade, dans la presse et surtout sur les cartes 
géographiques et ethnographiques serbes, la Macédoine 
devint de plus en plus exiguë et toute sa moitié nord 
reçut le nom de Vieille Serbie, appellation qu'on donne 
depuis un siècle à la région en dehors de la Macédoine, 
notamment à la plaine de Kossovo et à laMétohie 1 ). La 
science serbe fut entraînée aussi dans cette campagne poli- 
tique. Yovan Tsviitch, professeur de géographie à l'Uni- 
versité de Belgrade, déclara en 1903 que c'est une erreur 
de compter dans la Macédoine la région de Scopié et de 
Tétovo qui n'a « jamais été comprise dans la Macédoine ». 
Cependant les citations ci-dessus sont suffisantes pour dé- 
montrer la hardiesse d'une pareille assertion. Toujours au 
service des exigences politiques, le même auteur dressa 
en 1907 une carte 2 ) sur laquelle la Vieille Serbie est 
augmentée de quelques localités, encore aux dépens de la 
Macédoine. Outre Scopié et Tétovo, toute la contrée 
jusqu'aux montagnes de Platchkovitsa, Babouna et Paba 
est incorporée à la Vieille Serbie. En 1905, un autre pro- 
fesseur serbe, M. J. Andonovitch, poussa la Vieille Serbie 
jusqu'à la montagne de Bélassitsa et jusqu'au lac d'Ostrovo, 
ne laissant à la Macédoine qu'une bande de terre dans le 
sud 3 ). En 1908, un autre Serbe, P. M. Nikétitch, fit dis- 
paraître complètement de sa carte le nom de Macédoine 
pour étendre la Vieille Serbie jusqu'à Salonique 4 ). Ces dé- 
formations géographiques destinées à instruire les jeunes 



1 ) Le célèbre ethnographe serbe, Vouk Karadjitch, considérait le Char 
comme frontière nord de la Macédoine et la ville de Scopié comme ville 
macédonienne. Cf. son dictionnaire classique, s. v. Scoplié. 

2 ) Remarques sur l'ethnographie de la Macédoine, par J.C vijié, 2 e édition 
augmentée d'une carte de la Vieille Serbie. Paris 1907. 

3 ) Carte ethnographique serbe avec les limites méridionales de la Vieille 
Serbie et celles de la Serbie du tsar Douchan. Belgrade 1905. 

*) Carte des terres serbes. Belgrade 1908 (en serbe). 



— 12 — 

Serbes et à éclairer l'opinion publique en Serbie et à l'é- 
tranger, eurent quelque succès. Certains publicistes, voire 
même quelques cartographes étrangers, peu au courant des 
vérités sur les Balkans, adoptèrent le nom de Vieille Serbie 
pour une partie de la Macédoine septentrionale. Mais la 
vérité ne peut être cachée et éclate toujours. Ce même 
Y. Tsviitch a dû modifier ses affirmations de naguère. 
Dans son étude récente « Questions balkaniques » (Paris- 
Neuchâtel 1918, p. 40), la Macédoine a regagné ses fron- 
tières septentrionales du Ryla et de l'Ossogovo! 

Les Grecs non plus ne veulent pas admettre les fron- 
tières naturelles susindiquées de la Macédoine. Conformé- 
ment à leurs aspirations politiques, ils n'assignent à la Macé- 
doine que ses régions méridionales où l'élément grec est 
plus ou moins représenté. Ainsi, sur la carte de Chassiotis 
de 1881, la Macédoine ne comprend que les vilayets de 
Salonique et de Monastir, quelques districts nord de ces 
mêmes vilayets exceptés, tels ceux de Dèbre, Kitchévo, 
Djoumaïa, Razlog 1 ). Le même point de vue est défendu 
dans le mémoire et la carte du syllogne macédonien 
d'Athènes de 1903. Il ne fait entrer dans la Macédoine 
que les vilayets de Salonique et de Monastir et ceux-ci 
amoindris par le retranchement de leurs districts septen- 
trionaux 2 ). 

N. Kasasis, recteur de l'Université d'Athènes et prési- 
dent de la société « Hellénismos » a le mieux illustré la ma- 
nière grecque de tracer les frontières de la Macédoine: « Où 
commence la Macédoine, » écrivait-il, « où finit-elle ? Ques- 
tion qu'on a intentionnellement embrouillée, en divisant la 
Macédoine de la façon la plus arbitraire. On en recule, on 
en restreint les frontières, au gré des intérêts que l'on dé- 
fend » Et plus bas : « Mais nous revendiquons comme 



2 ) G. Chassiotis, L'instruction publique chez les Grecs. Paris 1881. 

a ) 7/ Maxedovia xal aï jUETappudfiyaeeç. c Ï7rôjui<iç/ia roû èv 
\46fjvacç Maxeoovcxou Z'Môyou. Adrjvqat 1903. 



— 13 — 

grecs les vilayets de Salonique et de Monastir qui consti- 
tuent la vraie Macédoine 1 ). » 

Ne font exception à ce point de vue et les toutes der- 
nières publications grecques sur la Macédoine, celles de 
Chalkiopoulos 2 ), de S.-P. Phocas Cosmétotos 3 ), de Colo- 
cotronis 4 ), etc. Colocotronis limite la Macédoine au nord 
par la Babouna, l'Ograjden, le Pirin, à l'est par la Mesta 
inférieure, au sud par l'Egée, l'Olympe et le Pinde, et 
enfin à l'ouest par une ligne allant depuis le Mont Touria, 
Pétrino jusqu'au Pinde. 

Dans les limites naturelles ci-haut indiquées (p. 9 à 10) la 
Macédoine a une superficie d'environ 65 000 kilomètres 
carrés. Depuis cinq siècles, jusqu'en 1912, elle faisait partie 
des territoires de l'empire ottoman. Administrativement, elle 
était divisée en trois vilayets (gouvernements) : les vilayets 
de Salonique, de Monastir (Bytolia) et de Scopié. Les vila- 
yets étaient divisés de leur côté en sandjaks (départements) 
et ceux-ci en cazas (districts). Ces trois vilayets compre- 
naient outre la Macédoine géographique tout entière, 
la région dite Vieille Serbie (avec les villes de Prich- 
tina, Prizrend, Ipek, Diakovo, Novi-Pazar, Mitrovitsa, 
Pliévlié, etc.), les départements d'Elbassan et de Kortcha 
en Albanie, ainsi que certains cazas de la Thessalie. Après 
la deuxième guerre balkanique et aux termes de la paix de 
Bucarest (1913), la Macédoine fut partagée entre la Serbie, 
la Grèce et la Bulgarie. A la Serbie échut la partie septen- 
trionale, à la Grèce la partie méridionale. La Bulgarie 
reçut un petit coin montagneux du nord-est. La paix de 
Neuilly, enfin (1919), détacha encore une portion de la 



*) JV. Kasasis, L'Hellénisme et la Macédoine. Paris 1903, p. 56 etsuiv. 

2 ) H. Maxedovca. 'EdvoÀoycxrj orarcavcx^ rœv ftdasriwv dsoaa- 
Xovixrjç xal Movaarrjpioo. Publiée dans le journal <.CAdriVa.iv, numéros 
de mars (23) et d'avril 1913. 

3 ) La Macédoine, son passé et son présent. Lausanne-Paris 1919. 

*) La Macédoine et l'hellénisme. Paris 1919, p. 23 et suiv., 607 et suiv., 
planches I, XXII. 



— 14 — 

Macédoine bulgare (le district de Stroumitsa) pour l'attri- 
buer à la Serbie. 

La Macédoine géographique avait en 1912 une popula- 
tion de 2,342,524 personnes, dont: 1,103,111 Bulgares, 
548,225 Turcs, 267,862 Grecs, 194,195 Albanais, 79,401 
Koutso-Valaques, 43,370 Tsiganes et 106,360 de nationalités 
diverses. 

Les deux guerres balkaniques, de 1912 et 1913, ainsi 
que la guerre mondiale de 1914 à 1918, dont la Macédoine 
a été un des théâtres, ont amené des changements considé- 
rables quant au nombre et à la composition ethnique de la 
population macédonienne. 



II. 
Les Grecs. 



Les anciennes colonies grecques et la migration 

des Slaves. 

Les plus anciens habitants connus de la Macédoine 
appartenaient à la race thraco-illyrienne : les Thraces oc- 
cupaient la Macédoine orientale, les Péoniens tenaient le 
centre et les Illyriens habitaient les régions occidentales. Une 
tribu apparentée, celle des Macédoniens, occupait le coin 
sud-ouest et grâce à son puissant Etat, surtout au IV e s. 
av. J.-C, elle imposa son nom aux autres tribus annexées 
du nord-est, notamment aux Péoniens, aux Illyriens, aux 
Agrianes et aux Mèdes. 

Au VII e s. av. J.-C. apparaissent les premières colonies 
grecques dans la Macédoine méridionale. Les guerres civiles 
à Athènes et à Sparte entraînèrent une expansion colo- 
niale. Les partis vaincus furent obligés de s'expatrier. C'est 
à cette époque que la presqu'île de Chalcidique, au sud-est 
de Salonique, fut colonisée par les Grecs. Ils y fondèrent 
quelques villes dont les plus importantes étaient : Olynthe, 
Potidée, Mendé, Scione, Torone, Singos, Acanthe, Argilos. 
Plus tard, au V e s. av. J.-C, apparurent d'autres colonies 
sur le littoral égéen, dans le golfe strymonien et sur la côte 
de Cavalla. En 437, Athènes fonda la colonie florissante 
d'Amphipolis, aux bouches du Strymon. A l'est d'Amphi- 
polis surgissent Apollonia, Daton près d'Eleuthéra, et Néa- 
polis sur l'emplacement de Cavalla. Outre les villes du 



— 16 — 

littoral, les Grecs fondèrent aussi la colonie du Pangée, à 
25 kilomètres de la côte. Cette colonie intérieure s'était 
établie autour du Mont Pangée, où se trouvaient les célè- 
bres mines d'or. Voulant s'assurer la possession de cet 
eldorado de l'antiquité, les Grecs essayèrent de s'infiltrer 
vers le nord, dans la direction de Drabescus (aujourd'hui 
Drama), mais une cruelle défaite leur fut infligée par les 
Thraces, et ils furent obligés d'arrêter leur avance. 

Depuis le IV e s., avec l'expansion de la monarchie 
macédonienne, l'hellénisme fit de nouvelles conquêtes sur 
le littoral et dans l'intérieur avoisinant de la Macédoine. 
Les rois et la noblesse macédoniens, ayant adopté la langue, 
la manière de vivre et les dieux des Grecs, se firent les 
propagateurs fervents de la civilisation hellénique dans 
leur patrie et dans les contrées du monde antique où 
ils portèrent leurs conquêtes. Ce furent surtout les villes 
macédoniennes qui portaient une forte empreinte de la civi- 
lisation hellénique. Telles furent les deux capitales macédo- 
niennes postérieures, Pella et Philippi, puis la ville de 
Salonique (bâtie par Cassandre et portant le nom de sa 
femme Thessalonique, fille de Philippe), Verria, Serrés, etc. 
Quant à la campagne, elle resta plutôt barbare dans sa 
langue, sa vie privée et publique. La bataille de Pydna (168 
av. J.-C.) mit fin à la célèbre monarchie: la Macédoine 
devint province romaine. 

La domination romaine sur la Macédoine fut de très 
longue durée; la romanisation d'une grande partie de la 
population macédonienne en fut la conséquence. La 
Macédoine méridionale gardait cependant toujours l'em- 
preinte de l'hellénisme. La romanisation et l'hellénisation 
du pays se poursuivirent surtout par l'introduction du 
christianisme qui y fit apparition dès le 1 er siècle. Philippi, 
Salonique, Verria furent les premières initiées à la nouvelle 
religion par l'apôtre Paul en personne. 

Cependant, les invasions des peuples du nord, dès le 
IV e s., et la migration des Slaves au VI e s. changèrent com- 



— 17 — 

plètement la physionomie ethnique et culturelle de la Macé- 
doine et de la péninsule balkanique. Le contemporain de 
ces événements, Procope, termine son récit relatif à ces 
agressions multiples, qui ont décimé la population indigène 
dès le deuxième quart du VI e s., en ces termes: «A peine 
l'empereur Justinien I er avait-il pris les rênes du gouverne- 
ment, que l'Illyrie, toute la Thrace, le pays entier baigné 
par la mer Ionienne jusqu'aux faubourgs de Constantinople, 
l'Hellade, la Chersonèse, étaient presque tous les ans la 
proie de bandes de pillards : Huns, Slaves, An tes, etc. Les 
habitants de ces provinces eurent à supporter les pires 
excès. J'estime qu'à chacune de des incursions dévasta- 
trices, plus de 200,000 Romains étaient tués ou emmenés 
en captivité, si bien que ces régions devinrent bientôt 
pareilles aux déserts de la Scythie » 1 ). Au cours des VI e et 
VII e s., toute la Macédoine, la ville de Salonique exceptée, 
la Thessalie, la Thrace, la Morée même étaient inondées de 
la marée slave. Les Slaves y restaient en vrais habitants du 
pays. L'écrivain grec, l'archevêque Théophylacte, parlant 
de cet établissement des Slaves ajoute: « Quand ce peuple 
(il s'agit des Avares) se retira, un autre, plus déloyal et cruel, 
fit son apparition, les ainsi nommés Bulgares (Slaves) 
venant des confins de la Scythie ... Et comme ils vainqui- 
rent toute l'Illyrie, l'ancienne Macédoine jusqu'à la ville 
même de Salonique, une partie de la Thrace, notamment 
près de Verria et Philippopoli, et les régions montagneuses 
adjacentes avoisinantes, ils s'y établirent en vrais citoyens. 
Ils dispersèrent toute la population: les habitants des 
villes sises dans les plaines furent obligés de s'établir dans 
les villes situées dans les endroits plus hauts et vice- versa » 2 ). 
De plus, tout le pays changea de nom et reçut une topo- 
nymie slave. L'empereur Constantin Porphyrogénète s'en 
plaignait en disant: «Tout le pays a été slavisé et devenu 



a ) Historia Arcana. Ed. Bonnae, p. 108. 

2 ) Migne, Patrologia grœca, t. CXXVII, col. 189. 



— 18 — 

barbare » x ). L'hellénisme implanté depuis des siècles en 
Macédoine se vit presque complètement déraciné. 

Jusqu'au IX e s., les Slaves établis en Macédoine vi- 
vaient groupés en petits Etats à la tête desquels se trou- 
vaient les princes du clan. Ceux qui habitaient les alentours 
immédiats de Salonique, tout en conservant leur indépen- 
dance intérieure, étaient soumis à Salonique ou étaient con- 
sidérés comme ses alliés. Les autres tribus restèrent indé- 
pendantes et toujours en guerre avec Byzance, qui réussis- 
sait pour de courtes périodes à les soumettre à sa supré- 
matie. En 658, l'empereur Constant II entreprit une expé- 
dition contre eux; en 688, ce fut Justinien II, et en 758, 
l'empereur Constantin V Copronyme. En 809, Nicéphore I, 
pour paralyser les tentatives des Slaves, fit habiter par des 
Grecs et par d'autres peuples de l'Asie Mineure les parties 
de la « Terre slave » n'offrant plus de sécurité, notamment 
la vallée de la Strouma, Philippi près de Drama, Philippo- 
poli, etc. Mais dès que les Bulgares de Kroum, avec lesquels 
les Slaves sympathisaient, s'annoncèrent dans ces parages, 
les colons grecs prirent la fuite 2 ). Vers le milieu du IX e s. 
presque tous les Slaves macédoniens faisaient partie du 
royaume bulgare. Dès lors, ils adoptèrent la dénomination 
de l'Etat comme nom national (Bulgare). 

L'époque slavo-bulgare de la Macédoine dura cinq 
siècles, c'est-à-dire depuis l'installation des Slaves dans le 
pays jusqu'à la fin du premier royaume bulgare, soit en 
1018. En cette année, la Macédoine tomba sous la domina- 
tion byzantine pour une période de 180 ans. Le joug byzan- 
tin ne changea en rien la physionomie ethnique de la Macé- 
doine bulgare. Les multiples insurrections bulgares, les con- 
jurations à Constantinople, les incursions des Pétchénègues 
et des Normands, les expéditions contre les Turcs, le pas- 
sage des croisés, etc. avaient affaibli Byzance à un tel point 



*) De thematibus, lib. II, 6. 

*) Theophan.es, Chronographia. Ed. De Boor, p. 486, 496. 



— 19 — 

qu'elle fut hors d'état de renforcer l'hellénisme en Macé- 
doine. 

La résurrection de l'Etat bulgare en Macédoine vers la 
fin du XII e s. eut des conséquences encore plus négatives 
pour l'élément grec en Macédoine. Sous le tsar bulgare 
Kaloïan (1197 — 1207), une grande partie de la Macédoine 
fut incorporée à l'Etat bulgare. Constantinople tomba 
entre les mains des Latins et Salonique devint la capitale 
du royaume de Boniface de Montf errât. Sous Assen II 
(1218 — 1241), après la bataille de Klokotnitsa, Salonique 
tomba sous la souveraineté bulgare. 

C'est vers le milieu du XIII e s. seulement que l'élément 
grec de la Macédoine du sud put s'affirmer et même se ren- 
forcer. L'empire latin de Constantinople est à sa fin. En 
1261 le second empire grec de Constantinople est ressus- 
cité. Quelques années avant, la Macédoine tomba au pouvoir 
des Grecs. La population grecque étant bien diminuée 
dans cette province, les empereurs y envoyèrent de fortes 
garnisons dans les forteresses et colonisèrent certaines loca- 
lités par des Grecs. Ainsi la petite ville de Melnik qui au 
XI e s. était encore peuplée de Bulgares 1 ), possédait une 
colonie grecque. Ses habitants se vantaient en 1246 d'être 
des Grecs purs, venus de Philippopoli 2 ). Les murs de Serrés 
furent restaurés et les villages avoisinants reçurent des 
colons grecs pour assurer la possession de la ville exposée 
toujours à l'envahissement de la population rurale bulgare. 
Cette colonie grecque a su se maintenir jusqu'à nos jours, 
répartie dans cinq villages qui portent cependant des noms 
bulgares et turcs: Veznik, Dovichta, Topoliani, Soubach- 
Keuy, Sarmoussakly. Ces Grecs sont connus sous le nom 
de « Darnakides », du nom «dari» pour « tora » (maintenant) 



J ) Cedrenus. Ed. Bonnse, II, p. 460. 

2 ) ^Hfielç ai Ttdvreç ix (PdŒTzoùnoXeœç bpficbfieda, xadapol zb 
yévoç ^Pœfiatoc. G. Acropolita. Ed. Bonnse, p. 82. Cette assertion est à 
moitié vraie, parce que dix ans plus tard, en 1255, à Melnik, éclata une 
insurrection bulgare sous la conduite du voïvode Dragota. 



— 20 — 

qu'ils ont coutume d'employer. L'ancienne colonie grecque 
du Pangée se vit ainsi renforcée par le voisinage de nou- 
veaux conationaux. Sous le Paléologues, au XIII e et au 
XIV e s., on restaura les murs et les tours de Salonique, ainsi 
que toute la citadelle. On y bâtit de nouvelles églises et on 
restaura les anciennes. 



L'hellénisme pendant l'époque turque. 

La conquête turque de la Macédoine commença en 
1371. Salonique tomba la dernière, en 1430, grâce à la 
trahison des moines grecs. La domination turque, longue 
de cinq siècles, ne prit fin qu'en 1912. 

Les Turcs modifièrent totalement l'aspect ethnogra- 
phique des villes et des points stratégiques. C'est pour cela 
que la population grecque, qui s'était entassée dans les 
villes, eut beaucoup à souffrir. Une partie des bourgeois fut 
emmenée en captivité, une autre fut obligée d'embrasser 
l'islam; une minorité seulement, sauvée des massacres, con- 
tinua à y habiter. Salonique, Serrés, Drama, Doïran, 
Démir-Hissar, Verria, Cavalla, etc. reçurent une grande 
quantité de colons turcs et impliquèrent à ces centres un 
cachet turc. Enidjé-Vardar fut à nouveau bâtie par les 
Turcs qui s'y établirent. De grandes colonies rurales tur- 
ques y furent formées telles que celles de Cavalla, Koukouch, 
Doïran, Bechik-Gheul, Kaïlar. La population rurale grec- 
que du cours supérieur de la Bystritsa, de Castoria jusqu'à 
Grébéna, fut obligée d'embrasser le mahométisme. Ce der- 
nier groupe excepté, avec le village de Lialovo, district de 
Nevrokop, qui conserva encore la langue grecque comme 
langue maternelle, tous les autres Grecs mahométans se 
fondèrent dans l'élément turc. 

Cependant, ces pertes de Grecs en Macédoine du sud 
purent être compensées plus tard grâce à l'hellénisation 
d'éléments allogènes. Cela tient à la situation privilégiée 



— 21 — 

qu'on attribua au clergé grec en Turquie. En effet, lors de 
la prise de Constantinople en 1453, le patriarche œcumé- 
nique obtint le privilège d'être le représentant suprême des 
intérêts spirituels des populations chrétiennes en Turquie. 
Les Turcs divisaient la population d'après sa religion : maho- 
métans et chrétiens. Ces derniers, sans distinction de na- 
tionalités, étaient connus sous le nom de «raïas» (soumis, 
troupeau) ou «ghiaour» (infidèles) ou bien «Ouroum» (Grec, 
chrétien ressortissant à l'église grecque). Il était extrême- 
ment rare qu'on désignât le vrai nom de la nationalité: 
bulgare, turc, grec, serbe, albanais. 

La Macédoine du sud-est, de Verria à Cavalla, entrait 
directement dans la circonscription de Constantinople, alors 
que celle du nord-ouest se trouvait sous la dépendance de 
l'archevêché d'Okhrida qui, quoique ayant conservé le nom 
et les traditions bulgares, était soumis au clergé supérieur 
grec. En 1557, la Macédoine du nord fut soumise au Pa- 
triarcat serbe d'Ipek, grâce au Grand vizir Mehmed Soko- 
lovitch, un mahométan qui éleva au siège patriarcal serbe 
son frère, le chrétien Makarius. Mais, en 1766 — 67, les Grecs 
réussirent à persuader le gouvernement turc de supprimer 
l'archevêché bulgare d'Okhrida et lePatriarcat serbe d'Ipek 
et d'attribuer leurs éparchies directement à l'Eglise grecque 
de Constantinople. Ainsi, toute la Macédoine tombait dans 
les mains du clergé grec. 

Dans ces conditions, les éléments chrétiens non grecs 
de Macédoine se trouvèrent soumis à un double joug: poli- 
tique sous les Turcs et religieux sous les Grecs. Bulgares, 
Albanais et Koutso-Valaques devaient entendre la Parole 
divine en une langue incompréhensible, pour eux le grec, 
fréquenter les écoles, payer les hauts traitements des 
évêques et patriarches, construire des églises et des écoles, 
payer les instituteurs grecs, etc. Cela se pratiquait surtout 
dans les villes, où siégeaient des évêques grecs. L'hellénisme 
obtint le plus grand succès en Thessalie où il absorba tous 
les Bulgares et les Albanais, ainsi qu'une partie des Koutso- 



— 22 — 

Valaques; en Macédoine du sud, l'hellénisme prospéra sur- 
tout dans les villes, telles que Salonique, Verria, Castoria, 
Serrés et les localités à groupements ruraux grecs, tels que 
la Chalcidique, le Pangée, le Roumlouk, etc. 

Salonique est considérée comme le centre le plus im- 
portant de l'hellénisme en Macédoine. Cependant, par sa 
population, c'est plutôt une ville israélite ou cosmopolite 
que grecque. Dans les derniers siècles, la majorité de la 
population salonicenne était toujours israélite; en deu- 
xième lieu venaient les Turcs et en troisième les Grecs, les 
Bulgares, etc. En 1912, Salonique comptait 130,000 per- 
sonnes dont: 64,000 Israélites, 25,000 Turcs, 22,000 Grecs, 
10,000 Bulgares, 9000 divers (Koutso-Valaques, Albanais, 
Tsiganes, etc.). De plus, l'élément grec était de formation 
récente, comprenant aussi les Bulgares et les Koutso- 
Valaques refondus. Les paysans bulgares des environs 
immédiats, qui s'établissaient dans la ville, devenaient 
Grecs dans l'espace de deux ou trois générations. Privés 
d'églises et d'écoles nationales, ces paysans étaient obligés 
de se joindre à la seule communauté chrétienne existante, la 
grecque. A ce propos, les notes de l'écrivain serbe Ghérassime 
Zélitch, qui passa par Salonique en 1784, sont à relever: 
« A Salonique, dit-il, les Grecs sont mêlés à la nation bul- 
gare de telle sorte qu'on ne sait pas qui est Grec et qui Bul- 
gare. On y parle le grec et le bulgare et surtout le turc») 1 ). 

Par le Hatti-Houmaïoun de 1856, le sultan consacra le 
droit de nationalité dans ses Etats. C'est depuis lors qu'à 
Salonique aussi le sentiment national bulgare se ressaisit. 
La constitution d'une communauté religieuse bulgare, l'ou- 
verture d'écoles et d'églises bulgares formèrent un obstacle 
sérieux à la grécisation ultérieure. L'hellénisme ne pouvait 
donc plus songer à de nouvelles recrues; il dût se borner à 
consolider les positions acquises et à raffermir la conscience 
grecque d'une population hésitante encore dans son senti- 
ment national. 



a ) Vie de Ghérassime Zélitch. Belgrade 1897, vol. I, p. 111 (en serbe). 



- 23 — 

La propagande grecque intensifia ses efforts surtout 
après la constitution, en 1870, d'une Eglise autonome bulgare 
et la formation, en 1878, d'une principauté bulgare. A part 
les huit écoles primaires, les Grecs possédaient à Salonique, 
avant les guerres balkaniques, deux gymnases, l'un de 
garçons et l'autre de jeunes filles, et une école de com- 
merce, celle de Marasli (un Bulgare grécisé), fréquentées 
par 2000 élèves. La ville est entourée de villages bul- 
gares qui, près de Galik, descendent vers les rivages de la 
mer. Dans ce cercle bulgare, la culture grecque et le voi- 
sinage de la ville implantèrent fortement le grécisme seule- 
ment dans les quelques villages suivants : Kolakia, Kapou- 
djilar, Baldja, Drémiglava, Gvozdévo (Ghuvezna). A part 
Kolakia, où depuis longtemps une colonie grecque vivait, 
les autres villages n'ont que des Bulgares grécisés. Leur 
grécisation eut lieu il y a deux générations environ; les 
vieillards de ces villages savent encore le bulgare. Il y a 
40 ans, dans les mariages on chantait les chants de céré- 
monie bulgares. Une partie de la ville Lagadina, siège de 
district, est en train également d'être grécisée. Entre Salo- 
nique et la véritable Chalcidique se trouve la petite ville 
bulgare de Païzanovo, appelée par les Turcs Kiretch-Keuy, 
par les Grecs Asvesto-Horion ou Néohori. La grécisation de 
cette ville touche à sa fin, malgré que sa population soit 
bilingue. De là, au sud et à l'est jusqu'à la mer et au lac 
Tachynos, s'étendent les villages grecs de la Chalcidique et 
de Nigrita. Tout ce coin est peuplé seulement de Grecs et 
de Turcs, à l'exception de la presqu'île du Mont Athos où 
vivent aussi d'autres nationalités: Russes, Bulgares, en tout 
10,200 personnes 1 ). 

x ) En 1912, la République monacale du Mont Athos comptait: 
3615 moines russes 18 moines serbes 

3207 » grecs 52 » géorgiens 

340 » bulgares 180 novices de différentes nationalités 

288 » valaques 2500 ouvriers bulgares et grecs. 

En tout 10,200 personnes. 

Une partie des « moines grecs » (3207) sont Bulgares d'origine, mais 
vivant dans des monastères grecs, ils sont considérés comme Grecs. 



— 24 — 

Qu'il y ait eu dans le passé encore des Bulgares 
en Chalcidique, l'écrivain grec Athanase Stagiorites, 
né dans ces parages, le témoigne. Il fait ressortir à cet 
égard le fait suivant : « .... Il résulte de ce qui précède 
qu'il y a eu ici aussi une population bulgare, qui fut 
obligée par l'Eglise et par les circonstances locales de 
se gréciser, parce qu'elle n'avait ni prêtres, ni livres en sa 
propre langue» 1 ). 

Dans la Macédoine du sud-est, les Grecs ont deux cen- 
tres urbains plus importants : Serrés et Cavalla et le groupe 
rural de Pangée, autour de la bourgade de Pravichta. Ici, 
l'élément grec, comme nous l'avons déjà dit, date de l'anti- 
quité. Au XIX e s. il se renforça au détriment des Bulgares, 
Koutso-Valaques et Gagaouzes pour deux raisons. En 1821, 
lors de l'insurrection grecque, les autorités turques pillèrent 
les villages grecs de la Chalcidique, massacrèrent une partie 
de la population et chassèrent l'autre. Les réfugiés s'établi- 
rent dans des endroits plus sûrs, à Salonique, Serrés, Ca- 
valla, et renforcèrent ainsi l'ancien noyau grec. Serrés les 
attirait particulièrement, étant une ville de commerce riche, 
centre de l'industrie du tabac et du coton, d'une foire cé- 
lèbre où se donnaient rendez-vous les commerçants des 
pays balkaniques, d'Allemagne et d'Autriche. Grâce à de 
riches commerçants grecs et à la société grecque de pro- 
pagande (Syllogue), on ouvrit à Serrés plus d'écoles grec- 
ques et on y intensifia la propagation de l'hellénisme parmi 
la population allogène de la ville et du département. Dans 
l'espace de quelques décades, les Grecs réussirent à hellé- 
niser la plus grande partie de la population urbaine bulgare 
qui formait, jusqu'au commencement du XIX e s., si non la 
majorité, du moins la moitié de la population chrétienne, 
comme on peut s'en rendre compte d'après le « Recueil des 
actes de l'Evêché grecs de Serrés ». Les Koutso-Valaques 



*) ^AOavamoD rou frayée pkou, ' Hnecpovtxâ. ^Ev Bcèvvrj zrfî 
Aùarpcaç, 1819, p. 352. 



— 25 - 

furent hellénisés plus facilement encore que les Bulgares. 
En 1839, leur nombre était encore considérable; aujour- 
d'hui, à Serrés, ils se comptent sur les doigts. 

La propagande grecque s'intensifia surtout depuis que 
les Bulgares élevèrent la voix pour obtenir leur Eglise na- 
tionale indépendante et depuis la formation, en 1878, de la 
principauté bulgare. Pour s'attirer le soutien des Turcs, les 
Grecs font valoir que les Bulgares, en leur qualité de 
Slaves, sont les instruments des Russes, ennemis de l'Em- 
pire ottoman 1 ). L'évêque grec de Serrés, Grégoire, dans une 
lettre adressée au patriarche en date du 23 juin 1878, faisait 
part à son chef de ses craintes et de ses projets: 

« Ayant réfléchi sur les effets de cette chasse enragée 
que le panslavisme dévorant donne en ces heures critiques à 
l'hellénisme, à la suite de je ne sais quels décrets divins, 
surtout en ce qui concerne ces régions-ci . . . , ce m'est un 
devoir sacré d'intervenir autant que mes forces le permet- 
tent pour organiser la défense de nos droits nationaux. Et 
comme un des moyens les plus rationnels de nature à garan- 
tir le salut de notre race c'est, à n'en pas douter, la création 
d'écoles et la diffusion de la littérature grecque, surtout parmi 
les Hellènes bulgarophones de la Macédoine, je me suis ap- 
pliqué, comme de juste, à l'étude de cette question impor- 
tante entre toutes. Par malheur, cependant, les temps 
troublés et des embarras financiers m'ont empêché de faire 
quoi que ce fût dans ce sens jusqu'ici. Et ce qui m'attriste 
le plus, c'est que nos établissements scolaires à Serrés, si 
florissants jadis, donnent à peine signe de vie aujourd'hui. 
Les causes de ce lamentable état de choses sont exposées 
dans le document ci-inclus que je soumets à Votre- Sainteté 
avec la prière de contribuer de votre part, par les moyens 
que vous trouverez opportuns, au relèvement des établisse- 



*) Parthénius, Journal de pérégrination et de voyage en Russie, Mol- 
davie, Turquie et la Terre Sainte. Moscou 1856, 2 e édit., vol. II, p. 69 
(en russe). 



— 26 — 

ments scolaires de la ville la plus hellène, le cœur de toute 
la Macédoine, la ville de Serrés » 1 ). 

Turcs et Grecs ont de tout temps été d'intelligence 
dans la question nationale bulgare. Déjà, le 10 mars 1885, 
les Grecs de Serrés avaient remis au Grand vizir une re- 
quête où ils déclaraient que, si le gouvernement turc per- 
mettait l'installation d'évêques bulgares en Macédoine 
«l'existence de l'Eglise orthodoxe en serait sérieusement 
menacée, » de même que « la tranquillité et l'ordre dans 
l'Empire en seraient gravement ébranlés ». 

Cette thèse a été développée aussi, du côté grec, au 
sein du parlement ottoman en séance du 17 janvier 1909. 
Le député Traïan Nali, un Albanais hellénisé, à qui la ré- 
alité macédonienne et la force de l'élément bulgare ne lais- 
saient pas de déplaire, s'est exprimé à ce sujet comme suit: 
« L'Exarchat bulgare s'est employé à étendre son influence 
religieuse tout d'abord sur la Macédoine, à mettre ainsi 
sous sa juridiction les populations chrétiennes, soumises à 
la Turquie, lesquelles n'ont cessé de se trouver depuis les 
temps les plus anciens sous l'autorité du Partiarcat, et à 
anéantir de la sorte l'influence religieuse de celui-ci, ainsi 
que, indirectement, la puissance politique de la Turquie. 
Les hommes politiques discernaient très bien ces visées du 
panslavisme, mais continuaient toujours à s'en tenir à la 
politique du « divide et impera », qui était faite pour servir 
leurs intérêts particuliers .... Et voici comment, grâce à 
cette attitude de nos hommes d'Etat, les panslavistes dont 
le centre était à Moscou, commencent à envoyer secrète- 
ment dans le vilayet d'Andrinople et en Macédoine des 
agents avec mission d'éveiller et d'attiser dans la masse du 
peuple ottoman des sentiments bulgares et panslavistes. 
Il ne faut pas oublier, au surplus, que la population bulgare 
de la Macédoine est de race slave et qu'une Bulgarie forte 
était la garantie du triomphe du panslavisme. Pour la dif- 



a ) Ghéorghieff et Chichkoff, Les Bulgares dans la plaine de Serrés, Philip- 
popoli 1918, p. 14. 



— 27 — 

fusion des sentiments bulgares et panslavistes parmi la po- 
pulation du vilayet d'Andrinople et de la Macédoine, les 
panslavistes estimaient nécessaire l'affaiblissement du Pa- 
triarcat grec de Constantinople. Les agents politiques 
russes, qui étaient les meilleurs agents de transmission des 
idées panslavistes, ont eu pour tâche constante de protéger 
l'Exarchat bulgare auprès du gouvernement turc et d'ob- 
tenir de la Sublime-Porte un nombre aussi grand que pos- 
sible de bérats d'évêques bulgares pour la Macédoine et le 
vilayet d'Andrinople. La Sublime-Porte a octroyé succes- 
sivement des bérats, nommant des évêques bulgares dans 
les vilayets de Salonique, Scopié, Bytolia et Andrinople. 
Elle est devenue ainsi cause de l'expansion du panslavisme. 
Mais l'organisation panslaviste, qui devait réaliser les clauses 
du traité de San-Stéfano, s'est heurtée sur son chemin au 
Patriarcat de Constantinople, qui était l'adversaire naturel 
de cette organisation, plus que ne l'était le gouvernement 
despotique turc. Le Patriarcat se prévalant des droits et 
prérogatives dont il jouissait dès l'époque byzantine, droits 
et prérogatives maintenus et confirmés par le conquérant, 
le sultan Mahomet II, et sachant, d'autre part, que l'inté- 
grité de l'Empire était la condition même de l'existence de 
l'Eglise, n'a point cessé de protester contre la propagande 
panslaviste. Malheureusement, il ne put amener le gouverne- 
ment despotique à reconnaître la justesse de ses vues. 
Les doléances du Patriarcat étaient fondées, car il y 
allait de son existence et de celle de l'Etat même, dont 
les destinées se confondaient. Il était naturel dans ces 
conditions que, si le panslavisme, notre ennemi et rival, 
enregistrait de nouveaux succès comme il en a réellement 
enregistré en Macédoine et dans le vilayet d'Andrinople, 
l'Etat turc allait s'en trouver affaibli au même titre que 
le Patriarcat.» Sur le même ton insidieux a parlé un autre 
député grec, Karolidi, au sujet du mouvement religieux 
et insurrectionel bulgare, et c'est le député turc Rahmi- 
bey qui a dû leur dire, à tous deux, la vérité . . . 



— 28 — 

Après tant d'efforts et de sacrifices pécuniaires, les 
Grecs firent en réalité beaucoup pour leur cause à Serrés. 
Les Bulgares, qui environ un siècle auparavant habitaient 
la partie ancienne de la ville, au Varoch, furent hellénisés, 
ainsi que presque tous les Koutso-Valaques. Seuls les quar- 
tiers extérieurs tels que Gorna et Dolna Kamenitsa et le 
quartier d'Arabadji restèrent bulgares. La guerre bal- 
kanique de 1912 les trouva Bulgares, avec des écoles pri- 
maires, une école primaire supérieure et une école normale, 
Cependant les succès de l'hellénisation en dehors de la ville 
de Serrés, c'est-à-dire dans le département, furent limités 
en cela, que quelques villages bulgares restèrent encore 
sous le giron du Patriarcat grec et qu'on laissa intacts les 
cinq villages purement grecs aux environs de la ville : le 
reste de la population chrétienne était bulgare, comme le 
reconnaissent les Grecs eux-mêmes dans une série de leurs 
documents, secrets ou ostensibles 1 ). 

Le groupe grec du Pangée est le plus considérable en 
Macédoine sud-est. Il occupe l'espace, limité au nord parle 
fleuve Dramatitsa, à l'ouest par le lac de Tachynos, au sud 
par la mer Egée, à l'est par le marais de Pravichta, et au 
centre le Mont Pangée. Les Grecs habitent dans 23 villages 
grecs purs et dans 16 mixtes, se rattachant administrative- 
ment aux districts de Zikhna et Pravichta. Une partie de 
ces villages grecs avaient auparavant une population 
bulgare et gagaouze, actuellement hellénisée. Quelques- 
uns parmi eux ont conservé des quartiers bulgares; 
les noms même de ces villages témoignent de leur an- 
cienne population bulgare: Lokvitsa, Zdravik, Radolivo, 



x ) M. reoeœv, "Eyypayo. Tiarpeap^uà xat a'jvodcxà Tzepl zoiï 
BouXyaptxdb ÇyTïjjuaroç. "Ev KœvazavrtvouTzblzt 1908, p. 484, 488, 507, 
508, etc. — Les rapports de A. Saktouris, consul de Grèce, à Serrés, au 
Ministre des Affaires étrangères à Athènes, de 1909. — La liste des villages 
bulgares du diocèse de Serrés en 1915 envoyée au ministère des Affaires 
étrangères à Athènes par le métropolite de Serrés, Apostolos. Cf. Ghéorghieff 
et Chichkoff, Les Bulgares dans la plaine de Serrés, passim. — J. Ivanoff, 
La région de Cavalla. Berne 1918, p. 32 à 34, 70 à 76. 



- 29 — 

Voltchichta, Kormichta, Vitatchichta, Mochtian, Pravichta, 
Tchista, etc. 

Cavalla comptait à la veille de la guerre balkanique 
9000 personnes de population grecque. Le reste, plus de la 
moitié, était composé de Turcs, Israélites et Bulgares. Dans 
le district de Cavalla il n'y a aucun village grec. Ces villages 
sont principalement turcs et quelques-uns bulgares-maho- 
métans. Il y a cent ans, Cavalla était une petite ville de 3000 
habitants presque tous turcs, comme l'atteste le consul fran- 
çais de Salonique, Félix de Beaujour 1 ). Dans un rapport du 
vice-consul de Grèce à Cavalla, du 2 avril 1906, au Ministre 
des Affaires étrangères à Athènes, on lit: «La population 
compacte et florissante de Cavalla qui s'élève à plus de 
10,000 personnes 2 ) .... Toutefois, les Bulgares s'opiniâ- 
trent indubitablement à préparer le terrain pour leur œuvre 
nationale à Cavalla. D'après les renseignements puisés 
à bonne source, les Bulgares demeurant ici sont au nombre 
de 1000 environ. Cette évaluation est aussi reconnue 
comme exacte par le vicaire général qui a surveillé de près 
le dernier recensement des habitants et avec le concours 
duquel on a réussi, à prix d'argent et par d'autres moyens, 
à ne faire inscrire comme Bulgares que 212 personnes dans 
le tableau statistique» 3 ). 

Dans le district de Drama il y a des Grecs dans les 
villages de: Tchataldja, Doxat et Edirnédjik. La ville de 
Drama, qui est pour ainsi dire turque, comptait en 1912, 
2000 Grecs à peine, dont la plupart étaient d'origine Koutso- 
Valaques. Les villages bulgares de Drama et ceux du dis- 
trict de Zikhna étaient le point de mire de la propagande 
grecque pendant les dernières décades. A cela travaillaient 
notamment le métropolite grec de Drama et le vice-consulat 



*) «La petite ville de la Cavale, peuplée, comme celle de Prava 
(-Pravichta), de deux à trois mille habitants, presque tous Turks. » Voyage 
militaire dans l'empire ottomane. Paris 1829, vol. I, p. 230. 

2 ) Le vice-consul pensait à la population grecque. 

3 ) J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès de la paix, 2 e édit., p. 233. 



- 30 — 

grec de Cavalla. Ils avaient réussi à maintenir sous le 
pouvoir du Patriarcat grec quelques villages, d'y ouvrir des 
écoles grecques, par exemple, dans les grands villages 
bulgares de Prossotchani, Vissotchani, Alistrat et autres. 
Les documents officiels grecs devenus propriété de la 
science ces dernières années, témoignent de la façon la plus 
convaincante de la force et de la faiblesse de l'hellénisme 
de ces parages. Nous lisons entre autres, dans le rapport du 
métropolite grec de Drama, Chrysostomos, du 25 août 1902, 
au patriarche de Constantinople: 

« Les bulgarisants font littéralement rage dans le sec- 
teur situé au nord de Drama, aux environs du Mont Or- 
bèle, secteur qui part de Zirnovo et de Gorno-Brodi, diocèse 
de Nevrokop, suit le défilé de Gurédjik et s'étend sur toute 
la ligne de Volak et Plevna à Prossotchani et Vissotchani, 
bourgs sis à une heure de Drama. Dans toute cette zone, 
le bulgare est la langue de la population » {Kad" 'ôàov zo z/urj/ua 
zoûzo jlœaoa. zou Xaou eîve rf BooXfapiXYJ) 1 ). Quant au sec- 
teur de Zikhna, le même métropolite écrivait au patri- 
arche en date du 28 septembre 1902 : « Il m'a été 

impossible de répondre aussitôt car je me hâtais de faire 
une petite tournée dans certaines communes toutes bulgaro- 
phones du rayon de Zikhna .... Nous rencontrons heureuse- 
ment un fort soutien dans les communes, chez les beys et 
les agas turcs, qui haïssent et poursuivent les bulgarisants » 2 ). 

Quant aux Grecs du district de Sary-Chaban, à l'est 
de Cavalla, le même vice-consul informait confidentielle- 
ment son ministre : « Nous ne trouverons comme Grecs dé- 
clarés dans le district que 12 familles purement grecques » 3 ). 

Les Grecs de Melnik*), dans la Macédoine orientale, 
forment un îlot absolument isolé parmi la population bul- 



1 ) J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès de la paix, 2 e édit., p. 228. 

2 ) Ibidem, p. 230, 231. 

3 ) Ibidem, p. 235. 

*) V. plus haut, p. 19. 



— 31 — 

gare. Ils habitent la bourgade de Melnik, au nombre de 
2310 personnes. Tout le district de ce nom est peuplé de 
Bulgares et, en partie, de Turcs. 

Ce n'était pas seulement par l'œuvre ecclésiastique et 
scolaire que les Grecs propageaient l'hellénisme dans ces 
parages. Ils eurent recours aussi à des moyens de terrorisme. 
Dans ce but, une organisation secrète fut fondée : « La 
défense grecque de la Macédoine orientale » ÇEÀlrjvtxà 
v A/uova 'Avazohxrjç Maxedovïaç). A l'art. 58 des statuts de 
l'organisation de Serrés on peut lire entre autres: «C'est 
un fait connu que, grâce aux bandes armées grecques, l'esprit 
national s'est ragaillardi et l'idée nationale s'est régénérée 
dans la région de Serrés. Ce sont également ces bandes 
armées qui ont endigué le torrent bulgare ». A l'art. 65 on 
lit: «Le voïvode, conjointement avec la commission, dési- 
gnera les jeunes gens de chaque village, qui seront envoyés 
dans la Grèce libre pour apprendre le maniement des 
armes . . . Pour ce qui est de l'envoi de jeunes gens origi- 
naires des villages de langue bulgare, le voïvode statuera 
après entente à ce sujet avec l'autorité centrale ». A 
l'art. 71 : «... . Pour le triomphe de l'hellénisme, il faudrait 
faire oublier à ces villages leur langue et étouffer le sentiment 
bulgare de leurs habitants », etc. 

Puis, de la réglementation, les Grecs ont passé aux 
actes, à des assassinats de Bulgares. Le vice-consul grec de 
Cavalla, très content, s'empressait d'en avertir son ministre. 
Le 1 er octobre 1906, il rapportait: «... A Volak (district de 
Drama) les nôtres ont repris courage et se sont adonnés à 
des actes violentes de vengeance, comme de juste, de sorte 
qu'aujourd'hui les Bulgares sont épouvantés, car ils ont eu 
six victimes, dont l'une est le chef de la commune » 1 ). Le 
ministre Skouzès, par dépêche secrète, reçue le 17 juillet 
1907, avertissait le vice-consulat grec de Cavalla: «Nous 
apprenons que de nouveaux assassinats de Bulgares ont eu 



x ) J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès de la paix, 2 e édit., p. 255. 



— 32 - 

lieu . . . Nous devons nous rendre compte que l'Angleterre 
s'indispose de jour en jour davantage contre nous, à cause 
des actes que les nôtres commettent dans le rayon de 
Drama » 1 ). Par une dépêche secrète, reçue le 21 novembre 
1907, le même ministre avertissait le vice-consulat grec de 
Cavalla: «L'officier anglais de la gendarmerie à Drama 2 ) 
nous a communiqué que le 10 octobre le Grec Armène 
Kouptcho a été pendu pour complicité dans l'assassinat 
d'un Bulgare. Avant que le verdict fût prononcé, il fut 
visité par le prêtre grec et a fait une dernière déclaration 
au colonel, commandant la section de la gendarmerie à 
Drama 5 déclaration d'après laquelle il accuse le métropolite 
grec, qui dernièrement a été éloigné de Drama. Il a déclaré 
avoir reçu des instructions de la part du métropolite qui 
l'a payé, ainsi que son complice dans l'assassinat» 3 ). La 
complicité du chef de l'Eglise grecque dans l'assassinat 
ayant été également constatée par les copies de la corres- 
pondance de ce dernier, saisies par les autorités turques, le 
vice-consul grec de Cavalla, N. Suidas, par dépêche secrète, 
du 14 août 1907, communiquait à son ministre : « Nous fai- 
sons des démarches pour arriver à faire restituer secrète- 
ment les copies du métropolite et pour les remplacer 
par d'autres similaires qui ne puissent pas les compro- 
mettre...» 4 ). 

Le groupe grec de la Bystritsa et du Roumlouk com- 
prend la vallée de la Bystritsa moyenne et inférieure, limitée 
au sud par la Thessalie, au nord par une ligne allant de 
Salonique à Castoria. Alors que la population grecque de 
la Macédoine orientale est coupée du nœud principal de la 
masse grecque et a toutes les particularités d'une colonie 
isolée, les Grecs de la Bystritsa forment la suite ininter- 



*) J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès de la paix, 2 e édit., p. 236. 

2 ) Lors de l'application des réformes en Turquie, les instructeurs anglais 
avaient le secteur de Drama. 

3 ) J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès de la paix, 2 e édit., p. 236. 

4 ) Ibidem, p. 237. 



— 33 — 

rompue de l'élément grec de la Thessalie. Aux XIV e et 
XV e s., l'élément bulgare peu nombreux de la Thessalie se 
maintenait encore. Pendant la domination turque il dut 
céder devant l'invasion de l'hellénisme. Ce dernier couvrit 
encore la vallée de Bystritsa. Les vieilles colonies grecques 
des villes de Verria et de Castoria contribuèrent à ce succès, 
de même que le petit groupe rural du Roumlouk, aux en- 
virons de Ghida et Klidi. 

L'hellénisme envahissant reçut un coup sensible en 
1821, au temps de l'insurrection grecque. Entre autres, la 
ville florissante de Négouch (Niagousta), entre Vodéna et 
Verria, souffrit particulièrement: la ville fut incendiée et 
ses habitants dispersés. Un autre obstacle à la poussée 
grecque vers le nord fut le grand groupement turc de Sary- 
Gheul qui tenait depuis le lac d'Ostrovo jusqu'à la Bys- 
tritsa moyenne. Un troisième obstacle furent les villages- 
fermes bulgares au nord-est de Verria dont la terre appar- 
tenait aux beys turcs. Ces beys défendaient les paysans 
contre la propagande grecque. La région bulgare de Cas- 
toria se montra particulièrement tenace. En dépit de l'in- 
fluence du clergé et des écoles grecs et malgré la colonie 
grecque de la ville de Castoria, la population rurale est 
restée jusqu'à nos jours fidèle à ses traditions et à sa langue 
maternelle, représentant un des dialectes les plus anciens de 
la langue bulgare. 

La frontière nord de l'élément grec, entre Salonique 
et Castoria, avant la guerre balkanique de 1912, était la 
suivante: De l'embouchure du Vardar elle suivait son af- 
fluent Kara-Azmak jusqu'au grand marais de Enidjé- Var- 
dar, puis elle tournait au sud vers la ville de Verria. Toute 
cette région entre le marais de Enidjé- Vardar et la Bys- 
tritsa, est connue sous le nom de « Roumlouk » c'est-à-dire 
pays peuplé de Grecs (Ouroum). Au nord du Roumlouk, 
est située la région des agglomérations bulgares, connue 
sous le nom de « Voulgarokhor », c'est-à-dire pays peuplé de 
Bulgares. La ville de Négouch avait déjà une population 

3 



„__ 34 — 

bilingue gréco-bulgare. En quittant la ville de Verria, dont 
la population chrétienne était grecque et koutso-valaque, 
la ligne suivait au sud le cours d'eau de la Bystritsa, puis 
quittait la rivière pour se diriger à l'ouest vers la ville de 
Kojani et au nord jusqu'au lac de Castoria. A partir de ce 
point, prenant une direction sud-ouest, elle aboutit au 
Mont Gramos où se touchent quatre éléments: Bulgares, 
Albanais, Grecs et Koutso-Valaques. 

Au nord de cette ligne l'élément grec n'existe pas. Les 
soi-disant «Hellènes» des villes de Vodéna et de Florina 
sont Bulgares de race et de langue maternelle. A l'é- 
poque turque, une partie de leurs habitants se trouvaient 
encore sous la dépendance ecclésiastique grecque et étaient 
obligés de fréquenter les écoles grecques. Les Grecs les 
faisaient passer officiellement pour des « Hellènes ». A 
Monastir (Bytolia) même, il n'y a que sept familles purement 
grecques, toutes immigrées de la Grèce et de l'Epire. x ) Tous 
les autres «Hellènes» de Monastir sont des Koutso-Valaques 
et des Bulgares reconnaissant la juridiction spirituelle du 
Patriarcat grec. Avant le schisme religieux gréco-bulgare, les 
Grecs ne cachaient pas la vérité sur Monastir. Dans le très 
consciencieux ouvrage historico-géographique de P. Ara- 
van tinos, on lit ce qui suit: « Pélagonie, ancienne ville et 
région en Macédoine. Dans cette contrée, est située la ville 
nouvelle de Bytolia, appelée encore Monastir et peuplée de 
20,000 habitants . . . Ses habitants chrétiens parlent princi- 
palement la langue bulgare. » (oî ^pcanavol xàxoaoi zyç 
lalcyjoi xupiœç tïjv Boulyaptxrjv fkwaaav) 2 ). Au sujet de Né- 
gouch (Niagousta), on lit: «Niagousta, ville nouvelle en 
Macédoine, avec une population de 2000 familles de race 



2 ) Démétrios Epaminondas, médecin; Georges Apostolidès, médecin; 
Aristotélis Perry, pharmacien; Démétrios Dimotchos, avocat; Chronis, 
boulanger; Georges Liondas, photographe; Georges Koundouradji, cor- 
donnier. 

2 ) Xpovoypoupia trfî ^Hnelpoo zcuv zs ojubpcov kkkrjvcxœv xac 
iÀfopaœv x w pâ v - Ev * Aiïrjvaiç, 1856—57, II, 127. 



— 35 — 

bulgare (<puÀïjÇ BooXyapeajç), sous la dépendance adminis- 
trative de Salonique 1 ). » 

Malgré que la presse grecque prenne toutes les précau- 
tions pour ne pas mentionner l'élément bulgare resté en 
Macédoine méridionale sous la domination grecque, la 
vérité échappe quelquefois et se fait jour, telles par exemple 
les publications de P. Dékasos sur la situation agraire et 
économique de la Macédoine grecque. L'auteur, chef de 
l'agriculture auprès du Gouverneur général de la Ma- 
cédoine en 1913, affirme que la population du district 
de Niagousta « se sert habituellement de la langue 
slavo-macédonienne » (pudouoac <ruvijôwç tïjv oàauofiaxedovrxrjv 
ôidÀexzov) 2 ). Il énumère 17 villages du dit district, peuplés 
d'« Hellènes » de langue slave. Et, malgré sa méthode de 
compter les Bulgares patriarchistes comme des Hellènes, 
l'auteur trouve 15,211 Bulgares (BoùXfapoi) dans le district 
de Florina, 7000 Hellènes et Bulgares dans le district de 
Vodéna et 6770 Bulgares dans le district de Karadjova, au 
nord de Vodéna 3 ). Dékasos reconnaît de même que dans 
« les villages grecs au sud de la plaine de Salonique, appelés 
Roumlouk, la population est moins dense que dans les vil- 
lages du nord qui sont de langue slave 4 ). » 

Les Grecs, ceux de langue maternelle et conscience 
nationale grecques, habitaient en 1912 dans les districts 
suivants (plus de 1000 personnes) de la Macédoine géo- 
graphique: Salonique, Lagadina, Cassandra (Chalcidique), 
Mont Athos, Verria, Katérina, Melnik, Serrés, Zikhna, 
Drama, Cavalla, Pravichta, Castoria, Anassélitsa, Kaïlar, 
Kojani, Grébéna, Serfidjé. Les Grecs formaient la majorité 



!) Ibidem, II, 116. 

2 ) Ncdooaa r?jç Maxzooviaç. OhovofioXoytxr] fitUrrj vrjç fecopytaç^ 

xttjvot pocpiaç xal daawv tt}v xepcipepeiaç raÔTirjç. ^Ev 'Adïjvatç 1913, 
p. 26. 

3 ) Al fscopirexa: a%èoetç zrjç Maxsâovîag. 'Ev ^Admacç 1914, 
p. 89, 96, 100, 101. 

4 ) Ibidem, p. 41. 



— 36 — 

de la population seulement dans cinq districts : Cassandra, 
Katérina, Anassélitsa, Grébéna et Serf id je. 

Charles Vellay, dans son livre sur l'Irrédentisme hellé- 
nique, basé sur des documentations grecques et défendant 
les intérêts grecs, trace la ligne de démarcation suivante 
entre Grecs et Bulgares en Macédoine *) : « Au nord-est de 
Corytza, les rives des lacs d'Okhrida et de Prespa sont 
habitées par des populations bulgares, ainsi que tcute la 
partie septentrionale du vilayet de Monastir. C'est donc 
au sud de cette agglomération slave que passe la frontière 
de l'hellénisme. En effet, depuis Monastir jusqu'à l'an- 
cienne frontière hellénique, toutes les populations sont 
grecques, à l'exception de quelques groupements bulgares 
entre Florina et Castoria, et d'un fort îlot musulman dans 
le caza de Kaïlar. L'hellénisme se heurte encore au slavisme 
dans le caza de Guevghéli (dont le chef-lieu est cependant 
habité par des Grecs dans une proportion de 50 pour 100 
de la population totale); il fléchit vers le sud jusqu'à peu 
de distance de Salonique, laissant le caza d'Avret-Hissar 
sous l'influence bulgare et musulmane, mais remonte bien- 
tôt vers le nord, par Langadas, Serrés, Démir-Hissar, villes 
au delà desquelles il ne pénètre plus dans les territoires 
bulgares que sous la forme d'îlots sporadiques, comme ceux 
de Startsovo, de Méléniko et de Papatsaïr. » 

Statistique de la population grecque. 

Le nombre des Grecs en Macédoine est évalué différem- 
ment, suivant le point de vue du statisticien. Ceux qui en- 
globent dans l'élément grec tous les chrétiens (Bulgares, 
Koutso-Valaques, Albanais) soumis aux autorités ecclé- 
siastiques grecques, donnent un chiffre plus élevé, telle la 
statistique de 1878 que les syllogues grecs présentèrent au 
Congrès de Berlin. D'après cette statistique 2 ) la popula- 



*) L'Irrédentisme hellénique. Paris 1913, p. 85 à 86. 
*) Blue Book de 1877. Turkey, n° 31. 



- 37 — 

tion grecque des sandjaks de Salonique, Monastir, Serrés et 
Drama ascendait à 438,000 personnes. Les statistiques 
grecs récentes suivent la même méthode de considérer 
comme Grecs tous les Macédoniens se trouvant sous la dé- 
pendance religieuse du Patriarcat de Constantinople. De 
plus, pour enfler le nombre des Hellènes, presque toutes 
ces statistiques englobent dans la Macédoine l'île de Thasos 
et tout le sandjak de Serf id je dont certains districts appar- 
tiennent à la Thessalie. La statistique de Nicolaïdès, de 
1899, évalue les Grecs de Macédoine à 647,384 personnes, 
réparties comme suit: 

Sandjak de Scopié 5,036 Grecs 

Sandjak de Monastir 169,030 Orthodoxes, c'est-à-dire 

de sentiment grec 
Sandjak de Serf id je 71,230 Grecs 

Sandjak de Salonique 232,621 Grecs 

Sandjak de Serrés 124,247 Grecs 
Sandjak de Drama 45,220 Grecs 1 ) 

Total 647,384 Grecs et orthodoxes. 

La statistique de Chalkiopoulos 2 ) de 1913 évaluait 
les Grecs à 600,000, celle du «Messager d'Athènes 3 ) » de 1913 
à 608,466, celle de Colocotronis 4 ) de 1919 à 572,718, etc. 

Dans la statistique officielle turque de 1905 pour les 
trois vilayets, le nombre des «patriarchistes» (-Grecs), y 
compris «une partie de Valaques et de Bulgares», monte 
à 627,962 personnes 5 ). 

Les statistiques des étrangers, basées sur le principe de 
nationalité, donnent un chiffre inférieur. En 1877, la sta- 
tistique russe du prince Tcherkasky évaluait les Grecs de 



*) Cl. Nicolaïdès, Macédonien. Berlin 1899, p. 25 à 28. 

a ) Cf. le journal 'AOïjvat, du 23 mars 1913. 

3 ) Cf. le numéro du 2/15 février 1913. 

*) Colocotronis, La Macédoine et l'hellénisme. Paris 1919, planche 
XXIII. 

5 ) Publiée dans le journal turc de Salonique «Asr», numéros du 2 et 
29 janvier 1905. 



— 38 — 

Macédoine à 124,250 personnes 1 ). Le Serbe S. Verko- 
vitch 2 ), qui avait vécu plusieurs années en Macédoine, les 
chiffrait en 1889 à 212,994. Le Français G. Routier 3 ) les 
évaluait en 1904 au nombre de 322,000. La statistique 
du Koutso-Valaque Const. Noe donnait en 1913 le chiffre 
de 193,000 4 ). Le Tchèque Vladimir Sis 5 ) indiquait pour 
l'année 1912 le chiffre de 204,367. La répartition des 
Grecs par districts est donnée plus bas, dans le tableau 
général statistique. 

La population grecque en Macédoine vient en troi- 
sième lieu, après les Bulgares et les Turcs. Le protocole 
gréco-bulgare du 18/31 janvier 1912, fait en vue d'une col- 
laboration des deux nationalités aux élections législatives 
en Turquie, en témoigne suffisamment. Les deux parties 
contractantes s'engageaient à agir d'accord pour l'élection, 
dans le vilayet de Monastir, de deux députés bulgares et 
un grec; dans le vilayet de Salonique, de trois députés bul- 
gares et trois grecs; dans le vilayet deCossovo (Scopié), où 
les Grecs présentent une minorité, ces derniers s'engageaient 
à soutenir les candidats bulgares, au nombre de deux. En 
d'autres mots, contre sept députés bulgares en Macédoine, 
les Grecs se réservaient le droit d'élire quatre députés grecs. 
Nous reviendrons sur ce protocole. 

Après les guerres balkaniques de 1912/1913, bon 
nombre de Grecs, réfugiés de l'Asie-Mineure et de la Thrace, 
s'installèrent dans la Macédoine méridionale. 



*) Documents pour l'étude de la Bulgarie. Bucarest 1877 (en russe). 
a ) Esquisse topographique et ethnographique de la Macédoine. Pétro- 
grade 1889 (en russe). 

3 ) La Macédoine et les Puissances. Paris 1904, p. 268. 

4 ) Les Roumains Koutso-Valaques, Bucarest 1913, p. 41 à 46. 

5 ) Mazedonien. Zurich 1918, p. 87. 



III. 
Les Bulgares, 



Tandis que les Grecs occupent la zone méridionale de 
la Macédoine et forment des colonies isolées sur le littoral 
égéen, les Bulgares constituent la population prédominante 
de la Macédoine centrale et septentrionale. Contrairement 
aux Grecs, qui habitent plutôt les villes et s'adonnent au 
commerce, l'élément bulgare, robuste et sobre, se voue à 
l'agriculture et à l'élevage du bétail; il a été durant des 
siècles le vrai citoyen de la Macédoine. 

Etablissement des Slaves en Macédoine. 

Les Slaves qui reçurent plus tard le nom politique et 
national de Bulgares, immigrèrent en Macédoine au cours 
des VI e et VII e s. de notre ère. C'est la dernière grande 
vague de la migration des peuples, qui couvrit toute l'Eu- 
rope et lui donna une nouvelle physionomie ethnique. Un 
bref exposé de l'établissement des Slaves dans la péninsule 
balkanique nous fera mieux comprendre la base ethnolo- 
gique du problème macédonien, devenu si compliqué par 
suite de l'immixtion de la politique. 

La migration des peuples dans la péninsule balkanique 
commença au IV e s. de notre ère. Les Visigoths furent les 
premiers qui, en 376, menacés par la pression des Huns, 
cherchèrent hospitalité en Byzance, hospitalité qui leur fut 
accordée. Mais dès l'année suivante, ces hôtes paisibles au 
début, s'insurgèrent contre Byzance et battirent complète- 



— 40 — 

ment, en 378, l'armée impériale, près d'Andrinople, où l'em- 
pereur Valens trouva la mort. En 402, après avoir saccagé 
les provinces balkaniques, les Visigoths se dirigèrent vers la 
partie occidentale de l'empire romain, en vue de nouveaux 
pillages. 

Avant même d'avoir eu le temps de se ressaisir, un 
nouveau danger menaça ces provinces. En effet, en 441, le 
terrible chef des Huns, Attila, traversa le Danube et se 
livra, avec ses hordes, pendant cinq ans, au pillage et 
aux incendies, réduisant en ruines les terres balkaniques, 
tuant ses habitants ou les emmenant en captivité. En 446, 
Attila partit avec ses armées pour l'Europe occidentale. 
Trente ans après, les Ostrogoths, naguère esclaves d'Attila, 
traversèrent à leur tour le Danube pour piller ce qui restait. 
Toutefois, mécontents de Byzance appauvrie, les Ostro- 
goths la quittèrent en 489 et partirent pour l'Italie. 

Les terres au nord du Danube, qui avaient été délaissées 
par les Huns et par les tribus germaniques furent occupées 
vers la fin du V e s. par les Slaves. Leurs voisins de l'est, sur 
les rives nord de la mer Noire, étaient les Bulgares, appelés 
en aide contre les Ostrogoths, par l'empereur Zenon, en 482, 
Les Slaves entrent dans l'histoire sous leur nom propre 
seulement au cours du VI e siècle, c'est-à-dire au moment 
où ils commencent à attaquer les provinces byzantines. 

Durant les VI e et VII e s., Byzance devient de nou- 
veau le point de mire des invasions des peuples. Les 
guerres en Italie, en Perse, les calamités naturelles, telles 
que tremblements de terre désastreux, la peste, la famine, 
les révoltes et les séditions dans la capitale, étaient suivis 
d'incursions des peuples du nord. L'empire d'Orient se 
trouvant à l'extrémité, on commença, en 507, la construc- 
tion du « mur Anastasien » qui allait de la mer Noire 
jusqu'à la Propondite (mer de Marmara) et qui était 
destiné à protéger la capitale contre les barbares. L'em- 
pereur Justinien I (527 — 565) fit restaurer et bâtir de nou- 
veau sur la rive droite du Danube plus de quatre-vingts 



— 41 — 

forteresses et tours de défense. Malgré ces précautions, la 
péninsule restait encore ouverte aux attaques et aux incur- 
sions des peuples du nord : les Avares, les Bulgares et les 
Slaves. 

Les incursions se faisaient d'abord dans le but de piller 
et d'emmener des esclaves; c'est plus tard seulement que 
les Bulgares et les Slaves résolurent de s'établir définitive- 
ment dans les provinces dépeuplées de Byzance. Nous 
avons rapporté à ce sujet, page 17, le témoignage du con- 
temporain byzantin Procope. Un autre contemporain, le 
chroniqueur syrien Jean d'Ephèse, raconte ce qui suit: 
« La troisième année de la mort de Justin et pendant le 
règne du victorieux empereur Tibère 1 ), le maudit peuple 
des Slaves fit son apparition et occupa toute l'Hellade, les 
environs de Salonique et toute la Thessalie. Les Slaves 
s'emparèrent de plusieurs villes et forteresses, dévastèrent 
et pillèrent le pays, en mettant tout à feu et à sang. Ils y 
dominèrent en maîtres, absolument indépendants, tout 
comme s'ils étaient chez eux. Cela dura quatre ans, pen- 
dant que l'empereur faisait la guerre aux Perses. Les Slaves 
disposèrent du pays tant qu'ils n'en furent pas chassés de 
Dieu. Leurs pillages s'étendirent jusqu'aux murs extérieurs 
de Constantinople et tous les troupeaux de l'empereur tom- 
bèrent entre leurs mains. Jusqu'aujourd'hui même, ils 
habitent, sans peur et sans souci, les provinces romaines où 
ils s'adonnent au pillage, à l'assassinat et aux incendies. 
Ils sont devenus riches, ils ont de l'or et de l'argent, possè- 
dent des troupeaux de chevaux et une grande quantité 
d'armes. Ils ont appris à combattre mieux que les Ro- 
mains 2 ). » 



x ) De 578 à 582. 

x ) Johannes von Ephesus, Kirchengeschichte. Aus dem Syrischen von 
Schônfelder. Mùnchen 1862, p. 255. — D. A. Khvolson, Informations d'Ibn- 
Dasta sur les Slaves et les Russes. Pétrograde 1869, p. 137 (en russe). — 
Meilleure traduction dans L. Niederlé, Antiquités slaves, vol. II, p. 207 
(en tchèque). 



- 42 — 

A la fin du V e et au commencement du VI e s. les futurs 
Slaves du sud formaient deux grands groupes: le groupe 
occidental et le groupe oriental. Le premier occupait le 
Danube moyen, la Pannonie d'autrefois, la Hongrie occi- 
dentale actuelle; le second, le nord du bas Danube, la 
Dacie d'autrefois, depuis la Theiss jusqu'aux bouches du 
Danube, c'est-à-dire la Roumanie de nos jours. Le groupe 
occidental (pannonien) tomba au milieu du VI e s. au 
pouvoir des Avares, le groupe oriental (dacien) demeura 
libre et indépendant. Tandis que les Slaves de Pannonie 
attaquent Byzance avec leurs maîtres, les Avares, les 
Slaves libres du bas Danube agissent à leur gré et s'instal- 
lent les premiers dans la péninsule balkanique, en occupant 
ses provinces du sud-est, la Mésie, la Thrace, la Macédoine 
et en partie la Thessalie et la Morée. Plus tard, les Slaves 
de Pannonie colonisèrent la partie nord-ouest de la péninsule, 
la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie, l'Herzégovine 
et la Dalmatie. 

Au cours des VI e et VII e s., la Dacie (Roumanie ac- 
tuelle), colonisée par les Slaves, s'appelait terre slave « Sla- 
vinia » (IxÀafyvla) 1 ). Ils s'étaient établis ici, derrière la 
rive nord du Danube et se divisaient en deux grands groupes 
au dire du contemporain Procope 2 ): les Slaves propre- 
ment dits (1/Ja^qvoi) et les Antes ('Avrat). Les Antes 
qui tenaient la partie orientale et s'appuyaient sur les bou- 
ches du Danube formaient un peuple nombreux avec une 
multitude de tribus 3 ). Leurs voisins de la Valachie et de la 
Transylvanie étaient en communication entre eux par les 
cols des Karpathes. Ces Slaves, d'après Ménandre (576) me- 
naient une vie sédentaire, avaient leurs villages (secouas) et 



a ) Thcoph. Simocatta. Ed. Bonnse, p. 323. 

2 ) . . . 2/Àaflrjvol xal "Avzac, o? ôxep norafibv "forpov où fiaxpov 
rrjÇ èxdvTj O^Oyç ïdpvvzat. Procopio di Cesarea, La guerra gotica. Ed. 
D. Comparetti, vol. I, p. 187. 

3 ) "EOvï] zà 'Avzcov àpLerpa ïdpuvrcu. Idem, ibidem, vol. III, p. 23. 



— 43 — 

cultivaient la terre (tous àypoùç) 1 ). En outre, ils étaient 
organisés en tribus et avaient leurs princes. Au cours du 
VI e s., ils commencèrent, en vue de pillage, leurs incursions 
dans les provinces byzantines, au sud du Danube; mais 
aussitôt qu'ils avaient ramassé du butin et pris des esclaves, 
ils rentraient chez eux. 

C'est Byzance elle-même qui, la première, permit aux 
Slaves daciens de s'installer dans les terres au sud du Da- 
nube. Afin d'obvier aux inconvénients d'attaques inces- 
santes, les Byzantins eurent recours, entre autres, au 
moyen bien connu à Rome et à Byzance de se faire des 
alliés (fœderati) même des barbares qui menaçaient l'em- 
pire. A ces fins, les empereurs cédaient généralement des 
terres limitrophes à leurs fédérés; leurs princes recevaient 
aussi de Byzance un impôt annuel (annona). Ainsi, en 545, 
Justinien voulut céder aux Antes la ville de Turris, avec 
l'obligation pour ceux-ci de défendre la frontière contre les 
Huns 2 ). A cette époque, il y avait dans l'armée byzantine 
des détachements entiers de Slaves; plusieurs parmi ces 
derniers arrivèrent jusqu'aux plus hautes fonctions, par 
exemple, Hilboude, Dabragèse, Svaroun, etc. 

Pendant les règnes des empereurs successeurs de Jus- 
tinien I, les fréquentes guerres de Byzance avec la puis- 
sante Perse affaiblirent la résistance byzantine contre les 
Slaves. Sous le règne de l'empereur Phocas (602 — 610), 
notamment, le gros des armées byzantines du Danube étant 
parti pour la Perse, les terres balkaniques restèrent sans 
défense et les Slaves du bas Danube en profitèrent pour 
s'établir dans les fertiles provinces de Mésie, Thrace et 
Macédoine qu'ils connaissaient déjà par leurs incursions 
antérieures; d'autre part, du temps d'Heraclius (610 — 641), 



*) Excerpta a Menandri, Historia. Ed. Bonnœ, p. 405. 

2 ) Niederlé (Antiquités slaves. Prague, 1906, vol. II, p. 400, en tchèque) 
suppose que Turris est la ville actuelle de Pirot, à l'ouest de Sofia. Cepen- 
dant, la note de Procope: elç Tiàhv àp%acav, Toùppcv ôvojua. 9] xûvat 
fûv D7tep Kozapbv "Iavpov (La guerra gotica, II, 295) indique la position 
de cette ville quelque part au delà du Danube. 



— 44 — 

des nouveaux venus, les Arabes, grossirent le nombre des 
ennemis de l'empire. C'est alors que la Byzance d'Europe, 
occupée en Perse, Syrie et Egypte, devint l'arène de puis- 
santes attaques et de pillages de la part des Slaves, Avares 
et autres, attaques qui se portèrent jusqu'aux portes même 
de Constantinople et en Péloponèse. C'est alors également, 
c'est-à-dire dans la première moitié du VII e s., que s'effec- 
tua la plus grande colonisation définitive des Slaves au sud 
du Danube. Tous les documents contemporains en témoi- 
gnent; tels, par exemple, la chronique d'Isidore de Séville 
et de son continuateur, la géographie arménienne, dite de 
Pseudo-Moïse de Khoréné, les actes de St-Démétrius de 
Salonique, etc. 

Les Slaves de la Macédoine 
appartenaient à la branche orientale sud-slave. 

Les Slaves du sud, avant de s'établir dans les contrées 
qu'ils habitent aujourd'hui, occupèrent pendant un certain 
temps les provinces de la Pannonie sur le moyen Danube 
et la Dacie. A cette époque déjà, ils formaient deux bran- 
ches distinctes au point de vue ethnique et linguistique, *) 
la branche occidentale (pannonienne) et la branche orien- 
tale (dacienne). Les Slaves pannoniens, qui se trouvaient 
sous la dépendance politique des Avares, descendirent vers 
l'Adriatique et s'installèrent entre cette dernière et le 
Danube. Les Slaves daciens ne quittèrent pas tous leurs 
habitations; la plupart de ceux qui demeuraient entre le 



l ) Une unité linguistique slave n'existait pas non plus à l'époque de la 
patrie commune des Slaves. Le connaisseur le plus attitré en matière de philo- 
logie paléoslave, le professeur Jagié, conclut ainsi ses recherches sur cette ques- 
tion: «Il est plus que vraisemblable, on peut même dire qu'il est certain, qu'à 
l'époque préhistorique de la langue slave, alors qu'on pourrait supposer une 
prélangue slave, existaient déjà pas mal de différences de dialecte. Il n'y eut 
pas unité de langue paléoslave sans dialectes. » (Einige Streitfragen. 3. Eine 
einheitliche slavische Ursprache? Dans l'Archiv fur slavische Philologie, 
XXII, p. 38). 



- 45 - 

Danube et les Karpathes, y restèrent. En revanche, ceux 
qui habitaient entre les Karpathes et la mer Noire traver- 
sèrent le Danube pour s'établir, les uns en Mésie et en 
Thrace, les autres en Macédoine, Thessalie, Péloponèse et les 
îles égéennes. La colonisation s'effectuait par tribus; ces 
dernières portèrent dans leur nouvelle patrie leurs anciens 
noms, leurs traditions et leurs dialectes, car à cette époque 
déjà, les différents groupes de Slaves se distinguaient 
par des divergences de language. Le professeur d'histoire 
serbe à l'Université de Belgrade, St. Stanoévitch, dit à ce 
sujet: «Toutes les tribus, installées dans les contrées 
d'Okhrida et de Dèbre, la Morava bulgare et le Timok 
à l'est, avaient une parenté linguistique et ethnique 
étroite 1 ).» 

En voici les principaux témoignages d'ordre historique, 
ethnographique et linguistique. Ils attestent tous que les 
Slaves mésiens, macédoniens, thraciens, thessaliens et mo- 
réens formaient une vaste entité ethnique et linguistique, 
qu'ils possédaient déjà dans leur patrie, au nord du bas 
Danube (en Dacie): 

1° — La géographie arménienne du VII e s., attribuée à 
Pseudo-Moïse de Khoréné, relate: «Au sud se trouve la 
Thrace proprement dite, au nord, la grande Dacie, dans 
laquelle habitent 25 tribus slaves . . . Ces Slaves, ayant 
passé le fleuve Danaï (Danube), s'installèrent dans une 
autre contrée, en Thrace 2 ) et en Macédoine, et pénétrèrent 
même en Achaïe (Grèce) et en Dalmatie 3 ). » 

2° — La chronique du couvent Castamonite au Mont 
Athos relate que les tribus slaves des Rynchiniens et des 



x ) Histoire du peuple serbe. Belgrade 1910, 2 e édit., p. 32 (en serbe). 

2 ) Dans la Géographie arménienne, la Thrace englobait aussi la Mésie. 
Cf. Géographie arménienne du VII e s. Texte et traduction. Publié par K. Pat- 
kanoff. Pétrograde 1877, p. 18 à 22. 

3 ) K. Patkanoff, Extraits d'un nouveau manuscrit de la géographie 
attribué à Moïse de Khoréné (« Journal du ministère de l'Instruction pu- 
blique ». Pétrograde, n° 226, p. 26, en russe). 



— 46 — 

Sagoudates, s'étaient établies dans les environs de Salo nique, 
venant de la Bulgarie : « Pendant le règne des empereurs 
impies, les iconoclastes, qui faisaient la guerre aux saintes 
images, les peuples des confins danubiens, les Rynchiniens 
ainsi nommés, ou plutôt Vlacho-Rynchiniens et les Sagou- 
dates, profitant de l'anarchie d'alors, après avoir occupé 
la Bulgarie et s'être étendus peu à peu dans différentes direc- 
tions, conquirent la Macédoine. Enfin, ils vinrent à la 
sainte montagne d'Athos avec leurs familles, n'ayant ren- 
contré aucune résistance. Quelque temps après, on leur 
enseigna l'Evangile, ils y crurent et devinrent chrétiens 
fervents 1 ). » 

Les actes de St-Démétrius de Salonique relatant les 
événements du VII e s., nous fournissent des détails sur ces 
mêmes Rynchiniens qui habitaient à l'est de Salonique, et 
sur les Sagoudates à l'ouest de la même ville 2 ). 

3° — Théophylacte, archevêque d'Okhrida, à la fin du 
XI e s., parlant de l'établissement des Slaves en Thrace, en 
Macédoine et en Illyrie (Albanie) établit clairement que ces 
Slaves, plus tard dénommés Bulgares, venaient, non pas 
de la Pannonie, mais de la Scythie, la Russie méridionale : 
« Quand », écrit Théophylacte, « ce peuple (il s'agit des 
Avares) se retira, un autre plus déloyal et cruel, le rem- 
plaça: ce furent les Bulgares (= Slaves) ainsi nommés ve- 
nant des confins de la Scythie . . . Et, étant donné qu'ils 
vainquirent toute l' Illyrie, l'ancienne Macédoine jusqu'à 
Salonique et une partie de la Thrace, notamment les 
environs de Berrcea (Stara-Zagora), Philippopoli et les 
régions montagneuses adjacentes, ils s'y établirent en vrais 
citoyens 3 ). » 



*) P. Ouspensky, Histoire du Mont Athos, vol. III, p. 311 (en russe). 
Le chroniqueur grec, défenseur des saintes images, place tendancieusement 
la colonisation des Slaves au temps des rois iconoclastes, au VIII e , au lieu du 
VII e s. 

2 ) Tougard, De l'histoire profane. Paris 1874, p. 148, 150 et passim. 

3 ) Theophylactus, Historia martyrii XV martyrum. Patr, grœca, 
t. CXXVI, col. 189. 



— 47 — 

4° — Dans les notes supplémentaires à l'ancienne tra- 
duction bulgare de la Chronique de Manassès il est question 
d'une première émigration des Slaves en Macédoine au dé- 
but du VI e s. En effet, les colons venant de la Valachie, 
traversèrent le Danube près de Vidin et se dirigèrent vers 
la Macédoine qu'on désigne dans les anciens documents 
bulgares sous le nom de «Terre inférieure» 1 ). D'après le 
manuscrit de la Bibliothèque du Saint Synode de Moscou 
on sait que: « Sous le règne de l'empereur Anastase (491 à 
518) les Bulgares (lisez: Slaves) commencèrent à occuper ce 
pays. En traversant le Danube à Vidin, ils se mirent tout 
d'abord à occuper la Terre inférieure, celle d'Okhrida; 
ensuite ils conquirent le reste du pays 2 ). » 

5° — Lorsque le prince Asparoukh passa au sud du bas 
Danube, en 679, et fonda l'Etat bulgare dans la Mésie infé- 
rieure, il trouva sept tribus slaves qui y étaient déjà ins- 
tallées {SxXaocvœv idvcov ràç hfofièvaç Itctù. yevedfg); une autre 
tribu slave, les Sévères, s'était établie plus au sud, dans 
les cols du Balkan oriental 3 ). 

6° — Les Slaves établis dans leur nouvelle patrie en Mé- 
sie, en Thrace et en Macédoine, conservèrent pour long- 
temps leurs anciens noms de tribus d'au delà du Danube. 
Ce fait ethnographique confirme les témoignages histo- 
riques de l'unité ethnique de ce groupe de Slaves et l'idée 
de leur issue d'un foyer commun antérieur se trouvant 
d'abord dans la Russie sud-ouest, ensuite en Roumanie. 



x ) Dans une charte du roi bulgare Constantin Assen de 1277, on lit: 
« Dans la Terre inférieure, sur la colline Virpino, vis-à-vis de la ville de Scopié». 
— (G. A. Ilinsky, Chartes des rois bulgares. Moscou 1911, p. 15, 112, en 
russe.) L'appellation « Terre inférieure » est conservée de nos jours encore 
chez les Bulgares de Macédoine pour désigner la contrée s'étendant depuis 
Ostrovo et Vodéna jusqu'à Salonique. 

2 ) Recueil du ministère de l'Instruction publique, vol. VI, p. 328 (en 
bulgare). — J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 145. 

3 ) Theophanes, Chronographia. Ed. de Boor, p. 358, 359. — Nicephori 
Breviarium. Ed. Bonnae, p. 40. 



— 48 — 

Ainsi le nom de la tribu russe « les Sévères » rappelle 
celui des Sévères {Zèftspecç) établis avant 679 sur les cols 
orientaux du Balkan. La tribu russe des Smolianes nous 
rappelle la tribu du même nom, installée en Macédoine 
orientale et en Thrace de sud-ouest. Les Drégovitchs russes 
(dans Constantin Porphyrogénète : Apoufoopizac) portent 
le même nom que les Drougovites en Macédoine (dpooy ouftizat) 9 
qui, au VI e et X e s., habitaient au nord-ouest de Saloninbe, 
et que l'archevêque D. Chomatiane signale plus tard (au 
XIII e s.) vers Tétovo, en Macédoine septentrionale. D'après 
la chronique du couvent Castamonite, les Sagoudates et les 
Rynchiniens venaient aussi du nord et, après avoir séjourné 
un certain temps en Bulgarie septentrionale, se sont ins- 
tallés en Macédoine 1 ). La plaine entre les Karpathes et le bas 
Danube, peuplée au cours du VI e et VII e s. de Slaves, por- 
tait le nom de Slavinia (ï/.kautvid). Après l'établissement 
d'une grande partie de ces Slaves en Macédoine, la dernière 
est appelée par les Byzantins, aux VII e et VIII e s., Slavinies 
de Macédoine. Le nom de l'ancienne ville russe de Pliskov 
(aujourd'hui Pskov) rappelle l'ancien camp retranché bul- 
gare Pliskov ou Pliskova. Les noms des villes russes Péréïa- 
slavle et Péréïaslavets rappellent les villes bulgares: Pre- 
slavets sur le bas Danube et l'ancienne capitale bulgare, 
Preslav, etc. 

7° — A l'unité ethnique des Slaves daciens descendus en 
Mésie, en Thrace et en Macédoine correspondait une unité 
linguistique. Les Slaves pannoniens, connus plus tard sous 
le nom de Croates, Serbes et Slovènes, formaient de leur 
côté un groupe linguistique à part, différent de leurs voisins 
de l'est. La ligne de partage entre les deux branches longeait 
le Danube depuis Budapest jusqu'à l'embouchure de la 
Morava, suivait le cours de celle-ci jusqu'à ses sources, puis 
se dirigeait à l'ouest pour aboutir à la mer Adriatique vers 
les bouches du Drin. Le fait est attesté par l'ancienne 
toponymie où l'on a conservé les particularités linguistiques 

a ) V. plus haut, p. 46. 



— 49 — 

de la branche orientale, notamment l'emploi des sons cht, 
jd (dj) eà, o n , e n , etc. Ainsi, la prononciation cht est con- 
servée dans le nom même de la capitale hongroise Pest, et 
dans d'autres localités hongroises: Pesty Frigyes, Kis Pes- 
têny, Nagy Pestény, Pestere, Pestes, etc. La prononciation 
du vieux slave e comme ea, Ta, à est attestée dans la topo- 
nymie de la charte de l'empereur Basile II de 1019: 
SpàjuLoç, (au lieu de Srëmû), Ataaxoupx^bv (Lëskovïtsï), 
HpcÇdpedva (Prizrënû), Zouvdèaoxa (So n tëska), etc. La même 
charte donne la prononciation des voyelles nasales dans 
les noms de localités comme: I(pevzèpo/j.ov (Sme n dérovo), 
Zouvdèaaxa (So n têska). Les noms des localités ci-dessus 
mentionnées: Pest, Sirmie (dpdjuos), Smédérovo, Lesko- 
vets, Prizrend, etc., déterminent la ligne à l'est de la- 
quelle étaient établis les Slaves de la branche orientale, 
plus tard appelés Bulgares. 

Une quantité de mots hongrois et roumains em- 
pruntés à la langue des Slaves de Dacie confirment une 
fois de plus la thèse énoncée. Tous ces emprunts at- 
testent les particularités linguistiques propres aux popu- 
lations slaves de la branche orientale, aujourd'hui ma- 
gyarisées ou roumanisées, et dont les congénères habitent 
encore la Mésie, la Thrace et la Macédoine. Nous ne 
citerons que quelques exemples que nous ferons suivre 
de l'ancienne forme bulgare dont ils dérivent. Dans le 
hongrois: mostoha (machteha), mezsgye (mejda), rozsda 
(rûjda), lencse (le n chta), szerencse (sûre n chta), ontok 
(o n tùkû), bolond (blo n dû), donga (do n ga), gomba (go m ba), 
galomb (golo m bû), goromba (gro m bû), kondor (ko n drû), 
konkoly (ko n kolï), kompona (ko m pona), koncz (ko n sû), 
korong (kro n gù), lanka (lo n ka), munka (mo n ka), abroncs 
(obro n tchï), pank (pao n kû), szombat (so m bota), czomszed 
(so n sëdû), otromba (tro m ba), gerenda (gre n da), péntek 
(pe n tûkù), rend (re n dû), szent (sventù), etc. Dans le rou- 
main: grindâ (gre n da), gânsac (go n sûkû), colinda (kole n da), 
mândru (mo n drù), munca (mo n ka), oglinda (ogle n dalo), 

4 



— 50 — 

rind (re n dû), sfînt (sve n tû), scump (sko m pù), stînjen 
(se n jmù), sâmbâta (so m bota), etc. 1 ). 

8° — D'anciens documents dès le VII e s. déjà, nous ont 
laissé des indices témoignant de l'unité linguistique entre 
les Slaves de la Macédoine et ceux de la Mésie et de la 
Thrace. Quant à la langue serbo-croate de cette époque, 
elle présentait des particularités qui la distinguaient de la 
langue liturgique slave, un dialecte macédonien. Le philo- 
logue serbe L. Stoïanovitch, dans son discours de réception 
à l'Académie des sciences à Belgrade, a démontré qu'au 
X e s. déjà le serbo-croate différait sensiblement du vieux 
slave liturgique 2 ). En ce qui concerne le système phonétique 
du X e s., voici les analogies entre 

le vieux slave liturgique de Macédoine et le serbo-croate 

-Ê (à, eâ, ia) e 

a (o n ) ou 

a (e n ) e 

*(û) 

b (ï) 

h (y) i 

i\i (cht) é 

mn (jd) dj 

S (dz) z 

Voici quelques exemples, dont la plupart sont tirés des 
documents grecs concernant les noms de localités et de 



}ù(i) 



x ) Pour plus de détails, Cf. Miklosich, Die slavischen Elemente im Ma- 
gyarischen. Wien 1872. (Denkschriften der Akademie der Wissenschaften, 
XXI). — Miklosich, Die slavischen Elemente im Rumànischen. Wien 
1868. (Denkschriften der Akademie der Wissenschaften, XII). — O. Asbot, 
Quelques notes, etc. (Bulletin de la section linguistique et littéraire de l'Aca- 
démie des sciences à Pétrograde, vol. VII [1903], livre IV, p. 246 et suiv.). 
— A. Byhan, Die alten Nasalvokale in den slavischen Elementen des Ru- 
mànischen (Fùnfter Jahresbericht des Instituts fur rumànische Sprache zu 
Leipzig. Leipzig 1898, p. 298 et suiv. — A. I. Yatsimirsky, Les emprunts 
slaves dans le roumain (Recueil d'études dédié à Lamansky, vol. II, p. 792, 
819, en russe). — A. 1. Yatsimirsky, dans le Recueil dédié à A. I. Sobo- 
levsky par ses élèves et ses admirateurs. Pétrograde 1905 (en russe). 

a ) Cf. « Glas » de l'Académie des sciences de Belgrade, vol. LUI, 14. 



— 51 — 

personnes en Macédoine slave: Le prince de la tribu 
slave des Rynchiniens, à l'est de Salonique, est nommé 
nspfioùvdoç (Ilp-kÔAHt, sh = ou n ) dans les Actes de St-Dé- 
métrios de Salonique du VII e s. 1 ). Dans une charte de 
982, relative à l'achat de terres en Chalcidique, les témoins 
slaves portent les noms: Nicolas Tou Aedvxou (J]/btko, 
-b = eâ), Antoine Pw^xd^va (PAiKaBHHa, x* = o n ), 
Basile, Stoïmir, Vlassi Vladko 2 ). La charte de l'empereur 
Basile II de 1019 mentionne ainsi les noms de localités 
en Macédoine et dans ses confins: IlpiXaizoç (Ilpiui-fent, 
£ = à), Aedftoh (JJ'BBOJI'B, 'B = eâ), ïlpôaaxoo, (llpoC'EK'b, 
3j = â), loDVTiacrxov (C;ftT r ECKa, * = ou n , £ = ia), Ilpc^dpidva 
IlpHsp'BH'L, -e — ia). TpcàdcrÇa (Cp-Eabiib = Sofia, £ = ia, 
b = i) 3 ). La chronique de J. Skylitsès du XI e s.: JlpUanoç 
(-fc = à), BaXaohÇa (B'BJiacnua, 'è = à), IJpôaaxoç (-E = à), 
Ilpcadiava ('è = ia), le chef bulgare de Scopié Boïzd%oç 
(BonTExt, 'fe = â), etc. 4 ). Théophylacte, archevêque 
d'Okhrida, de la fin du XI e s. : Bpayal-qviz^a (Ep'ferajibHHiia, 
•fc = â, b = i) 5 ). La grande ville macédonienne de 
Monastir, qui porte le nom slave de Bytolia (BbiTOJiia), 
conserve dans ses anciens monuments l'ancienne conson- 
nance bulgare avec «, y (= h): dans la géographie de 
l'Arabe Idrisi de 1153: Butili 6 ); dans l'itinéraire de 
Guillaume de Tyr qui visita cette ville en 1168: Butella 7 ). 
Dans le practicon du monastère de Notre-Dame de Pitié, 
près de Stroumitsa, de 1152, nous lisons les noms de 
personnes et de localités suivants: Aeaaxo^kC,a (JI-BCKOBHija, 
-B = eâ), AsanirÇa (JI'Ennija, 'B = eâ), Apsdvoftov (JJp-EHOBO, 

x ) Tougard, De l'histoire profane, p. 148 et passim. 

2 ) J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 22. 

3 ) Publiée par Goloubinsky, Esquisse de l'histoire des Eglises orthodoxes. 
Moscou 1871, p. 259 et suiv. (en russe), et plus tard par H. Gelzer dans By- 
zantinische Zeitschrift, vol. II (1893), p. 42 à 46. 

*) Dans G. Cedrenus, Hist. Compendium, passim. 

5 ) Historia martyrii XV martyrum. Patr. graeca, t. CXXVI, col. 201. 

6 ) Tomaschek, Zur Kunde der Hâmus-Halbinsel. Wien 1887, Teil II, 73. 

7 ) Historia rerum in partibus transmarinis gestarum. Patr. latina, 
t. CCII, col. 783. 



— 52 — 

-fe = eâ), Mnpsaovix (Bp , È3HHKT>, 'fe = eâ), BedXrjv (E-ejihh'L, 
£ = eâ) 1 ). Démétrios Chomatiane, au commencement 
du XIII e s., transcrit le nom de la ville de Tétovo en 
Macédoine du nord par Xredro^o (pour Xt"etobo, 'fe = eâ). 
Une charte de 1345 mentionne pour les environs de Serrés: 
npcdaaxa (IIp^CEKa, 'B = ia, a), UpoiToxvkv^q (npoTOKHA3H, 
ûi = e n ) 2 ). La bourgade de Lagadina, au nord de Salonique, 
porte, dans les anciens monuments (G. Acropolita), le nom 
de Aayyààa. (provenant de Ji*n>, a* = a n ). L'évêque de 
la même bourgade porte, dans une lettre du pape Innocent 
III, le titre de Langardensis (* = a n ) 3 ). 

Les Slaves qui ont pénétré par la Macédoine en 
Albanie et en Epire, appartenaient à la même branche 
orientale. Dans la toponymie de ces provinces, on rencontre 
des noms tels que: Sventogorani (CBAToropaHH, a = e n ) 
dans une charte de 1274 4 ); Apeavoficoxôç (flp'BHOBO, ^ = eâ) 
dans le poème de Manuel Philos de 1305 5 ); dans une 
charte de 1321 : Tptareauixov (TptCT'EHHK'b, 1* = eâ), dpedvoftov 
(3p-BH0B0, 'B = eâ) 6 ). 

Les emprunts lexicaux de jadis faits par les Grecs, 
les Albanais et les Koutsovalaques à la langue des Slaves 
de Macédoine sont aussi très instructifs. On retrouve 
dans ces mots empruntés l'ancienne prononciation carac- 
térisant les dialectes de la Macédoine, de la Thrace et 
de la Mésie, distincte de celle de la langue serbo-croate. 
Ainsi, les Koutsovalaques prononcent: Pirliap (IlppurEnt, 
-fe = ia), Preaspa (Ilp-Bcna, -fe = ea), neveast (HeB-Bcma, 



*) Le Petit, Le monastère de Notre-Dame de Pitié (dans le Bulletin 
de l'Institut archéologique russe à Constantinople, VI, p. 34 à 46.) 

2 ) Miklosich et Millier, Acta et diplomata graeca, t. V, 113, 114. 

3 ) 0. Tafrali, Thessalonique au XIV e siècle. Paris 1813, p. 92. 

*) Hahn, Reise durch die Gebiete des Drin und Wardar. Wien 1867, 
p. 277. 

') Lopareff, Le poète byzantin Manuel Philos. Pétrograde 1891, p. 53 
(en russe). 

6 ) ' ApafîavTcvôç, Xpovoypayia rrjç 'Hnelpoo. ^Ev ''A&rjvouç 
1856—57, II, p. 304, 305. 



— 53 — 

£ = ea), zmeana (H3MfcHa, £ = ea), streaha (cTp-fcxa, 
-fe = ea), seaverle (= le vent du nord, cfeBepi>, 1s = ea), 
etc. Le grec moderne des parages sud-macédoniens con- 
tient aussi de pareils emprunts: la haute montagne de 
la Macédoine du sud, Ch'Êjkhhk'b, est appelée par les 
Grecs 2ved&xo (£ = ea), ipœuoç, (xp-fen-b, -fe = à), zoadfjXa 
(irtiiiHJiKa, 'fc = a), oavôç (cêho, £ = à), etc. Le nom 
de la ville Leaskovik, en Albanie méridionale, atteste 
aussi la prononciation archaïque, r fc = ea (JLfccKOBHK'L) 1 ). 
Enfin, le dialecte moderne de la Macédoine slave, diffère 
essentiellement du serbo-croate, soit par ses archaïsmes, 
soit par ses formes nouvelles, qui dérivent de l'ancienne 
langue liturgique; il constitue l'ensemble de la langue 
parlée en Mésie et en Thrace. Nous en parlerons plus loin. 

Quelques mots sur la branche occidentale des Slaves 
du sud. 

Les Slaves pannoniens, les futurs Serbes, Croates et 
Slovènes, s'installèrent au VII e s. dans les provinces nord- 
ouest de la péninsule balkanique. A la fin du VI e s., soit en 
586 à 587, 598, 600 et 602, ils intensifièrent leurs attaques 
contre l'Italie et l'Istrie, conquirent la Dalmatie et s'y éta- 
blirent pendant le règne de Phocas (602-610). Du temps 
d'Héraclius, l'empereur suivant (610-641), se fit la plus 
grande colonisation des Serbo-Croates dans les pays qu'ils 
occupent de nos jours. Les seuls renseignements que nous 



*) En ce qui concerne les emprunts slaves au grec, cf.: Miklosich, 
Die slavischen Elemente im Neugriechischen (Sitzungsberichte der Akademie 
der Wissenschaften. Wien, B. LXIII). — D. Matoff y Etudes gréco-bulgares 
(Recueil du Ministère de l'Instruction publique. Sofia. Vol. IX, 21 et suiv., 
en bulgare). — M. Fasmer, Etudes gréco-slaves (Bulletin de la section lin- 
guistique et littéraire de l'Académie des sciences à Pétrograde. Vol. XI, XII, 
en russe). — Hilferding, Ouvrages réunis. Vol. I, p. 281 — 296 (en russe). — 
P. A. Lavroff a touché la question dans une critique (Journal du Ministère 
de l'Instruction publique. Pétrograde, n° 336, en russe). — S. Mladénoff 
dans sa critique sur le travail cité de Lavroff (Revue périodique. Sofia. 
Vol. LXIII, en bulgare). — L. Niederle, Antiquités slaves. Vol. II, 441 et 
suiv. (en tchèque). — V. Vassileff, Les Slaves en Grèce (Vyzantiisky Vré- 
mennik, vol. V, 436 et suiv., en russe). 



— 54 - 

avons sur ces événements émanent de l'empereur Cons- 
tantin Porphyrogénète, X e s. Malgré leur caractère légen- 
daire par endroits, étant puisés à des sources officielles, ils 
constituent au fond le seul document historique qui relate 
la dite colonisation. 

« Le pays des Croates, raconte entre autres Constantin 
Porphyrogénète, s'étend depuis la rivière de Tsétina 1 ), 
englobe le littoral jusqu'aux confins de l'Istrie, notamment 
jusqu'à la ville d'Alboun et dépasse même la province is- 
trienne. Du côté de Tsétina et de Khléviana, le pays croate 
touche à la Serbie. Cette dernière s'étend à l'est, ayant 
au nord les Croates, au sud les Bulgares. » En ce qui con- 
cerne l'établissement des Serbes, le même écrivain relate: 
« Les Serbes, après avoir traversé le Danube, prièrent l'em- 
pereur Héraclius, par l'entremise du gouverneur de Bel- 
grade, de leur assigner une autre habitation. Et puisque la 
Serbie actuelle ainsi que la Paganie, la contrée des Zakhlou- 
miens, celle des Kanalites et la Travounie avaient été dé- 
vastées par les Avares (ils en avaient chassé les Romains 
qui vivent actuellement en Dalmatie et à Durazzo), l'em- 
pereur installa sur ces terres les Serbes qui devinrent ainsi 
sujets de l'empereur des Romains» 2 ). 

Les recherches des spécialistes modernes sur la colo- 
nisation des tribus serbes ont abouti aux mêmes résultats : 
elles placent l'établissement des Serbes entre le Danube, la 
Morava et la mer Adriatique. Nous n'en citerons à cet 
égard que le dernier travail capital du professeur tchèque 
Iretchek, sur l'histoire des Serbes. Iretchek détermine 
ainsi les frontières de l'ancienne résidence serbe: « Le terri- 
toire entre les rochers du Monténégro et ses alentours et le 
bassin de la Morava est la plus ancienne et la plus du- 
rable demeure du peuple serbe. » Et ailleurs : « Parmi les 
tribus slaves qui sont descendues dans la péninsule balka- 
nique, les Serbes proprement dits s'étaient établis à l'origine 



x ) En Dalmatie, à l'est de la ville de Spliet (Spalato). 
2 ) De Thematibus, 30, 32. 



- 55 — 

dans l'intérieur du pays, un peu loin du Danube et de la 
mer, dans les vallées des fleuves Lim, Ibar et Morava oc- 
cidentale. » Ou encore : « Le pays des Serbes proprement 
dits embrassait ainsi le territoire du Lim et de la Drina 
supérieure, avec la Piva et la Tara, la vallée de l'Ibar et le 
cours supérieur de la Morava occidentale» 1 ). 

Les Slovènes, ce petit peuple slave d'environ 1,500,000 
âmes, occupe actuellement le territoire entre la rivière 
Mour, le Mont Triglave, l'Isonzo et le littoral adriatique 
jusqu'à Trieste et Fiume, ainsi que la partie nord de l'Istrie. 
Les plus anciens monuments en langue slovène, ainsi que 
le slovène moderne, témoignent dans certains cas d'une af- 
finité avec la langue bulgare plutôt qu'avec la langue serbo- 
croate, circonstance qui fit naître chez le grand philologue 
slovène B. Kopitar l'hypothèse d'une ancienne unité terri- 
toriale et linguistique slovéno-bulgare. L'établissement 
postérieur des Serbo-Croates entre les Slovènes et les Bul- 
gares aurait coupé en deuxle peuple slovéno-bulgare d'autre- 
fois 2 ). Séparées depuis, les deux branches continuèrent 
leur vie à part et les nuances de leurs dialectes s'accentuèrent 
de plus en plus pour aboutir à deux langues modernes assez 
distinctes l'une de l'autre 3 ). 

Les Slaves macédoniens adoptent le nom politique 

et national de Bulgares. 

Parmi les tribus slaves qui s'étaient établies en Macé- 
doine, les documents grecs mentionnent: les Berzites, dans 
la Macédoine centrale et occidentale, entre le Vardar et le 
lac d'Okhrida; les Drougovites, entre Monastir et Salo- 



x ) C. Jirecek, Geschichte der Serben. Gotha 1911. Vol. I, 9, 10, 120. (Le 
travail de Iretchek a été traduit en serbe d'après le manuscrit par Y. Rado- 
vitch, professeur d'histoire à l'Université de Belgrade). 

2 ) B. Kopitar, Glagolita Glozianus, Vindobonse 1836, p. XXX, XXXI. 

3 ) Il se peut même que les Slovènes descendaient de la branche orien- 
tale des Slaves du sud, notamment de ceux qui occupaient la Hongrie 
actuelle. 



— 56 — 

nique; les Sagoudates, entre Salonique et Verria; les Ryn- 
chiniens, entre Salonique et Strouma; les Strymoniens oc- 
cupaient le cours moyen et inférieur de la Strouma; les 
Smolianes, à l'est, occupaient la région de Drama et le 
cours moyen de la Mesta. A ces Slaves macédoniens se 
rattachaient les Slaves qui avaient pénétré en Thessalie, au 
Péloponèse et dans l'Archipel: les Vélégézites, les Voïou- 
nites, les Milingues et les Yezertsi, etc. L'élément slave s'ins- 
talla de même dans certaines parties de la presqu'île de 
Chalcidique, colonisée depuis des siècles par des Grecs. 

Jusqu'au commencement du IX e s. les Slaves macé- 
doniens vivaient groupés en petits Etats à la tête desquels 
se trouvaient les princes du clan. Ceux qui habitaient les 
environs immédiats de Salonique étaient soumis à cette 
ville, tout en conservant leur indépendance intérieure, ou 
étaient considérés comme ses alliés. Les autres tribus de- 
meurèrent tout à fait indépendantes guerroyant avec les 
Byzantins, soit en entreprenant des expéditions contre la 
ville de Salonique et les îles égéennes, soit en repoussant 
les troupes byzantines dirigées contre eux 1 ). Vers le milieu 
du IX e s., la plupart des Slaves macédoniens firent 
partie de l'Etat bulgare fondé par les « Prébulgares ». 
En 865, le prince bulgare Boris convertit tout son peuple 
au christianisme et déclara la nouvelle confession religion 
d'Etat. 

On appelle « Prébulgares » ce peuple guerrier touranien 
dont une horde, ayant à sa tête le chef Asparoukh, traversa 
en 679 le bas Danube et posa en Dobroudja les assises d'un 
nouvel Etat dans la péninsule balkanique. Leur forte orga- 
nisation militaire permit à ces Prébulgares d'englober, de 
force ou bénévolement, les tribus slaves ennemies de By- 
zance. Grâce au grand nombre de la population slave et au 
christianisme qui, par les mariages mixtes, contribuait à la 



x ) Tougard, De l'histoire profane, p. 118 et suiv. — Theophanes, Chrono- 
graphia. Ed. De Boor, p. 347, 364, 430. — Joannes Cameniata, De excidio 
Thessalonicensi. Ed. Bonnse, p. 495, 496, 514. 



— 57 — 

fusion des vainqueurs et des vaincus, la horde relativement 
petite des « Prébulgares » d'Asparoukh fut engloutie par 
les Slaves, et à la place des appellations locales des tribus, 
les Slaves adoptèrent le terme politique unifié des vain- 
queurs «Bulgares», tout en conservant leurs particularités 
ethniques et la langue slave, à l'instar de la fusion des 
Francs en Gaule, des Variagues (« Russes ») en Russie, etc. 
Tant que dura le processus d'assimilation, les Slaves se dé- 
nommèrent souvent différemment des << Prébulgares » ; leur 
langue, qui contribua au développement d'une vaste littéra- 
ture, porta longtemps encore la dénomination de « langue 
slave ». L'assimilation terminée, la langue slave, jusqu'alors 
commune, commença à s'appeler « bulgare », alors même 
qu'elle différait complètement de celle des « Prébulgares ». 

La fusion entre « Prébulgares » et Slaves avait com- 
mencé, même avant Asparoukh, dans la principauté au nord 
du Danube. Deux princes prébulgares, prédécesseurs d'As- 
paroukh, portaient des noms slaves: Gostoun et Bezmer 1 ). 
On voit de bonne heure apparaître les Slaves dans la 
vie politique du royaume bulgare au sud du Danube. Ainsi, 
à la tête de la délégation bulgare, envoyée par Kroum à 
Constantinople en 809, pour négocier la paix, se trouvait 
le slave Dargamir 2 ). En outre, les fils du souverain bulgare 
Omortag (814 à 831) portaient des noms slaves: Nravota ou 
Voïn, Zvinitsa, Malomir 3 ). Dans la délégation bulgare 
chargée de négocier un traité d'alliance avec Louis le Ger- 
manique, en 864, figuraient aussi des Slaves. A cet égard, 
il est intéressant de noter les noms slaves des personnes de 
la cour princière de Boris en 869, qu'on trouve dans le 
manuscrit de Cividale: Bogomila, Vélégnève, Sobeslava, 
Hrsaté. L'héritier de Boris s'appelait Vladimir. Au cours 
du même IX e s., les deux premières capitales portent des 



*) Dans la chronique généalogique des princes bulgares. 

2 ) Theophanes, Chronographia, 497. 

3 ) Theophylactus, Historia martyrii XV martyrum, P. gr. CXXVI, 
col. 193. 



— 58 — 

noms slaves: Pliskov, Preslav, etc. Au X e s., l'assimilation 
des « Prébulgares » fut si complète que le royaume de Bul- 
garie était considéré comme le premier Etat slave par ex- 
cellence. Déjà en 886, les disciples des apôtres slaves,ex- 
pulsés de la Moravie par le clergé allemand, ne songèrent 
qu'à la Bulgarie slave où ils trouvèrent un accueil fraternel *). 
Vingt ans après, en 906, par suite des ravages causés par 
l'invasion hongroise, une partie de la population morave et 
slovaque trouva l'hospitalité et le salut dans la même Bul- 
garie slave 2 ). 

Plusieures causes contribuèrent à la fusion des deux 
races et à l'annexion de la Macédoine au royaume et à la 
nationalité bulgare. Tout d'abord ce fut l'animosité qui 
régnait chez les Bulgares (Slaves de Mésie et de Thrace) et 
chez les Slaves macédoniens envers Byzance, ce qui réunit 
Bulgares et Macédo- Slaves dans une action militaire com- 
mune, dirigée contre les Byzantins, telles, entre autres, les 
opérations de 688, 758, 759, 762 et 765. Le Salonicien 
Jean Caméniate (904) en racontant la manière de vivre des 
Slaves macédoniens à l'ouest de Salonique, poursuit: « Ils 
sont en relations commerciales avec les Bulgares depuis les 
temps anciens, d'autant plus qu'ils vivent la même vie et 
ont les mêmes besoins. Une paix profonde et merveilleuse 
règne entre eux » 3 ). L'unité ethnique entre Slaves macé- 
doniens et Slaves bulgares facilitait le projet des princes de 
l'Etat bulgare de réunir sous leur sceptre tous les Slaves 
voisins. Et tandis que les Slaves macédoniens collaboraient 
dans ce but, les Serbo-Croates, se considérant comme un 
groupe ethnique différent, répondirent aux tentatives des 
princes bulgares par une action armée. L'unité de langue, 
la littérature commune, le christianisme, le rite orthodoxe 



*) « Vie de St-Clément d'Okhrida » par Théophylacte. Cf. l'édition de 
Fr. Miklosich ou celle de Migne. 

2 ) Le fait est attesté par l'empereur C. Porphyrogénète (De Admini- 
strando imperio, cap. 41) et par « La vie de St-Naoum », un document con- 
temporain (J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 53, 54, 58). 

3 ) Cameniata, p. 496. 



— 59 — 

grec de Mésie, Thrace et Macédoine contribuèrent fortement 
à cette fusion. 

Une fois l'assimilation commencée, les rois bulgares 
eux-mêmes en devenaient les instruments. En effet, Boris 
offre d'hospitalité en 886 aux disciples des apôtres slaves, 
Cyrille et Méthodes : Clément, Naoum, Angélarius, Constan- 
tin, etc., et il envoie Clément en Macédoine. Son successeur, 
Siméon, y envoie Naoum. Boris lui-même se retire dans ses 
vieux jours dans les monastères de Preslav et donne l'e- 
xemple de l'abnégation chrétienne. Le frère et les neveux 
de Boris invitent les jeunes littérateurs au travail en langue 
slave; Siméon le Grand, lui-même ami des lettres, entasse 
des livres slaves dans son palais et devient ainsi un nouveau 
Ptolémée pour la terre bulgare. Il encourage les travaux 
ecclésiastiques et littéraires en Macédoine, sous la direction 
de Clément, Naoum et leurs disciples. Il dirige dans la Bul- 
garie danubienne une école littéraire, entouré de Jean 
Exarque, de l'évêque Constantin, du prêtre Grégoire, etc. 

C'est ainsi, qu'enfin, grâce aux conditions ci-dessus 
indiquées, se produisit l'assimilation physique et morale 
des deux races et que naquit le nouveau peuple, les Bul- 
gares, de langue slave « le bulgare ». L'élément touranien, 
relativement minime, se fondit à tel point dans la majorité 
slave, qu'il ne resta aucune trace de la langue prébulgare 
dans le bulgare moderne. 

De tous les peuples, dont le sort avait été lié aux 
Balkans et qui ont séjourné en Thrace, en Mésie et en 
Macédoine, tels que les Celtes, Romains, Huns, Avares, 
Slaves, Byzantins, Turcs, seul le peuple bulgare, grâce à sa 
ténacité, put surnager au cours des siècles. Et si la natio- 
nalité se détermine par la conscience de l'unité manifestée 
dans la langue, l'origine, les coutumes, la manière de vivre 
et les tendances communes, le peuple bulgare a toutes ces 
qualités. Bien plus, il forme un noyau compact dans les 
Balkans; il a été au bénéfice d'une histoire unifiée; il a 
eu des joies et des souffrances communes, une religion, 



— 60 — 

une seule langue et une seule littérature, particularités qui 
font défaut à la plupart des nationalités voisines. Les Bul- 
gares de Macédoine ont fait durant des siècles partie inté- 
grante du patrimoine bulgare commun; c'est ce que nous 
allons démontrer dans les pages suivantes. 

Les Bulgares macédoniens au moyen âge. 
Luttes gréco-buigares. 

Depuis la colonisation de la Macédoine par les tribus 
slaves au cours des VI e et VII e s., ce pays a été jusqu'à nos 
jours fermé pour la race hellène, excepté ses confins les plus 
méridionaux, où se poursuit la lutte des deux éléments, 
grec et bulgare. Les vicissitudes politiques facilitèrent tan- 
tôt l'expansion grecque, tantôt celle des Bulgares. Les fon- 
dements de la force grecque étaient les villes mêmes de 
Salonique, Serrés, Verria, Castoria et les agglomérations 
rurales de la Chalcidique, du Pangée et du Roumlouk. 
Lorsque le pouvoir bulgare s'affermit dans la Macédoine 
méridionale, comme par exemple, aux XIX e , X e , XIII e s., 
l'élément grec se mit automatiquement sur la défensive, 
cramponné qu'il était seulement à Salonique et sur quelques 
points du littoral égéen. Mais, même dans ces cas, l'élément 
bulgare ne manqua jamais à ces bastions de l'hellénisme. 

Salonique, la première forteresse de l'hellénisme en 
Macédoine, était entourée de tous côtés de Bulgares dès 
le moyen âge; elle ne communiquait avec le reste du 
noyau grec que par mer. Les stèles monolites qui mar- 
quaient la frontière méridionale de l'Etat bulgare en 904 
furent érigées à 20 km. seulement au nord de Salonique 1 ). 
Une forte colonie bulgare s'établit dans la ville même; au 
marché on parlait le bulgare. Le comptoir commercial de 



*) Pour ce qui concerne la découverte de ces stèles et les inscriptions 
qu'elles portent, Cf. Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constan- 
tinople, vol. III, 184 à 194. — J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine. 
Sofia 1908, p. 7 à 9 (en bulgare). 



— 61 — 

l'Etat bulgare fut transféré au X e s. de Constantinople à 
Salonique. C'est dans cette dernière ville également que 
naquirent les apôtres bulgares et slaves, les saints Cyrille 
et Méthode (IX e s.); c'est en dialecte vieux bulgare de la 
région de Salonique qu'ils prêchèrent l'évangile parmi les 
peuples slaves, et c'est dans ce dialecte enfin qu'ils tradui- 
sirent les saintes écritures et posèrent ainsi les bases de la 
littérature bulgare ancienne. Les écrivains grecs, comme 
Athanase de Paros, dans son acrostiche, devaient célébrer 
Salonique, quelques siècles plus tard, comme phare du bul- 
garisme 1 ). 

C'est à l'époque du premier royaume bulgare que s'af- 
fermit le sentiment national bulgare en Macédoine. Plu- 
sieurs conditions y contribuèrent: la puissance de l'Etat 
bulgare tout d'abord, où Byzance, le représentant de l'hellé- 
nisme, s'y maintenait à peine à Constantinople moyennant 
un tribut qu'elle devait payer à la Bulgarie. En second 
lieu, ce fut l'effervescence religieuse et littéraire, à laquelle 
la Macédoine bulgare prit une part considérable. La Macé- 
doine donna au peuple bulgare ses premiers saints: les 
frères Cyrille (m. en 869) et Méthode (m. en 885) de Salo- 
nique, Clément d'Okhrida (m. en 916), Naoum d'Okhrida 
(m. en 910), Jean de Ryla (m. en 946), Prohor Pchinsky du 
district de Koumanovo (XI e s.), Gavril Lesnovsky du dis- 
trict de Kratovo (XI e s.), Yakim Ossogovsky du district de 
Kriva-Palanka (XI e s.). 



*) Ecç tt]v 7repi(favfj deooaùovixrjv, zrjv èvejxdùaav zobç Oeocpo- 
pouç xal loaTTOGTÔÀovç xrjpoxaç z?jÇ BovXyapiaç KùpdXov xal Medà- 

diov, OlifOl TZoltZtXOV 

^OXftcœzdzr) ndXat ou, nofoç SeoaaXovixr}* 
Ilacplç yàp %p7}fjLa~Loaoa zwv vècov ''anoozbXwv, 
^Andoaç Ô7iep7JÀa(jaç, zàç âUwç ô^ou/usvaç' 
^Pâaza de zouzo àeixvuacv -fj vuv àvacpavelaa, 
c I(7Topecov -fj SaujuaoTT], xal Çsvœv poazoypdcfoç' 
e 'Odev xal yapiOT-qpca, Tidvzoiv BooÀydpœv Idvq, 
loi âià KùpdXov zbv obv, abv xaatfvqzœ 6ùec. 



— 62 — 

Dans le même ordre d'idées, les tsars bulgares considé- 
raient comme un devoir sacré de veiller à la sécurité du nou- 
veau culte, de fonder des monastères, de bâtir des églises et 
d'accorder leur protection aux pères de l'Eglise et aux écri- 
vains religieux. Déjà le premier souverain bulgare chrétien, 
Boris, avait fondé à Brégalnitsa (Macédoine du nord) une 
église somptueuse et avait envoyé en mission apostolique 
dans la Macédoine occidentale, Clément, un des plus fer- 
vents élèves des saints Cyrille et Méthode. Clément visitait 
la contrée, prêchait l'évangile, ouvrait des écoles pour 
grands et petits et bientôt le nombre de ses élèves s'éleva 
à 3500. Il fonda trois églises à Okhrida; l'une, le célèbre 
couvent, portant son nom 1 ). En 900, fut bâti sur les bords 
sud du lac d'Okhrida un autre sanctuaire, le couvent de 
saint Naoum, un autre élève des apôtres slaves, que le tsar 
bulgare Siméon avait envoyé en mission en Macédoine pour 
remplacer Clément 2 ). Plus tard, au X e s., le tsar bulgare 
Pierre érigea le monastère de Ryla et le monastère Saint- 
Georges près Scopié, du siècle suivant, la Macédoine septen- 
trionale s'enrichit encore de trois couvents: un à Pchinia, 
l'autre à Lesnovo et le troisième à Ossogovo. La Macédoine 
de l'ouest, elle aussi, avait ses couvents renommés : ceux de 
Bigor et de Pretchista. Parmi les écrivains ecclésiastiques 
de cette époque brillent surtout les noms de Clément et de 
Naoum, tandis que Hrabre, toujours à la brèche, déploie en 
Macédoine l'étendard de la défense nationale bulgare et 
chante les lettres bulgares, contre les Grecs, négateurs des 
droits, de la langue et de la littérature bulgares. 

Enfin, à l'affermissement du sentiment national bul- 
gare en Macédoine contribua surtout le transfert à Okhrida 
de la capitale et du Patriarcat bulgares. 



x ) L'œuvre apostolique et littéraire de Clément parmi les Bul- 
gares de Macédoine est décrite magistralement par un Grec, l'archevêque 
Théophylacte : Bioç xac noforsia, etc. (édit. de Fr. Miklosich, de Migne, etc.). 

2 ) Cf. «La vie de Naoum», du X e s., découverte au Mont Athos par l'au- 
teur de ce livre: J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 50 et suiv. 



— 63 — 

Au moment même où, en 1018, Byzance fit main basse 
sur la Macédoine, le bulgarisme y était si fort au point de 
vue ethnique et moral, que le vainqueur fut obligé de main- 
tenir l'autonomie intérieure du pays et ses droits ecclésias- 
tiques. A cet effet, la ville de Scopié fut désignée par les 
Byzantins comme capitale des ducs de Bulgarie et Okhrida 
comme siège de l'« Archevêché de toute la Bulgarie »; l'exis- 
tence de cet archevêché s'est prolongée durant sept siècles 
et demi, depuis 1018 jusqu'en 1767, et a fait de la ville 
d'Okhrida le sanctuaire le plus vénéré de la patrie bulgare. 
L'archevêché bulgare d'Okhrida avait sous sa juridiction 
une trentaine d'évêchés, entre autres ceux de Monastir, 
Castoria, Scopié, Vélès, Vodéna, Stroumitsa. Les arche- 
vêques, quoique Grecs pour la plupart, maintenaient l'au- 
tonomie de l'Eglise bulgare et respectaient les privilèges 
qui lui avaient été octroyés par l'empereur Basile II. Ils 
reconnaissaient tous le caractère bulgare du pays et por- 
taient avec une certaine fierté le titre d'« archevêques bul- 
gares». Théophylacte, à la fin du XI e s., protesta énergique- 
ment contre le Patriarcat grec de Constantinople qui avait 
tenté de s'immiscer dans les questions d'ordre religieux en 
Macédoine: «Il n'a rien à faire avec les Bulgares,» disait-il. 
«Il n'a pas le droit d'ordination dans ce pays, qui possède son 
archevêque autonome, pas plus qu'un autre privilège quel- 
conque » x ). Théophylacte s'intitulait « Archevêque de 
Bulgarie » {àp^cemaxonoç Bo>j?<yapîag); Démétrios Choma- 
tiane, «Archipâtre des Bulgares» (Troijuevdp^oç BouXydpcov)\ 
l'empereur Andronie II Paléologue affuble l'archevêque 
d'Okhrida du titre «Pasteur des Bulgares» (xocu.r}v BooÀydpcov), 
etc. Les évêques de Macédoine rivalisaient eux aussi de 
zèle pour faire ressortir qu'ils étaient chefs spirituels du 
peuple bulgare. Le métropolite de Monastir s'intitulait 
« Exarque de toute la haute Bulgarie » (içap%og nda-Qç âvw 
Boufyaptaç) ou bien « Exarque de toute la Macédoine 
bulgare » (iÇap^oç Tïdaïjç Boulyapmf Maxeâovlag); celui de 

x ) Theophylacti epistola XXVII. Ed. Meursio. 



— 64 — 

Castoria « Exarque de toute la Bulgarie ancienne » (è$ap%oç 
nàorjç naXatâç BouXyapiaç) ou bien « Primat de toute la Bul- 
garie » (npwTÔdpovoç, Tzâoyç, BooXyapiaç) ; celui de Stroumitsa 
« Exarque de la Macédoine bulgare » (£Çap%oç BouXyapcxr^ 
Maxedoviaç), etc. 1 ). 

Les mêmes archevêques grecs d'Okhrida glorifiaient 
dans leurs ouvrages les saints et les apôtres bulgares qui 
avaient prêché en Macédoine en langue bulgare. Ainsi, 
Clément d'Okhrida est célébré comme «luminaire de la 
Bulgarie » ((pwarrjp rrjg BooXyapîag); Jean Vladimir est 
« l'orgueil de la Bulgarie » (rrjç BouXyapiaç rb xaùyTjfia); 
Cyrille et Méthode et leurs disciples sont « le salut des Bul- 
gares, les colonnes de la Bulgarie » {BouXydpcov rj oœrqpia., rîjç 
BooXyapiaç robç azùXooç), etc. 

La domination byzantine auxXI e etXII e s., avons-nous 
dit, ne changea en rien la physionomie ethnique de la Macé- 
doine. Au contraire, le joug étranger poussa le Bulgare 
macédonien à se révolter; la première révolution éclata 
vingt ans après l'installation des Grecs dans le pays, en 
1040. Ces événements sont racontés en détail par le con- 
temporain Jean Skylitsès 2 ); ils témoignent de l'ardeur du 
sentiment national des Bulgares macédoniens et de leurs 
aspirations à la liberté. Le foyer de la première révolte 
était la ville de Scopié, appelée par le chroniqueur « ancienne 
métropole bulgare ». Dans l'espace d'une année, toute la 
Macédoine, Salonique exceptée, assiégée par 40,000 insurgés 



*) Cf. Daniel de Moskopolé dans le titre de son ElaajcofiXT] dcdaaxaXia 
TZSptèyouaa Xe&xbv rer pdyXwaoov, etc., 2 e édit. de 1802. — Grigorovitch, 
Esquisse d'un voyage dans la Turquie d'Europe, 2 e édit., p. 95, en russe; la 
liste officielle des évêchés soumis au Patriarcat de Constantinople, dans le 
Recueil de Rallis et Potlis: Hùvzayjua tojv deccov xai lepwv xavôvcov, 
vol. V; Martin Krus, Turcograecia, p. 174- Ofeicoff, La Macédoine au point 
de vue ethnographique, p. 217 ; J. Ivanoff, Les Bulgares en Macédoine, p. 83, 
190, 272. 

2 ) J. Skyîitzes dans G. Cedrenus, Historiarum compendium. Ed. Bonnse,. 
II, 527. — B. Prokié, Die Zusâtze in der Handschrift des Johannes Skyîitzes, 
codex Vindob. hist. Graec. LXXIV. Mùnchen 1906, p. 35 à 36. 



— 65 — 

Bulgares, fut libérée du joug byzantin. Grâce aux troupes 
mercenaires normandes,l'insurrection fut étouffée; le chef 
des Normands, Haraldus, est glorifié plus tard dans les 
chansons Scandinaves sous le titre de « Bolgara brennir » 
(destructeur, incendiaire des Bulgares). La révolte reparut, 
en 1067, enThessalie, alors peuplée en partie de Bulgares 1 ). En 
1073, c'est-à-dire 30 ans après la première grande insurrec- 
tion macédonienne, les Bulgares de Scopié levèrent de nou- 
veau l'étendard de la révolte contre l'autorité grecque, bat- 
tirent les forces byzantines sur le Char et proclamèrent 
Constantin Bodin tsar des Bulgares. Okhrida, Castoria 
firent cause commune avec Scopié 2 ). Cette fois, les Grecs, 
pour étouffer l'insurrection, eurent recours à des troupes 
franques mercenaires qui incendièrent, entre autres, le 
palais royal bulgare, ainsi que l'église patriarcale à Prespa, 
bâtie par le tsar Samuel, afin de faire disparaître en Macé- 
doine tout vestige de l'existence d'un Etat bulgare 3 ). Un 
autre soulèvement bulgare, en 1081, dans les régions 
d' Okhrida et de Vodéna, réussit à délivrer pour un certain 
temps toute la Macédoine à l'ouest du Vardar. En 1097, les 
Bulgares de la région de Monastir (Bytolia) se déclarent 
indépendants et attaquent les croisés, venant de l'Adria- 
tique, de passage par la Macédoine occidentale. Guillaume 
de Tyr qui voyagea en 1168 à travers la péninsule balka- 
nique et s'arrêta quelque temps à Monastir, en Macédoine, 
atteste l'importance des terres bulgares encore soumises 
aux Grecs et ajoute: « Les Bulgares, venus du nord, traver- 
sèrent le Danube et s'installèrent, depuis ce fleuve jusqu'à 
Constantinople et la mer Adriatique, en en occupant toutes 
les régions. Ce peuple changea les noms et les frontières des 
provinces de cette grande étendue de terre qui s'étend, dit- 



*) Cecaumeni Strategicon. Ediderunt Wassiliewsky et Jernstedt. Petro- 
poli 1896, p. 69 à 70. 

2 ) Skylitzes et Cedrenus dans les ouvrages cités, II, 715 à 717. — Prokic y 
p. 35 à 36. 

3 ) Fr. RaZki dans le « Rad » de l'Académie de Zagreb, XXV II, 128. 

5 



— 66 — 

on, 30 jours de marche en longueur et plus de 10 jours en 
largeur. Cette terre s'appelle la Bulgarie » 1 ). 

Vers la fin du XII e s. la lutte des deux races reprit de 
nouveau en Macédoine. L'insurrection bulgare de Tirnovo 
en 1186 ressuscita le royaume bulgare. Dix ans plus tard, 
en 1195, les troupes bulgares firent leur apparition dans la 
Macédoine orientale, aux environs de Serrés, alors « peuplés 
de Bulgares », comme l'affirme l'historien contemporain 
grec Nicétas Choniate. L'armée grecque y fut défaite et 
son chef, Alexis Aspiète, fait prisonnier 2 ). L'année sui- 
vante, en 1196, les Bulgares de la Macédoine centrale pro- 
clamèrent leur indépendance; leur chef, Dobromir Strez, 
conquit les forteresses de Stroumitsa et de Prossek et choisit 
cette dernière ville, sise au bord du Vardar (aujourd'hui 
Démir-Kapou), pour sa capitale. L'intrépide roi bulgare, 
Kaloïan (1197 — 1207), fit la conquête de presque toute la 
Macédoine et tomba sous les murs de Salonique lors du 
siège de cette ville. 

Sous Assen II (1218 — 1241), dont l'empire touchait les 
trois mers, la dernière bande de terre en Macédoine qui res- 
tait sous la domination grecque, tomba au pouvoir des Bul- 
gares, notamment après la bataille de Klokotnitsa, en 1230. 
Dans cette bataille, l'empereur de Salonique, Théodore 
Comnène, fut battu par les Bulgares et fait prisonnier avec 
toute sa suite. Salonique, Verria, la Chalcidique et une 
partie de la Thessalie formèrent un despotat dont l'adminis- 
tration fut confiée par le roi bulgare Assen II à son gendre, 
Manuel Comnène. Au Mont Athos (en Chalcidique), Assen II 
confirma les privilèges du couvent bulgare « Zographe » et 
le gratifia de nouveaux dons ; il y enrichit de même le Protat 
et le couvent dit Lavra. Il donna des privilèges aux com- 
merçants de la république de Raguse, t dans leur commerce 



*) Guillelmi Tyrensis Historia rerum in partibus transmarinis gesta 
rum, lib. II, cap. III, IV, XVIII. 

2 ) Nicetse Chonitae Historia. Ed. Bonnse, p. 612 — 613. 



— 67 — 

avec les villes de Macédoine : Salonique, Scopié, Prilep, etc. 
Cavalla, sur la mer Egée, portait alors le nom bulgare de 
Morounets. Les Bulgares, dont les agglomérations entou- 
raient Salonique devenaient de plus en plus un élément 
important de la vie sociale et politique de cette ville au 
XIV e s. Ils jouèrent un rôle très actif dans la guerre socio- 
religieuse de Salonique, où le parti des Zélotes, composé pour 
la plupart d'artisans et d'ouvriers bulgares, extermina un 
jour la classe riche et dirigea un certain temps les destinées 
de la ville. Grégoire Akindyne, Bulgare de Prilep (Macé- 
doine), célèbre polémiste byzantin, était un des chefs des 
Zélotes. 

Vers le milieu du XIII e s., les Grecs acquirent la prio- 
rité sur les Bulgares dans la Macédoine méridionale. La 
mort du roi bulgare, Assen II, et les troubles dans les Bal- 
kans permirent à l'empereur Vatace de s'emparer durant 
les années 1246 — 1254 de toute la Macédoine. Cependant, 
en 1254, le pays fut restitué au royaume bulgare, grâce au 
soulèvement de la population contre le pouvoir grec. L'agi- 
tation bulgare dans la Macédoine centrale, à Prilep, Velès, 
Chtip, et l'insurrection du voïvode Dragota dans les gorges 
de Roupel 1 ) en 1255, servirent de leçon aux empereurs grecs. 
Ces derniers renforcèrent les anciennes colonies grecques 
affaiblies et en fondèrent de nouvelles. Ainsi, la petite ville de 
Melnik, qui au XI e s. était peuplée de Bulgares, reçut une 
colonie grecque 2 ). La population rurale du département de 
Serrés fut de même renforcée de colons grecs, les nommés 
Darnakides, conservés jusqu'à présent et répartis dans 
cinq villages : Veznik, Dovichta, Topoliani, Soubach-Keuy, 
Sarmoussakly. L'ancienne colonie grecque du Pangée a été 
également renforcée par de nouveaux contingents de colons 
grecs, sa position étant devenue désespérée : elle était pres- 
que submergée par le flot bulgare. 



*) Manuscrit grec n° 1238 à la Bibliothèque Nationale de Paris. 
a ) G. Acropolita. Ed. Bonnae, p. 54, 115, 125. 



— 68 — 

Quant à la Macédoine centrale et celle du sud-ouest, sa 
population bulgare est restée intacte. L'élément bulgare y 
formait non seulement une majorité écrasante mais s'éten- 
dait plus au sud, en Thessalie et jusqu'à l'Epire. L'historien 
byzantin Nicéphore Grégoras, qui passa en 1328 avec une 
mission diplomatique par Petritch et Stroumitsa, en té- 
moigne suffisamment 1 ). Un autre byzantin, George Acro- 
polite 2 ), parle de l'élément bulgare de Vodéna, Prilep, Vélès, 
Chtip, etc, au XIII e s. Le chroniqueur byzantin Phrant- 
zès 3 ) affirme que la Macédoine occidentale, gouvernée au 
XIV e s. par le roi Marko, était bulgare. Quant au caractère 
bulgare de la population de la Macédoine du nord, de la 
même époque, il est attesté par les chroniqueurs turcs qui 
racontent la conquête turque de ce pays, tels: Hodja Sea- 
deddine 4 ), Ramazan-Zadé 5 ), etc. Ces auteurs appellent la 
région de Kratovo, Koumanovo, Kriva-Palanka, Chtip, 
Kustendil, Radovich, etc. « diar bolgare » (pays bulgare). 
Au XIV e s. les Bulgares de Thessalie et de l'Epire n'étaient 
pas encore grécisés. En 1336, l'empereur byzantin, Andro- 
nic III, parle dans une de ses chartes des agglomérations 
bulgares en Thessalie centrale 6 ). En 1423, les Bulgares de 
Thessalie luttent contre Turcs et Grecs et arrivent même 
à prendre la ville de Larissa 7 ). En 1379, Bulgares, Albanais 
et Valaques de l'Epire se révoltent contre le gouverneur 
serbe du pays, Thomas Prélubovitch 8 ). 



*) Nie. Gregorœ Hist. Byzantinae. Ed. Bonnae, I, 375 à 379. 

2 ) Cité plus haut, p. 67. 

3 ) Chron. Ed. Bonnae, p. 54. 

4 ) Manuscrit turc à la Bibliothèque Nationale de Sofia, fol. 51. 
6 ) Manuscrit turc à la même bibliothèque, fol. 298. 

6 ) Heuzey et Daumet, Mission archéologique de Macédoine. Paris 1876, 
p. 453. 

') D. Urquhart, Der Geist des Orients. Stuttgart & Tubingen 1839, 
Vol. I, 226. 

8 ) ^loropabv, Kofiv^vou zoy ptova%ou xai IIpôxÀou fiova%ob nepl 
dtayàpcov dzonozcTjv tïjÇ 'Hneîpou, etc. Ed. G. Destounis. Pétrograde 
1858 ; p. 21 à 22. 



— 69 — 

La domination serbe en Macédoine. 

Dans le passé médiéval, la Macédoine connut encore 
une autre domination politique, celle des Serbes. Cette 
domination ayant été de courte durée et se heurtant à une 
forte population bulgare, ne changea nulle part sensible- 
ment l'ethnographie du pays. A la fin du XII e s., lorsque 
le grand joupan serbe Némania réussit à réunir les tribus 
sud-est serbes en un Etat, l'élément bulgare habitait encore 
au nord du Char, c'est-à-dire en dehors des limites naturelles 
de la Macédoine; la ville de Prizrend restait dans le cadre 
ethnique bulgare. C'est ici que se réunirent les révolution- 
naires bulgares et y levèrent l'étendard de la révolte contre 
l'oppression byzantine. Prizrend tomba entre les mains des 
Serbes seulement sous Ouroch I (1243 — 1276); la Macédoine 
du nord, avec les villes de Tétovo, Dèbre, Scopié, devint 
serbe sous Miloutine (1281 — 1321). Son successeur, Stéphan 
Detchansky (1321 — 1331) occupa Vélès et Chtip. Son fils, 
Stéphan Douchan (1331 — 1355) réalisa les derniers succès 
en conquérant progressivement toute la Macédoine ; ainsi, 
en 1334, il annexa à son Etat, Prilep ; en 1342, Vodéna, 
Stroumitsa et Melnik, et en 1345 Serrés. Reconnaissant 
l'importance de l'élément bulgare en Macédoine annexée, 
le premier roi serbe, qui mit pied en Macédoine septentrio- 
nale, Miloutine, s'intitulait déjà quelquefois entre autres «roi 
des Bulgares » 1 ). De même, le dernier souverain serbe de ce 
pays, Douchan, portait ce titre, ainsi qu'il appert des actes 
officiels de ce prince 2 ). 

Immédiatement après la mort de Douchan, en 1355, 
une anarchie complète régna dans l'Etat serbe. St. Sta- 



x ) V. Makoucheff, Les archives italiennes (Cf. le supplément au vol. XIX e 
des Mémoires de l'Académie des sciences russe. Pétrograde 1871, n° 4, p. 13, 
en russe). 

2 ) Monumenta slavorum meridionalium. Zagrabise 1870, vol. II, p. 278. 
— S. Novakovitch, Le code de Stéphan Douchan. Belgrade 1898, p. 3 (en 
serbe). — S. Novakovitch, Monuments juridiques. Belgrade 1912, p. 708 (en 
serbe). — Miklosich, Monumenta serbica, p. 124, etc. 



— 70 — 

noïévitch, professeur d'histoire serbe à l'Université de Bel- 
grade, décrit ainsi la situation dans la Serbie d'alors: « Du 
vivant de Douchan, le pouvoir central et l'autorité du sou- 
verain étaient solides; il était donc possible d'y maintenir 
l'ordre et d'obliger les partis centrifuges et les éléments 
séparatistes d'associer leurs intérêts et leurs tendances à 
ceux de l'Etat. Il y en avait assez, de ces intérêts et de ces 
tendances, vu que le royaume de Douchan était composé 
d'éléments différents par leur nationalité, religion, tradi- 
tions, culture et tendances politiques. Le roi Douchan 
n'avait ni le temps, ni le talent, ni la force de niveler ces 
éléments. Sa personnalité seule maintenait cette hétérogé- 
néité et empêchait la décadence. Après sa mort, sous le 
règne de Ouroch (1355 — 1371), prince faible, sans volonté, 
ni énergie, sans talent, ni autorité, la dislocation com- 
mença son œuvre .... Certaines parties n'étaient pas 
encore solidement inféodées au centre créateur du royaume 
de Douchan; les différentes provinces de ce grand Etat 
n'avaient pas pu s'amalgamer en si peu de temps, s'adap- 
ter aux mêmes intérêts, tendances et idéaux. Dans cer- 
taines de ces provinces, on n'avait pas encore pu effacer 
les traces d'autres groupements politiques, d'autres sphères, 
d'autres influences culturelles, politiques et religieuses, et, 
souvent aussi, d'autres fondements nationaux. C'est pour- 
quoi, quelques provinces, indépendemment de leurs sou- 
verains, désiraient atteindre le but en vue duquel travail- 
laient leurs ambitieux dominateurs féodaux qui étaient 
prêts à affaiblir le pouvoir royal pourvu que leur influence 
en sortit raffermie » x ). 

On sait ce qui advint de cet Etat: il se morcela en 
lambeaux ayant à leur tête, des maîtres indépendants. En 
dix ans, tout ce qu'avait bâti Douchan s'écroula: la Macé- 
doine occidentale se sépara et mit à sa tête Volkachine 
qui se proclama roi à Prilep en 1366; son frère Ouglech 



2 ) Stanoïévitch, Histoire du peuple serbe. Belgrade 1910, 2 e édit., p. 142 
à 143 (en serbe). 



— 71 — 

garda la Macédoine orientale, alors que les fils de Deïan 
s'attribuèrent la Macédoine du nord. Dans les anciens do- 
cuments, ces gouverneurs de provinces macédoniennes 
peuplées de Bulgares sont appelés « princes bulgares ». Le 
roi Marko, fils de Volkachine, porte ce titre, ainsi que l'at- 
testent les mémoires du serbe Mikhaïl d'Ostrovitsa 1 ). Le 
Byzantin Phrantzès affirme que Marko gouvernait une 
partie de la Bulgarie 2 ), alors que dans les mémoires de l'Al- 
banais Jean Mosachi, il est dénommé «Marco, roi bulgare » 3 ) 
et que le Grec, Théodore Spandouyn Cantacuzène, l'appelle 
«seigneur de Bulgarie» 4 ), etc. De même, le prince de la 
Macédoine septentrionale, Constantin, fils de Deïan, est 
inscrit comme «voïvode bulgare» dans l'ancien obituaire 
du couvent de Pchinia 5 ). Les chroniques turques, celle de 
Hodja Seadeddine 6 ) et de Ramazan-Zadé 7 ) parlent de Cons- 
tantin comme du souverain de « terre bulgare » (diar bol- 
gare), etc. 

De ce qui précède il résulte que la Macédoine pouvait 
bien se trouver dans le cadre de l'influence serbe tant qu'elle 
était sous la dépendance directe de l'Etat serbe, et tant que 
les forteresses et les villes de Macédoine ne pouvaient se 
fortifier que par des garnisons et les colons serbes. La ville 
de Serrés resta dix ans seulement (1345 — 1355) dans l'Etat 
serbe; Vodéna, Stroumitsa et Melnik 13 ans (1342 — 1355); 
Prilep 21 ans (1334—1355); Velès et Chtip 25 ans (1330 à 
1355); Scopié, Tétovo et Dèbre 73 ans (1283—1355). Les 
documents ne nous parlent pas de colonies rurales serbes 
en Macédoine; les colons serbes accompagnaient les auto- 
rités dans les villes et les forteresses. Cette période a été 



*) Cf. la revue académique serbe « Glasnik », XVIII, 80. 

2 ) Chron. Ed. Bonnse, p. 54. 

3 ) Hopf, Chroniques gréco-romaines. Paris 1873, p. 273. 

4 ) Petit traité de l'origine des Turcs par Théodore Spandouyn Canta- 
casin. Publié par Ch. Schefer. Paris 1896, p. 272. 

5 ) « Spoménik » de l'Académie des sciences serbe, XXIX, 9. 

6 ) Manuscrit dans la Bibliothèque Nationale de Sofia, fol. 51. 

7 ) Manuscrit dans la même bibliothèque, fol. 298. 



— 72 — 

très courte. Après la mort de Douchan (1355) aucune émi- 
gration ne se produisit de Serbie en Macédoine. Les colonies 
serbes qu'il y avait à Scopié 1 ), à Verria 2 ), à Kratovo 3 ) et 
ailleurs se sont retirées, en partie, après la séparation de la 
Macédoine du noyau de l'Etat serbe et, en partie, se sont 
fondues peu à peu dans la majorité de la population locale 
bulgare. Ce qui en restait fut paralysé complètement par 
l'arrivée des Turcs. Les villes étaient peuplées de colons 
turcs et la plus grande partie de la population chrétienne fut 
ou bien turcisée, ou bien obligée de se disperser dans les 
villages. La population actuelle urbaine bulgare de Macé- 
doine dans sa majeure partie est récente; elle est venue des 
villages environnants au XVIII e et XIX e s. On sait que 
dans les villes comme Scopié, Kustendil, Chtip, Prilep, la 
population chrétienne avait considérablement diminué et 
se maintenait dans quelques quartiers excentriques, comme 
par exemple à Novo-Sélo près Chtip, à Varoche près de 
Prilep, à Koloucha près Kustendil, etc. 

L'influence serbe se fit sentir une fois encore en Macé- 
doine; ce fut pendant la domination turque. Grâce au 
Grand vizir, Mehmed Sokolovitch, frère du patriarche 
serbe Makarius, le Patriarcat serbe d'Ipek fut restauré 
(v. plus haut, p. 21) et la Macédoine du nord rattachée à 
la juridiction spirituelle serbe pendant deux siècles (1557 à 
1766). Les villes de Tétovo, Scopié, Chtip, Kustendil, Kra- 
tovo, Samokov étaient gouvernées spirituellement par le 
clergé supérieur serbe qui s'efforçait d'y implanter des tra- 
ditions serbes. Cependant, les espoirs serbes vinrent se briser 
contre le sentiment national bulgare de la population. 



*) Des fonctionnaires principalement. 

2 ) Douchan envoya à Verria une garnison serbe, quelques mercenaires 
allemands et des notables serbes. Lors de la prise de la ville par les Grecs 
(1350), toute la garnison serbe, forte de 1500 cavaliers, capitula. Le reste de 
la colonie serbe s'enfuit plus tard en Serbie (Cantacuz. Historia. Ed. Bonnœ, 
III, p. 120, 129). 

3 ) La colonie serbe à Kratovo se composait d'employés des mines de 
plomb et de quelques marchands ragusins. 



- 73 — 

L'autorité ecclésiastique serbe dut reconnaître elle-même le 
caractère bulgare de la population de la Macédoine du nord, 
comme l'attestent, du reste, une série de documents con- 
servés. Les patriarches d'Ipek s'intitulaient: «Patriarche 
de tous les Serbes, des Bulgares, etc. » 1 ). La correspondance, 
les notes laissées, les rapports des patriarches serbes té- 
moignent du caractère bulgare des chrétiens de la Macé- 
doine septentrionale, telles les notes et la correspondance du 
patriarche Arsène Tchernoévitch, de 1686 2 ), de 1688 3 ), le 
rapport du patriarche V. Brkitch, de 1771 4 ), etc. Des 
documents grecs contemporains confirment ce fait 5 ). En 
1766, le Patriarcat serbe fut supprimé et la Macédoine 
du nord passa au pouvoir du Patriarcat grec de Cons- 
tantinople. 

L'élément serbe dans la Vieille Serbie et l'élément bul- 
gare dans la Macédoine septentrionale subirent de grandes 
pertes pendant les guerres austro-turques. En 1689 — 1690, 
les Autrichiens occupèrent la Vieille Serbie et pénétrèrent 
en Macédoine jusqu'à Vélès, Chtip, Kustendil. La popula- 
tion chrétienne prit les armes et s'allia aux libérateurs. Mais 
lorsque les Turcs, à leur tour, battirent les Autrichiens, cette 
population épouvantée s'enfuit en masse vers le nord avec 
les Autrichiens en retraite. Cette fuite fut stimulée par le 
patriarche serbe Arsène III, qui négociait avec l'Autriche 
l'émigration de ses ouailles dans la monarchie danubienne, 
qui avait besoin de colonistes pour ses frontières. Arsène 
émigra en Autriche méridionale avec le clergé, les moines 
et une grande partie de la population. La Vieille Serbie, le 



1 ) L. Stoïanovitch, Inscriptions et notes vieilles serbes, Belgrade, n° 645, 
751, 806, 843, 1202, 1749. — « Spoménik » de l'Académie des sciences serbe, 
LI, p. 106, 110. 

2 ) 1. S. Yastréboff, Contributions à l'histoire de l'Eglise serbe. Belgrade 
1879, p. 83 (en serbe). 

3 ) « Spoménik », XXXVIII, 73. 
') « Spoménik », X, 47, 54. 

5 ) redscov, "Eyfpacpa 7Zo.zpcap%cxd, etc., p. 55. 



— 74 — 

centre politique et spirituel serbe d'autrefois, se dépeupla. 
Alors les Albanais mahométans descendirent des montagnes 
voisines, envahirent la Vieille Serbie et la Macédoine 
septentrionale, restées à moitié désertes, massacrèrent 
une partie des chrétiens, s'installèrent dans leurs villages 
dévastés et imprimèrent ainsi un nouveau cachet ethnique 
à ces contrées. L'élément albanais se renforça en Vieille 
Serbie et plus tard, en 1737, au détriment des Serbes, qui, 
par suite de la guerre austro-turque, émigrèrent de nouveau 
en Autriche. Les colons albanais formèrent une enclave 
entre les tribus serbe et bulgare et pénétrèrent jusqu'à 
Vrania, Leskovets et Nich. La Macédoine était séparée de 
l'élément serbe par une forte ceinture de colonies albanaises, 
notamment dans les districts de Tétovo, Scopié, Kouma- 
novo, Préchovo. C'est ainsi que, grâce à ces fluctuations, prit 
fin le voisinage direct de Serbes et Bulgares en Macédoine 
septentrionale. 

La domination turque. 

L'invasion des Turcs dans la péninsule balkanique pro- 
duisit de grands changements ethnographiques. L'occu- 
pation de la Macédoine commença en 1371; elle fut com- 
plète en 1430, avec la prise de Salonique. Après une longue 
domination de cinq siècles, la force turque fut brisée par la 
Bulgarie régénérée en 1912, sur les champs de bataille de 
Lulé-Bourgas. 

La domination turque dans la péninsule balkanique 
peut être définie en deux mots: injustice complète et 
arbitraire inouï envers la population chrétienne. Dès l'in- 
vasion des Turcs, le sultan distribua la terre conquise entre 
ses chefs féodaux militaires, et déclara la population chré- 
tienne raïa (soumis) digne seulement de travailler comme 
esclave les terres des fermiers turcs. La Macédoine avait le 
malheur de posséder la plus grande partie de ces domaines 
féodaux. Une partie seulement des chrétiens restèrent 



— 75 — 

maîtres de leurs terres, quoique surchargés d'impôts. Outre 
des impôts ordinaires, le Bulgare macédonien souffrait sur- 
tout de l'impôt capital dont on frappait seulement la popu- 
lation chrétienne mâle au-dessus de 14 ans. Une autre 
charge qui pesait lourdement sur les familles chrétiennes, 
c'était le corps des Janissaires, la grande force mili- 
taire de la Turquie d'autrefois. On y incorporait les plus 
beaux enfants chrétiens âgés de 10 ans, qu'on arrachait 
violemment à leurs parents, qu'on élevait dans l'islamisme 
et qu'on dressait dans l'art militaire pour la défense de l'em- 
pire et de la religion mahométane. Non moins lourde et 
arbitraire était la corvée dont on chargeait des villages 
entiers, en vue de la construction de forteresses, routes, 
ponts, etc. 

Les perturbations ethnographiques causées par les 
Turcs furent les plus sensibles au début de l'invasion. La 
population chrétienne des villes macédoniennes souffrit 
avant tout. Massacrée, turcisée, ou emmenée en captivité 
en Asie Mineure, la population urbaine de la Macédoine fut 
réduite à une minorité insignifiante. Les villes colonisées 
par des Turcs venus de l'Asie Mineure, reçurent une em- 
preinte tout à fait orientale. Des colons turcs ruraux furent 
installés dans les localités les plus fertiles de la Macédoine; 
de plus, dans certaines régions macédoniennes la population 
rurale bulgare fut contrainte à embrasser l'islamisme: ce 
sont les ainsi appelés « Pomaks », ou autrement dit, Bulgares 
mahométans. 

Cependant, quoique mahométans, les Pomaks sont de 
purs Bulgares de race et de langue. Ils ont conservé leur 
langue maternelle, se tiennent à l'écart des Turcs, évitent 
les mariages avec eux et ne connaissent pas la polygamie 
islamique. De plus, ils ont conservé leurs us et coutumes, 
leurs anciennes traditions locales, ainsi que leurs chansons 
populaires bulgares. Les Pomaks eux-mêmes appellent leur 
parler « bulgare »; c'est sous ce nom du reste qu'il est connu 
des Turcs qui affirment dans un de leurs proverbes: 



— 76 — 

A Constantinople on parle le mieux le turc, 
à Elbassan l'albanais, 
à Tikvech 1 ) le bulgare. 

Le plus grand nombre des Pomaks embrassèrent l'is- 
lamisme au XVI e s., au temps où, aux fins de consolider 
l'empire, les sultans avaient turcisé systématiquement. 
La turcisation fut très puissante encore au XVII e s. et vers 
le début du XIX e s. elle disparut. Dans les Annales bul- 
gares relatives aux événements des XVI e et XVII e s., on lit 
entre autres : « Le sultan envoya en Macédoine son Grand 
vizir avec une armée forte de 33,000, qui procéda à la turci- 
sation du pays. Il commença par Drama pour finir avec la 
Bosnie. Furent alors turcisés le Rhodope, Tchépino, Kroup- 
nik, Kotchani ». 

Les Pomaks connaissent leur origine bulgare, mais ils 
en parlent sans plaisir. Ils sont illettrés, s'attachent plutôt 
à la religion qu'à la nationalité et aiment à s'appeler Turcs. 
Chez leurs voisins, ils sont connus généralement sous le 
nom de Pomaks, quoiqu'ils portent aussi d'autres noms 
locaux, comme par exemple celui de Torbeches dans la 
Macédoine occidentale, celui de Dilsyses (c'est-à-dire «sans 
langue » qui ne connaissent pas le turc) à Tikvech. La dé- 
nomination Torbeche est la plus ancienne; elle tient son 
origine des Torbeches Bogomiles, ancienne secte dualiste 
bulgare qui la première embrassa l'islamisme comme ce fut 
le cas des Bogomiles en Bosnie. Les Bogomiles avaient 
l'habitude de porter toujours un sac en bandoulière où ils 
mettaient l'évangile et la frugale nourriture qu'ils rece- 
vaient de la charité publique. Pour s'en moquer, les Bul- 
gares orthodoxes les appelaient Torbeches (porteurs de sac) 
du mot « torba » (sac) et les Grecs, Phoundaïtes, du mot 
« phounda » (sac). Dans l'Albanie septentrionale, les Bogo- 
miles qui avaient passé au catholicisme portent de nos jours 
encore le nom de Phounda. 



x ) Région de la Macédoine centrale, peuplée de Pomaks. 



— 77 — 

Il y a en Macédoine environ 300 villages pomaks, dont la 
plupart sont privés de population bulgare chrétienne; les 
Pomaks atteignent le nombre de 154,410 individus. A l'ex- 
ception du Rhodope, nulle part ailleurs, ils ne forment un 
groupe trop étendu. La plus grande agglomération pomak 
est donc celle du Rhodope, 100 villages environ, dans les 
districts de Nevrokop et de Drama. Des villages séparés de 
ce groupe, qui probablement embrassèrent plus tôt la reli- 
gion de Mahomet, se trouvent du côté de Cavalla; dans la 
plupart d'entre eux, la population mâle est bilingue et 
s'absorbera vite par la masse turque. Le long de la 
Strouma se trouve le groupe de Kroupnik-Simitly avec six 
villages pomaks. Dans le bassin de la Mesta supérieure est 
situé le groupe de Razlog, avec sept villages pomaks. Les 
Pomaks de la Brégalnitsa supérieure sont répartis en douze 
villages. Sur le moyen Vardar est situé le groupe considé- 
rable de Tikvech, avec environ trente villages ; à peu près 
égal est le groupe Mogléna, dans les districts de Sâbotsko, 
Vodéna et Enid je- Vardar. Dans les confins de la Macédoine 
occidentale, les plus grandes agglomérations pomaks sont 
celles de Kitchévo, environ 15 villages, et de Dèbre-Réka, 
avec 40 villages environ ; moindres sont celles de : Castoria 
avec douze villages environ, Prespa avec dix villages, Okh- 
rida avec huit, Scopié (le long de la Markova-Réka) six vil- 
lages. Le grand groupe de Gora, dans le Char, n'entre pas 
dans les limites naturelles de la Macédoine. Lors des guerres 
balkaniques, depuis 1912, une partie de la population pomak 
émigra, avec les Turcs, en Asie Mineure. 

Par ce qui précède on comprend que la domination 
turque jusqu'au XVIII e s. a causé la diminution de la 
population bulgare partout dans les villes et dans certaines 
agglomérations rurales, l'a rendue pauvre et l'a humiliée. 
De plus, les privilèges accordés au Patriarcat grec par les 
Turcs ajoutèrent au joug politique et matériel des Bulgares 
un joug spirituel et moral, celui des Grecs. L'élément bul- 
gare, privé de ses églises et de ses écoles nationales, perdit 



— 78 — 

doublement; dans certains confins méridionaux, il fut gré- 
cisé, dans d'autres, tout en conservant sa langue et ses tra- 
ditions nationales, il est resté en arrière au point de vue de 
sa culture intellectuelle et de sa littérature nationale. Sa 
renaissance ne commença qu'au XIX e s. 

La renaissance bulgare. 
Les champions macédoniens. 

Exposé aux vexations des Turcs, tenu dans l'ignorance 
par le clergé grec, le Bulgare ne put songer à son réveil 
national qu'au XIX e s. seulement. Quoique venu le dernier 
sur l'arène du progrès moderne, grâce à son goût au travail 
et à la ténacité de race, il a su réaliser des progrès et devan- 
cer même l'élément dominant. Le Bulgare inaugura sa 
renaissance par la diffusion de l'instruction du peuple en 
langue populaire et par l'affermissement du sentiment na- 
tional. L'étape suivante était marquée par une lutte contre 
le clergé grec pour l'indépendance religieuse bulgare. De 
cette lutte de 40 ans, le Bulgare sortit vainqueur: en 1870, 
l'Eglise nationale bulgare fut constituée. Les décades sui- 
vantes furent consacrées à l'émancipation politique du ré- 
gime turc. Cette ère de révoltes et les insurrections en masse 
de l'élément bulgare ne prirent fin qu'avec l'écroulement du 
pouvoir turc en Macédoine, en 1912. Et dans toutes ces 
trois manifestations nationales: instruction, luttes reli- 
gieuses et luttes politiques, le cœur du Bulgare macédonien 
battait à l'unisson et simultanément avec celui de ses con- 
génères de Thrace et de la Bulgarie danubienne. Le plus 
souvent même, l'initiative partait de la Macédoine bulgare 
dont les fils éclairés devinrent les vrais précurseurs de la 
renaissance bulgare. 

Bien des circonstances contribuèrent au réveil national 
des Bulgares en Macédoine, entre autres: les guerres de 
la Russie et de l'Autriche contre la Turquie, le déclin rapide 
de la Turquie, les insurrections serbe et grecque, la pros- 



— 79 — 

périté économique de la population bulgare du XIX e s. 
ainsi que l'augmentation de sa population urbaine qui, plus 
tard, tiendra, avec le clergé, l'étendard de la renaissance. 

Les guerres que la Russie et l'Autriche firent à la Tur- 
quie dès la fin du XVII e s., amenèrent l'amoindrissement 
progressif de l'Etat turc et la perte de son prestige. L'idée 
de l'indestructibilité du pouvoir de la Turquie d'antan dis- 
parut petit à petit au sein des populations chrétiennes 
des Balkans, surtout depuis que des petits peuples, tels 
Serbes et Grecs, réussirent, au début du XIX e s., à créer 
des Etats autonomes. Le prestige du pouvoir central turc 
diminuait graduellement, même en regard de la popula- 
tion turque elle-même; des gouverneurs locaux indépen- 
dants surgirent dans plusieurs endroits. Ainsi, Ali-Pacha de 
Jannina (1741 — 1822) occupa l'Epire, l'Albanie du sud et 
une partie de la Macédoine. A Okhrida et Dèbre sévissait 
Djelaléddine bey; Moustapha Pacha de Scutari s'appro- 
pria la Macédoine nord-ouest jusqu'au Vardar, etc. En 
outre de multiples bandes de voleurs, les ainsi nommés 
«Kyrdjaly» mirent la Turquie en pleine anarchie, à la fin 
du XVIII e et au début du XIX e s. Ces bandes se com- 
posaient non seulement de Turcs, mais aussi de chrétiens, 
poussés par le désir de piller les biens privés et royaux. Ils 
incendièrent des villes et villages, massacrèrent la popula- 
tion et emportèrent dans leurs camps des richesses incal- 
culables. 

Les riches propriétaires fonciers turcs comprirent les 
premiers l'insécurité de la situation. Les administrateurs 
de leurs fermes quittèrent rarement la ville pour surveiller 
leurs biens travaillés par la population bulgare; le pouvoir 
central turc, ainsi que les fermiers turcs, commencèrent à 
mieux considérer la population travailleuse bulgare. Elle 
vint plus souvent en ville, elle fut autorisée à s'établir dans 
les faubourgs des villes, à s'occuper de petits métiers, à 
exploiter les champs, les vignes et les jardins dans les envi- 
rons immédiats de la ville. Beaucoup de propriétaires- 



— 80 — 

fermiers turcs devinrent des rentiers après avoir cédé leurs 
fermes à des locataires bulgares. Petit à petit, les Bulgares, 
en quelque sorte esclaves des fermiers, acquirent une partie 
des terres labourables. 

Le petit noyau de la population bulgare des villes aug- 
menta rapidement, grâce à l'afflux des paysans. Bytolia, 
Prilep, Scopié, Chtip, Kustendil, qui avaient l'air de villes 
turques, prirent de ce chef un autre aspect, celui de la 
population mixte. Les artisans bulgares se groupèrent en 
corporations. Ils se réunissaient en assemblées générales où, 
à côté des questions d'ordre professionnel, on discutait des 
questions religieuses et sociales telles que: construction d'é- 
glises et d'écoles, engagement d'instituteurs, envoi de dé- 
putations à Constantinople pour plaider la conquête de 
certains droits, etc. Dans ce domaine, la bourgeoisie tra- 
vaillait en accord commun avec le bas clergé bulgare (le 
haut clergé était grec) et avec les moines. 

Ayant ainsi créé un milieu conscient, dans les villes, de 
nouvelles impulsions survinrent qui reflétèrent l'esprit pro- 
gressif et éducatif qui avait imprégné l'Europe occidentale 
et, en partie, la Russie, après la révolution française. Du 
reste, les commerçants bulgares fort instruits de Macédoine, 
vivant à Budapest, Novi-Sad, Belgrade, Vienne, Leipzig, 
Odessa, Constantinople, Smyrne, etc. s'étaient déjà engagés 
dans cette voie. La Macédoine, à cette époque, exportait 
surtout du coton x ), du tabac, des peaux et autres produits. 
Les grands centres commerciaux étaient Serrés, Salonique, 
Velès, Prilep, Bytolia, Okhrida 2 ). Les foires de Serrés et 
Prilep étaient les plus connues dans les Balkans; de nom- 
breux commerçants indigènes et étrangers s'y donnaient 



*) Actuellement, on sème relativement peu de coton en Macédoine. Les 
plantations américaines de coton et l'industrie cotonnière anglaise ont tué 
cette industrie naguère si prospère en Macédoine. 

2 ) Pour le commerce de coton et tabacs en Macédoine d'il y a cent ans, 
consulter entre autres: Félix de Beaujour, Tableau du commerce de la 
Grèce depuis 1787 jusqu'à 1797. Paris 1800, 2 vol. 



— 81 — 

rendez-vous. Alors que les Turcs se contentaient du 
pouvoir nominal, Bulgares et Grecs devenaient les facteurs 
principaux du commerce macédonien. Il y avait des comp- 
toirs bulgares à Belgrade, Novi-Sad, Budapest, Vienne, 
Leipzig, etc., à la tête desquels étaient placés des Bulgares 
de Vélès, Razlog, Kratovo, Paîanka, Okhrida et autres 
villes. 

Les commerçants bulgares de l'étranger, qui étaient 
témoins du progrès des autres peuples, compatissaient de 
toute leur âme avec leur patrie asservie. Ils ne ménageaient 
ni efforts, ni moyens pour lui venir en aide et pour contri- 
buer à son relèvement national et spirituel. Les commer- 
çants qui avaient vécu la plupart du temps parmi leurs 
compatriotes de Macédoine, en faisaient autant. Ainsi, au 
XVIII e s. se trouva à Venise et Budapest, parmi des com- 
merçants bulgaro-macédoniens, leur compatriote, l'écrivain 
et graveur Christophore Jéf arovitch, qui imprima à Vienne, 
en 1741, sa « Stématographie » contenant les armoiries 
nationales bulgares et yougoslaves et les images des saints 
bulgares et serbes. Il était natif de Doïran (Macédoine). 
L'archevêque serbe Pavel Nénadovitch le proclame: 
« zélateur de la patrie bulgare ». 

Ainsi, en 1792, le commerçant bulgaro-macédonien 
Marko Théodorovitch fournit les moyens pour l'impres- 
sion d'un abécédaire slave. Sur la couverture du livre, à 
coté du nom de l'éditeur, il est écrit: «Marko Théodoro- 
vitch, Bulgare, né à Razlog (Macédoine) ». Un autre com- 
merçant macédo-bulgare à Budapest, Nécho Markovitch, 
de Kratovo, fournit les moyens pour l'impression du premier 
calendrier bulgare, en 1818, avec cette annotation: «pour 
faciliter le peuple bulgare ». D'autres commerçants de la 
Macédoine du nord, tels que: Hadji Petso de Chtip, Hadji 
Stanko de Kratovo, Dimitri Philippovitch de Palanka, etc., 
soutiennent de leurs subsides l'écrivain Hadji Yakim de 
Kitchévo, pour imprimer à Budapest, en 1814, 1817 et 
1819, ses œuvres « rédigées dans la plus simple langue bul- 

6 



— 82 — 

gare ». En 1822, la colonie macédo-bulgare commerciale 
d'Odessa commande un cadre précieux en argent pour l'icône 
de St- Georges et l'adresse au couvent bulgare de Zographe, 
au Mont Athos, avec l'inscription suivante: «De la part des 
commerçants slavo-bulgares d'Odessa, originaires de diffé- 
rents diocèses de la Macédoine ». 

D'autre part, les commerçants bulgares de Salonique 
subventionnent l'écrivain bulgare Théodossi de Doïran 
(Macédoine du sud), aux fins d'ouvrir dans cette ville, en 
1838, une imprimerie bulgare. Georges Samourkache, no- 
table commerçant bulgare à Bucarest, contribue à la tra- 
duction de quelques livres de son compatriote Théodossi. 
Nous passons sous silence les multiples exemples posté- 
rieurs 1 ). 

Le développement de la population urbaine bulgare, 
ainsi que le renforcement économique de la population bul- 
gare de la Macédoine devinrent l'ambiance favorable à la 
culture du sentiment national. Nous avons déjà vu qu'à 
cet égard les Bulgares macédoniens vivant à l'étranger et 
les notables commerçants du pays y contribuèrent dans une 
large mesure; ce fut le terrain où l'on ne devait pas tarder 
à ensemencer le bon grain. Les instituteurs-écrivains bul- 
garo-macédoniens en furent les meilleurs instruments et les 
premiers de la renaissance en général, devançant ainsi leurs 
comilitants des autres parties de la Bulgarie. C'est pour 
cela qu'on peut affirmer avec infiniment de raison que la 
Macédoine a été le berceau de la renaissance bulgare. 

Après le susnommé Christophore Jéfarovitch de Doï- 
ran, qui publia en 1741 les armoiries et les images des saints 
bulgares, le moine Pàissi, des confins septentrionaux de la 
Macédoine, fut le premier Bulgare qui, en 1762, proclama 
catégoriquement les droits de la langue et de la nationalité 
bulgares, rappela les exploits des rois déjà oubliés et 



l ) Cf. les renseignements sur les champions de la renaissance bulgare en 
Macédoine dans mon ouvrage: Les Bulgares en Macédoine. 2 e édit. Sofia 
1917, passim (en bulgare). 



— 83 — 

des saints bulgares. Il stimula enfin son peuple à la lutte 
contre les atteintes portées par les Grecs aux droits natio- 
naux et religieux des Bulgares. Le cri d'alarme de Païssi fut 
entendu, grâce à son «Histoire slavo-bulgare», écrite au Mont 
Athos (Macédoine du sud), qui se répandit en une mul- 
titude d'exemplaires manuscrits à travers la patrie bulgare, 
jusqu'à ce qu'elle fut imprimée en 1844 également par un 
Macédonien, Christaki Pavlovitch 1 ). Parallèlement à cette 
activité, Païssi parcourait les villes et les villages, allumait 
par son verbe l'étincelle qui, plus tard, devait devenir 
une superbe flamme. On peut se rendre compte à la lecture 
des lignes suivantes des accents que pouvait produire l'âme 
révoltée et indignée du moine bulgare à la suite des exac- 
tions turques et de la tyrannie du clergé grec: 

« Inspiré d'un amour ardent pour mon peuple et ma 
patrie, je me suis donné trop de peine pour recueillir dans 
différents ouvrages les renseignements nécessaires et exposer 
dans cet opuscule les annales du peuple bulgare. Je l'ai 
écrit pour vous, qui chérissez votre peuple, votre patrie et 
votre langue, afin qu'il vous profite et stimule votre dignité 
nationale ... Et que dire de vous autres, tombés dans l'indo- 
lence vis-à-vis de votre peuple, qui convoitez la langue et 
la nationalité étrangères, qui apprenez à lire et à parler le 
grec ? insensé ! pourquoi es-tu honteux de te dire Bulgare 
et de ne pas lire et parler ta langue ? Est-ce que les Bul- 
gares n'ont pas eu un royaume et une souveraineté ? Pen- 
dant tant d'années ils ont régné, ont été glorieux et illustres 
sur toute la terre. Plusieurs fois, ils reçurent un tribut 
des puissants Romains et des subtiles Grecs. Des empereurs 
et des rois étrangers leur donnèrent leurs augustes filles en 
mariage, afin d'avoir la paix et l'amitié avec les tsars bul- 
gares. De tous les peuples slaves, les Bulgares ont été les 
plus glorieux : les premiers, ils ont eu des tsars ; les premiers, 
ils ont eu un patriarche; les premiers, ils ont embrassé le 



l ) Païssi, Histoire slavo-bulgare, écrite en 1762. Publiée d'après l'ori- 
ginal découvert au Mont Athos par J. Ivanoff. Sofia 1914. 



— 84 — 

christianisme et ont occupé de vastes territoires. Les pre- 
miers saints slaves, d'autre part, sont sortis du peuple bul- 
gare. Mais pourquoi, ô insensé, as-tu honte de ta race et 
te laisses-tu traîner après une langue étrangère ? Ou bien r 
direz-vous, les Grecs sont plus ingénieux et plus civilisés que 
les Bulgares simples et sots, qu'ils n'ont pas des mots habiles 
à belle enseigne, qu'il vaut mieux suivre les Grecs. Regarde 
donc, ô insensé, il y a beaucoup de peuples plus subtils et 
plus glorieux que les Grecs; est-ce que pour cela quelque 
Grec abandonne sa race, sa langue et son enseignement 
comme tu le fais, ô insensé, sans en tirer un profit quel- 
conque? Bulgare! ne te trompe pas, aie conscience de 
ta race et de ta langue, fais ton enseignement en bulgare: 
la simplicité et la bonne foi bulgares dépassent la finesse 
grecque .... » 

L'appel de Païssi retentit dans tous les coins du pays 
bulgare et surtout en Macédoine. En effet, c'est la Macé- 
doine qui vit naître les premiers fervents disciples du moine 
du Mont Athos, les disciples rejetèrent la langue grecque 
imposée jusqu'alors et commencèrent les premiers en pays 
bulgare à imprimer des livres dans le dialecte populaire. 
Tel, Hadji Yakim Kirtchovsky de Kitchévo, maître d'école 
dans différentes localités de la Macédoine et premier écri- 
vain bulgare, qui se servit du bulgare moderne dans ses 
publications de 1814, 1817, 1819. Son premier livre, paru 
à Budapest en 1814, porte le titre: «Nouvelle du terrible 
et second avènement du Christ, tirée de divers écrits saints 
et traduite dans la plus simple langue bulgare, à l'usage des 
gens simples et des incultes ». Tous ses ouvrages, consacrés 
à des sujets religieux et didactiques, étaient édités aux frais 
des Bulgares de Macédoine, des districts de Kratovo, Chtip, 
Palanka, Scopié, Koumanovo, Radovich, Stroumitsa, Vélès, 
Monastir, Dèbre, etc. 

Son plus jeune contemporain, Cyrille Peytchinovitch 
de Tétovo (Macédoine septentrionale), fit imprimer ses 
livres de 1816 — 1840, les uns à Budapest, les autres à l'im- 



— 85 — 

primerie bulgare de Salonique, nouvellement créée. Son 
activité de moine et de maître d'école se déploya dans les 
régions de Scopié et de Tétovo et son premier ouvrage porte 
le titre : « Livre dénommé Miroir, écrit pour les besoins et 
l'usage des lecteurs dans la plus simple langue populaire 
bulgare, etc. » Dans la préface d'un autre de ses ouvrages, 
« Consolation aux pécheurs », il est dit que la matière est 
exposée « dans la langue populaire bulgare de la Mésie infé- 
rieure, telle qu'elle est parlée à Scopié et à Tétovo, afin que 
le simple peuple puisse le lire ». 

Animé des mêmes sentiments, un autre Macédonien, 
l'archimandrite Théodossi Sinditsky de Doïran, poursuivit 
avec zèle l'œuvre de la propagation de la langue nationale 
bulgare. Il enseigna le premier à Salonique, vers 1830, cette 
langue aux enfants de la colonie bulgare de cette ville. Ce- 
pendant son principal mérite pour la renaissance bulgare 
consiste dans la fondation, en 1838, de la première typogra- 
phie bulgare à Salonique. Théodossi y imprima ses propres 
ouvrages et ceux de ses compatriotes 1 ), écrits, les uns en 
« langue slavo-bulgare », liturgique, les autres en « langue 
populaire bulgare ». Esprit pratique, Théodossi imprima en 
1841, entre autres, une petite « Méthode pour apprendre les 
trois langues : le bulgare, le grec et le turc ». Ainsi donc 
la Macédoine eut l'avantage de posséder à Scopié, au 
XVI e s., la première librairie de livres slavons 2 ); c'est dans 
ce même pays, à Salonique, qu'on créa également la pre- 
mière typographie bulgare. 

Ensuite de l'incendie de l'imprimerie et après la mort de 



x ) Tels: Cyrille Peytchinovitch de Tétovo, Nédelko Boïkikeff de Sco- 
pié, Jordan Djinote de Vélès, Georges Samourkach, et autres. 

8 ) Deux écrivains et imprimeurs bulgares travaillaient vers le milieu du 
XVI e s. à Venise, le premier, Yakov, de Kaménitsa (Macédoine du nord) et 
le second, Yakov Traïkoff, de Sofia; leur associé, Kara-Triphoun, avait 
ouvert une librairie à Scopié. C'est par cette librairie que les livres liturgiques 
slavons étaient distribués en pays bulgares. Cf. M. Drinoff, Oeuvres, vol. II, 
p. 492 à 501 (en bulgare). — J. Ivanoff, La Macédoine septentrionale. Sofia 
1906, p. 254 à 255 (en bulgare). 



— 86 — 

Théodossi, en 1843, la typographie cessa de fonctionner. 
Un autre Bulgare macédonien, Kyriak Derjilen, de Vodéna, 
entreprit de la reconstituer; les autorités spirituelles grec- 
ques y mirent obstacle. Kyriak fut autorisé plus tard à 
imprimer des livres bulgares mais avec caractères grecs. 
Enfin, en 1852, parut dans cette imprimerie l'évangile en 
traduction néo-bulgare du parler de Vodéna 1 ). 

Le premier pédagogue bulgare, Néophyte Rylsky (1793 
à 1881), de Razlog, est aussi un Macédonien. Par ses divers 
manuels scolaires et par son activité de maître d'école et 
directeur, notamment dans la Bulgarie du nord et en Thrace, 
activité continuée par ses nombreux élèves, il devint le véri- 
table éducateur des Bulgares de la première moitié du siècle 
passé. Tous ses livres, les uns à l'usage des commençants, 
les autres pour les plus âgés, poursuivaient un seul but: «l'ins- 
truction bulgare pour employer ses propres termes. . . . car 
c'en est assez de la profonde torpeur de notre Bulgarie » 2 ). 
Noter ici que les livres de Rylsky furent imprimés à Kra- 
gouévats et Belgrade avec le concours du gouvernement 
serbe. 

La Macédoine donna au peuple bulgare d'autres cham- 
pions encore dans le domaine scientifique et littéraire. Le 
premier philologue qui travailla scientifiquement sur les 
manuscrits du Mont Athos, en 1852, et dont les travaux ont 
été imprimés dans les publications de l'Académie des sciences 
de Pétrograde, fut Constantin Petkoff de Bachino-Sélo, près 
Vélès. Au premier rang des écrivains et des champions bul- 
gares qui luttent contre l'oppression intellectuelle du clergé 
grec brillent des fils de Macédoine: Nathanaïl-Bogdan de 



l ) Cette traduction porte le titre: « Evangile de notre Seigneur et Dieu 
Jésus-Christ, imprimé maintenant à nouveau en langue bulgare, pour chaque 
dimanche successivement, du commencement à la fin de l'année. Transcrit 
et corrigé par moi, Paul, le moine, protocyncelle du Saint Sépulcre, né dans 
le diocèse de Vodéna, au village de Konikovo, Salonique, Typographie de 
Kyriak-Derjilen, 1852. » Le traducteur Paul (ou Pavel) Bojigrobsky est un 
pionnier connu du réveil national des Bulgares macédoniens. 

J ) Grammaire bulgare. Krngouévats 1835, p. 70—71. 



— 87 — 

Scopié et Jordan Const. Djinote de Vélès ; en outre, les pre- 
miers qui aient voué un intérêt très vif à l'étude de la poésie 
populaire et du folklore bulgares furent les frères Miladinoff 
de Strouga, sur les bords du lac d'Okhrida. Leur grand 
recueil de « Chansons populaires bulgares », si apprécié 
par la philologie slave, contient des chants recueillis princi- 
palement dans les régions de Strouga, Monastir, Prilep, 
Koukouch, Stroumitsa, etc. Ce recueil a été publié aux 
frais et sous les hospices du grand mécène yougoslave 
l'archevêque croate Strossmayer, en 1861, à Zagreb, c'est- 
à-dire l'année même où ses auteurs devaient expier par la 
mort leur culte de la patrie bulgare, empoisonnés dans les 
prisons de Constantinople par les agents du Phanar. Le 
premier poète bulgare enfin, qui a chanté les tristes destinées 
de son pays, c'est encore un Macédonien, Raïko Jinzifoff 
de Vélès. Loin de son pays, encore sur les bancs de l'Uni- 
versité de Moscou, il protestait contre l'emprise des Grecs 
sur sa patrie, en s'écriant: 

Pour la nationalité et pour la justice, 
Pour la langue de nos aïeuls .... 
Okhride et Tirnovo ont poussé le cri : 
La Macédoine, terre merveilleuse, 
Jamais, jamais ne sera grecque! 
Les fourrés, les bois et les monts, 
Les pierres même de ce sol, 
Les oiseaux, les poissons du Vardar, 
Les vivants et les morts se lèveront 
Pour crier à l'Europe et au monde: 
« Je suis Bulgare, je suis Bulgare, 
Des Bulgares vivent dans ce pays » 1 ). 

Hélas ! Jinzifoff ne pouvait supposer que sa patrie qui 
souffrait déjà de l'hellénisme, se verrait un jour menacée 
par les Serbes . . . Deux autres personnalités macédoniennes, 



*) Publié dans la revue moscovite des étudiants bulgares « Bratsky 
troud », 1862, livre IV, 16. 



— 88 — 

qui ébranlèrent fortement l'hellénisme envahissant dans 
les pays bulgares et contribuèrent à son écroulement, étaient 
Djinote de Vélès, agitateur exalté et maître d'école, et le 
poète Parlitcheff d'Okhrida, dont la chanson retentissante 
contre le clergé grec faisait fureur en Macédoine: 

Jusques à quand, ô mes chers frères Bulgares, 
Jusques à quand les Grecs vont-ils nous opprimer ? . . . 

Eglises et écoles bulgares. 

Au commencement du XIX e s., la population bulgare 
urbaine s'étant sensiblement accrue, il lui fallait, pour ses 
besoins spirituels, des églises pour prier et des écoles pour 
s'instruire. A cette époque l'obtention d'une autorisation 
pour bâtir une église chrétienne était chose très difficile. 
Pour en obtenir une du gouvernement turc, il fallait l'inter- 
cession de notables et des dépenses considérables destinées 
à surmonter les obstacles provenant de l'intolérance reli- 
gieuse des Turcs. De plus, cette autorisation ne pouvait 
être octroyée que pour la restauration des églises en ruines : 
il était, en effet, défendu de bâtir de nouvelles églises. Pour 
se tirer d'embarras, les chrétiens étaient obligés de recourir 
à la ruse et de produire des preuves témoignant de vestiges 
réels ou fictifs d'une église d'antan. Sous le règne du sultan 
Mahmoud (1808 — 1839), un souverain aux tendances libé- 
rales, plusieurs églises, autant dans les villes que dans les 
villages, ont été restaurées ou bâties à neuf; dans les « An- 
nales de Pirdop » on lit à ce propos : « Depuis 1814, le sultan 
Mahmoud permit aux chrétiens de bâtir de nouvelles 
églises » x ). 

La Macédoine, restée à l'abri des opérations militaires 
russo-turques de cette époque, fut la première à profiter 
des circonstances favorables. En 1814, on bâtit l'église de 
St- Georges dans la ville de Kotchani. En 1816, on érigea 



x ) « Revue périodique » de Sofia, XXX, p. 670. 



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à KustendilY église de Notre-Dame sur les ruines médiévales. 
En 1817 — 1818, grâce au zèle de l'écrivain bulgare Cyrille 
Peytchinovitch, le couvent de Léchok, près Tétovo, fut res- 
tauré. En même temps, fut bâtie l'église de Notre-Dame à 
la bourgade de Varbéni près Florina. En 1818 fut érigée, 
à Vélès, la chapelle de St- Georges. La restauration de 
l'église du Sauveur à Scopié fut achevée en 1824. Son ico- 
nostase, œuvre d'artistes du pays de Dèbre (Macédoine), 
sculpté en bois de noyer est une merveille; une inscription 
donne les noms des artisans qui avaient collaboré à cette 
œuvre: «Exécuté par Pierre Philippovitch de Gari et par 
Makari de Galitchnik, Bulgares de Mala-Réka, région de 
Dèbre, 1824 ». L'église de Kriva-Palanka fut construite en 
1833, grâce à l'assistance du prêtre David, fils de l'écrivain 
bulgare Hadji-Yakim. La même année, 1833, commença 
la reconstruction du couvent de Ryla, le sanctuaire bulgare 
le plus majestueux et le plus vénéré, situé aux confins sep- 
tentrionaux de la Macédoine. Ce fut sous les auspices et 
sous la direction de Néophyte Rylsky, célèbre écrivain 
macédo-bulgare, que commencèrent les premiers travaux 
du monastère et pour l'achèvement duquel on mit une quin- 
zaine d'années. Egalement en 1833 fut restauré complète- 
ment le couvent de St-Yakim d'Ossogovo, avec l'assistance 
du notable bulgare de Kriva-Palanka, Hadji-Stéphan. La 
même année, on bâtit l'église de Strouga et celle de Bania 
(de Razlog). L'année 1835 fut la plus heureuse en ce qui 
concerne la construction de nouvelles églises bulgares en 
Macédoine; c'est alors qu'on bâtit la cathédrale bulgare de 
Scopié, l'église de St- Georges à Démir-Hissar, l'église de 
la Ste Trinité à Bansko (de Razlog), celle de Dolno Brodi, 
et 35 autres églises dans différents villages macédo-bulgares. 
On bâtit en 1836 l'église de St- Jean le Précurseur à Kratovo 
et celle de l'Assomption à Ostrovo. On bâtit ensuite, en 
1838, l'église de Prilep, grâce à l'assistance et la médiation 
auprès les autorités turques du notable bulgare Hadji- 
Christo Logothète; l'église de l'Assomption à Okhrida, en 



— 90 — 

1839, et celle du Sauveur à Vélès, en 1840; l'église de 
Gorna Djoumaia, en 1844; l'église de la bourgade Tsarévo- 
Sélo, en 1857; l'église de la Ste-Dimanche à Monastir, en 
1863, et ainsi de suite. Le firman impérial de 1870 cons- 
tituant une Eglise autonome bulgare contribua considé- 
rablement au progrès de l'oeuvre religieuse et du nombre 
des églises bulgares en Macédoine qui, à la veille des 
guerres balkaniques, atteignaient le chiffre de 1139 églises, 
155 chapelles et 62 couvents. 

Comme les églises étaient la propriété de certaines com- 
munautés religieuses, la nationalité de ces dernières était 
souvent mentionnée dans des actes publics ou bien dans les 
inscriptions mêmes. Ainsi, par exemple, le firman impérial 
autorisant en 1835 la construction de la cathédrale de 
Scopié fut promulgué au nom de la nation bulgare («Bolgar 
miléti ») ; la chapelle sépulcrale près l'église du Sauveur à 
Scopié porte l'inscription: «Construite aux frais des Bul- 
gares orthodoxes, le 1 er mars 1864, Scopié»; l'église delà 
Ste-Dimanche à Monastir porte l'inscription en marbre: 
« Ce sanctuaire a été construit, jusqu'à ses fondements, 
au nom de la très sainte et glorieuse martyre Nédélia (Di- 
manche), aux frais des Bulgares, sous l'épiscopat et avec la 
bénédiction de Monseigneur Benoît de Byzance. Bytolia 
(Monastir), le 13 octobre 1863». En 1867, fut restauré en 
partie le couvent Treskavets près Prilep. Sur une de ses 
portes on lit l'inscription suivante, gravée sur marbre: 
«Construit aux frais de la corporation des tailleurs bulgares». 
Dans le même ordre d'idées, notons que le médecin Cons- 
tantin Michaïkoff de Patélé (district de Florina) offrit en 
cadeau à la communauté bulgare de Monastir un vaste ter- 
rain, situé au centre de la ville, pour la construction d'une 
cathédrale et des écoles; la longue inscription gravée sur la 
porte de la cour, faisant façade au marché, contient entre 
autres la phrase suivante : « Don offert au peuple bulgare, 
à Bytolia (Monastir), le 25 mars 1876 ». 

Pendant la domination turque, la langue grecque était 



— 91 — 

devenue la langue liturgique des églises, surtout dans les 
villes, grâce aux privilèges accordés au Patriarcat grec et 
à ses établissements scolaires. Au cours du XIX e s., à 
mesure que le sentiment national bulgare s'affermissait, la 
langue grecque cédait peu à peu la place à la langue bulgare ; 
les écoles bulgares nouvellement fondées contribuèrent 
beaucoup à cette substitution. Ces écoles formaient avant 
tout des lecteurs et des chantres en langue nationale pour 
l'église; les premiers pionniers de la nationalisation de 
l'école et de l'église furent précisément les disciples issus du 
milieu monacal bulgare qui avait conservé dans ses cou- 
vents abrités les traditions nationales intactes. 

Les premières écoles bulgares en Macédoine étaient 
privées. Elles étaient dirigées par des moines envoyés par 
l'un ou l'autre des grands couvents bulgares de Zo- 
graphe, Hilendar, Ryla, qui possédaient dans les villes bul- 
gares leurs propres maisons ou fermes appelées « métokhs ». 
Les moines connus sous le nom de taxidiotes (prêtres com- 
mis) ou pénitenciers avaient pour mission de faire des quêtes 
pour leurs couvents, d'y conduire les pèlerins, de prêcher 
dans les églises et de donner l'enseignement aux enfants 
dans leur langue maternelle. D'autres écoles privées étaient 
dirigées par de simples particuliers, qui tout en pratiquant 
leurs métiers de tailleurs, relieurs ou autres exerçaient en 
même temps la fonction de maîtres d'école. 

Bien qu'en nombre restreint, les écoles privées n'ont 
jamais manqué en Macédoine; déjà avant le XIX e s., il y en 
avait dans les monastères bulgares de Bigor, Prétchista, Kar- 
pino, Prokhor, Lesnovo, St-Yakim, etc., et dans les villes de 
Vélès,Chtip, Kratovo, Scopié, Razlog,etc. Les écoles de ce type 
devinrent plus nombreuses au commencement du XIX e s., 
et, plus tard, furent remplacées dans les villes par des écoles 
communales entretenues par les communautés bulgares 
correspondantes ou par des riches commerçants. Ainsi, la 
première école de ce genre a été celle de Vélès, en 1810, qui 
était dirigée par le maître Mitre, natif de Nagoritchino 



— 92 — 

(Macédoine du nord). A cet égard, la Macédoine a devancé 
la Bulgarie du nord où la première école communale n'a 
été fondée que plus tard à Gabrovo, en 1835, et dont le 
directeur était un Bulgare macédonien, le célèbre Néophyte 
Rylsky. La méthode d'enseignement mutuel, celle de Bell 
et de Lancaster, que Néophyte introduisit, fut finalement 
adoptée par toutes les écoles bulgares. C'est un autre fils 
de la Macédoine, Joseph Kovatcheff de Chtip, qui eut le 
mérite d'introduire la méthode vocale, comme méthode 
d'enseignement, devenue plus tard générale dans toutes les 
écoles bulgares. 

La création d'écoles communales au cours du XIX e s. 
témoigne d'un sentiment national bien élevé. Le mérite en 
est d'autant plus grand qu'il fallait un effort immense du 
Bulgare macédonien pour surmonter les obstacles à la pro- 
pagation de l'enseignement en langue maternelle. A la dif- 
ficulté découlant du défaut d'un Etat protecteur, s'ajoutait 
le joug du clergé grec qui s'efforçait d'étouffer par tous les 
moyens possibles la noble initiative bulgare en vue de l'é- 
mancipation intellectuelle et nationale. 

Les maîtres d'école bulgares étaient suspects aux au- 
torités turques; on les accusait d'être des agents moscovites 
travaillant pour saper les bases mêmes de l'empire ottoman, 
dont le Patriarcat grec était une des principales. D'autres 
part, les évêques grecs ayant l'autorité sur les églises et les 
écoles de leurs ouailles, les maîtres d'école bulgares se 
voyaient soumis à des persécutions systématiques. Aucun 
d'eux ne fut laissé tranquille, plusieurs étaient emprisonnés, 
d'autres déportés. Constantin Djinote de Vélès dut expier 
ses sentiments bulgares dans l'exil en Asie Mineure, Parli- 
tcheff en Albanie et les frères Miladinoff de Strouga durent 
mourir, comme nous l'avons déjà dit, dans les cachots de 
Constantinople, où les agents de l'Eglise grecque les avaient 
envoyés. La vie de ces maîtres d'école était véritablement 
une vie de martyrs. Prenons un exemple entre cent, celui 
du diacre Agapi Voïnoff (1838 — 1902). Son odyssée com- 



9 



g 



mence à Tsarévo-Selo (Macédoine du nord) où il introduisit 
en 1857 la méthode d'enseignement mutuel. Deux ans plus 
tard, il devait quitter son asile. A Salonique, le clergé grec 
ne le laissa que deux mois dans ses fonctions de maître 
d'école bulgare, et à Vodéna, il ne put enseigner qu'une 
semaine. Par suite des intrigues de l'évêque grec Nicodème, 
Voïnoff dut quitter l'école, maltraité, la moustache arrachée, 
pour être conduit dans les prisons de Salonique en 1869. 
Après deux ans de professorat à Stroumitsa, il fut assailli 
une nuit dans son domicile par les hommes de l'évêque grec, 
battu et chassé. Plus tard, en 1872, pendant les vacances 
scolaires, Voïnoff assista à la grande foire de Prilep, où, par 
ses discours et ses harangues, il réchauffa le sentiment na- 
tional de ses compatriotes venus là pour leurs affaires. Tou- 
jours à la brèche, on rencontre notre diacre successive- 
ment maître d'école, à Zarovo 1 ) (district de Salonique), à 
Vodéna, à Stroumitsa, à Pétritch, où il est attaqué en 1874 
par les agents de l'évêque grec de Melnik, qui essaient de 
l'étrangler. Le robuste Bulgare s'en tire sain et sauf après 
avoir donné une bonne leçon à ses bourreaux. Exposé à des 
persécutions constantes, Voïnoff chercha pour un certain 
temps un refuge auprès des Bulgares catholiques protégés 
par les Etats catholiques, et plus tard auprès des émigrés 
Polonais, soutenus par les Turcs. Enfin, dès la création de 
la principauté de Bulgarie en 1878, Voïnoff émigra en Bul- 
garie où, pauvre et méconnu, il consacra sa vieillesse à sa 
modeste profession de maître d'école. 

Il est aisé de saisir que l'œuvre scolaire accomplie par 
les Bulgares macédoniens dans de telles conditions, au 
XIX e s. — siècle de double joug, turc et grec, — cons- 
titue une manifestation nationale de la plus grande enver- 
gure. 

Voici maintenant, en quelques mots, le cours de l'évo- 
lution des écoles bulgares. En 1810, avons-nous dit, l'école 

*) Grand village bulgare, brûlé entièrement par l'armée hellénique en 
1913. 



— 94 — 

communale de Vélès était fondée. Bientôt après, les autres 
villes de la Macédoine du nord, peu entravée par l'hellé- 
nisme, furent dotées d'écoles pareilles: Kratovo vers 1815, 
Kustendil en 1816, Chtip vers 1830, Kriva-Palanka vers 
1833, Scopié en 1835, Prilep en 1843, Bachino-Sélo (près 
Vélès) en 1845, etc. Afin de les distinguer des écoles sub- 
ventionnées par le clergé grec, les Bulgares appelaient leurs 
établissements scolaires : « Ecole bulgare », « Ecole slavo- 
bulgare », etc. Ainsi, sur le sceau de l'école de Vélès on lit 
les mots: «Sceau de l'école bulgare de Vélès, 1845». L'école 
bulgare de Bachino-Sélo possédait également pareil sceau 
de 1845. En 1847, l'école du quartier Partsorek à Vélès 
se dénommait «Ecole slavo- bulgare de Partsorek». 
L'école du quartier « Messokastro » à Okhrida portait l'in- 
scription suivante: «Cet édifice scolaire pour l'instruction de 
la jeunesse bulgare des quartiers de Messokastro, Hadji- 
Kassym et Skender-Bey a été bâti le 15 juillet 1852, Okhri- 
da ». Vers la même époque environ, les écoles de Prilep se 
divisaient en deux: «Ecole populaire bulgare» et «Ecole 
hellénique »; cette dernière se trouvait sous les auspices du 
métropolite grec de Monastir et était entretenue par les 
Koutso-Valaques de Prilep. En 1851, l'«Ecole slavo-bulgare 
de Scopié » était divisée en trois sections : école primaire, 
gymnase et section ecclésiastique 1 ). 

Après 1856, date à laquelle le gouvernement turc pro- 
clama l'égalité du culte, de race et de langue, le nombre des 
écoles bulgares en Macédoine augmenta sensiblement. 
Toutes les villes de la Macédoine septentrionale et centrale 
possédaient, dès avant 1870, des écoles primaires et des col- 
lèges élémentaires; bon nombre de villages en avaient aussi. 
Des écoles bulgares existaient dans les villes et les bourgades 
suivantes: Scopié, Koumanovo, Gostivar, Palanka, Kra- 
tovo, Kustendil, Donpaitsa, Djoumaïa, Bania (Razlog), 
Chtip, Radovich, Nevrokop, Stroumitsa, Vélès, Prilep, 



*) Cf. le « Journal de Constantinople » (en bulgare), n° 44 de 1851. 



— 95 — 

Krouchévo, Okhrida, Zagoritchani près Castoria, Strouga, 
Monastir, Enidjé-Vardar, Vodéna, Koukouch, Salonique. 
A Vélès, il y avait de plus une école de commerce. Les 
jeunes filles étudiaient ensemble avec les garçons; mais il y 
avait aussi des écoles spéciales pour jeunes filles, comme par 
exemple à Vélès, Prilep, Kustendil, Chtip, Kriva-Palanka, 
Scopié, Monastir, etc. 

Après 1870, les écoles se multiplièrent à tel point qu'elles 
couvrirent tout le pays habité de Bulgares. L'institution 
de l'Eglise autonome bulgare en cette année et la constitu- 
tion des communautés religieuses bulgares facilitèrent l'ou- 
verture des écoles et dans les autres villes de la Macédoine 
méridionale, dont la population chrétienne était en partie 
ou dans sa totalité bulgare, comme par exemple à Florina, 
Ostrovo, Castoria, Doïran, Ghevghéli, Démir-Hissar, Ser- 
rés, Drama, etc. Presque tous les villages bulgares d'une 
certaine importance possédaient des écoles primaires. En 
1912, c'est-à-dire la dernière année delà domination turque 
en Macédoine, cette province possédait 1 141 écoles bulgares, 
avec un personnel enseignant de 1884 instituteurs et 65,474 
élèves, appartenant à l'Eglise nationale bulgare. Ces chiffres 
ne comprennent pas les élèves des écoles bulgares catholi- 
ques et protestantes de Koukouch, Enidjé-Vardar, Razlog, 
Monastir, etc. L'enseignement secondaire était donné dans 
les gymnases et dans les écoles normales. D'autre part, 
dans toutes les villes on trouvait, outre les écoles pri- 
maires, quelques classes inférieures du gymnase. Il y avait 
des gymnases pour garçons, à Salonique et à Monastir; 
des écoles normales pour garçons, à Scopié et à Serrés; 
des écoles normales pour jeunes filles à Salonique, Monastir, 
Scopié. A part son gymnase et son école normale, Salonique 
possédait une école de commerce, un séminaire et une école 
d'agriculture; le séminaire, situé dans le quartier dit Zéi- 
tinlyk, était dirigé par les Bulgares unis, et l'école d'agri- 
culture, près Salonique, par des Américains. A Scopié, 
il y avait de plus un séminaire et à Monastir, un cours 



96 — 



préparatoire pour prêtres, et près Vélès une école d'agri- 
culture. Il existait des écoles professionnelles pour jeunes 
filles à Monastir, Scopié, Salonique, Prilep, Vélès, Florina, 
Kitchévo, etc. En 1912, le nombre des élèves dans les 
écoles de ville dépendant de l'autorité de l'Eglise bulgare 
était réparti comme suit: 



Monastir 


1741 


Doïran 


395 


Prilep 


1733 


Vodéna 


381 


Vélès 


1586 


Stroumitsa 


356 


Scopié 


1517 


Goumendjé 


352 


Salonique 


1321 


Kavadartsi 


318 


Chtip 


1011 


Ghevghéli 


316 


Tétovo 


808 


Ressen 


312 


Okhrida 


783 


Strouga 


301 


Koumanovo 


751 


Radovich 


266 


Koukouch 


634 


Krouchévo 


263 


Dèbre 


443 


Palanka 


243 


Enidié-Vardar 


432 


Kratovo 


240 



etc. 

La construction des églises et des écoles, l'entretien de 
ces dernières et du personnel enseignant, se faisait grâce 
aux moyens fournis par la population bulgare. Dès 1870, 
année de la création de l'Eglise autonome bulgare avec une 
administration indépendante, l'Exarchat prit entre ses 
mains l'inspection des églises et des écoles et subventionna 
directement les établissements d'instruction secondaire. 
Presque chaque école et église bulgare des villes et villages 
bulgares de Macédoine possédait ses biens propres, prove- 
nant soit de legs, soit de dons volontaires de patriotes 
bulgares, soit, enfin, de l'impôt. Prenons par exemple la 
ville de Chtip. Son école centrale «Sts-Cyrille et Méthode» 
possède les biens suivants: terrain 3,22 décares; jardin 
1,21 décares; maison de 2 chambres de 28m 2 , donnée parle 
moine Ivanoff Témoff ; vigne, achetée avec les fonds parois- 
siaux, de 5,6 décares et 3,4 décares donnée par Novakoff, en 
tout 9 décares; prairies achetées avec les fonds paroissiaux 



— 97 — 

t 

16,6 décares, donnée par Novakoff 5,8 décares, en tout 22,4 
décares; forêt, donnée par les frères Chaleff 3,1 décares et 
9,1 décares donnés par Kara-Ghéorghi, l'aubergiste, en tout 
12,2 décares; 1 magasin à un étage donné par K. Hadji 
Stantcheff ; 2 boutiques à un étage données par différentes 
personnes; terrains de 132m 2 donnés et 60m 2 achetés, en 
tout 192 décares; 1 baraque. — L'église de « St- Nicolas » 
possédait: 1 bâtiment à trois étages de 195 m 2 et dépen- 
dances de 370 m 2 , construits grâce aux sommes fournies par 
le peuple; 1 boulangerie avec chambre bâtie sur 117 m 2 de- 
puis des temps immémoriaux; 1 autre boulangerie construite 
sur 56 m 2 donnée par Dimitri Stoïanoff ; 1 maison à deux 
étages de cinq chambres chacun, de 200 m 2 ,construite avec les 
fonds paroissiaux; 1 bâtiment à un étage avec cave de 63 m 2 , 
1 refuge de 10 chambres, bâti sur 434 m 2 et 1 boutique sur 
56 m 2 . Ces trois derniers donnés par Constantin Karanii- 
loff ; 1 jardin donné par G. Tsritskoff. — L'église de «Notre- 
Dame » possédait: 1 moulin bâti sur 117 m 2 , 1 forge bâtie 
sur 105 m 2 , 1 autre moulin sur 264 m 2 et 1 boutique sur 
10 m 2 ; ces quatre biens achetés avec des fonds parois- 
siaux; 1 boutique sur 12 m 2 donnée par Kotsé Aneff ; la 
moitié d'une maison bâtie sur 135 m 2 avec trois chambres, 
donnée par E. Kentreff ; 1 terrain de 63 m 2 de temps im- 
mémorial. 



Luttes pour une Eglise nationale bulgare. 

Le réveil national bulgare débuta par une activité 
modeste et paisible, notamment, par l'ouverture d'églises et 
d'écoles avec le vieux bulgare comme langue liturgique 
et le bulgare moderne comme langue scolaire. Ce mou- 
vement d'émancipation fut, dès le début, entravé par le 
Patriarcat grec qui tenait entre ses mains les destinées spiri- 
tuelles et intellectuelles du peuple bulgare. Ce dernier se 
vit obligé de s'engager, vers 1830, dans une lutte longue et 

7 



— 98 — 

opiniâtre contre le clergé grec, lutte qui dura 40 ans et finit 
par le triomphe de la cause bulgare. D'autre part, la création 
d'une Eglise autonome bulgare en 1870 mit fin au litige en 
Bulgarie danubienne, en Thrace et en Macédoine du nord; 
la lutte se poursuivit cependant dans la Macédoine méridio- 
nale: à l'heure qu'il est elle n'a pas encore pris fin. 

Décrire ces luttes, c'est exposer les péripéties ainsi que 
l'évolution de la vie intellectuelle et spirituelle de la nation 
bulgare depuis un siècle 1 ). Nous n'esquisserons cepen- 
dant que les étapes les plus importantes de cette lutte que 
l'Américain Edson A. Clark définissait en ces termes: 
« Cette longue et âpre lutte, finalement couronnée de 
succès, met en relief toute la force du caractère bulgare. 
Menée sans violences et avec une fermeté inébranlable, cette 
lutte fut une manifestation de l'indomptable résolution du 
peuple bulgare de se libérer une fois pour toutes de la tutelle 
du clergé grec ». Dans cet ordre d'idées c'est à la Macédoine 
qu'échoit le mérite d'avoir levé, la première, l'étendard du 
mouvement panbulgare. 

En effet, ce mouvement commença dans la Macédoine 
du nord, dans les diocèses de Scopié et de Kustendil-Chtip, 
centres religieux, où les traditions du passé s'étaient mieux 
conservées comme par exemple dans les couvents bulgares 
d'Ossogovo, Lesnovo, Karpino, Prokhor, Lechok, Vétersky, 
etc. C'est dans ces parages également, comme nous l'avons vu, 
que travaillèrent les premiers écrivains et maîtres d'école en 
langue bulgare moderne, tels: Hadji-Yakim Kirtchovsky, 
Cyrille Péytchinovitch, Daskal Mitre, et leurs disciples. 



l ) Cf. V. Teploff, La question religieuse gréco-bulgare d'après les sources 
inédites. Pétrograde 1889 (en russe). — A. d'Avril, La Bulgarie chrétienne. 
Etude historique. 2 e édition. Paris 1898. — Th. Bourmoff, Le litige religieux 
gréco-bulgare. Sofia 1902 (en bulgare). — R. von Mach, Der Machtbereich 
des bulgarischen Exarchats in der Tùrkei. Leipzig — Neuchâtel 1906. — 
M. redecov, y Eyypa<sa xarptapyr/.à /.ai auvodaà nepl zo~j ttouÀyaptxoî) 
^rjryjjuaroç. J Ev KcovoTavrtvour.ôXst 1908. — A. Ischirkoff, La Macédoine et 
la constitution de l'Exarchat bulgare. Lausanne 1918. — S. Radeff, La Macé- 
doine et la renaissance bulgare au XIX e s. Sofia 1918. 



— 99 — 

Avant 1829, le siège de métropolite de Scopié était 
occupé par un Grec, Ananie. Les notables bulgares de la 
ville, mécontents de l'apathie du prélat, étranger à leurs 
besoins scolaires et spirituels, firent des démarches pour 
provoquer son transfert. Le métropolite une fois révoqué, 
la population bulgare de Scopié avec le notable influent 
Hadji-Traïko en tête, demanda en 1830 au Patriarcat un 
prélat de nationalité bulgare: le Patriarcat fit la sourde 
oreille. Le nouvel évêque, Gédéon, arrivé l'année suivante, 
1831, était aussi un Grec, de sorte que les protestations des 
Bulgares continuèrent de plus belle. Les remplaçants de 
Gédéon venus en 1832, étaient aussi des Grecs, ainsi Ghen- 
nadios et Néophyte. Le mécontentement de la population 
tournant à la menace, le Patriarcat fut obligé d'envoyer 
en 1833 un évêque grec, Gabriel, connaissant le bulgare. 
Ce dernier permit que le service divin se fît en grec et 
en bulgare, et en 1836, autorisa l'ouverture d'une école 
publique bulgare. Plus tard, le Patriarcat embarrassé 
par le mouvement bulgare, nomma en 1832 un Bulgare, 
Auxentios, évêque vicaire au siège du diocèse voisin, Kusten- 
dil-Chtip, dont le chef, le Grec Artémios, continuait d'ha- 
biter Constantinople. L'année suivante, 1833, les Bulgares 
de Samokov demandèrent, eux aussi, un évêque de leur 
nationalité. Leur exemple fut suivi, plus tard, par les habi- 
tants de l'ancienne capitale bulgare, Tirnovo; malgré ces 
réclamations, le Patriarcat grec n'alla pas plus loin dans le 
domaine des libéralités et maintint l'ancien ordre des choses. 

En 1838, les Bulgares, profitant du voyage du sultan 
Mahmoud à travers leur pays, lui remirent une pétition 
dans laquelle ils sollicitèrent son intervention auprès du 
Patriarcat, en vue de la nomination d'évêques bulgares. Le 
gouvernement turc promit en 1840 de soutenir la nomina- 
tion au siège de Vidin du diacre bulgare Dionyse, originaire 
de Kotel. Parti pour Constantinople, pour y être consacré 
par le Patriarcat grec, le diacre ne revint plus: il y trouva 
la mort, empoisonné par les Phanariotes. Les Bulgares 



— 100 — 

répétèrent leurs prières en 1845, lors du passage du sultan 
Abdoul Medjid en Bulgarie, et en 1853 enfin, ils adressèrent 
une pétition rédigée dans le même sens à l'ambassadeur de 
Russie à Constantinople : toutes ces démarches n'eurent 
aucun résultat. 

La promulgation du Hatti-Houmaïoun dans l'empire 
ottoman, en 1856, modifia un peu l'aspect du problème en 
donnant des espoirs aux Bulgares. Cette charte, dans son 
article 8, garantissait « la liberté du culte, de la langue et de 
la race » des sujets ottomans. Sur l'invitation de la Porte, 
les communautés non musulmanes devaient se conformer 
aux prescriptions du Hatti-Houmaïoun et procéder à une 
nouvelle élaboration de leur régime, conforme aux besoins 
de l'époque. A cet effet, le Patriarcat fut forcé de convo- 
quer en 1858 un conseil mixte, composé du clergé et des 
laïques, dont quatre Bulgares. Les revendications bulgares 
étaient plutôt modestes: ils demandaient le droit de prier 
dans leur langue maternelle et d'avoir des évêques de natio- 
nalité bulgare sous la juridiction du Patriarcat grec. La 
majorité grecque de ce conseil jugea cependant les re- 
vendications bulgares incompatibles avec les canons : l'Eglise 
œcuménique, disaient-ils, ne pouvait tolérer dans son giron 
la distinction par nationalités; les traditions avaient con- 
sacré pour cette Eglise une seule langue, le grec, une seule 
nationalité, l'hellénique. Tout écart était, dans ces con- 
ditions, considéré comme une hérésie, de sorte que les de- 
mandes bulgares ne furent même pas soumises à une dis- 
cussion. Les délégués bulgares ne purent que protester et 
se retirer. 

Après ce défi grec, la lutte devait recommencer, plus 
agitée, plus âpre. Le signal du mécontentement général 
fut donné, cette fois aussi, en Macédoine, par les Bulgares 
de la ville de Koukouch 1 ), dans la région de Salonique. 
Afin de se soustraire à l'hellénisme, les Koukouchiotes pro- 



*) Incendiée par les Grecs en 1913. 



— 101 — 

clamèrent leur union avec le Saint-Siège qui leur garantis- 
sait un clergé national et le maintien de la langue liturgique 
bulgare. Le 12 juillet 1859, en effet, ils adressèrent une 
requête au pape Pie IX qu'ils déclaraient reconnaître 
comme leur chef spirituel, à condition que leur clergé restât 
bulgare, de même eu égard à la langue liturgique et à la 
langue de l'enseignement 1 ). Le Patriarcat, redoutant l'ex- 
tension du mouvement dans tous les pays bulgares et pris 
d'une grande frayeur, fit une concession: le 4 novembre, 
arrivait à Koukouch, reçu solennellement, un évêque bul- 
gare, Parthéni Zographsky, envoyé par le Patriarcat grec. 
Parthéni était originaire de Galitchnik, Macédoine de 
l'ouest. Pour dompter l'agitation bulgare, le Patriarcat 
promit de nommer ultérieurement dans les diocèses bul- 
gares des évêques de leur nationalité, aussitôt que le siège 
correspondant deviendrait vacant. Hélas! trois mois suf- 
firent pour convaincre les Bulgares de la dissimulation du 
Patriarcat: le métropolite d'Okhrida (Macédoine) Inoken- 
tios mourut le 25 décembre 1859; la population d'Okhrida 
demanda un évêque bulgare par une requête publique re- 
vêtue de 5000 signatures. En réponse à cette requête, ainsi 
qu'à celle qui la suivit, laquelle, présentée par le diocèse 
d'Okhrida, portait 9000 signatures, le Patriarcat répondit 
en envoyant de nouveau un métropolite grec, Mélétios, 
dans la ville sainte des Bulgares macédoniens. 

La mauvaise volonté du Patriarcat étant devenue évi- 
dente même pour les aveugles, la colonie bulgare de Cons- 
tantinople, pour donner satisfaction à la conscience natio- 
nale révoltée, décida de rompre avec l'Eglise grecque. Le 
3 avril 1860 (a. style), pendant la messe de Pâques dans 
l'église bulgare du Phanar, le nom du patriarche ne fut 
pas mentionné; ce fut le signal de la rupture. Hilarion, 
évêque bulgare in partibus, qui officiait, fut proclamé chef 

x ) La requête a été publiée in extenso dans le journal de Constantinople 
« La Bulgarie», n° 25 de 1859. Cf. J. Ivanoff, Les Bulgares devant le Congrès 
de la paix. 2 e édition. Berne 1919, p. 150 à 151. 



- 102 — 

spirituel du peuple bulgare. En outre, deux délégués com- 
muniquèrent à la Porte le fait accompli. Les villes bulgares 
de la province, dûment averties, se hâtèrent de donner leur 
assentiment complet et leur aide. Dans ce but, une as- 
semblée nationale, composée des représentants des diocèses 
bulgares, fut convoquée à Constantinople à la fin de l'année. 
Ainsi, de la province, la lutte passa dans la capitale 
de l'empire ottoman. Dorénavant, elle allait être dirigée 
par des représentants du peuple bulgare se trouvant 
à Constantinople. 

Le Patriarcat grec comprit enfin la gravité de la « Ques- 
tion bulgare ». Il comprit que les quelques concessions ano- 
dines grecques ne satisfaisaient plus les Bulgares. Le 15 
mai 1860, les Bulgares du diocèse de Kustendil, qui com- 
prenait aussi les villes de Chtip, Kratovo, Kotchani, adres- 
sèrent une requête à Constantinople pour se plaindre des 
méfaits de l'évêque grec. La commission d'enquête chargée 
par le Grand vizir d'informer sur ces plaintes, constataque 
l'évêque Dionysios avait frauduleusement escamoté 1200 
livres turques à ses ouailles de Chtip et de Kratovo. Par 
ordre du Grand vizir du 3 décembre 1860, l'évêque fut, de 
ce chef, relevé de son poste. La même année, le 3 septembre, 
les Bulgares de Scopié signèrent une résolution de ne plus 
permettre l'emploi du grec dans leurs églises et l'année sui- 
vante, enlevèrent solennellement les livres grecs de la cathé- 
drale. Le 9 avril 1861, les Bulgares d'Okhrida, à leur tour, 
réclamèrent, par l'entremise de leurs représentants à Cons- 
tantinople, la restauration de l'archevêché autonome bul- 
gare d'Okhrida supprimé par les Grecs en 1767. Le mouve- 
ment d'émancipation fut suivi par les autres villes macédo- 
niennes : ainsi, en 1863, le service divin à Nevrokop est célébré 
en bulgare ; en 1866, le pope Yané Témelkoff visite les vil- 
lages de Radovich et de Stroumitsa et y office en langue 
bulgare ; en 1867, les Bulgares de Stroumitsa adressent des 
pétitions à Constantinople pour se plaindre de leur évêque 
grec Hierothée qui bannissait la langue bulgare de leurs 



— 103 — 

écoles et de leurs églises; en 1867, le 20 juin, les Bulgares de 
Prilep rompent avec l'Eglise grecque; la même année, les 
villes de Vodéna, Ressen, Enidjé-Vardar protestent contre 
les agissements des évêques grecs; en 1868, les Bulgares de 
Koumanovo réclament un évêque bulgare pour le siège de 
Scopié, devenu vacant après la mort du Grec Yoakim ; la 
même année, également, les Bulgares de Vélès chassent l'é- 
vêque grec de sa résidence, et ceux de Monastir chassent les 
chantres grecs de l'église bulgare de Notre-Dame; en 1869, 
le 5 octobre, les Bulgares du diocèse de Castoria s'attaquent 
à leur évêque grec et ne veulent plus le reconnaître, etc. etc. 

Dans la Bulgarie du nord, en Thrace, la lutte n'était 
pas moins chaude; à Constantinople, se manifeste la même 
tension extrême quoique d'une autre nature. Les Grandes 
Puissances d'autre part s'intéressent à la « Question bul- 
gare »: le Vatican veut gagner les Bulgares pour les faire 
entrer dans son giron. Tchaïkovsky, un des représentants 
de la colonie polonaise en Turquie, avait déjà intéressé à ce 
sujet le ministère Guizot en France; en 1861, l'archimandrite 
bulgare Joseph Sokolsky est consacré à Rome par le pape 
Pie IX, patriarche des Bulgares, dignité confirmée aussi 
par la Porte. La Russie, craignant l'union de ses frères bul- 
gares avec Rome, fit des démarches auprès du Patriarcat 
grec pour un arrangement en faveur des revendications 
bulgares. D'autre part, la Turquie inquiète de l'immixtion 
des Puissances dans la question bulgare, se hâta d'accélérer 
la solution du problème. Le Patriarcat, cette fois, se montra 
plus conciliant. On se mit de nouveau au travail, un travail 
qui n'avança guère. En effet, malgré tant de commissions, 
de projets, de contre-projets, de polémiques, de protesta- 
tions, de mesures comminatoires, comme le bannissement 
d'évêques bulgares, destitution de patriarches grecs, malgré 
les dix ans que durèrent les pourparlers, on n'aboutit à 
aucun accord ; ce fut finalement, et de guerre lasse, le gou- 
vernement turc qui décida. 

Par firman impérial du 28 février (10 mars) 1870, c'est- 



— 104 — 

à-dire après une lutte acharnée qui dura quarante ans, on 
institua une Eglise autonome bulgare administrée par 
l'Exarchat bulgare. Les contrées qui s'étendent de la Mo- 
rava bulgare aux bouches du Danube et à la mer Noire sont 
reconnues par la Turquie comme peuplées de Bulgares et 
passent immédiatement sous la juridiction spirituelle de 
l'Exarchat. Parmi les diocèses reconnus indubitablement 
bulgares figuraient deux diocèses de la Macédoine, celui de 
Vélès (Kuprulu) et de Kustendil, comprenant les villes de : 
Vélès, Chtip, Kotchani, Kratovo, Kustendil. Quant au 
reste des pays bulgares, seuls ceux dont 2 / 3 de la popu- 
lation chrétienne se prononceraient par voie de plébiscite en 
faveur de l'Eglise bulgare, passeraient sous la juridiction de 
l'Exarchat. L'alinéa 2 de l'article 10 du firman stipulait ce 
qui suit: « Si la totalité ou les deux tiers au moins des habi- 
tants de rite orthodoxe des localités autres que celles énu- 
mérées et énoncées ci-dessus veulent se soumettre à l'Exar- 
chat bulgare pour leurs affaires spirituelles, et si cela est 
constaté et établi, ils y seront autorisés; mais cela n'aura 
lieu qu'à la demande et avec l'assentiment de la totalité 
ou tout au moins des deux tiers des habitants ». 

Le Patriarcat grec jugea le firman incompatible avec 
les canons de son Eglise et protesta auprès du gouvernement 
ottoman. Plus tard, cependant, il entama de nouvelles né- 
gociations. Quant aux Bulgares, une fois en possession du 
firman, ils s'employèrent à l'élaboration du statut organique 
de l'Exarchat. Le conseil provisoire prépara un projet et 
invita les diocèses à élire leurs représentants qui devaient 
prendre part au congrès ecclésiastique bulgare chargé de se 
prononcer sur le projet. L'assemblée fut convoquée pour 
janvier 1871, à Constantinople. Après quelques séances pré- 
liminaires, la première séance ordinaire fut tenue le 23 fé- 
vrier (a. s.). Le congrès comprenait des délégués non 
seulement des diocèses mentionnés dans le firman, mais 
aussi des communautés qui, vu la majorité de leur popula- 
tion bulgare, devaient rentrer après le plébiscite dans le 



- 105 — 

giron de l'Eglise bulgare. Les délégués de la Macédoine 
étaient : pour le diocèse de Kustendil-Chtip : Dimitri An- 
ghéloff et le prêtre Apostol; pour le diocèse de Vélès: Cons- 
tantin Chouleff ; pour le diocèse de Scopié: le prêtre Ghéor- 
ghi, Stoïan Kostoff et Siméon Ghéorghieff ; pour le diocèse 
de Monastir: Théodore Kousseff, actuellement métropolite 
de Stara-Zagora; pour le diocèse d'Okhrida: Mikhaïl Mant- 
cheff; pour le diocèse de Castoria: le prêtre Théodore et 
Constantin Goutoff ; pour le diocèse de Vodéna: Ghéorghi 
Gogoff ; pour le diocèse de Nevrokop: Costa Sarafoff, etc. 
Le journal serbe « Yedinstvo », du 19 mai 1871, avant de 
donner les noms des délégués bulgares, écrivait: « Il serait 
intéressant de connaître les noms de ces représentants qui, 
après 450 années (allusion à la chute du royaume bulgare 
au XIV e s.), se réunirent le 15 mars 1871 dans la capitale 
de l'ancienne gloire et de l'ancienne splendeur byzantines 
pour délibérer fraternellement sur le moyen d'organiser leur 
Eglise qui, il y a dix ans, était asservie aux phanariotes cor- 
rompus et qui même à l'heure actuelle souffre de leurs mé- 
faits dans la malheureuse Macédoine ». 

Le congrès bulgare, tout en poursuivant ses séances, 
menait des négociations secrètes avec le Patriarcat grec par 
l'entremise du comte Ignatieff, ambassadeur de Russie. Le 
patriarche Anthyme, afin d'arriver à une conciliation, cé- 
dait aux Bulgares les diocèses macédoniens suivants: Kus- 
tendil-Chtip, Vélès, Scopié, Okhrida et la partie nord du 
diocèse de Monastir. Toutefois, quelques incidents cependant 
hâtèrent la rupture. A la suite du service célébré par les 
Bulgares, le jour de l'Epiphanie de 1872, sans l'autorisation 
du Patriarcat, ce dernier destitua de leur dignité les évêques 
bulgares qui avaient pris part à la cérémonie religieuse. La 
Porte, sur la demande du Patriarcat, fit déporter ces évê- 
ques, ce qui provoqua des troubles parmi les Bulgares de 
tout l'Empire. Intimidée, la Porte décréta l'élection de 
l'exarque bulgare: Anthyme, métropolite de Vidin, fut pro- 
clamé exarque et, le 3 avril (v. s.) 1872, il recevait son 



— 106 — 

bérat; le jour suivant il était reçu en audience solennelle par 
le sultan. Malgré le fait accompli, le Patriarcat toujours 
intransigeant interdit au nouveau chef de l'Eglise bulgare 
de célébrer la messe à Constantinople dont le diocèse ressor- 
tait au patriarche grec. La rupture entre Grecs et Bul- 
gares s'affirmait et était sur le point de se consommer. Le 
prétexte qui la consacra définitivement fut le suivant : Malgré 
l'interdiction du Patriarcat, le 11 mai, jour des apôtres 
slaves Cyrille et Méthode, une messe solennelle fut célébrée 
par l'exarque bulgare, assisté de six évêques bulgares dont 
trois Macédoniens. Après la lecture de l'Evangile, en présence 
d'un grand nombre de membres de la colonie bulgare, on 
proclama V autonomie de l'Eglise bulgare. Le Patriarcat con- 
voqua tout de suite après un concile ecclésiastique qui, 
dans sa séance du 16 septembre 1872, déclara le peuple bul- 
gare « schismatique » 1 ) . . . 

Depuis, les destinées spirituelles des deux peuples, 
Grecs et Bulgares, suivirent des routes différentes : la Bul- 
garie danubienne et une grande partie de la Thrace furent 
incorporées dans l'Eglise bulgare. En Macédoine, deux dio- 
cèses exceptés, on dut procéder à un plébiscite, le premier 
dans Vhistoire des peuples balkaniques: la population devait 
(art. 10 du firman) déclarer sa nationalité et se décider 
pour l'Eglise grecque ou pour l'Eglise bulgare sous l'auto- 
rité du gouvernement turc. 

Le gouvernement turc ajournait toujours la mise en 
vigueur du firman ; toutefois, en suite des manifestations et 
des troubles qui éclatèrent en Macédoine, il ordonna le plé- 
biscite, au mois d'avril 1872, dans deux diocèses, ceux de 
Scopiê et d'Okhrida. On commença par le premier de ces 
diocèses. Des fonctionnaires turcs ad hoc, les uns envoyés 



J ) L'art. 1 er de cette sentence d'excommunication du peuple bulgare 
porte: «Nous blâmons, condamnons et déclarons contraires à l'enseignement 
de l'Evangile et aux canons sacrés des heureux Pères l'ethnophylétisme, soit 
les distinctions de races et les discussions nationales dans le sein de l'Eglise 
du Christ.» 



— 107 — 

de Constantinople, les autres ressortissants de Scopié, se 
dispersèrent dans Féparchie en vue de procéder au recense- 
ment de la population chrétienne et au vote direct pour 
l'incorporation dans l'Eglise nationale bulgare ou dans celle 
du Patriarcat grec. Or, malgré les agissements de l'évêque 
grec resté en fonctions, les résultats du plébiscite furent écra- 
sants pour l'hellénisme: toute la population chrétienne de 
la vaste éparchie de Scopié — avec les villes de Scopié, 
Koumanovo, Vrania, Tétovo, Gostivar et 660 villages dont 
quelques-uns mixtes (chrétiens et musulmans) — se pro- 
clama de nationalité bulgare et affirma sa ferme volonté 
d'être incorporée dans l'Eglise bulgare. Firent exception 
60 maisons à Tétovo, 150 à Scopié (toutes koutso-valaques), 
50 à Koumanovo et un nombre insignifiant à Vrania. Quant 
aux villages, l'évêque grec réussit à peine à en retenir à lui 
10 à 11. Les Scopiotes bulgares qui avaient inauguré la 
mtte contre le clergé grec en 1830, célébrèrent quarante ans 
après, en 1872, leur victoire nationale. Dans ces conditions, 
la Porte fut obligée de s'incliner devant le fait accompli et 
d'incorporer toute l'éparchie de Scopié dans l'Eglise auto- 
nome bulgare. Le 8 juin, les représentants du diocèse, 
réunis dans la métropole, procédèrent à l'élection de l'é- 
vêque bulgare. L'élu fut Sa Grandeur Monseigneur Doro- 
thée et le choix fut approuvé par l'exarque bulgare de Cons- 
tantinople. 

Le plébiscite d'Okhrida donna les mêmes résultats. A 
part deux villages koutso-valaques et deux villages bulgares 
sous la dépendance du couvent de St-Naoum — alors sous 
l'autorité du Patriarcat grec — toutes les autres villes (Okh- 
rida, Strouga, Ressen, Krouchévo) et villages, au nombre de 
220, se prononcèrent en faveur de l'Eglise nationale bulgare. 
Au siège de l'ancienne Eglise bulgare d'Okhrida, usurpée en 
1767 par les Grecs, fut élu Monseigneur Nathanaïl, un Macé- 
donien du district de Scopié. 

Deux ans après, en 1874, l'éparchie macédonienne de 
Vélès eut aussi son évêque bulgare et, successivement, jus- 



— 108 — 

qu'à ce qu'en 1912 la Macédoine possédât sept sièges d'é- 
vêque, à Scopié, Okhrida, Vélès, Monastir (Bytolia), Dèbre, 
Stroumitsa, Nevrokop et presque autant de vicariats pour 
les éparchies sans titulaires, à Salonique, Castoria, Florina, 
Vodéna, Koukouch, Serrés, Drama, Melnik. 

A la veille de la guerre des Balkans (1912) l'Eglise bul- 
gare comptait en Macédoine: 7 évêques et 7 vicaires pour 
les sept sièges episcopaux restés vacants, 1 132 prêtres desser- 
vant 1139 églises, 154 chapelles et 62 monastères. La Macé- 
doine, qui était toujours à la tête de tant de manifestations 
nationales et culturelles bulgares, donna onze de ses fils 
comme métropolites au haut clergé bulgare. 

En 1913, le régime des Grecs et des Serbes en Macé- 
doine supprima l'Eglise autonome bulgare, s'appropria ses 
domaines, chassa le clergé et anéantit l'œuvre religieuse et 
nationale d'un peuple chrétien qui avait trouvé plus de jus- 
tice auprès du Turc, « mahométan et barbare »... 

Le plébiscite, tant désiré de nos jours, fut étouffé par 
les Serbes et les Grecs. 



Luttes révolutionnaires 1 ). 

Après l'activité scolaire et les luttes religieuses, nous 
entrons dans la troisième étape de la vie du peuple bul- 
gare, savoir ses aspirations à des droits politiques. Et, 
tandis que les résultats du différend religieux avec les 



l ) Cf. Le livre jaune. Affaires de Macédoine, 1902, 1903, 1905. - 
Blue Book. Turkey for the period of March-September 1903. — Documenti 
diplomatici presentati al Parlamento italiano dal ministro degli affari esteri. 
Macedonia. Roma 1906. — R. Pinon, L'Europe et l'empire ottoman. 7 e éd. 
Paris 1913. — La Macédoine et la région d'Andrinople (1893 — 1903). Avec 
deux cartes. Mémoire de l'Organisation intérieure, 1904 (en bulgare). — 
A. Tomoff et G. Bajdaroff, La lutte révolutionnaire en Macédoine. Avec 
33 portraits. Scopié-Sofia 1917 (en bulgare). — G. Strézoff, Les luttes 
politiques des Bulgares macédoniens. Genève 1918. — Le Mémoire présenté 
à la Conférence de Paris par le Comité exécutif des sociétés de l'émigration 
macédonienne en Bulgarie. Sofia, février 1919. 



— 109 — 

Grecs se dessinaient déjà, les agitations politiques contre 
la tyrannie turque devinrent plus fréquentes en Bulgarie 
danubienne et thracienne. Le grand soulèvement de Thrace 
de 1876, les centaines de villages détruits, les milliers de 
Bulgares massacrés provoquèrent l'intervention des Grandes 
Puissances, les décisions de la Conférence de Constantinople 
de 1876 — 1877 et, enfin, la guerre russo-turque de 1877 à 
1878 qui libéra une partie du peuple bulgare. Parallèlement 
à l'insurrection thracienne, éclata en Macédoine du nord 
ce qu'on a appelé « la révolte de Maléchévo ». 

Le Congrès de Berlin de 1878, l'œuvre la plus néfaste 
de la diplomatie européenne, laissa de nouveau la Macé- 
doine entre les mains des Turcs. La même année les Bul- 
gares de Kresna et Razlog, en Macédoine, élevèrent leurs 
faibles mains contre le régime turc; l'insurrection fut noyée 
dans le sang et dans le feu par les armées turques et les 
bachibozouks. Deux ans après, on découvrit un complot 
ourdi par les Bulgares d'Okhrida et de Monastir, et dénoncé 
par le supérieur grec du monastère Sleptché; la révolte de 
Prilep fut également étouffée. 

L'Europe néanmoins, resta ferme quant à ses décisions 
de Berlin et la tyrannie turque continua à sévir sur les popu- 
lations chrétiennes de Macédoine. Le voisinage de la prin- 
cipauté bulgare nouvellement créée, considérée comme en- 
fant de la Russie et comme l'avant-garde des plans de con- 
quête de cette dernière, firent que la situation du Bulgare 
macédonien devint intolérable. Les droits scolaires et reli- 
gieux que la population bulgare avait réussi à conquérir 
furent l'objet de toutes sortes d'attaques; le gouvernement 
turc adoptant la formule du divide et impera, ajourna l'ap- 
plication du firman relatif aux droits ecclésiastiques des 
Bulgares, excita les Grecs et permit plus tard l'implanta- 
tion en Macédoine d'un nouveau fléau — la propagande 
politique serbe — qui commença à recruter des « Serbes » 
parmi la population macédonienne. L'éminent homme 
d'Etat serbe, l'un des fondateurs de l'union balkanique en 



— 110 — 

1912, M. Milovanovitch, écrivait à ce sujet: «Jusqu'en 1885, 
la Serbie n'avait jamais pensé à la Macédoine » 1 ). 

La situation des Bulgares macédoniens devint plus 
critique. L'Autriche-Hongrie, pour détourner les yeux 
de la Serbie des terres serbes, la Bosnie et l'Herzégovine, 
achemina ses aspirations politiques vers la Macédoine en 
escomptant la prompte succession des patrimoines de 
l'homme malade — la Turquie. La Russie qui jusqu'alors 
protégeait les Bulgares, tourna, elle aussi, son char. In- 
quiète de la consolidation rapide de la Bulgarie, de son 
agrandissement en 1885 par l'annexion de la Roumélie 
Orientale, effrayée d'une rivalité possible sur la mer Noire 
et aux Dardanelles, la Russie commença à coqueter avec la 
Serbie. Enfin, la politique austrophile du gouvernement du 
prince Ferdinand et de son premier ministre Stambouloff 
contribua non moins au refroidissement de la Russie envers 
la Bulgarie. Les consuls russes de Macédoine reçurent des 
instructions de collaborer à la propagande serbe et de miner 
le terrain de tout renforcement bulgare en Macédoine. Ainsi 
inspiré, le consul russe de Bytolia, Rostkovsky, publia en 
1899 sa statistique de la population macédonienne, dans 
laquelle il proclama simplement comme « slave » la popula- 
tion bulgare de la Macédoine, ce qui répondait précisément 
aux aspirations serbes. Un vif mécontentement s'empara 
des cercles bulgares: certains parmi les patriotes macédo- 
niens estimaient qu'il fallait continuer l'œuvre scolaire, 
religieuse et civilisatrice sur une base loyale, comme jus- 
qu'alors; d'autres, vu les massacres systématiques de l'élé- 
ment bulgare en Macédoine de la part des Turcs, son 
anéantissement économique, sa forte émigration, la dé- 
moralisation provoquée par la propagande des Serbes et 
des Grecs, décidèrent de commencer un mouvement poli- 
tique et révolutionnaire qui amènerait l'autonomie du pays. 

Cette dernière opinion prévalut: les Bulgares commen- 



*) La revue serbe « Délo » de 1898, vol. XVII, p. 



300. 



— 111 — 

cèrent à travailler à leur libération politique. Le moyen 
choisi était le plus radical: soulèvement armé de la popu- 
lation bulgare contre le pouvoir turc. Il constituait la mani- 
festation la plus expressive de la conscience nationale bul- 
gare en Macédoine. Le but était, sinon le rattachement des 
Bulgares à leurs compatriotes de la principauté, du moins 
l'obtention d'un gouvernement autonome en secouant la 
torpeur de la diplomatie occidentale. L'Organisation ré- 
volutionnaire macédonienne, dite « Organisation intérieure » 
commença en 1893; on fonda alors ses premiers comités, à 
Ressen, à Salonique, etc. Trois ans après, en 1896, eut 
lieu à Salonique également, une assemblée générale des 
chefs de l'organisation, où apparurent comme premiers 
pionniers: Damian Groueff, Gotsé Deltcheff, Péré Tocheff, 
Christo Matoff, DrTatartcheff, Ghéortché Petroff, Théodore 
Lazaroff, Peter Pope Arsoff, tous enfants de Macédoine. 
Indépendamment de l'Organisation intérieure, les émi- 
grés macédoniens en Bulgarie avaient fondé des sociétés 
patriotiques dans le but de coopérer à la libération de 
leur pays natal. En 1895, ces sociétés se réunirent en con- 
grès et créèrent le Haut comité macédonien dont le premier 
président fut Traïko Kitantcheff de Ressen. La même 
année, le Comité voulant raviver l'intérêt de la diplomatie 
européenne sur la question macédonienne, qui était déjà 
saisie du problème arménien, organisa une insurrection 
dans la Macédoine du nord, principalement dans la vallée 
de la Strouma. Cette insurrection fut dirigée par les émigrés 
macédoniens, officiers dans l'armée bulgare; les prin- 
cipaux étaient: Boris Sarafoff, Yankoff, Darvingoff, Pro- 
toghéroff, Sarakinoff, Athanassoff, Pojarlieff, S. Stoïanoff, 
Drangoff, Nasteff, etc. Après quelques mois de résistance, 
la révolte fut étouffée par la troupe turque ; ce fut le pré- 
texte d'un grand nombre de persécutions et d'emprisonne- 
ments de la classe suspectée de la population bulgare. Ces 
événements placèrent le gouvernement bulgare dans la né- 
cessité de demander aux Grandes Puissances l'application 



— 112 — 

de l'art. 23 du Traité de Berlin, qui prévoyait une certaine 
autonomie pour les provinces ottomanes en Europe. L'année 
suivante, le gouvernement bulgare renouvela ses démarches 
auprès des Puissances qui se bornèrent à un simple échange 
de vues sans aucun résultat pratique. 

Quant à l'Organisation intérieure, les premières années 
de son activité furent employées à la préparation de l'esprit 
de la population à une résistance armée et à l'organisation 
même des combattants. Tant que dura cette période 
d'entraînement et malgré les mesures prises pour le cacher, 
quelques affaires surgirent qui firent comprendre à la Tur- 
quie que quelque chose se préparait en Macédoine. La 
première fut l'affaire du village Vinitsa, district de Kot- 
chani, en 1897. A la suite de port d'armes, 628 Bulgares 
y furent arrêtés et maltraités ; 300 autres s'enfuirent. Après, 
vinrent les affaires de Valandovo en 1899, de Tikvech en 
1900, d'Enidjé-Vardar en 1900, de Salonique en 1901, de 
Serrés en 1902, de Bytolia, Prilep, même année, etc. Simul- 
tanément, des soulèvements partiels éclatèrent, à Melnik en 
1895, à Djoumaïa et Serrés en 1902, etc. La Turquie usa de 
représailles pour étouffer le mouvement libérateur: arres- 
tations en masses, condamnations, tortures et déportation de 
la population bulgare. Ces mesures n'affaiblirent guère l'ar- 
deur de l'esclave macédonien; l'organisation continuait à 
renforcer sa préparation combative. 

En 1903 — l'année de la grande insurrection — l'orga- 
nisation embrassait toute la Macédoine. Dix membres for- 
maient un groupe; quelques-uns de ces groupes formaient 
« l'organisation locale » dirigée par un comité local. Les 
comités locaux (de district, de département, rural ou urbain) 
étaient soumis au comité central, dont le siège était « par- 
tout et nulle part ». La force guerrière de l'organisation 
étaient les « tchétas » (bandes) et la réserve, c'était toute la 
population au courant du secret. 

En 1903, tout était en ébullition. La multitude des 
bandes et le large réseau de l'organisation ne pouvaient pas 



— 113 — 

échapper à la vigilance du gouvernement turc. C'est pour 
cela que les rencontres entre les bandes et la troupe devin- 
rent toujours plus fréquentes. Lorsque les bandes se glissaient 
entre les mains de la troupe, la population était maltraitée, 
enfermée et massacrée. Les représailles turques furent plus 
violentes surtout après les attentats de Salonique, les der- 
niers jours d'avril 1903, lorsqu'on mit le feu au bateau 
français « Guadalquivir » portant des munitions pour l'ar- 
mée turque, lorsque les conduites de gaz à Salonique furent 
coupées et lorsque l'usine à gas et la Banque ottomane 
furent sautées en l'air. Ces attentats étaient perpétrés par 
un courageux groupe semi-indépendant de l'organisation 
de Vélès. La plupart de ses auteurs périrent sur place et 
250 personnes de la paisible population bulgare furent 
égorgées par les Turcs, 1000 furent enfermées dans les pri- 
sons de Salonique, tandis que d'autres étaient envoyées en 
exil en Asie Mineure et en Fezzan, dans le Tripolis du sud. 
La flotte européenne jeta l'ancre devant le port de Salo- 
nique. Au mois de mai suivant les représailles turques se- 
mèrent la panique à Monastir et à Smerdech (district de 
Castoria). A Monastir 14 Bulgares furent massacrés et 
eurent 40 blessés; d'autres périrent en prison. A Smerdech, 
on massacra 87 habitants; 50 furent blessés, 167 maisons, 
incendiées, etc. En un seul mois, le nombre des Bulgares 
de Macédoine et de Thrace, enfermés dans les prisons 
turques, s'éleva à 20,000 personnes! 

Pour ne pas disperser ses forces dans les combats sé- 
parés, l'Organisation décida le soulèvement en masse. Et, 
afin de masquer le centre de l'insurrection qui se trouvait 
dans la région de Monastir, elle simula un mouvement aussi 
dans les autres provinces, à Salonique, Scopié, Serrés, etc. 
L'insurrection fut proclamée le jour de la St-Elie, le 20 juil- 
let — 2 août 1913, et à sa tête furent placés les dirigeants; 
Damian Groueff, Boris Sarafoff et Anastase Lozantcheff . 
Les insurgés détruisirent d'abord les communications 
télégraphiques, les ponts sur les lignes de chemin de fer, 

8 



— 114 — 

occupèrent les passages et les points de croisements 
des routes, ensuite ils attaquèrent et anéantirent les 
petites garnisons turques disséminées et incendièrent les 
tours beylicales, tout cela rapidement afin de provoquer la 
panique. 

Au début, les grandes garnisons turques ne purent 
s'orienter, parce que les insurgés menaient une guerre de 
partisans et évitaient les combats réguliers avec la troupe. 
Ils conquirent plusieurs villes et bourgs, comme: Krou- 
chévo, Neveska, Klissoura, etc., les gardèrent quelques 
jours, puis les abandonnèrent pour se transporter ailleurs. 
La population bulgare se retira dans les montagnes où l'on 
établit des camps gardés par les bandes. A la fin d'août, les 
renforts turcs arrivèrent de Salonique et de Scopié; une 
armée de 80,000 hommes sous le commandement de Orner 
Roujdi Pacha, d'abord, de Nazir-Pacha ensuite, commença 
l'assaut méthodique contre les insurgés de tous les côtés. 
A la fin de ce même mois commencèrent les rencontres sang- 
lantes, pendant lesquelles les insurgés eurent à combattre 
contre de nombreuses armées turques, pourvues d'artillerie 
et de la cavallerie. Les groupes les plus forts d'insurgés comp- 
taient environ 400 hommes, devant tenir tête à des déta- 
chements armés de 2 à 10,000 hommes et plus, de longues 
heures durant, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à se frayer un 
chemin et se transporter dans un autre rayon. 

De grands combats eurent ainsi lieu près des villages 
suivants de Monastir: Smilévo, Boïchta, Tsapari, Boudi- 
mirtsi, Sloévichta, Elha, Roudari; à Bélovoditsa, district 
de Prilep; à Douchégoubets, Siklé, district de Florina; 
à Tourié, Staro-Véléisko, Kouratitsa, Svinichta, district 
d'Okhrida; à Zagoritchani, Aposkep, district de Cas- 
toria; à Lopouchnik, district de Kitchévo, ainsi que dans 
beaucoup d'autres localités montagneuses de la Macédoine 
occidentale. Les combats continuèrent jusqu'en novembre, 
parce que les froids et les neiges empêchaient les insurgés — 
les uns dispersés, les autres tués — de les continuer. Rien 



— 115 — 

que dans le département de Monastir, 150 combats furent 
livrés, avec la participation de 14,000 insurgés. 

L'insurrection se termina par une dévastation générale : 
ainsi, dans le vilayet de Monastir, 91 villages bulgares furent 
totalement incendiés, 12 le furent à moitié et 19 en partie, 
notamment, dans les districts de : Monastir 38, Florina 9, 
Castoria 23, Okhrida 42, Kitchévo 10. Le nombre total des 
maisons bulgares incendiées fut de 8646; la population 
privée de gîte s'éleva à 51,606 personnes, et 1179 personnes 
appartenant à la population paisible furent massacrées. La 
contrée insurgée eut beaucoup à souffrir au point de vue 
économique; ainsi rien que dans le district d'Okhrida furent 
dévastés 42 villages, emportées 3181 têtes de bétail, 28,226 
moutons et chèvres, 827 chevaux, 149 ânes, 542,900 
kilos de blé et 404,500 kilos détruits. En général, 12 dis- 
tricts de Macédoine souffrirent, 135 villages furent incen- 
diés avec 9830 maisons, 2129 bulgares égorgés et tués, 
privés de logements 60,953, 2245 femmes violées et emme- 
nées en captivité et 1500 emprisonnés comme détenus 
politiques. 

Les effets de l'insurrection qui dura trois mois furent 
écrasants. L'apathique diplomatie européenne ne se se- 
coua qu'à la vue des torrents de sang et de ses intérêts 
économiques menacés. Les rapports des consuls européens 
de Monastir, Salonique, Scopié, etc. émurent les gouverne- 
ments respectifs. Déjà, dès que retentirent les premiers 
coups de fusil de l'insurrection, le vice-consul britannique 
de Monastir, McGregor communique, le 4 et 6 août, à son 
consul général de Salonique, ce qui suit: 

« Il est impossible, en ce moment, d'estimer la propor- 
tion de la population rurale, qui a abandonné les villages, 
soit partiellement, soit en masse, pour se retirer dans les 
montagnes en donnant suite aux sommations de dimanche 
soir, mais elle atteint plusieurs milliers, y compris non 
seulement des Bulgares exarchistes, mais aussi des patriar- 
chistes et des Valaques, qui ont passé jusqu'ici pour de 



— 116 — 

fermes adhérents de la propagande hellénique. Voici les 
noms des villages insurgés dans le voisinage immédiat de 
Monastir: Kristofor, Pozdech, Gorno-Orizari, Dolno-Orizari, 
Karaman, Tirnovo, Magarévo et Jabiani, et un peu plus au 
nord Koukouretchani, Tchernaboka et autres ... Le Vali 
m'informe que les villages chrétiens dans la région près de 
Bouf et Florina comme Resna, Armensko, Popoljani, Zabâr- 
déni, Banitsa et Hassan-Oba sont déserts et il en est de 
même, semble-t-il, pour la contrée de Korechta entre les 
lacs de Prespa et de Castoria où l'on ne trouverait plus que 
des enfants et des personnes âgées ». Et plus loin : « Je 
m'efforce de dresser une liste des villages dont les habitants 
se sont sauvés dans les montagnes, mais pour le moment je 
dois me borner à constater que V insurrection est complète 
dans les districts de Monastir, Resna, Prespa, Okhrida, Kit- 
chévo, Krouchévo, Korechta, Castoria, Florina et Morikhovo 
et que les patriarchistes de nationalité slave et valaque ont 
apparemment fait cause commune avec les insurgés et 
gagné à leur cause les villages voisins de Boukovo, Tirnovo, 
Magarévo et Nijopolé dont chacun a fourni quinze à trente- 
cinq recrues ... Il est presque certain que toute la contrée 
montagneuse entre Florina et Castoria est dans les mains des 
insurgés. Ceux-ci auraient occupé les positions importantes 
de Pissodère et Clissoura et mis en fuite ou défait les petits 
détachements de troupes à Jéliovo, Roulia, Biglichta, etc. 
On a formé dans ce district des camps de concentration 
pour les femmes et les enfants mais on peut y voir aussi des 
boulangers, des tailleurs et des cordonniers faire leur 
besogne ». 

Nous lisons dans le rapport de l'ambassadeur de la Ré- 
publique française à Constantinople, Constans, adressé à 
M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, en date du 
11 août 1903: 

« On ne peut se dissimuler que la situation est grave, en 
particulier dans le vilayet de Monastir que les insurgés parais- 
sent avoir pris pour centre de leurs opérations. Chaque 



- 117 — 

jour de nouveaux méfaits sont signalés de la part des 
bandes, incendies de villages turcs ou de récoltes apparte- 
nant à des Musulmans, fils télégraphiques coupés, stations 
de chemin de fer détruites, ouvriers de la voie enlevés ou 
tués. Jamais à aucun moment, le mouvement insurrec- 
tionnel n'avait déployé une pareille activité, jamais non 
plus un aussi grand nombre de révolutionnaires n avait tenu 
la campagne. Des gens en général bien informés assurent 
qu'ils sont plus de 30,000 sous les armes. Je sais bien que 
dans ce chiffre l'on comprend les paysans qui, excédés 
d'avoir toujours à craindre d'être fusillés par les uns comme 
complices des Bulgares, ou par les autres comme espions des 
Turcs, ont abandonné leurs villages et leurs familles et se 
battent peut-être sans grand enthousiasme. Je sais égale- 
ment que tous ne sont pas parfaitement armés. Mais il n'en 
reste pas moins qu'à l'heure actuelle, dans le vilayet de 
Monastir les troupes turques cependant nombreuses sont im- 
puissantes à rétablir V ordre et que, fait unique jusqu'à 
présent, le village de Krouchévo est depuis plusieurs jours 
entre les mains des insurgés sans que l'autorité ait pu par- 
venir à le reconquérir ». 

Dans son rapport du 22 août, le même ambassadeur 
écrivait: 

« Les faits insurrectionnels qui se sont produits, il y a 
quelques jours, dans le vilayet de Monastir ont profondé- 
ment troublé les habitants de cette province et surexcité 
les Musulmans. Effrayés par la prise d'un certain nombre 
de bourgs et de villages, ils étaient terrorisés par la crainte 
d'événements que la prompte arrivée de sérieux renforts 
de troupes a très heureusement prévenus. Les nombreux 
bataillons envoyés dans le vilayet ont repoussé les bandes 
et repris les points qu'elles occupaient. Krouchovo et cinq 
villages qui entourent ce mudiriet sont tombés entre leurs 
mains. Il en est de même d'un certain nombre de villages 
au sud de Monastir et, d'après les affirmations de la Porte, 
les troupes seraient maîtresses de la région de Perlépé et de 



— 118 — 

toute celle qui s'étend entre Castoria, Florina et les lacs 
situés au nord-ouest de cette ville. Un rassemblement con- 
sidérable de Bulgares insurgés serait même cerné par six 
bataillons à quelques kilomètres de Florina. Ce succès des 
troupes ottomanes permettait de supposer qu'un peu de 
calme allait succéder à la période troublée que l'on venait 
de traverser. Il n'en est rien cependant, et s'il est vrai que 
plusieurs centaines d'insurgés ont mis bas les armes, il n'est 
pas moins certain que l'action des bandes semble se géné- 
raliser et qu'elle s'est déjà fait sentir dans le vilayet rf' Uskub 
et dans celui d 'Andrinople. Il règne depuis quelques jours à 
Uskub une grande inquiétude. Le vali a cru devoir faire 
garder les mosquées par les troupes. Il a été tout récem- 
ment autorisé à appeler les dernières réserves de sa pro- 
vince et la Porte lui laisse toute liberté d'action pour les 
employer comme il le jugera utile. 

« Dans le vilayet d' Andrinople, jusqu'ici à peu près 
tranquille, l'activité des bandes vient aussi d'être constatée. 
Dans la nuit du 16 au 17 courant, près de Kouléli- Bourg as, 
station de la ligne de Constantinople- Andrinople, de nom- 
breux coups de feu ont été échangés entre les soldats 
chargés de la surveillance de la ligne et les révolutionnaires. 
Enfin, au lendemain de l'arrivée de la division navale russe 
au mouillage d'Iniada, les Bulgares ont attaqué et détruit 
deux villages grecs situés entre cette baie et Kirk-Kilissé 
qui a été également attaqué et dont le conak a été incendié. 

« Si l'on rapproche de ces faits les divers attentats 
commis par les rebelles sur les chemins de fer de Salonique à 
Dédéagatch, de Salonique à Monastir et de Salonique à Uskub, 
on est amené à constater que la circulation des voyageurs 
et des troupes déjà, fort difficile, deviendra bientôt absolu- 
ment impossible. 

« J'ai vu plusieurs fois ces jours derniers Son Altesse 
le Grand Vizir et le ministre des Affaires étrangères. Tous 
deux affectent dans le prochain rétablissement de l'ordre 
une entière confiance. Depuis ma dernière visite au Grand 



— 119 — 

Vizir, j'ai appris que, le 16 courant, la Porte a donné l'ordre 
au vali d'Andrinople de mobiliser les 32 bataillons d'ilavés 
non encore convoqués dans la Turquie d'Europe. Il lui a 
été enjoint encore d'appeler les 16 bataillons de rédifs dis- 
ponibles dans son vilayet et les quatre restant dans celui de 
Salonique. Les deux divisions d'ilavés d'Angora et de Césarée 
ont également reçu l'ordre de se tenir prêtes à partir au 
premier signal. La mobilisation de 84 bataillons ne demontre- 
t-elle pas l'excessive inquiétude du Gouvernement otto- 
man ? . . . . 

« Les moyens employés jusqu'à ce jour par les Puis- 
sances pour mettre un terme à l'agitation macédonienne 
sont évidemment impuissants. Les Bulgares se plaignent et 
non sans raison, des excès commis par les troupes impériales 
et des exactions dont ils sont victimes de la part des fonction- 
naires ottomans. C'est pour les garantir contre toute vio- 
lence, pour protéger leur personne et leurs biens qu'une série 
de réformes a été proposée par les Gouvernements russe et 
austro-hongrois. Je crois que S. M. le Sultan est décidé 
à les appliquer ». 

L'insurrection n'était pas encore achevée qu'un échange 
de vues eut lieu entre les cabinets européens en vue des 
réformes indispensables en Turquie d'Europe. Les Puis- 
sances directement intéressées au sort des Balkans, l'Au- 
triche-Hongrie et la Russie, assumèrent le mandat de l'Eu- 
rope pour ces réformes. Le 30 septembre 1903, eut lieu à 
ce sujet, une entrevue à Vienne, entre les empereurs Nico- 
las II et François Joseph; quelques jours après ils partirent 
pour Murzsteg, en Styrie, où fut élaboré le programme des 
réformes, qui fut communiqué à la Turquie le 22 octobre 
1903. Les réformes de Murzsteg prévoyaient la réorganisa- 
tion de la gendarmerie turque en Macédoine et un système 
de finances sous le contrôle européen. Elles ne touchaient 
pas cependant les besoins immédiats de la population et, 
partant, ne purent pacifier le pays et le mouvement révolu- 
tionnaire reprit en 1904 et continua jusqu'en 1908. L'Or- 



— 120 — 

ganisation intérieure livra pendant ce laps de temps 172 
combats contre les troupes turques. L'animosité entre les 
races, l'action des bandes et leurs recontres avec les soldats 
et gendarmes turcs aggravaient la situation, devenue 
presque anarchique. On évaluait à 2000 par an les meur- 
tres. Pour le seul mois de novembre 1907, le nombre des 
assassinats en Macédoine atteignit le chiffre de 211, dont 
142 de Bulgares, 41 de Turcs, 20 de Grecs et 8 de Serbes. 

Lorsque les Puissances européennes se rendirent 
compte, d'une part, de l'inconsistance de leur œuvre, et 
d'autre part, de la mauvaise foi turque, elles firent un pas 
en avant. Le 10 juin 1908, en effet, eut lieu à Reval une 
entrevue entre le roi d'Angleterre et l'empereur de Russie; 
où furent élaborés des projets de nouvelles réformes qui 
prévoyaient l'autonomie de la Macédoine. Le parti jeune- 
turc s'empressa, un mois plus tard, le 11 juillet (v. s.), dans 
le but de sauver la situation, de proclamer le régime consti- 
tutionnel en Turquie, qui rendait superflue l'intervention 
européenne. 

La nouvelle ère d'égalité des peuples en Turquie fut 
éphémère. En 1909 déjà fut publiée « La loi sur les associa- 
tions » qui prohiba toute organisation de nationalités, 
parce qu'il ne pouvait exister en Turquie qu'une seule 
nationalité — l'ottomane. Les clubs constitutionnels bul- 
gares, nouvellement créés, furent fermés. Les membres de 
l'organisation révolutionnaire macédonienn et les chefs de 
bande sortis des forêts, furent l'objet de persécutions et 
tués, sous prétexte de chercher des armes parmi la popula- 
tion. En Macédoine, 4973 Bulgares furent molestés, dont 
73 périrent ou restèrent estropiés; un grand nombre s'en- 
fuirent de nouveau dans les montagnes; d'autres enfin 
émigrèrent en Bulgarie. 

L'organisation révolutionnaire recommença son activité. 
De 1910 à 1912, furent perpétrés 22 attentats sur les chemins 
de fer, ports et établissements publics. Les Jeunes-Turcs 
eurent recours à des représailles sur la population paisible : 



— 121 — 

le 4 décembre 1911, 20 Bulgares furent tués à Chtip et 300 
blessés; le 1 août 1912, à Kotchani, 39 Bulgares furent 
égorgés, 50 gravement blessés et 170 légèrement. Ces événe- 
ments émurent l'opinion publique en Bulgarie, des protes- 
tations et des meetings eurent lieu partout. L'organisation 
macédonienne envoya des députations à l'étranger pour 
demander des réformes en Macédoine, l'Europe resta néan- 
moins muette. 

En automne 1912, l'Union balkanique des Bulgares, 
Serbes, Grecs et Monténégrins déclara la guerre à la Tur- 
quie et chassa le Turc de Macédoine. A cette guerre prirent 
part 15,000 Bulgares macédoniens qui formaient la « Légion 
bulgare macédonienne » et qui sous l'étendard bulgare, 
prirent une part très active aux combats le long des mers 
Egée et de Marmara. 

La guerre interalliée, enfin, et le traité de Bucarest de 
1913 laissèrent la plus grande partie de la Macédoine bul- 
gare sous le joug étranger. Les régimes serbe et grec en 
Macédoine provoquèrent une grande désillusion au lieu de 
la liberté espérée après le joug turc cinq fois séculaire. La 
population bulgare fut déclarée serbe dans la moitié nord 
de la Macédoine, restée sous la domination serbe, et grecque 
dans la partie sud, demeurée grecque. Déjà, au début de 
la guerre serbo-bulgare de 1913, les Serbes se livrèrent à 
des persécutions systématiques contre l'élément bulgare de 
Macédoine: toutes les écoles bulgares furent fermées, les 
instituteurs internés ou chassés, tous les métropolites et 
vicaires bulgares expulsés hors du pays et les églises 
bulgares expropriées; à Scopié on enleva 90 notables 
et instituteurs bulgares pour les enfermer à Mitrovitsa; à 
Vélès, 200 personnes furent arrêtées et cinq autres, avec un 
prêtre, tuées et jetées dans le Vardar; à Monastir 600 per- 
sonnes arrêtées, à Ressen 350, à Tétovo 200, à Koumanovo 
110, à Kriva-Palanka 100, etc. Tout de suite après la signa- 
ture du traité de Bucarest, le gouvernement serbe, prit les 
mesures les plus draconiennes, inconnues dans les annales 



— 122 — 

de l'humanité, afin de paralyser toute manifestation du 
sentiment national bulgare en Macédoine. Mentionnons à 
cet égard, le « Règlement sur la sécurité publique » du 20 sep- 
tembre pour les territoires nouvellement occupés, d'après 
lequel il suffisait d'une dénonciation policière pour que les 
suspects fussent punis de 5, 10 et même 20 ans de déten- 
tion; ce même règlement prévoyait la déportation de fa- 
milles entières, l'obligation pour les communes et les arron- 
dissements de subvenir aux besions de l'armée, etc. 1 ). 



*) Voici quelques articles de ce fameux règlement: 

Art. 2. — ... Si le récalcitrant refuse de se constituer prisonnier 
dans les dix jours qui suivront cette publication, il pourra être mise à mort 
par tout officier public ou militaire. 

Art. 3. — Toute personne prévenue de rébellion aux termes d'une 
décision de la police et qui commettrait un crime quelconque sera punie 
de mort. 

Si le prévenu se constitue lui-même prisonnier entre les mains des 
autorités, la peine de mort sera commuée à dix ou vingt ans de travaux 
forcés, si toutefois la commutation est jugée opportune par le tribunal. 

Art. 4. — Si plusieurs cas de rébellion se produisent dans une com- 
mune et que les récalcitrants ne regagnent pas leurs foyers dans les dix 
jours qui suivront l'avis de la police, les autorités ont le droit de faire dé- 
porter leurs familles là ou elles le jugeront opportun. 

De même, seront déportés les habitants dans les maisons desquels 
seraient recelées des personnes armées ou des criminels en général. 

Le chef de la police fera parvenir à la préfecture son rapport sur 
le mode de déportation qui doit être appliqué immédiatement . . . 

Art. 5. — Toute personne, déportée par arrêté de la préfecture, qui 
rentrerait à son domicile primitif sans l'autorisation du Ministre de l'In- 
térieur, sera punie de trois ans de prison. 

Art. 6. — Si le maintien de la sécurité dans une commune ou dans 
un arrondissement exige l'envoi de troupes, l'entretien de celles-ci sera 
à la charge de la commune ou de l'arrondissement. Avis en sera donné 
au préfet . . . 

Art. 8. — Toute personne qui ferait usage de matières explosives, 
quelles qu'elles fussent, sachant que l'emploi en est dangereux pour la vie 
ou les biens d'autrui, sera frappée de vingt ans de travaux forcés. 

Art. 10. — Toute personne qui, sans mauvais dessein, fait usage 
d'une matière explosive, sera punie de cinq ans de travaux forcés. 

Art. 12. — Toute personne qui endommagerait délibérément les rues, 
routes ou places de façon à créer un danger pour la vie ou la santé publique 
sera punie de quinze ans de travaux forcés. Si le délit a été commis sans 
intention, la peine sera de cinq ans . . . 

Art. 14. — Toute personne qui endommagerait les communications 
télégraphiques ou téléphoniques sera punie de quinze ans de travaux forcés. 
Si l'acte n'est pas prémédité, la peine sera de cinq ans . . . etc. 



— 123 — 

Tandis que le gouvernement serbe, s'appuyant sur la 
similitude de race et de langue entre Serbes et Bulgares, 
s'efforçait, grâce aux mesures susmentionnées, de serbiser 
la population macédonienne sans vouloir la faire disparaître, 
le gouvernement grec procéda autrement. Tant que durait la 
guerre et que les responsabilités pouvaient être dissimulées, 
les Grecs entreprirent l'anéantissement radical de l'élément 
bulgare. En effet, la Commission internationale d'enquête, 
envoyée sur place en 1913, tout de suite après les méfaits 
grecs, constata que les armées grecques avaient, par ordre, 
dévasté et incendié en Macédoine 161 villages bulgares, 
en partie turcs, avec 14,480 maisons dont l'énumération 
figure dans une liste spéciale 1 ). Là où ce moyen ne pouvait, 
pour une raison ou une autre, être appliqué, le gouverne- 
ment grec eut recours à la terreur pour obliger la popu- 
lation bulgare à émigrer ou à se déclarer «hellène». Tous les 
Bulgares aisés et instruits des villes et villages de Salonique, 
Vodéna, Enidjé-Vardar, Florina, Castoria, Démir-Hissar, 
Serrés, Drama, etc. qui n'avaient pas pris la fuite, furent jetés 
en prison et envoyés en exil dans l'ancienne Grèce, aux îles de 
Trikéri, Itaki, etc. où la plupart périrent dans d'atroces 
souffrances. L'archimandrite Evlogios, vicaire de Salo- 
nique, et son secrétaire Christo Batandjieff furent jetés 
à la mer, durant le trajet de Salonique au lieu de leur exil. 
Toutes les églises bulgares furent expropriées, leur clergé 
chassé, les bibliothèques incendiées, les écoles fermées jus- 
qu'à la dernière, les instituteurs exilés ou bannis. 

Aucun autre peuple n'aurait supporté cette situation. 
Le joug turc pâlissait à côté des jougs serbe et grec. 
La population bulgare de Macédoine, malgré la pression 
qu'on faisait peser sur elle, malgré les massacres et l'exil 
de ses chefs, malgré l'émigration en Bulgarie et en 
Amérique, ne courba pas l'échiné devant la nouvelle op- 
pression. Les recrues bulgares recrutées dans les armées 

a ) Dotation Carnegie pour la paix internationale. Enquête dans les 
Balkans. Paris 1914, p. 321 à 324. 



— 124 — 

serbe et grecque désertaient tous les jours; ceux de Chtip, 
emmenés à Kragouévats pour prêter serment, protestèrent 
en masse, en entonnant des chansons bulgares. Le journal 
serbe « Radnitchké Noviné », du 14 avril 1914, dit à ce 
propos: 

« Le cri: « Nous ne voulons pas jurer » retentit soudain 
au loin. Tout le bataillon, comme un seul homme, refusait 
de prêter serment. Je crois qu'il est inutile de vous décrire 
la suite des événements. J'ajouterai cependant que deux 
détachements du onzième régiment, baïonnette au canon, 
ont cerné « leurs frères nouvellement libérés ». La nuit est 
tombée sur ces entrefaites. Que ces malheureux aient sur- 
vécu à leur manifestation spontanée, c'est ce que per- 
sonne ne saurait dire .... » 

Toute la province macédonienne était en deuil, ané- 
antie. Ceux, parmi les patriotes, qui n'étaient pas enfermés, 
protestèrent à main armée contre le nouveau régime. Deux 
mois après le traité de Bucarest, une insurrection éclata en 
Macédoine occidentale; à sa tête se placèrent P. Tchaouleff 
d'Okhrida, P. Christoff de Monastir et M. Matoff de Strouga. 
Les insurgés défirent les armées serbes à Okhrida, Strouga 
et Dèbre et y proclamèrent le pouvoir révolutionnaire bul- 
gare. Ce fut seulement après l'arrivée de forts détachements 
serbes et après des rencontres sanglantes dans le défilé entre 
Ressen et Okhrida que la résistance des insurgés, insuffisam- 
ment armés, fut brisée et que ces derniers se retirèrent vers 
l'Albanie. 

Le mouvement révolutionnaire ne s'arrêta pas là. Les 
membres restés vivants de l'ancienne Organisation inté- 
rieure continuèrent leur activité, dispersés dans les diffé- 
rentes parties de la patrie macédonienne. Ils se divisèrent 
comme naguère, en petites bandes, qui clandestinement 
parcouraient les villages et les montagnes et stimulaient le 
sentiment national de la population outragée par les événe- 
ments survenus. Ainsi firent les bandes de Monastir, 
Ressen, Tikvech, Démir- Hissar, Koukouch, Vélès, Scopié, 



— 125 — 

Koumanovo, Chtip, Kratovo, etc. Et lorsque éclata 
le conflit austro-serbe de 1914, le mouvement révolution- 
naire en Macédoine intensifia son action par des attentats 
sur les ponts et les chemins de fer. Plus tard, en 1915, 
quand la Bulgarie, elle aussi, entra en lice, des milliers de 
Bulgares macédoniens s'enfuirent de l'armée serbe et grec- 
que et, avec leurs compatriotes, formèrent de forts contin- 
gents, au nombre de 60,000 personnes, qui se rangèrent sous 
les drapeaux bulgares pour lutter contre les Serbes d'abord, 
contre les Grecs ensuite. La population bulgare macédo- 
nienne manifesta ainsi une fois encore sa conscience natio- 
nale d'une façon éclatante, car il n'y a pas de plébiscite plus 
évident d'autodisposition nationale que celui qui consiste 
à donner sa vie pour sa patrie et pour son peuple. 

La paix de Neuilly du 27 novembre 1919 replace de 
nouveau la population bulgare de Macédoine sous les jougs 
serbe et grec. Cette population soutient depuis un siècle une 
lutte acharnée pour conquérir une Eglise indépendante; 
elle donna les meilleurs de ses fils qui périrent dans les com- 
bats, dans les prisons et sous les potences turques, tout cela 
pour la liberté sacrée qui est sur la bouche de tous les 
peuples civilisés. Ces peuples méprisèrent les souffrances 
d'une population, esclave depuis cinq siècles, se moquèrent 
de ses nobles sacrifices pour la liberté et la vouèrent à une 
servitude nouvelle. Le Bulgare macédonien s'est sacrifié 
pour qu'en définitive d'autres en tirent tout le profit et 
s'installent en maîtres dans sa patrie où lui, seul, demeure 
l'esclave. Plus que jamais, c'est le cas de dire: « Il a tra- 
vaillé pour le roi de Prusse ». 

L'émigration des Bulgares macédoniens. 

Le régime intolérable des Turcs et la constitution des 
Etats chrétiens des Balkans au XIX e s.: de la Serbie en 
1815, de la Grèce en 1830 et de la Bulgarie en 1878, pro- 
voquèrent une émigration de la population chrétienne de 



— 126 — 

Macédoine vers ces pays. Cherchant la sécurité et guidés 
par leur sentiment national, les émigrés s'installaient tantôt 
dans l'un, tantôt dans l'autre des Etats voisins. Seuls les 
émigrés koutso-valaques faisaient exception : c'était le gain 
qui déterminait le choix de leur nouvelle patrie. Là, ils 
s'adonnaient à leur métier préféré d'aubergistes ou d'épi- 
ciers, et leur deuxième génération était déjà assimilée. 
Plusieurs personnalités politiques et des hommes de lettres 
de la Serbie moderne tirent leur origine de ces émigrés 
koutso-valaques, tels, par exemple: VI. Djordéjvitch, 
Tsintsar-Markovitch, K.Stoïnovitch, B.Nouchitch, S.Traïa- 
novitch, Dimitriévitch, etc. Les Grecs de Macédoine émi- 
graient de préférence en Grèce et les Bulgares macédo- 
niens en Bulgarie. Notons en outre que les Grecs et les 
Bulgares émigrés en pays étrangers, les pauvres ouvriers 
exceptés, ont conservé en général leur nationalité. 

Voici quelques exemples concernant les Bulgares ma- 
cédoniens: Chrysanthe, patriarche de Constantinople de 
1824 à 1826, natif du village Grammatikovo, caza de 
Kaïlar, avouait sa nationalité bulgare; les Grecs eux- 
mêmes soulignent son origine bulgare. A. Rizoff, de Strou- 
mitsa, qui avait fait ses études au gymnase et à l'Université 
d'Athènes, fut un des précurseurs de la renaissance bul- 
gare de la première moitié du XIX e s. Ivan Siméonoff de 
Târlis, caza de Nevrokop, affirmait en 1840 sa nationalité 
bulgare même dans ses ouvrages publiés en grec à Buda- 
pest. D. Miladinoff, de Strouga, sur le lac d'Okhrida, 
avait fait ses études à Joannina, alors grand centre de 
l'hellénisme. Plus tard, lui et son frère Constantin, qui 
étudia à l'Université d'Athènes, devinrent les plus fer- 
vents apôtres du bulgarisme, soit comme écrivains, soit 
comme maîtres d'école dans leur pays natal. G. Pârli- 
tcheff, d'Okhrida, étudiant à l'Université d'Athènes, hel- 
léniste passionné et lauréat du concours poétique d'Athènes 
en 1860, fut un défenseur ardent de la cause nationale 
bulgare durant toute sa carrière de poète et de professeur 



— 127 — 

dans sa patrie. C'est toujours par les écoles d'Athènes 
que passèrent toute une pléiade de jeunes gens macédo- 
bulgares, qui ont consacré leur vie au service de la nation 
bulgare à une époque où il n'y avait ni Eglise autonome 
bulgare, ni Etat bulgare. Tels furent: l'évêque Panarète 
de Pâtélé, caza de Florina ; son frère C. Michaïkof f , médecin 
à Monastir et grand mécène bulgare; les frères Robeff, 
d'une ancienne famille d'Okhrida; Radeff, père et fils, 
originaires de Vélès et installés à Monastir, etc. Le journal 
serbe « Srbski Dnevnik», du 26 juin 1860, admirait dans 
les termes suivants les Macédo-Bulgares et les émigrés 
bulgares en Roumanie travaillant à leur renaissance na- 
tionale : « Je suis informé de Monastir (Macédoine), dit 
le correspondant, que les Bulgares de l'endroit songent à 
fonder une salle de lecture. P. Dimkoff Radévitch qui a fait 
ses études à Athènes et à Vienne, travaille ardemment à 
cette entreprise. Il est vraiment surprenant, et cela fait 
honneur à cet homme, qu'il n'ait pas cessé de vivre pour 
sa nation, après avoir étudié dans une ville où tant de 
Bulgares se sont hellénisés. Je suis heureux de pouvoir 
vous annoncer que les Bulgares travaillent encore pour leur 
nationalité hors des véritables frontières de la Bulgarie; 
cela est vrai surtout pour les Bulgares de Roumanie. . . 
A Galats, où leur nombre est assez considérable, ils ont 
fondé une école bulgare et se proposent maintenant de 
bâtir une église. Une souscription a été ouverte à cet 
effet parmi eux et déjà 18 personnes ont souscrit 3000 
ducats. C'est ainsi que le progrès est possible! » 

Il en est de même des émigrés macédo-bulgares 
en pays serbe. L'écrivain Chr. Jéfarovitch, de Doïran, 
qui a vécu et travaillé parmi les Serbes, au XVIII e s., se 
déclare Bulgare. Vers la fin de sa vie il émigra en Russie 
et y mourut comme Bulgare en 1753, à Moscou, ainsi qu'en 
témoigne son testament. Marko Théodorovitch, de Razlog, 
qui a travaillé comme commerçant parmi les Serbes de la 
Hongrie pendant la seconde moitié du XVIII e s., se déclare 



— 128 — 

également Bulgare dans les livres parus sous ses auspices. 
Les réfugiés macédo-bulgares d'Okhrida, de Kratovo, de 
Katranitsa, de Prilep dans les pays serbes au cours du 
XVIII e s., figurent dans les registres des diocèses et des 
couvents parmi les « Bulgares de nationalité, venus de la 
terre bulgare » 1 ). Pierre Itchko, de Katranitsa, caza de 
Kaïlar, l'intermédiaire entre la Serbie et la Turquie pour 
la conclusion de la paix de 1807, paix portant son nom 
(« Itchkoff mir »), est reconnu par les Serbes eux-mêmes 
comme Bulgare 2 ). Les émigrés macédo-bulgares de Novi- 
Sad, Zémoun et Belgrade, qui y formaient des colonies 
considérables pendant le XVIII e s. et la première moitié 
du XIX e , passaient ouvertement pour Bulgares. Parmi 
eux, mentionnons Anghelko Palachoff, originaire de Vélès, 
qui devint vers le milieu du XIX e s. mécène zélé des écoles 
bulgares de sa ville natale. Ilio Markoff, de Bérovo, caza 
de Maléchévo, célèbre chef des volontaires macédoniens 
luttant contre le régime turc, qui avait pris part aux com- 
bats de Belgrade en 1862 et avait reçu une pension du 
gouvernement serbe, affirmait hautement sa nationalité 
bulgare. Et, lorsqu'en 1885 les Serbes envahirent la Bul- 
garie alors aux prises avec la Turquie, le vétéran Ilio Mar- 
koff, vieillard, rassembla ses dernières forces, et à la tête 
d'une bande de 200 volontaires, se porta au secours de 
ses conationaux contre les Serbes. 

Voici un autre fait bien significatif: Il y a une tren- 
taine d'années, plusieurs jeunes gens pauvres de Macé- 
doine, subventionnés par le gouvernement serbe, furent 
attirés, dans les établissements scolaires secondaires et à 
l'Université de Belgrade aux fins de former un cadre 
macédonien pour la propagation du serbisme. Contraire- 
ment à ce qu'on en attendait, toute cette jeunesse macé- 



x ) « Spomenik » de l'Académie royale des sciences serbe, XLII, 104, 
118. — Rouvarats, Description des monastères serbes de Frouehka-Gora 
de 1753. Karlovtsi 1905, p. 22, 42-43, 98, 99, 321, 322. 

2 ) Correspondance de Vouk Karadjic, vol. III, 91 (en serbe). 



— 129 — 

donienne, les études finies, rentra dans son pays natal et 
se voua à sa propre cause nationale, la cause bulgare: 
Damian Groueff, de Smilévo, par exemple, devint le fon- 
dateur de l'organisation révolutionnaire des Bulgares ma- 
cédoniens et trouva la mort dans une rencontre avec les 
Turcs; Pope Arsoff, de Scopié, et Chr. P. Kotseff, de 
Chtip, maîtres d'école et membres de la même organisa- 
tion, durent expier leur sentiment national bulgare dans 
les cachots de Salonique et dans ceux de l'Asie Mineure; 
N. Naoumoff de Chtip, devint le rédacteur de la « Revue 
macédo-andrinopolitaine »; K. Missirkoff se fit un nom 
parmi les slavistes par ses études philologiques et folk- 
loristes sur la population bulgaro-macédonienne; D.Mir- 
tcheff, de Prilep, se fit connaître par son étude des dia- 
lectes bulgares de Prilep et de Vodéna, ainsi que par une série 
de manuels scolaires bulgares; Cl. Karaguleff, d'Okhrida, 
devint un des premiers grammairiens néo- bulgares; 
N. Blagoeff, du caza de Kaïlar, professeur à l'Université 
de Sofia, s'est adonné à l'étude de l'histoire du vieux droit 
bulgare, etc. 

Les Macédo-Bulgares émigrés en Russie ne font pas 
exception. Nous avons à ce sujet le témoignage des re- 
gistres de la colonie grecque de Niéjine du XVIII e s., où 
on lit: « Siméon Théodoroff, Bulgare de Turquie, de la 
ville d'Okhrida, installé à Niéjine depuis 1740; Ivan Dimi- 
trieff Stalevsky, Bulgare de la province de Macédoine, de 
la ville de Scopié, installé à Niéjine en 1745; Nako Bojik, 
Bulgare de la province de Macédoine, de la bourgade de 
Stroumitsa, établi à Niéjine depuis 1757; Stoïan Petroff, 
de Salonique, en Turquie, installé à Niéjine depuis 1760 », 
etc. 1 ). D'autres Macédo-Bulgares, commerçants, établis 
à Odessa, se déclarent, dès 1822, Bulgares dans un docu- 
ment que nous avons cité plus haut, p. 82. D'autre part, 
au cours du XIX e s. les écoles secondaires et les univer- 



*) Travaux du XII e Congrès archéologique à Kharkov, vol. II. Moscou 
1905, p. 215, 224, 225 (en russe). 

9 



— 130 — 

sites de Russie sont fréquentées par plusieurs Macédo-Bul- 
gares qui y déploient une vive activité littéraire et politique, 
entrent en contact avec les représentants du panslavisme 
et préparent les dirigeants russes à la défense de la cause 
bulgare au point de vue de l'autonomie tant religieuse que 
politique. Parmi ces Bulgares macédoniens dont quelques- 
uns sont restés en Russie jusqu'à la fin de leur vie, nous 
citerons les plus actifs: Nathanaïl de Scopié, écrivain et 
plus tard métropolite d'Okhrida; C.Petkovitch, deBachino- 
Sélo, près Vélès, investigateur des manuscrits vieux-bulgares 
et consul de Russie; C. Miladinoff, de Strouga, auteur du 
célèbre recueil de folklore bulgare ; le poète R. Jinzif off , 
de Vélès, etc. 

Tandis que l'émigration des Macédo-Bulgares dans 
les pays ci-dessus énumérés était plutôt partielle, celle qui 
se poursuit en Bulgarie se fait en masse. Aussitôt que la 
principauté de Bulgarie fut constituée en 1878, les Bul- 
gares de Macédoine, restés sous le joug turc, commencèrent 
à quitter en grand nombre leurs foyers pour chercher for- 
tune et consolation auprès de leurs conationaux. Bientôt, 
les villes les plus proches de la frontière macédonienne 
furent inondées d'émigrés. Ces derniers allaient remplacer 
les Turcs qui s'expatriaient définitivement, ne pouvant 
tolérer la domination des Bulgares, leurs esclaves depuis 
cinq siècles. La ville de Kustendil qui n'avait pas plus de 
350 maisons bulgares avant 1878, compte aujourd'hui, 
grâce à l'immigration macédonienne, une population de 
15,000 habitants, presque tous Bulgares. Les émigrés de 
Kustendil proviennent des régions macédoniennes de 
Pianets, Maléchévo, des villes de Kratovo, Vélès, etc. Il 
en est de même des villes de Doupnitsa et Samokov, en 
Bulgarie, dont la population bulgare a doublé, même 
triplé, à la suite des émigrations de Maléchévo, Razlog, 
Koukouch, etc.; la capitale bulgare même, qui en 1878 
comptait 16,000 habitants, en a maintenant 150,000 grâce 
surtout à la grande immigration macédo-bulgare. Le com- 



— 131 — 

merce de Sofia est entre les mains des Macédoniens et des 
Juifs. Les centres de commerce bulgares: Varna, Pleven, 
Philippopoli, comptent aussi des colonies considérables 
de Macédoniens assimilés déjà à la population indigène 
bulgare. 

La grande insurrection de Macédoine en 1903 aug- 
menta le nombre des émigrés. Cette fois, l'émigration se 
faisait non seulement vers la Bulgarie, mais prenait aussi 
une direction toute nouvelle, vers l'Amérique, qui attirait 
les ouvriers par ses hauts salaires. Ce qu'il faut noter, 
c'est que ces émigrants n'allaient pas en Amérique chercher 
une nouvelle patrie, mais deux ou trois ans après ils ren- 
traient dans leur pays natal, et avec les économies réa- 
lisées achetaient les fermes des beys turcs que la situation 
troublée de Macédoine jetait dans l'inquiétude. Jusqu'en 
1906, l'émigration macédonienne en Amérique atteignait le 
chiffre de 75,000 hommes, dont la plupart étaient des Bul- 
gares. «Nous avons eu l'occasion de voir, raconte l'éminent 
écrivain politique français, M. René Pinon, dans les gares 
entre Vodéna et Florina des troupes de ces Macédoniens 
attendant le train qui devait les emmener : c'étaient de beaux 
gaillards solides et musclés, l'air un peu sombre, tristes sans 
doute de l'appréhension d'un tel voyage. Les femmes et les 
enfants les accompagnaient à l'embarcadère: beaucoup 
de petites filles, blondes, avec les cheveux nattés et de 
beaux yeux bleus, ressemblaient à des enfants russes. De 
fait, plus de trois quarts de ces émigrants sont des Slaves 
bulgarisants. Trente agences d'émigration et de transport 
se disputent cette bonne aubaine. . . .» 1 ). La grande majo- 
rité des émigrants allaient aux Etats-Unis, surtout à 
Granité- City où ils étaient à cette époque 23,000; 
d'autres, 10,000 environ, au Canada; d'autres enfin au 
Brésil et au Chili. Le gouvernement turc encourageait 
l'émigration parce qu'elle faisait entrer de l'argent dans 
le pays et en éloignait une grande partie de la jeunesse 

l ) L'Europe et l'Empire ottoman. Paris 1909, p. 228 à 229. 



— 132 — 

bulgare qui avait naguère combattu dans les rangs révo- 
lutionnaires. 

C'est surtout pendant la seconde guerre balkanique, 
en 1913, que l'émigration prit des proportions jusqu'alors 
inconnues. Le pillage et l'incendie des villes et des villages 
bulgares, le massacre de la population bulgare de la Macé- 
doine méridionale par l'armée hellénique et la poursuite 
systématique de l'élément bulgare, forcèrent ce dernier à 
prendre le chemin de la Bulgarie. Les lettres de soldats 
grecs, saisies dans le sac du courrier du 19 e régiment grec, 
témoignaient éloquemment de la cruauté grecque et de 
la cause de l'émigration bulgare en masse *). 



a ) Nous lisons dans ces lettres grecques: a) Par ordre du roi, nous 
mettons le feu à tous les villages bulgares ... b) Nous avons brûlé les 
villages, comme nous en avons reçu l'ordre .... c) Sur les 1200 prison- 
niers que nous avons faits à Nigrita, 41 seulement sont restés dans les 
prisons et partout où nous avons passé, nous n'avons laissé aucune 
racine de cette race. ... d) On m'a donné 16 prisonniers pour les remettre 
à la division et je n'en ai amené que deux seulement. Les autres ont péri 
dans les ténèbres, massacrés par moi. ... e) Ici à Brodi j'ai pris 5 Bulgares 
avec une fille de Serrés. Nous les avons enfermés dans un poste de police 
et retenus. La fille a été tuée. Ce que les Bulgares, de leur côté, ont aussi 
souffert! Nous leur avons, vivants encore, crevé les yeux. ... f) Dans tous 
les endroits que nous avons occupés, il n'est pas resté un seul Bulgare. Ils 
se sont enfuis en Bulgarie, et nous avons massacré ceux qui sont restés. Nous 
avons, en outre, incendié les villages. Il n'est pas resté un seul Bulgare. 
Mais Dieu sait ce qu'il en adviendra. ... g) Et de Serrés jusqu'à la frontière 
nous avons incendié tous les villages des Bulgares. ... h) Nous incendions 
tous les villages bulgares que nous occupons et nous tuons tous les Bulgares 
qui nous tombent entre les mains. ... i) Partout où nous passons, pas un 
chat ne peut s'échapper. Nous avons incendié tous les villages bulgares que 
nous avons traversés .... /fj Tu ne saurais t'imaginer comment nous nous 
tirons d'affaire à la guerre. On brûle les villages et aussi les hommes. Mais, 
nous autres aussi nous incendions et nous en faisons pire que les Bulgares. . . . 
I) Quelle guerre cruelle se fait contre les Bulgares. Nous leur avons tout 
brûlé, les villages et les hommes, c'est-à-dire nous massacrons les Bulgares. 
Grande cruauté. . . . m) Ces choses qui se passent n'ont jamais eu lieu, même 
avant Jésus-Christ. L'armée hellénique met le feu partout où elle trouve 
des villages bulgares et elle massacre tous les gens qu'elle rencontre; les 
choses qui se passent sont inexprimables .... (Extraits fac-similés de certaines 
lettres trouvées dans le courrier du 19 e régiment de la VI e division grecque, 
saisi par les troupes bulgares dans la région de Bazlog. Sofia 1913, 2 fasci- 
cules.) 



— 133 - 

Les horreurs commises pendant la seconde guerre 
balkanique en Macédoine, en 1913, attirèrent l'attention 
du monde civilisé et une commission d'enquête internatio- 
nale se rendit sur place, la même année. En ce qui con- 
cerne les villes et les villages bulgares de Macédoine brûlés 
par les Grecs, on lit dans le rapport de cette commission 
entre autres : « La liste suivante des villages incendiés est 
exacte, en ce sens qu'elle ne porte aucun village qui n'ait 
pas été brûlé. Mais elle est loin d'être complète, sauf en 
ce qui concerne les régions de Kukush et de Stroumitsa. 
Beaucoup d'autres villages ont été incendiés, principale- 
ment dans les districts de Serrés et de Drama. Souvent, 
nous ne sommes pas parvenus à savoir le nombre exact 
des maisons d'un village. On remarquera que cette liste 
comprend quelques villages turcs brûlés par les Grecs en 
territoire bulgare, et quelques villages brûlés par les Serbes. 
L'immense majorité, toutefois, est faite des villages bul- 
gares brûlés par l'armée grecque dans sa marche vers le nord. 

« Le nombre des villages détruits figurant sur cette 
liste est de 161 et le nombre des maisons brûlées est d'en- 
viron 14,480. Nous estimons que les Grecs, au cours de la 
seconde guerre, n'ont pas brûlé moins de 16,000 maisons» 1 ). 
Suivent les noms des villes et des villages incendiés avec 
le nombre des maisons brûlées. 

La récente grande guerre dont la Macédoine a été 
un des théâtres (1915 — 1918) amena le suprême exode du 
peuple bulgare de cette malheureuse province. Les villes 
et les villages, dans la zone des opérations militaires, 
d'Okhrida jusqu'à Cavalla, ont été rasés complètement 
ou démolis en partie; leur population a dû se retirer 
dans l'intérieur ou émigrer en Bulgarie. Et lorsque, 
après l'armistice du 28 septembre 1918, les troupes serbes 
et grecques réoccupèrent la Macédoine, l'exode vers la 
Bulgarie se poursuivit intensivement. Ce fut surtout le 



x ) Enquête dans les Balkans. Dotation Carnegie pour la paix inter- 
nationale. Paris 1914, p. 321. 



— 134 — 

sud-est de la Macédoine qui du souffrir le plus, la Grèce 
ne pouvant tolérer dans ses frontières une population qui 
s'était déclarée ouvertement bulgare. 

A partir de 1878 — année de la constitution de l'Etat 
bulgare — jusqu'en 1918, l'émigration des Bulgares macé- 
doniens en Bulgarie a dépassé le nombre de 300,000 per- 
sonnes; d'autre part, ceux qui ont émigré les dernières 
années aux Etats-Unis d'Amérique et au Canada se 
chiffrent par plus de 50,000 hommes. 

Nous avons vu plus haut que la Macédoine est con- 
sidérée, à juste titre, comme le berceau de la renaissance 
nationale bulgare. Les Slaves macédoniens se considérant 
toujours Bulgares par leur origine, leur langue et leurs 
traditions, n'ont cessé, même comme émigrés en Bulgarie, 
de prendre une part très active lors de la création, du déve- 
loppement et de la stabilisation de l'Etat bulgare, au len- 
demain de 1878. 

L'émigration macédonienne en Bulgarie a joué un 
rôle considérable dans la vie politique de l'Etat bulgare. 
L'unité de race et de langue et la communauté de sentiment 
national font du Bulgare macédonien un excellent citoyen du 
royaume de Bulgarie. Déjà l'Assemblée Constituante bul- 
gare, inaugurée le 22 février 1879 dans la vieille capitale 
Tirnovo, comptait parmi ses membres sept émigrés ma- 
cédoniens, originaires des villes suivantes: Okhrida, Prilep, 
Vélès, Stroumitsa, Chtip, Florina, Kratovo. Ce qui est 
caractéristique à cet égard c'est qu'un de ces Macédo- 
Bulgares, le député C.Pomianoff, de Prilep, fut le rédacteur 
du rapport sur le projet de la constitution bulgare. Le 
Parlement de Sofia a compté depuis parmi ses membres 
une centaine de députés appartenant à l'émigration ma- 
cédonienne; cette même Macédoine a donné au gouverne- 
ment de Sofia les ministres suivants: 

1. Constantin Pomianoff, de Prilep. 

2. Alexandre Radeff, de Monastir. 

3. André Liaptcheff, de Ressen. 



— 135 — 

4. Nicolas Ghénadieff, de Monastir. 

5. Général Clément Boïadjieff, d'Okhrida. 

6. Nicolas Apostoloff, de Florina. 

7. Ch. J. Popoff, de Ghévghéli. 

8. Pierre Djidroff, de Chtip. 

Un très grand nombre de fonctionnaires et d'employés 
des établissements de l'Etat bulgare sont des émigrés 
macédoniens. Ils tiennent une bonne place dans le corps 
diplomatique et consulaire de Bulgarie. Nous pouvons 
nommer les ministres plénipotentiaires et consuls de Bul- 
garie nés en Macédoine: 

1. Pantché Hadji Micheff, de Vélès. 

2. Dimitre Rizoff, de Monastir. 

3. Siméon Radeff, de Ressen. 

4. Stephan Tchaprachikoff, de Gorna-Djoumaïa. 

5. Georges Radeff, de Monastir. 

6. Jivko Dobreff, de Drama. 

7. Théodore Pavloff, de Scopié. 

8. Dimitre Vlahoff, de Koukouch. 

9. Pantché Doreff, de Monastir. 

Une partie considérable enfin de la presse bulgare 
(229 journaux en 1910) se trouve dans les mains de cette 
même émigration macédonienne. Les journalistes bien 
connus en Bulgarie, tels que Kitantcheff , Rizoff, Liaptcheff, 
Radeff, Mileff, Robeff, Naoumolf, Bajdaroff, Koulicheff, 
Strachimiroff, Paskoff, Kraptcheff, Chakhoff, etc., sont 
originaires de la Macédoine. 

Le précurseur du socialisme en Bulgarie fut un Macé- 
donien, Spiro Goulabtcheff, et le leader du parti socialiste 
dit « étroit », d'aujourd'hui, est également un Macédonien, 
D. Blagoeff. 

Le coup d'Etat qui, en 1885, unit la Roumélie Orien- 
tale à la Bulgarie doit beaucoup au Macédonien D. Rizoff, 
de Monastir, qui fut un des principaux conjurés. Cet 
événement fit éveiller la jalousie de la Serbie dont les 
troupes ne tardèrent pas à envahir la Bulgarie. Animée 



— 136 



d'un ardent sentiment national bulgare, l'émigration macé- 
donienne forma trois bataillons de volontaires sous les 
ordres du capitaine Panitsa et un quatrième sous le com- 
mandement du vétéran macédonien Ilio Markoff, qui se 
portèrent au secours de l'armée bulgare contre les Serbes; 
ces volontaires macédoniens furent les premiers qui en- 
trèrent à Pirot, ville de Serbie. 

Et plus tard, lorsqu'en 1912 l'Alliance balkanique, 
sous l'égide de la Bulgarie, fit sonner la dernière heure de 
la tyrannie turque en Macédoine et en Thrace, les Bulgares 
macédoniens fournirent les contingents de 15 bataillons 
de volontaires, formant la « Légion bulgare macédonienne ». 
Celle-ci se couvrit de gloire dans les combats mémorables 
livrés sur les côtes de la Marmara. Enfin, dans la Grande 
guerre qui vient de prendre fin, la Macédoine a grossi de 
60,000 de ses fils les rangs de l'armée bulgare, qui compte, 
en outre, plusieurs généraux et un grand nombre d'officiers 
(976) originaires également de la Macédoine. 

Ce n'est pas seulement au point de vue politique et 
militaire que l'émigration macédonienne joua un rôle im- 
portant dans la vie du nouvel Etat bulgare; elle prit 
une part très active aux manifestations religieuses et 
intellectuelles des Bulgares du royaume et ne cessa de 
s'intéresser au triste sort de ses frères de Macédoine. La 
Macédoine offrit à l'Eglise nationale bulgare, en qualité 
d'évêques, onze de ses fils les plus vénérés: 







Lieu de naissance 


Siège 


1. 


Ghénnadius, 


Okhrida, 


Vélès. 


2. 


Panarète, 


Patélé (d. Florina), 


Philippopoli. 


3. 


Nathanaïl, 


Koutchevichta (distr. 


Okhrida et 






de Scopié), 


Philippopoli. 


4. 


Mélétius, 


Stroumitsa, 


Sofia. 


5. 


Cosma, 


Orlantsi (d. Ktichévo), 


Dèbre. 


6. 


Théodose, 


Tarlis (d. Nevrokop), 


Scopié. 


7. 


Méthode, 


Prilep, 


Stara-Zagora. 


8. 


Parthénius, 


Galitchnik, 


Pirot. 



— 137 — 

Lieu de naissance Siège 

9. Méthode, Zarovo(d. Salonique), Okhrida. 

10. Mélétius, Bytolia (Monastir), Vélès. 

11. Néophyte, Okhrida, Scopié. 

Dans un autre ordre d'idées, les forces intellectuelles 
de la colonie émigrée ont continué leur travail parmi les 
conationaux de Bulgarie. La science historique et ethno- 
graphique bulgare est redevable aux études et recueils de 
Macédoniens, tels que E. Karanoff, de Kratovo; Chapka- 
reff, d'Okhrida; D. Matoff, de Vélès; G. Balastcheff, d'Okh- 
rida; A. P. Stoïloff, de Djoumaïa, etc. Parmi les écrivains- 
pédagogues, il faut mentionner: Cl. Karaguleff, Iv. Doreff, 
S. Baroutchisky, D. Mirtcheff, G. Palacheff ; écrivains mili- 
taires : les colonels K. Nicolof f , Vénédikoff , Darvingoff ; écri- 
vains politiques : A.Drandar, G. Strézoff; critique d'art: A. 
Protitch; S.Badjoff, professeur d'art décoratif à l'Ecole des 
Beaux-arts de Sofia ; K. Saraf off , artiste renommé du Théâtre 
national de Sofia; S. Makédonsky, artiste d'opéra, etc. 

Enfin, la nouvelle Université de Sofia s'honore aussi 
des travaux de ses professeurs bulgares, originaires de 
Macédoine, tels que: 

1. Joseph Kovatcheff, de Chtip. 

2. Dimitre Matoff, de Vélès. 

3. Ivan Ghéorgoff, de Vélès. 

4. Lubomir Milétitch, de Chtip. 

5. Alexandre Balabanoff, de Chtip. 

6. Nicolas Mileff, de Castoria. 

7. Constantin Stéphanoff, de Razlog. 

8. Athanase Yaranoff, de Koukouch. 

9. Nicolas Tchervenivanoff, de Koukouch. 

10. Stoïan Tilkoff, de Démir-Hissar. 

11. Nicolas Blagoeff, de Kaïlar. 

12. Stanicheff, de Koukouch, etc. 

Le nombre des étudiants macédo-bulgares inscrits 
dans la même université atteint le nombre de 517 dont 
397 jeunes gens et 120 jeunes filles. 



— 138 — 
Territoire macédonien peuplé de Bulgares. 

Nombre des bulgares. 

La population bulgare de Macédoine, nonobstant ses 
nombreuses émigrations, a la prédominance numérique, 
eu égard aux autres groupes ethniques, tels que les Turcs, 
Grecs, etc. Elle comptait en 1912 environ 1,100,000 âmes. 

Les Bulgares habitent en masses compactes et dépas- 
sent les autres nationalités surtout au centre de la Macé- 
doine occidentale, notamment dans les régions de Ki- 
tchévo, Prilep, Tikvech, Okhrida, Monastir, Vodéna, 
Enidjé-Vardar. Ils forment à peu près la seule population 
dans le nord-est de la Macédoine et dans les régions 
d'Ossogovo et ses larges ramifications, de la Brégalnitsa 
supérieure, de la Strouma supérieure et moyenne, de la 
Mesta supérieure et moyenne. Dans certains parages 
sud -macédoniens, les Bulgares font presque totalement 
défaut, notamment dans la Bystritsa moyenne, dans 
la péninsule Chalcidique et dans la bande étroite du lit- 
toral égéen, depuis la Strouma jusqu'à la Mesta. Partout 
ailleurs, peu ou prou, l'élément bulgare s'étend comme 
une mer dont émergent ça et là des ilôts étrangers : turcs, 
albanais et koutso-valaques. 

Du côté nord-est, la population bulgare de la Macé- 
doine se confond avec ses congénères de la Bulgarie et de 
la Thrace, à Ossogovo, à Ryla et au Rhodope. L'ancien 
voisinage de l'élément serbe du nord-ouest fut échangé pen- 
dant la domination turque avec l'albanais, de sorte que 
les Bulgares macédoniens, à l'heure actuelle, n'ont presque 
nulle part un contact direct avec les Serbes. Dans ces 
parages, les Albanais ont non seulement déplacé les Serbes, 
mais ont aussi pénétré dans les localités antérieurement 
bulgares, notamment les contreforts orientaux du Char 
et de la Tcherna-Gora (Forêt-Noire) de Scopié. La ligne 
brisée, allant depuis le Char jusqu'au Gramos, constitue 
la frontière entre les deux races, bulgare et albanaise. 



— 139 — 

Toute la région de Gora située au nord-ouest de la crête du 
Char est occupée par l'élément bulgare mahométan, les ainsi 
dénommés « Torbeches de Gora », répartis dans une tren- 
taine de villages. Par contre, les Albanais occupent les 
flancs sud-est du Char depuis Tétovo jusqu'à Gostivar où 
ils sont mêlés à des Bulgares. La ligne de démarcation 
entre les deux éléments tourne ensuite vers l'ouest jusqu'à 
Mavrovski Hanové (Auberges de Mavrovo), côte 1550, point 
de la ligne de partage des eaux du Vardar et du Drin. De là, 
la ligne se dirige vers l'ouest, vers le mont Korab (2050 m.), 
en laissant du côté bulgare la vallée de Réka. Du Korab, 
la ligne descend au sud, traverse le Drin un peu au nord de 
la ville de Dèbre pour atteindre la montagne Yablanitsa 
dont elle longe la crête et aboutit au promontoire de Line 
sur le lac d'Okhrida, en laissant toute la vallée du Drin 
depuis Dèbre jusqu'à Strouga, dans la zone bulgare. Puis, 
partant du couvent St-Naoum, sur la rive sud du lac 
d'Okhrida, la frontière se dirige vers le sud, passe par le 
défilé de Zvezda, au sud du lac de Prespa, suit le partage 
des eaux des cours supérieurs de Dévol et de Bystritsa, 
entre Castoria et Kortcha (Korytsa) et aboutit au Gramos 
(Pinde septentrional). 

La frontière sud de la population bulgare suit les 
points d'appui suivants: du Gramos à l'est, le gué de 
Smiksi sur la Bystritsa, la montagne Snejnik (2068 m.), 
le lac d'Ostrovo, la montagne Dourla, le marais d'Enidjé- 
Vardar, Kara-Azmak, l'embouchure du Vardar, le golfe 
de Salonique, le lac de Lagadina jusqu'au commencement du 
lac deBechik-Gueul, le lac de Tachyno, la rivière Anghista, 
Drama, Bouk sur la Mesta. Au nord de cette ligne, le terri- 
toire est occupé par l'élément bulgare, au sud, parles Grecs 
et par quelques groupements turcs. Par ci par là, des vil- 
lages isolés grecs et bulgares pénètrent dans la zone opposée. 

Au point de vue linguistique, les Bulgares macédo- 
niens appartiennent dans leur majorité au groupe occidental 
bulgare qui englobe les régions à l'ouest d'une ligne allant 



— 140 — 

de l'endroit où la rivière Vid se jette dans le Danube 
jusqu'à Salonique. Seule la population des confins sud-est 
parle le dialecte oriental, notamment dans les districts de 
Salonique (en partie), Lagadina, Démir-Hissar, Serrés, 
Nevrokop, Drama, Zikhna. Nous reviendrons sur la 
question du dialecte macédo-bulgare. 

Suivant le groupement, le parler, le costume et les 
traditions, les Bulgares macédoniens ont des dénominations 
locales différentes. La population qui occupe le centre de 
la Macédoine occidentale, dans les régions de Vélès, Prilep, 
Monastir, Kitchévo, porte encore la dénomination histo- 
rique de Brsiaks (Brsiatsi). Au moyen âge, les Brsiaks 
étaient une des tribus les plus grandes et les plus guerrières 
de la Macédoine slave. Aujourd'hui leur nom s'est conservé 
le mieux dans le district de Kitchévo. La population de la 
région Mala-Réka, dans la Macédoine occidentale, forme 
un groupement de 28 villages au surnom de Miaks. Sont 
encore Miaks les habitants du village Smilévo, près Mo- 
nastir, ainsi qu'un quartier des habitants de Krouchévo, etc. 
A l'ouest des Miaks, dans la région de Dèbre, on distingue 
les groupements des Poliani dans la plaine de Dèbre, les 
Oulioufs, les Obialas. Dans la région de Castoria ce sont 
les Kékovtsi, les Esti ou Estéovtsi; dans la région du bas 
Vardar, près Salonique, les Kambarbatsi; les Marvatsi 
occupent la région du Pirin du sud, dans la Macédoine 
sud-est. La région de Morihovo, sur la Tcherna moyenne, 
est peuplée de Torlatsi (Chopes) et de Douiki. Dans la 
Macédoine du nord, notamment dans une partie des dis- 
tricts de Chtip, Kratovo, Palanka, Koumanovo, de Malé- 
chévo x ) la population est appelée Chopes. Le pays des 
Chopes ne s'arrête pas là; il embrasse aussi une partie du 
département de Kustendil, les départements de Sofia, 
de Vratsa et de Vidin en Bulgarie, ainsi que le département 
de Pirot et en partie celui de Vrania en Serbie. Les Chopes 



x ) La population d'Ograjden-Planina, entre la Strouma et son affluent 
Stroumitsa, est également appelée Chopes. 



— 141 — 

constituent la tribu la plus représentative du peuple bul- 
gare. La Brégalnitsa supérieure est habitée par les Malê- 
chévtsi, la Brégalnitsa moyenne par les Piantchani. Ces 
dénominations sont en rapport avec les noms des régions 
correspondantes, Maléchévo et Pianets, toutes deux con- 
nues déjà par les documents du moyen âge. Les Bulgares 
mahométans (Pomaks) de Dèbre, de Kitchévo et de Scopié 
sont connus sous le nom de Torbechs 1 ). 

Tous les témoignages des voyageurs étrangers, toute 
la littérature ethnographique, de même que les cartes 
ethnographiques des spécialistes compétents, sont una- 
nimes à constater le caractère bulgare des régions que nous 
venons d'indiquer comme peuplées de Bulgares. Parmi 
les cartes nous signalerons les principales, telles que: la 
carte tchèque de Safarik (1842); la carte française de 
A. Boue (1847); la carte serbe de Davidovitch (1848); la 
carte serbe de Desjardins (1853); la carte française de 
Lejean (1861); la carte autrichienne de Hahn (1861); la 
carte des Anglaises Mackenzie et Irby (1867); la carte du 
Congrès slave de Moscou (1867); la carte tchèque du pro- 
fesseur Erben (1869); la carte du géographe français E. Re- 
clus (1876); la carte de l'ethnographe allemand Kiepert 
(1876); la carte annexée aux procès-verbaux de la Con- 
férence de Constantinople de 1876; la carte du professeur 
allemand Weigand (1895), celle de l'ethnographe tchèque 
Niederle (1909), celle du professeur russe Florinsky (1911); 
la carte roumaine de C. Noé (1913); la carte du géographe 
anglais miss Newbigin (1915); la carte de l'Institut géo- 
graphique italien d'Agostini (1916); la carte de la Société 
de géographie de New- York (1917); la carte de l'ethno- 
graphe allemand Schâfer (1918); la carte de J. Gabrys, 
secrétaire général de l'Union des Nationalités (1918); la 
carte albanaise de N. Lako, présentée à la Conférence de 
la Paix de Paris (1919), etc. Nous faisons abstraction des 
cartes bulgares. 



*) Voir p. 76. 



— 142 — 

Quant au nombre des Bulgares de Macédoine, les 
statistiques désintéressées se tiennent au chiffre d'un peu 
plus d'un million. Le Russe Youri Iv. Vénéline fut le 
premier à donner en 1838 le nombre des Bulgares en Macé- 
doine; il les évaluait à plus de 1*000,000 1 ). Les troubles 
dans les Balkans pendant les années 1875 et 1876 et la 
guerre russo-turque de 1877 à 1878 ravivèrent l'intérêt 
pour la Turquie d'Europe et pour ses populations chré- 
tiennes. Les Russes qui étaient en guerre avec la Turquie 
s'intéressèrent particulièrement à connaître, entre autres, 
le nombre et la répartition des nationalités de la péninsule 
balkanique. Dans les matériaux de 1877, recueillis à cet 
effet sous la direction du prince Tcherkasky, le nombre 
des Bulgares de Macédoine est évalué à 872,700 personnes 2 ). 
— E. G. Ravenstein, dans le « Journal de la Société de 
Statistique », à Londres, de la même année, affirme que 
les Bulgares constituent la nationalité prépondérante dans 
les deux vilayets de Macédoine, Scopié et Monastir et les 
Grecs dans celui de Salonique, savoir: 364,000 Bulgares 
contre 159,000 Grecs 3 ). — L'année suivante (1878) parut 
à Constantinople une statistique basée sur le recensement 
turc qui ne comptait que la population mâle (nofous). 
D'après cette statistique, il y avait dans la Macédoine 
méridionale (sandjaks de Salonique, de Monastir et de 
Serrés) 369,429 Bulgares (population mâle) contre 
25,366 Grecs 4 ). — N. Skriabine, vice-consul de Russie à 
Monastir, dans son rapport au gouvernement russe, évalue 
le nombre des Bulgares dans le vilayet de Monastir pour 
les années 1883 à 1884, à 285,000 personnes (dont 10,000 



*) La renaissance de la littérature bulgare moderne. Moscou 1838, 
p. 6 à 7 (en russe). 

2 ) Documents pour l'étude de la Bulgarie. Bucarest 1877. Partie II, 
4° édition. 

3 ) E. G. Ravenstein, The population of Russia and Turkey (Journal 
of the Statistical Society of London, 1877). 

*) Ethnographie des vilayets d'Andrinople, de Monastir et de Salo- 
nique. Extraits du « Courrier d'Orient ». Constantinople 1878. 



— 143 — 

mahométans) contre 12,000 Grecs (dont 4000 maho- 
métans) 1 ). — Le Serbe S. Verkovitch, membre de la «So- 
ciété savante serbe » (plus tard Académie des sciences 
serbe), a passé plusieurs années en Macédoine, publia en 
1889 la statistique détaillée de la Macédoine d'après les 
données recueillies par l'auteur pendant les années 1860 
à 1883. Il évalue le nombre des Bulgares chrétiens de 
Macédoine à 1,029,119 et des Bulgares mahométans (Po- 
maks) à 288,092, contre 212,994 Grecs chrétiens et 9746 
Grecs mahométans 2 ). — Le Russe V. Teploff qui travailla 
longtemps comme fonctionnaire à l'ambassade de Russie à 
Constantinople et connaissait bien les populations de la 
Turquie d'Europe, publia en 1889 à Pétrograde son im- 
portant travail couronné par l'Académie des sciences russe : 
«La question religieuse gréco- bulgare d'après des sources 
inédites ». Parlant de la distribution des races en Macédoine, 
il constate que «les Grecs habitent seulement une étroite 
bande de territoire sur le littoral, tandis que tout le reste 
du pays est peuplé de Bulgares». Dans sa statistique, tout 
en mettant de côté les districts sud sur lesquels les Grecs 
émettent des prétentions plus ou moins fondées et ne con- 
sidérant que la Macédoine centrale et septentrionale, il 
arrive au chiffre de 940,270 Bulgares chrétiens. — En 1900 
parut l'ouvrage capital de V. Kantchoff 3 ), un des con- 
naisseurs les plus compétents de la Macédoine qu'il avait 
parcourue dans tous les sens. Dans sa statistique très 
détaillée des populations macédoniennes, il chiffre les 
Bulgares comme suit: vilayet de Salonique, 454,180 chré- 
tiens et 97,620 mahométans; vilayet de Scopié, 244,197 
chrétiens et 13,114 mahométans; vilayet de Monastir, 



x ) « Rapport sur le vilayet de Monastir au point de vue politique et 
économique ». Une copie de ce rapport daté de 1885, contenant 325 pages, 
a été trouvée à Monastir en 1915, lors de l'entrée des troupes bulgares dans 
cette ville. 

2 ) Esquisse topographique et ethnographique de la Macédoine. Pétro- 
grade 1889 (en russe). 

3 ) La Macédoine. Ethnographie et statistique. Avec 11 cartes. Sofia 1900. 



— 144 — 

333,856 chrétiens et 36,069 mahométans, ou en Macé- 
doine: 1,179,036 Bulgares en tout dont 1,032,233 chrétiens 
et 146,803 mahométans. — Le Français Gaston Routier, 
qui visita la Macédoine lors de la grande insurrection, 
évalue les Bulgares à 1,136,000 personnes 1 ). — Deux 
ans plus tard, le gouverneur général des trois vilayets, 
Hilmi-Pacha, qui, à cette époque d'intervention européenne 
dans les affaires de Macédoine, avait tout intérêt à présenter 
le pays comme peuplé d'une majorité musulmane, com- 
muniqua à M. René Pinon une statistique qui est loin de 
répondre à la réalité. La population y est répartie d'après 
sa confession et non d'après sa nationalité; le nom de Bul- 
gare n'y figure même pas. Dans cette statistique, les chré- 
tiens exarchistes, c'est-à-dire ceux qui se trouvaient sous 
la dépendance spirituelle de l'Eglise bulgare, sont au nombre 
de 608,162, dont 184,912 dans le vilayet de Scopié, 178,527 
dans le vilayet de Monastir et 244,723 dans le vilayet de 
Salonique; 8108 patriarchistes et exarchistes du district 
de Tétovo, 845 catholiques « bulgares » du vilayet de Salo- 
nique n'entrent pas dans le chiffre global ci-dessus 2 ). — 
Les statistiques grecques ne font que suivre la méthode 
turque; la distribution des populations y est faite d'après 
leur confession: sont considérés comme Grecs tous les 
chrétiens soumis au clergé grec. De plus, les statistiques 
grecques se rapportent généralement à la Macédoine méri- 
dionale, celle des vilayets de Salonique et de Monastir. 
Fidèle à ce point de vue, le Mémoire des syllogues grecs, 
présenté au Congrès de Berlin (1878), comptait dans la 
Macédoine du sud 337,000 Bulgares; Nicolaïdès, en 1899, 
en portait le nombre à 427,644; Chalkiopoulos, en 1913, les 
évaluait à 313,270; le «Messager d'Athènes» de 1913 donnait 
le chiffre de 269,760; Colocotronis, en 1919, compte 253,505 
Bulgares 3 ). — En 1905 fut publié un des ouvrages les plus 



J ) La Macédoine et les puissances. Paris 1904, p. 268. 

2 ) R. Pinon, L'Europe et l'Empire ottoman. Paris 1913, p. 143 à 144. 

3 ) Pour ces auteurs, voir p. 37. 



— 145 — 

importants sur la Macédoine, celui de D. M. Brankoff 
(= D. Micheff), secrétaire de l'Exarchat bulgare 1 ). Les 
listes statistiques détaillées qui y sont jointes, relatives aux 
Bulgares, sont empruntées aux registres des paroisses bul- 
gares de 1899; pour les districts grecs l'auteur s'est servi 
des registres turcs publiés dans les « Salnamehs », almanachs 
officiels. D'après ces statistiques, les Bulgares chrétiens sont 
au nombre de 1,172,136, dont 897,160 exarchistes, 269,641 
patriarchistes, 2432 orthodoxes unis et 2388 protestants. 
Par rapport aux autres groupes ethniques chrétiens (Grecs 
190,047, Koutso-Valaques 63,895 et Albanais 12,000), les 
Bulgares constituent 81,5 % du total de la population 
chrétienne. — Const. Noé, secrétaire de la société Macédo- 
Roumaine de Bucarest, a publié en 1913 une statistique de 
la population des deux vilayets de la Macédoine, Salonique 
et Monastir. Il évalue les Bulgares de ces deux vilayets 
à 512,000 personnes, contre 193,000 Grecs 2 ). — Le Tchèque 
Vladimir Sis qui a fait de fréquents voyages en Macé- 
doine et étudié ses populations, compte 1,047,012 Bulgares 
dans ce pays dont 896,982 chrétiens et 150,032 mahomé- 
tans pour l'année 1912, et 996,890 Bulgares pour l'année 
1917, réduits en nombre par suite des guerres balkaniques 3 ). 
Ci-dessous nous donnons la statistique de la population 
bulgare de Macédoine à la veille des guerres balkaniques 
de 1912, basée sur les registres paroissiaux bulgares et com- 
plétée d'après les statistiques électorales turques et les 
vérifications faites par nous lors de nos multiples voyages 
dans le pays. Elle comprend la Macédoine dans ses limites 
naturelles (p. 8 et suiv.), divisée en vilayets (gouverne- 
ments), sandjaks (départements) et cazas (districts). Les 
sièges des vilayets sont imprimés en majuscules et ceux 



*) La Macédoine et sa population chrétienne. Avec deux cartes ethno- 
graphiques. Paris 1905. 

2 ) Les Roumains koutso-valaques. Les populations macédoniennes 
et la crise balkanique. Avec une carte ethnographique en couleurs. Buca- 
rest 1913, p. 44 à 46. 

3 ) Mazedonien. Zurich 1918, p. 87 à 88. 

10 



146 



des sandjaks en italiques. D'après cette statistique de 1912, 
on comptait en Macédoine: ) 1,103,111 Bulgares dont 
945,486 chrétiens et 157,625 mahométans (Pomaks) ré- 
partis comme suit: 



CAZAS (Districts) 



Bulgares 
chrétiens 



Bulgares 

mahométans 

(pomaks) 



TOTAL 



1. SALONIQUE .... 

2. Lagadina 

3. Cassandra 

4. Mont Athos 

5. Koukouch 

6. Doïran 

7. Ghévghéli 

8. Enidjé-Vardar 

9. Verria 

10. Katérina 

11. Vodéna 

12. Sabotsko 

13. Tikvech 

14. Stroumitsa 

15. Serrés 

16. Démir-Hissar 

17. Pétritch 

18. Zikhna 

19. Melnik 

20. Nevrokop 

21. Razlog 

22. Gorna Djoumaïa . . 

23. Drama 

24. Cavalla 

25. Pravichta 

26. Sary-Chaban 

27. SCOPIÉ 



27,500 
8,300 

1,430 
17,416 

7,305 
20,300 
19,950 

7,250 

14,920 

9,273 

21,410 

18,500 

28,250 

20,782 

22,700 

12,000 

17,120 

31,050 

21,070 

22,200 

8,300 

1,200 



115 
45,450 



820 
2,195 



280 
20,227 
21,090 



1,318 



380 

35,950 

11,230 

3,300 

6,200 

4,320 

600 

4,150 



27,500 
8,300 

1,430 
18,236 

9,500 
20,300 
19,950 

7,250 

15,200 
29,500 
42,500 
18,500 
28,250 
22,100 
22,700 
12,000 
17,500 
67,000 
32,300 
25,500 
14,500 
5,520 
600 
115 
49,600 



- 147 — 



CAZAS (Districts) 



Bulgares 
chrétiens 



Bulgares 

mahométans 

(Pomaks) 



TOTAL 



28. Koumanovo 

29. Kratovo 

30. Kriva-Palanka .... 

31. Kotchani 

32. Maléchévo 

33. Chtip 

34. Radovich 

35. Vélès 

36. Tétovo 

37. Gostivar 

38. Préchovo 

39. MONASTIR (Bytolia) 

40. Prilep 

41. Okhrida 

42. Kitchévo 

43. Ressen 

44. Florina 

45. Dèbre 

46. Réka 

47. Biglichta (partie du 

caza de Kortcha) . 

48. Castoria 

49. Serfidjé (partie du 

caza) 

50. Nassélitsa 

51. Kaïlar 

52. Kojani 

53. Grébéna 

Total 



32,380 
19,515 
24,250 
18,700 
18,500 
19,150 

9,050 
29,700 
19,750 

9,750 
28,000 
70,550 
48,080 
39,000 
23,610 
22,000 
36,320 

9,740 
10,540 

6,890 
37,640 



1,100 

7,480 



945,486 



1,050 



5,850 



600 

2,890 

550 



2,020 
1,400 
8,490 



11,810 
7,295 



3,610 



33,430 
19,515 
24,250 
18,700 
24,350 
19,150 
9,050 
30,300 
22,640 
10,300 
28,000 
70,550 
50,100 
40,400 
32, 100 
22,000 
36,320 
21,550 
17,835 

6,890 
41,250 



1,100 
7,480 



157,625 



1,103,111 



IV. 

Les Turcs. 



Après la défaite des chrétiens à la bataille de Tchirmen 
en 1371, les Turcs firent leur irruption dévastatrice dans 
la Macédoine, la subjuguèrent et la gardèrent en leur 
pouvoir pendant plus de cinq siècles, jusqu'en 1912. Grâce 
à cette longue domination d'abord, et par suite de l'établis- 
sement des colons turcs et de l'islamisation forcée d'une 
grande partie de la population indigène, la Macédoine 
médiévale changea beaucoup son aspect ethnographique. 
Ce changement fut le plus sensible dès le début de l'in- 
vasion. Une partie des habitants chrétiens qui échappa 
aux massacres et à la déportation, fut obligée d'embrasser 
le mahométisme; une autre partie qui trouva quelque grâce 
auprès du vainqueur, resta dans ses foyers avec l'obliga- 
tion de travailler la terre devenue propriété des feudataires 
turcs. 

A cet égard c'est la population urbaine de la Macédoine 
qui souffrit le plus, le fanatisme religieux du vainqueur ne 
pouvant tolérer la cohabitation des chrétiens et des musul- 
mans dans les villes qui avaient reçu de fortes colonies 
turques. Massacrée, turcisée, chassée, il en resta très peu 
de familles; il y avait même des villes où toute la population 
chrétienne périt. Les villes étaient occupées par les Turcs 
émigrés de l'Asie Mineure: Monastir, Scopié, Chtip, Prilep, 
Kustendil, Drama devinrent à un moment donné des villes 
presque exclusivement turques. Les points stratégiques 



— 149 - 

furent immédiatement occupés par le vainqueur et, à leurs 
côtés, surgirent de nouvelles colonies turques. Sur les 
grands carrefours et dans les cols des montagnes, on re- 
nouvela les anciennes fortifications et de nouvelles furent 
élevées. Sur la voie, entre Salonique et Monastir, on bâtit 
une nouvelle ville purement turque, Enidjé-Vardar; au 
mont Char, on fortifia le col de Katchanik; pour protéger 
le passage d'Ossogovo, on construisit la petite forteresse 
Baïram-Pacha, actuellement la ville de Kriva-Palanka ; sur 
le gué de la Strouma supérieure, entre Doupnitsa et Kus- 
tendil, on jeta en 1470 le pont de Kadine-Most conservé 
intact jusqu'à présent; plus au sud, dans le défilé de la 
Strouma, on bâtit une nouvelle ville turque, Yokari- 
Djoumaïa; le défilé entre Stroumitsa et Pétritch avec son 
emplacement stratégique de Klutch (la clef) fut occupé 
par des villages turcs; enfin, Vélès, sur le Vardar, fut dé- 
placé plus haut que l'ancienne ville et reçut le nom turc 
de Kuprulu, etc. 

Le croisement profond de différents peuples avec 
l'élément turc primordial fit perdre à ce dernier son type 
racial surtout dans les villes. La population turque des 
villes devint bientôt très mélangée: elle était formée des 
indigènes (« Potournaks », turcisants) autour d'un pur 
noyau turc émigré tout de suite après la victoire. En 
dehors des villes surgirent deux formes d'agglomérations 
rurales turques: les unes purement turques, les autres 
mélangées. Les premières forment les grands groupes 
émigrés d'Asie Mineure, appelés Yourouks ou Koniars 1 ). 
Généralement, ceux-ci ne se mélangent pas avec les Turcs 
provenant des populations indigènes islamisées qui, pour 
eux, sont des « Tchitaks », des « Erlis » ou des « Turcs 



*) Yourouk (du verbe « youroumek », voyager, courir les chemins) 
veut dire nomade et rappelle l'occupation de ces Turcs bergers errant avec 
leurs troupeaux. Ils sont appelés Koniars par les Bulgares pour désigner 
leur provenance de Konia (Iconium). 



— 150 — 

Baltaïlène» 1 ). Les Tchitaks parlent turc et se conduisent 
comme Turcs. Seules quelques antiquités aux environs 
de leurs villages, des traditions et des traces linguistiques 
dénotent leur origine non-turque. 

De tous les villages de la péninsule des Balkans, ceux 
des Turcs étaient les plus inconstants. On voit partout 
les restes d'anciens villages turcs abandonnés: des mos- 
quées en ruines, des champs vastes avec des cimetières 
turcs à moitié enfoncés dans la terre, etc. Le point de vue 
mahométan, en vertu duquel tout vient de Dieu et qu'on 
ne doit pas fuir la maladie, provoqua la destruction de 
plusieurs villages turcs au temps des dévastations dues 
à la peste, le choléra et autres maladies épidémiques. Des 
villages nouveaux apparaissaient à côté des anciens ou, le 
plus souvent, on les bâtissait sur de nouveaux emplace- 
ments. En d'autres termes, les agglomérations turques 
actuelles ne correspondent pas toutes aux anciennes. 

Les agglomérations turques actuelles de la Macédoine, 
à part les villes et quelques villages isolés, forment trois 
grands groupes : le groupe du littoral égéen, celui de Sary- 
Gheul et celui du Vardar. Le groupe du littoral est la con- 
tinuation de la grande zone de population turque, qui tient 
du Rhodope et descend jusqu'à la mer Egée. De la Mesta 
inférieure jusqu'à la Strouma inférieure (lac de Tachyno), 
la grande majorité — par endroits la partie exclusive de la 
population — est turque. En outre, les villes de Cavalla, 
Drama et Serrés sont peuplées principalement de Turcs. 
A ce groupe se rattachent les agglomérations entre Salo- 



*) Les chrétiens nouvellement islamisés enduisaient de chaux les 
haies de leurs maisons pour désigner que ces dernières étaient la propriété 
de musulmans. Ainsi ils évitaient le campement de troupes ou de fonction- 
naires turcs dans leurs habitations et les acheminaient vers celles des chré- 
tiens. De là le nom de « Tchitaks » (tchite = haie, ak = blanche) donné 
à ceux qui avaient leurs haies blanchies. — L'appellation de Turcs « erlis » 
(indigènes) est donnée aux Turcs qui tirent leur origine non-musulmane du 
pays (er = pays, terre), cependant turcisés complètement. — Les chrétiens 
islamisés par la violence sont dénommés quelquefois « Turcs baltaïlène », 
c'est-à-dire contraints par la hache (« balta »). 



- 151 — 

nique, la Bélassitsa et le lac de Tachyno ainsi que les 
villages turcs de la Chalcidique. Le groupe du littoral compte 
plus de 450 villages turcs. — Le groupe de Sary-Gheul avec 
130 villages environ tient entre le lac d'Ostrovo et la Bys- 
tritsa moyenne ; ici se trouvent les riches bourgades turques 
de Kaïlar, Djouma. Ce groupe sert de limite entre les popu- 
lations bulgares et grecques. — Le groupe du Vardar s'al- 
longe sur la rive est du Vardar, depuis Doïran, à travers 
Valandovo, Stroumitsa, Radovich, Chtip, Vélès, jusqu'à 
la bourgade de Svéti-Nicolé (Clisséli) à Ovtché-Polé, avec 
une ramification sur les pentes de la Platchkovitsa. Il 
compte environ 240 villages turcs. — A part ces trois 
grands groupes, d'autres petits groupements turcs se sont 
établis le long des couloirs inférieurs du Vardar près de 
Maïa-Dagh, ceux de la Strouma moyenne dans le district 
de Pétritch, les Koniars de la Ptchinia inférieure, ceux de 
Kénali dans la plaine de Monastir, ceux qui tiennent les 
couloirs du Drin au sud de Dèbre et d'autres plus petits 
encore. 

Au point de vue racial, on peut rattacher aux Turcs 
les Turcs chrétiens habitant la Macédoine du sud-est. Ils 
descendent en partie des « Turcopoules », mercenaires turcs 
au service de Byzance, lesquels avaient fini par s'établir 
définitivement sur le territoire de l'empire après mariage 
avec des femmes du pays. D'autres tirent leur origine de 
ces tribus turques qui, au XIII e et au début du XIV e s., 
se livraient au pillage sur les côtes de l'Egée conjointement 
avec les catalans, et qui avaient fini par se convertir au 
christianisme et s'établir dans la Macédoine du sud. Ca- 
valla, Salonique, Ber (Karaféria), le Mont Athos, etc. sont 
explicitement nommés dans les documents comme ayant 
souffert de leurs rapines. Aujourd'hui ces Turcs chrétiens 
habitent principalement le district de Zikhna. Ils parlent 
turc, s'appellent «christianlar » et ce n'est que très récem- 
ment qu'ils ont commencé à s'appeler « Ouroum » (Grecs). 
Dernièrement, ceux d'entre eux qui ont reçu une instruc- 



— 152 — 

tion ou sont en relations commerciales avec les négociants 
grecs de Cavalla, Serrés et Salonique, se piquent de parler 
grec au marché ou même entre eux. Les femmes, cependant, 
restent attachées à l'idiome natal. Ces Turcs chrétiens 
sont au nombre de 4000 et habitent dans les localités 
suivantes: Zéliakhovo, Staro-Zikhna, Rakhovo, Porna, 
Tolos, Tchépeldja, Mandil, Gorna et Dolna-Nouska, etc. 
Dans ces dernières localités ils sont mélangés de Bulgares. 

Quant aux Pomaks (Bulgares musulmans), grâce 
à leur isolement et à la conservation de la langue et grâce 
aussi à certaines traditions bulgares, ils sont restés non 
turcisés; nous en avons déjà parlé plus haut, p. 75. 

Avant les guerres balkaniques (1912) le nombre des 
Turcs en Macédoine se montait à plus d'un demi million; 
il a diminué sensiblement pendant ces guerres et après les 
changements politiques qui s'effectuèrent ces derniers 
temps dans les Balkans: une partie de la population 
turque s'enfuit ou fut massacrée. Bientôt la plupart des 
Turcs macédoniens vont émigrer de Macédoine et dans 
quelques décades, ils y seront une petite minorité. Le 
Turc, le maître cinq fois séculaire, ne peut pas vivre sou- 
mis à ses anciens esclaves de religion différente. Avec 
les Turcs émigreront également un grand nombre de 
Pomaks qui, comme nous l'avons vu, confondent la reli- 
gion avec la nationalité et accordent la priorité à celle-là. 
Seul un régime qui leur garantirait pleine liberté civique, 
nationale et religieuse pourrait les retenir en partie dans 
leurs anciens foyers. 

De toutes les statistiques relatives aux populations 
macédoniennes celle qui concerne les Turcs est la moins 
parfaite. En effet, tandis que les communautés chré- 
tiennes ont des listes paroissiales avec le nombre exact 
de leurs coreligionnaires, les Turcs, à défaut d'une statis- 
tique, ont recours aux registres fiscaux où la population 
mâle est inscrite en vue du service militaire ou de l'impôt 
militaire. Considérant la corruption des fonctionnaires 



— 153 — 

turcs mal payés, on peut se rendre compte de la défec- 
tuosité de ces registres où manquent souvent les habitants 
de quartiers entiers d'un village ou d'une ville. De plus, 
les Turcs y sont mêlés aux autres populations musulmanes, 
telles les Albanais, les Pomaks, etc. et ne figurent que sous 
une seule rubrique: mahométans, ce qui rend un peu dif- 
ficile la répartition des habitants par races. Le seul critère 
dans ce cas restent la langue, les traditions et les coutumes 
des populations non-turques inscrites comme mahométanes. 
Les étrangers qui ont écrit sur les populations de Turquie 
se sont servi, eux aussi, de cette statistique turque, soit en 
la copiant littéralement, soit en la corrigeant suivant les 
données des communautés chrétiennes, etc. La statistique 
russe du prince Tcherkasky, de 1877, comptait en Macédoine 
516,220 musulmans (Turcs, Albanais, Pomaks). Le savant 
serbe S. Verkovitch dont les données statistiques se rap- 
portent aux années 1860 à 1883, évaluait la population 
purement turque, sans mélange d'Albanais ou de Pomaks, 
à 240,264. La statistique turque publiée dans les Salna- 
mehs (almanachs officiels turcs) de 1894 et 1895 donnait 
le chiffre de 820,000 musulmans en Macédoine. Si l'on 
soustrait de ce nombre les 350,000 Albanais et Bulgares 
musulmans, il resterait pour les Turcs 470,000. Dans la 
statistique très détaillée de V. Kantchoff de 1900, les 
Turcs comptent 499,204 personnes. G. Roustier les chiffrait 
en 1904 à 474,000 âmes. La statistique officielle turque de 
1905, publiée dans le journal turc «Asr», numéro du 29 
janvier, évaluait les musulmans dans les trois vilayets 
(y comprit les Turcs, les Albanais de la Vieille Serbie, 
les Bulgares mohamétans, etc.) à 1,700,507 personnes. 
L'année suivante le gouverneur général des trois vilayets, 
Hilmi-Pacha, donnait un chiffre encore plus élevé pour les 
musulmans, soit 1,795,359 *). Quant aux sandjaks formant 
à peu près la Macédoine géographique, notamment ceux 

*) René Pinon, L'Europe et l'Empire ottoman. Paris 1913, 7 e . édition, 
p. 144. 



— 154 — 

de Salonique, Serrés, Drama, Monastir, Serfidjé, Dèbre, 
Scopié, la statistique de Hilmi-Pacha y compte 477,278 
de population mâle musulmane. Le Tchèque VI. Sis évalue 
les Turcs de Macédoine en 1912 à 520,845 personnes et 
notre statistique pour la même année les estime à 548,225 
âmes. Après les guerres balkaniques, ce nombre a diminué 
considérablement. 



V. 



Les minorités ethniques: 

Albanais, Koutso-Valaques, Juifs, Tsiganes, 

etc. 



Les Albanais de la Macédoine ne sont qu'une par- 
tie de leurs congénères d'Albanie et appartiennent à 
une des plus anciennes races de l'Europe, l'illyrienne. Ils 
se sont établis en Macédoine durant la domination turque, 
surtout pendant les deux derniers siècles. 

Au moyen âge l'Albanie proprement dite contenait 
de fortes colonies slaves, et une partie de la population 
albanaise était slavisée. Plusieurs montagnes, rivières et 
villages en Albanie portent encore aujourd'hui des noms 
slaves; la langue albanaise elle-même possède une grande 
quantité d'éléments slaves. L'Albanie a été longtemps 
soumise à l'Etat bulgare, au IX e , X e et dans la première 
moitié du XIII e s. En outre, l'Albanie centrale et méridio- 
nale se trouvait longtemps sous la dépendance spirituelle 
de l'archevêché bulgare d'Okhrida, ce qui contribua beau- 
coup au raffermissement des colonies bulgares dans le pays 
et à la propagation de l'influence culturelle bulgare parmi 
les Albanais. Il y avait alors en Albanie d'importantes 
villes bulgares, comme Dévol, Glavnitsa, Bojigrad et 
autres. Dans ces parages, les disciples des saints Cyrille et 
Méthode, Clément et Naoum, répandaient le livre slave. 
A Dévol, Marco, disciple de St-Naoum, était évêque; à 
Glavnitsa (près de Valona, sur la mer Adriatique), St- 
Clément avait ses palais dont le prince bulgare Boris lui 
avait fait cadeau et où s'élevaient des colonnes en pierres 



— 156 — 

avec des inscriptions relatant l'événement de la conversion 
du peuple bulgare au christianisme. Tous ces détails nous 
sont conservés dans les biographies de St-Clément, l'une 
écrite par Théophylacte au XI e s. et l'autre par Chomatiane 
au XIII e s. 1 ). 

L'arrivée des Turcs dans les Balkans et l'introduction 
de l'islam parmi le plus grand nombre des Albanais eurent 
une répercussion fâcheuse sur l'élément bulgare; avec 
l'islam, les Albanais devinrent les dominateurs des Bulgares 
chrétiens en Albanie. Les colonies bulgares furent pillées 
et la population poursuivie ou massacrée. L'élément bul- 
gare résista plus longtemps dans le sud-est de l'Albanie où 
il était plus nombreux, notamment dans les régions du Dévol 
et de la Chkoumbi supérieure. La province Opara, 30 à 
40 km. à l'ouest de Kortcha, était encore peuplée des Bul- 
gares au commencement du XVI e s. 2 ). Durant la seconde 
moitié du XVIII e s. l'anarchie en Turquie était arrivée 
à son comble; le pouvoir central était impuissant vis-à-vis 
des gouverneurs des provinces révoltées. La ville valaque 
de Moscopolé, entre Kortcha et Opara, si prospère et floris- 
sante, fut ravagée à deux reprises par les Albanais, et sa 
population dispersée, 1769, 1788. L'Albanais Ali-Pacha 
de Joannina (1741 — 1822) se proclama souverain indépen- 
dant et conquit entre autres toute la Macédoine occiden- 
tale. L'Albanie du sud-est fut envahie par la population 
albanaise, et les Bulgares chassés et massacrés. L'élément 
albanais se cramponna alors solidement aux rives du lac 
d'Okhrida, jusqu'au couvent de St-Naoum. A la suite des 
incursions albanaises ultérieures de Djélaléddine-Bey et 
d'Arslan-Bey, les Bulgares diminuèrent sensiblement en 
Albanie orientale. La population bulgare de la région de 
Kortcha se maintenait encore il y a 40 ans à Boulgarets, 
Sénitsa, Bradvitsa, Rembets, Soviani et dans la ville même 



*) Cf. La vie de St-Clément par Théophylacte et le sinaxaire de St-Clé- 
ment par Chomatiane. 

2 ) Ch. Hopf, Chroniques gréco-romanes, p. 280. 



— 157 — 

de Kortcha 1 ); actuellement les grands villages entièrement 
bulgares sont Bobochtitsa et Drénovo. 

A l'instar d'Ali-Pacha, Moustapha-Pacha de Scutari 
(première moitié du XIX e s.), ravit aux Turcs les terres 
jusqu'au Vardar. C'est avec une grande peine que le pouvoir 
central réussit à écarter les campagnes dévastatrices des 
Albanais, mais la population bulgare en souffrit beaucoup: 
en Macédoine occidentale, par exemple à Prespa, Monas- 
tir, Prilep, surgirent des colonies albanaises. Les attaques 
albanaises de Dèbre et le pillage des troupeaux et des biens 
bulgares furent les plus récents. Ces vexations albano- 
mahométanes obligèrent plusieurs localités bulgares à 
émigrer ou à se déplacer pour être occupées par de petites 
ou grandes agglomérations albanaises, comme par exemple 
celles entre Kitchévo et Gostivar et sur les contreforts 
sud-est du Char, dans la région de Tétovo. Les Albanais 
tiennent le défilé de Scopié jusqu'à Tétovo ainsi que la 
vallée du Vardar à l'ouest de Scopié. Un autre groupe 
albanais descendit même jusqu'au Vardar, au sud de 
Scopié, en face de l'embouchure de la Ptchinia. La Forêt- 
Noire de Scopié, surtout sa partie nord-est, est entière- 
ment albanaise. La plupart des colonies albanaises du 
district de Scopié remontent à la guerre austro-turque de 
1689, quand une partie de la population chrétienne de ces 
parages émigra en Autriche. 

Les Albanais, privés de livres dans leur langue et 
d'une forte conscience nationale, se laissent facilement 
prendre à l'influence étrangère, sitôt qu'ils se trouvent dans 
un milieu différent. Les habitants turcs de Monastir, 
Okhrida, Strouga, Gostivar, Scopié, etc. sont composés prin- 
cipalement d'Albanais. Les familles albanaises chrétiennes 
installées dans les villes et villages grecs ou bulgares se trans- 
forment en Grecs ou Bulgares et perdent vite leur langue. 

*) A Kortcha, il y a des Bulgares dans deux quartiers de la ville; ils 
sont bilingues et sur le point de s'assimiler. En 1888, ils avaient ouvert une 
école bulgare avec 40 élèves et un maître d'école, mais à la suite des dé- 
marches du Patriarcat grec, l'école fut fermée. 



— 158 — 

Numériquement, les Albanais de Macédoine for- 
maient jusqu'en 1912 un contingent important: ils étaient 
194,195 personnes, la plupart mahométans. Dans les 
districts de Préchovo et de Dèbre ils formaient la majorité 
de la population. Leur nombre était également assez con- 
sidérable dans les districts suivants: Scopié, Koumanovo, 
Tétovo, Gostivar, Monastir, Kitchévo, Castoria, le nahié 
de Bilichta, etc. 

Les guerres balkaniques et la révolte albanaise contre 
le régime serbe en 1913 amenèrent une diminution con- 
sidérable de l'élément albanais. Un certain nombre de vil- 
lages furent incendiés, les populations massacrées, les maisons 
saccagées, le bétail emporté. Ces atrocités peuvent être 
considérées comme la manifestation de la vengeance des 
Serbes contre les méfaits séculaires commis par les Alba- 
nais mahométans sur la population serbe et chrétienne en 
général. En effet, d'après notre propre enquête, ont été 
détruits entièrement ou en partie dans les vilayets de 
Monastir et de Scopié les villages suivants et leur popula- 
tion massacrée ou contrainte à émigrer: Mourgach, Sou- 
hodol, Pribiltsi, Obednik, Tsernéets, Gradichté, Kajani, 
Ramna, Dolentsi, Sop, Zaïass, Toursko-Rétchani, Vroutok, 
Zdounié, Raven, Gorno-Elovtsi, Ortchouch, Simnitsa, Ghio- 
novitsa, Dobri-Dol, Kalichta, Tchégrané, Forino, Tchaïlé, 
Groumtchin, Tchiflik, Lomnitsa, Tsérovo, Sénokoss, Novo- 
Sélo, Dobertsa, Kopatchine-Dol, etc. Sur la dévastation 
des districts de Dèbre et de Liouma par les Serbes on 
possède le rapport officiel présenté aux Grandes Puissances 
et publié dans le « Corriere délie Puglie » du 21 décembre 
1913. Nous avons, sur ce sujet, des témoignages serbes. Le 
député socialiste serbe, Katslérovitch, déclarait: «L'in- 
surrection albanaise a été étouffée par la Serbie dans le sang. 
L'armée serbe a incendié 35 villages albanais sans per- 
mettre à leurs habitants de les quitter. Je ne veux pas par- 
ler des atrocités anciennement commises sur les Albanais. 
L'armée serbe, d'ordre de son gouvernement, a massacré 



— 159 — 

120,000 Albanais » 1 ). Le correspondant (un militaire) du 
journal serbe «Radnitchké Noviné» du 9/22 octobre 1913 
donnait sur la répression de la révolte albanaise ce qui 
suit: « . . . . Je n'ai pas le temps de t'écrire longuement 
mais je peux te dire qu'il se passe ici des choses affreuses. 
J'en suis terrifié et je me demande sans cesse comment les 
hommes peuvent être assez barbares pour commettre de 
telles cruautés. C'est horrible. Je n'ose pas — le temps, 
du reste, me fait défaut — t'en parler davantage, mais je 
peux te dire que Liouma (c'est une région albanaise le long 
de la rivière du même nom) n'existe plus. Tout n'est plus 
que cadavres, poussière et cendre. Il y a des villages de 
100, de 150, de 200 maisons où il n'y a plus un seul homme 
mais, à la lettre, plus un seul. Nous les réunissons par 
groupes de 40 à 50 et ensuite nous les perçons de nos baïo- 
nettes jusqu'au dernier. Partout on pillait. Les officiers 
chargeaient les soldats d'aller vendre, à Prizrend, les ob- 
jets volés ». Le journal serbe accompagnait cette lettre 
de la note suivante : « Notre ami nous raconte des choses 
encore plus affreuses. Mais elles sont si horribles et si dé- 
chirantes que nous préférons ne pas les publier ». 

Les Koutso-Vaîaques de Macédoine tirent leur ori- 
gine de l'ancienne population thraco-illyrienne latinisée 
lors de la domination romaine. Ils sont connus sous les 
noms de Valaques, Koutso-Valaques, Tsintsars, Kara- 
Katchans, Sary-Katchans que les autres peuples des Bal- 
kans leurs donnent. Eux-mêmes s'appellent «Aromounes » 
c'est-à-dire Roumains 2 ). 

Au moyen âge l'élément koutso-valaque était plus 
considérable en Macédoine, comme il ressort des témoi- 
gnages des écrivains byzantins et des chartes des souve- 



*) Bulletin International No 4 de la Commission Internationale Socia- 
liste à Berne (1916). 

a ) Les mots commençant par r prennent en koutso-valaque un a pro- 
thétique: Romouni = Aromouni. 



— 160 — 

rains byzantins, bulgares et serbes. Avec le temps presque 
tous ces anciens Koutso-Valaques macédoniens se sont 
fusionnés avec les populations prépondérantes du pays, 
les Grecs et les Bulgares. Toutes les agglomérations ac- 
tuelles des Koutso-Valaques en Macédoine proviennent de 
la Thessalie, de l'Epire et du Pinde où l'élément roumain, 
refoulé vers les montagnes, a su se maintenir dès le haut 
moyen âge jusqu'à nos jours. C'est surtout durant les 
dévastations albanaises aux XVIII e et XIX e s. que les 
Koutso-Valaques ont émigré en Macédoine. Seuls ceux 
de Mogléna doivent être considérés comme ayant immigré 
avant cette époque. Presque toute la toponymie des ré- 
gions occupées actuellement par les Koutso-Valaques en 
Macédoine porte une empreinte slave, ce qui prouve de 
plus que l'établissement de ces derniers a eu lieu à une 
époque postérieure à l'installation des Slaves en Macédoine. 

Les Valaques macédoniens vivent les uns dans les 
villes, les autres forment des agglomérations rurales. Dans 
ces dernières, ils sont agriculteurs et surtout éleveurs, 
errant avec leur troupeau, suivant la saison, dans les mon- 
tagnes ou dans la plaine du littoral égéen. D'autres vont 
à l'étranger comme aubergistes ou commerçants. La po- 
pulation valaque des villes fusionne facilement avec Grecs 
et Bulgares. La plus grande partie des grécisants de Mo- 
nastir, de Serrés, de Drama, etc. sont des Koutso-Valaques. 
Le bulgarisme a exercé une grande influence sur les Valaques 
de Mogléna où l'on trouve des villages entiers bulgarisés 
et où se trouve le seul village valaco-mahométan, Nâté. 

Les Valaques de Macédoine n'ont aucune importance 
à cause de leur petit nombre et de leur dispersion. Le 
Prof. G. Weigand qui a visité toutes les agglomérations de 
Valaques macédoniens, évalue leur nombre à 80,000 âmes 1 ). 
Aujourd'hui encore, ils n'ont pas un grand centre spiri- 
tuel et culturel. Dans les villes où comparativement il y 
a plus de Koutso-Valaques, telles que : Monastir, Krouchévo, 

*) Die Aromunen. Leipzig 1895. Vol. 1 er , p. 286 à 288, 294. 



— 161 — 

Serrés, Barakli-Djoumaïa, Khroupichta, etc. leur nombre 
est inférieur partout à celui des autres nationalités cohabi- 
tant dans les mêmes villes, bulgares, turques ou grecques 1 ). 

La population rurale des Valaques de Macédoine est 
répartie en plusieurs groupes. Le groupe de Monastir, y 
compris la population de la ville de ce nom, est le plus con- 
sidérable à tous les points de vue. Il est formé de quelques 
grands villages situés près de la ville de Monastir, tels que : 
Tirnovo, Magarévo, Malovichta, Nijopolé, Gopech. Le 
groupe de Mogléna compte une dizaine de villages situés 
dans le Haut Mogléna et sur la montagne de Païak, dont 
les plus grands sont: Nâté (mahométans), Lioumnitsa, Li- 
vada. Le groupe de Verria compte huit villages et hameaux. 
A ce groupe appartiennent aussi les Valaques des villes de 
Verria et de Négouch qui, grâce à leur dénationalisation 
facile, on grossi de tout temps l'élément indigène grec. Le 
groupe de Vlakho-Klissoura, entre Castoria et Kaïlar, possède 
un petit centre, mais conscient au point de vue national, la 
bourgade de Vlakho-Klissoura. Au nord de cette dernière 
se trouve le village valaque Neveska. Les villages du sud 
sont sous une forte influence grecque, tels : Vlachko-Blatsa 
grécisé à moitié, et Sissani, dans sa totalité. Les Koutso- 
Valaques sont moins nombreux encore et plus dispersés 
dans la Macédoine septentrionale et orientale. 

Les villages valaques de Monastir et de Mogléna ont 
beaucoup souffert pendant la grande guerre. Se trouvant 
sur le front des opérations, ces villages ont été presque 
anéantis et leur population dispersée. 

La population juive (espagnole) en Macédoine est 
urbaine et s'occupe exclusivement de commerce. Elle 
compte 78,000 personnes et se trouve cantonnée à Salonique 
(64,000 âmes), Verria, Monastir, Castoria, Serrés, Cavalla, 



x ) D. Micheff, Les Koutso-Valaques en Macédoine. Sofia 1913, p. 12 
à 31 (en bulgare). 

11 



— 162 — 

Scopié. Une partie des Juifs de Salonique ont embrassé 
l'islam, les ainsi nommés «Deunmés» (convertis, tournés); 
ils ont joué un rôle considérable dans la vie politique de la 
Turquie moderne, notamment dans le mouvement jeune- 
turc. 

La population tsigane est la plus dispersée de 
toutes; elle partage, comme partout ailleurs, les particu- 
larités de sa race. Elle ne forme aucune agglomération de 
quelque importance et vit à côté des autres nationalités, 
principalement dans la Macédoine méridionale. Elle ne 
se prête à aucune statistique précise, vu qu'à plusieurs 
endroits, les Tsiganes apparaissent comme Turcs, ailleurs 
comme Bulgares, suivant la religion qu'ils professent. Ils 
sont environ au nombre de 43,000. 

Avant 1912, en Macédoine cantonnaient un certain 
nombre de Gircassiens qui s'y étaient installés il y a un 
demi-siècle, après leur dispersion par les Russes; d'autres 
étaient venus de la Bulgarie lors de sa constitution en prin- 
cipauté autonome, en 1878. Il y avait en Macédoine quel- 
ques villages de Serbes mohamétans (Bosniaques) dont le 
gouvernement turc encourageait l'immigration aux fins 
d'augmenter le nombre des musulmans dans cette Macé- 
doine devenue la pomme de discorde entre les Etats voisins 
chrétiens. Ce fut surtout après la révolution jeune- turque 
du 11 juillet 1908 et après la proclamation d'une natio- 
nalité ottomane que le gouvernement turc entreprit l'ins- 
tallation de plusieurs familles bosniaques en Macédoine. 
Lors des guerres balkaniques, Circassiens et Bosniaques, 
connus par leurs méfaits envers les chrétiens, s'empres- 
sèrent de quitter la Macédoine et de s'expatrier en Asie 
Mineure. Une bonne partie des Bosniaques retournèrent, 
aidés par le gouvernement autrichien, dans leur ancienne 
patrie, la Bosnie. 



VI. 



Tableaux statistiques 
de la population macédonienne. 



1. La Macédoine. 

Statistique russe du prince Tcherkasky, 1877. 

Lors de la guerre russo-turque, 1877, une commission 
russe, à Bucarest, sous la présidence du prince Tcherkasky, 
fut chargée de recueillir des données statistiques et autres 
relatives à la Turquie d'Europe. Dans les publications 
de cette commission, notamment dans les « Documents 
pour l'étude de la Bulgarie », Bucarest 1877, 2 e partie, 
on trouve la statistique suivante concernant la population 
de la Macédoine: 



Nationalités 

Bulgares orthodoxes . . . 
Musulmans, Turcs, Al- 
banais 

Grecs 

Koutso-Valaques 

Juifs 

Tsiganes 

Circassiens 

Catholiques 

Divers 

Total 



Sandjak 

de 
Salonique 



Sandjak 

de 
Monastir 



Sandjak 

de 
Scopié 



Sandjak 

de 
Serrés 



TOTAL 



202,500 

60,000 
89,250 

40,000 

20,000 
5,000 



416,750 



267,200 
320,540 
187,800 



775,540 



148,000 



45,680 



} 2,850 



2,400 



198,930 



255,000 

90,000 
35,000 



380,000 



872,700 

516,220 
124,250 
187,800 

42,850 

20,000 
5,000 
2,400 



1,771,220 



— 164 — 

2. La Macédoine méridionale. 

Statistique grecque de 1878. 

En 1878, les syllogues grecs firent parvenir au Congrès 
de Berlin, par l'entremise de lord Layard, ambassadeur 
britannique à Constantinople, un mémoire pour la défense 
des intérêts grecs. D'après ce mémoire, publié dans le 
Blue Book, Turkey, n° 31, les populations de la Macédoine 
du sud sont réparties comme suit: 

Sandjaks de Salonique, Monastir, Serrés, Drama: 

Musulmans 349,000 

Grecs 438,000 

Bulgares 337,000 

Valaques 70,000 

Divers 100,000 

Sujets étrangers 35,000 

Total 1,329,000 



3. La Macédoine méridionale. 

Statistique officielle turque, 1878. 

En 1878, lors de la guerre russo-turque, on a publié 
à Constantinople, dans le journal français « Courrier 
d'Orient », la statistique officielle turque sous le titre 
« Ethnographie des vilayets ». Le recensement fut opéré 
sur la base de la population masculine (noufous). Par 
cette publication turque on cherchait à démontrer l'im- 
portance numérique de l'élément musulman, en vue des 
changements territoriaux par suite de la guerre. En ce 
qui concerne la Macédoine, cette statistique ne nous ren- 
seigne que sur les sandjaks de Monastir, de Salonique et 
de Serrés. Le total des chiffres présente quelques inexac- 
titudes. Nous les laissons tels quels. 



— 165 



Noufous (population mâle) du sandjak de Monastir (Bitolia). 





Musulmans 


Bulgares 


Albanais Grecs 


Juifs 


Valaques 


Tziganes 


TOTAL 


Caza de Lerine (Florina) 

Caza de Ressine et Prespa .... 
Caza de Kitchovo (Kertchovo) 

Caza de Djoumali 

Caza de Ochrida 

Caza de Bitolia 

Total 


5,922 
5,706 
2,404 
4,353 
3,585 
4,191 
9,500 
4,575 


31,084 

16,667 

7,963 

8,741 

5,549 

19,356 

40,000 

23,074 


1,500 
1,675 


700 
700 


2,500 

750 


395 
1,300 
3,335 

981 
5,800 
4,032 


683 
790 

410 
1,000 


— 


40,236 


152,534 


3,175 


3,250 


15,843 


2,883 


267,899 



Noufous (population mâif) du sandjak de Salonique, 



Musulmans 



Bulgares 



Grecs 



Tziganes 



Pomaks 



Gaza de Salonique 

Caza de Vodina 

Caza d'Havret-Hissar 

Caza de Keuprulu (Velesse) 

Caza de Stroumnitza 

Caza de Dorian 

Total 



10,335 
2,459 

10,840 
2,759 
6,365 
6,683 



39,441 



23,517 
24,060 
37,396 
16,877 
18,732 
5,418 



126,000 



7,441 



7,441 



1,621 
130 



1,751 



5,838 
1,277 
1,585 



8,700 



Noufous (population mâle) du sandjak de Sérès. 





Musulmans 


Bulgares 


Pomaks 


Grecs 


Valaques 


Tziganes 


Caza de Nevrokop 

Caza de Démir-Hissar . . . 
Caza de Melnik 

Caza de Petritch 

Total 


9,591 
6,638 
4,480 
3,310 
2,551 
2,774 


18,510 
26,375 
20,010 
11,208 
7,241 
7,551 


13,873 


11,058 
6,168 


215 
460 
560 
577 


870 
300 


29,334 


90,895 


13,873 


17,225 


1,812 


1,170 



— 166 



4. La Macédoine. 

Statistique turque. 

En 1881, parut en français une statistique détaillée 
par localités de la population macédonienne, sous le titre 
« Ethnographie de la Macédoine », Philippopoli 1881. Les 
données y sont puisées aux sources officielles turques; les 
chiffres ne représentent donc que la population mâle. Nous 
en extrayons les chiffres se rapportant aux cazas (districts) 
qui entrent d'après l'auteur anonyme dans les frontières 
naturelles de la Macédoine, pages 45, 73 et 106 de l'ouvrage: 

Vilayel de Salonique. 

Population mâle. 



CAZAS (districts) 


Musulmans 


Bulgares 


Grecs 


Valaques 


Joiis 


Tsiganes Divers 


Enidjé-Vardar 

Avret-Hissar 

Vodéna 

Serrés 

Nevrokop 

Démir-Hissar 

Melnik 

Zikhna 

Petritch 

Doïran 

Tikvech 

Stroumitsa 

Vélès 

Total 


8,692 
3,549 

10,638 
7,331 
9,099 

20,832 
6,220 
3,083 
1,958 
2,884 
8,514 

19,175 
8,699 
5,636 


21,888 
13,955 
29,965 
16,147 
20,155 
34,416 
27,227 
15,261 
10,071 
12,226 
5,237 
28,830 
19,220 
19,734 


5,329 

9,873 

560 
5,039 


716 

105 
150 
865 

398 


10,800 
765 

85 


275 

708 

225 

290 

45 


925 


116,310 


274,332 


20,801 


2234 


11,650 


1543 


925 



Sandjak d'Uscup (Scopié). 

Population mâle. 



CAZAS (districts) 


Musulmans 


Bulgares 


Grecs 


Valaques 


Juiis 


Tsiganes 


Uskup (Scopié) .... 

Tétovo 

Palanka 


7,372 
1,990 

811 
9,300 

450 
3,355 
3,178 
2,100 


10,793 
14,062 

4,800 
12,921 
15,214 

5,730 
12,693 
10,583 


— 


16 


476 


69 

35 

365 

146 

324 


Radovich 

Total 


28,556 


86,796 


— 


16 


476 


939 



167 — 

Vilayei de Monastir. 

Population mâle. 



CAZAS (districts) 



Musulmans 



Bulgares 



Grecs 



Juifs 



Tsiganes 



Monastir (Bytolia) .... 

Prilep 

Kitchévo 

Ressen 

Prespa 

Okhrida 

Florina 

Djouma 

Castoria 

Total 



8,358 
4,414 
3,914 
1,230 
849 
4,827 
5,769 
3,499 
7,809 



40,669 



31,053 

20,968 

9,267 

4,843 

3,052 

17,706 

16,557 

4,496 

31,484 



139,426 



5 
320 



1,764 



2,091 



8,384 
87 

1,603 

380 
1,300 

3,256 



15,010 



1,279 



585 



1,865 



524 

200 

275 
715 



1,714 



Récapitulation de la population mâle: 

Bulgares 500,554 

Musulmans 1 ) 185,535 

Grecs 22,892 

Valaques 17,260 

Juifs 13,991 

Tsiganes 4, 196 

Divers 925 

Total 745,353 

5. Le vilayet de Monastir. 

Statistique russe du vice-consul N. Skriabine, 1885. 

Le vice-consul de Russie à Monastir (Bytolia), N. Skria- 
bine, envoya en 1885 à son gouvernement un rapport 
détaillé sur « Le vilayet de Monastir au point de vue poli- 
tique et économique ». Une copie de ce rapport, contenant 
325 pages, a été trouvée à Monastir en 1915, lors de l'en- 
trée des troupes bulgares dans cette ville. Parlant de 
l'autorité ecclésiastique grecque dans le vilayet de Monas- 



*) Y compris les Turcs, les Albanais, les Pomaks (Bulgares). 



— 168 — 

tir qui comptait alors sept éparchies (Monastir, Okhrida- 
Prespa, Dèbre-Kitchévo, Castoria, Mogléna, Kortcha, 
Sissani), l'auteur dit: 

«A part l'éparchie de Sissani, pour laquelle on ne 
possède pas de données précises et celle de Kortcha, 
qui ne comprend que deux villages bulgares et autant de 
grecs, étant peuplées d'Albanais, les autres cinq éparchies 
grecques sont superflues dans le vilayet où on devrait 
fonder des éparchies bulgares... Excepté 11 villages 
grecs dans l'éparchie de Castoria et 18 villages valaques 
dans toutes les autres, la population est exclusivement bul- 
gare. A part les 11 villages grecs susmentionnés, 18 va- 
laques et 1 albanais, tout le reste, quoique sous la juridic- 
tion du Patriarcat grec, compte 325 villages exclusivement 
bulgares. Dans cette même circonscription ecclésiastique, 
505 autres villages bulgares étaient sous la juridiction de 
l'Exarchat bulgare, soit en tout 830 villages bulgares dans 
les districts de Monastir, Prilep, Okhrida, Dèbre, Kitchévo, 
Florina, Vodéna, Kailar, Enidjé-Vardar, Castoria». 

Voici d'autres données statistiques concernant le 
sandjak de Monastir, pour les années 1883 — 1884: 

Districts Villages bulgares Valaques Turcs Mixtes 

Monastir 169 6 12 46 

Prilep 114 — — 21 

Kitchévo 87 — — 16 

Okhrida 80 2 3 8 

Florina 40 3 1 12 

Total 490 11 16 103 

6. La Macédoine septentrionale et centrale. 

Statistique russe de V. Teploff, 1889. 

V. Teploff qui fonctionna longtemps à l'ambassade 
de Russie à Constantinople et connaissait les discussions 
religieuses entre Grecs et Bulgares, publia en russe en 



— 169 — 

1889 son important ouvrage « La question religieuse gréco- 
bulgare, d'après des sources inédites », Pétrograde, ouvrage 
couronné par l'Académie des sciences. 

Nous en extrayons les passages suivants: «On a 
beaucoup discuté sur la question de savoir si les Bulgares 
ou les Grecs formaient la majorité de la population en 
Macédoine. Les voyageurs et les savants impartiaux, à 
commencer par Lejean et Kiepert, ont établi que les Grecs 
habitent seulement une étroite bande de territoire sur le 
littoral, tandis que tout le reste du pays est peuplé de 
Bulgares; le baron Ring, délégué français à la commission 
de la Roumélie orientale, qui a parcouru toute la Macé- 
doine à cheval, confirme ces constatations. . . »*) Laissons 
maintenant de côté la Macédoine du sud sur laquelle les 
Grecs, en raison de la composition ethnique de ses habi- 
tants, émettent des prétentions plus ou moins fondées 
et considérons la Macédoine septentrionale et centrale. Voici 
quelle est sa population, d'après les dernières données: 

Districts (Cazas) Bulgares Grecs Valaques 

Koukouch 74,910 — 1,790 

Razlog 14,860 — — 

Djoumaia ( en partie laissés ï 7,000 — — 

Kustendil ( à la Turquie } 25,000 — — 

Nevroskop 30,000 — 408 

Démir-Hissar 68,000 — 2,160 

Melnik 38,000 1,800 — 

Petritch 30,000 — — 

Doïran 13,090 — — 

A reporter 300,860 1,800 4,358 



*) Le baron Ring fut le représentant de la France dans la commission 
chargée d'élaborer le statut de la Roumélie orientale. Teploff raconte de 
lui que: « Ayant parcouru à cheval le pays de Sofia à Salonique, il fut frappé 
du caractère presque exclusivement bulgare de la population du territoire 
visité. Il déclara ouvertement, qu'à son avis, les frontières fixées par le 
traité de San-Stéfano concordaient avec les limites ethnographiques de 
la nationalité bulgare en Macédoine » (page 169). 



— 170 — 

Report 300,860 1,800 4,358 

Tikvech 72,000 — — 

Stroumitsa 48,000 — — 

Vélès 49,300 — — 

Scopié 26,900 — — 

Koumanovo 35,100 — — 

Kratovo 12,000 — — 

Tétovo 32,300 — — 

Kriva-Palanka 38,000 — — 

Radovich 14,300 — — 

Kotchani 31,700 — 40 

Chtip 26,400 — — 

Bytolia (Monastir) .... 77,550 12 21,000 

Prilep 52,400 800 200 

Kitchévo 23,100 — — 

Ressen 8,600 - 2 7,480 

Prespa 7,600 — — 

Okhrida 42,760 2 2,450 

Florina 41,400 3,250 



Total 940,270 2,616 38,778 



7. La Macédoine géographique. 

Statistique serbe de Verkovitch, 1889. 

Stéphan Verkovitch, membre de la « Société savante » 
de Belgrade, séjourna quelques dizaines d'années en Macé- 
doine où il était envoyé par le gouvernement serbe et 
publia des ouvrages importants sur l'ethnographie de ce 
pays. En 1889, il fit paraître à Pétrograde, en russe, son 
« Esquisse topographique et ethnographique de la Macé- 
doine ». Les données statistiques détaillées dans cet ouvrage 
se rapportent aux années 1860 à 1883. Les chiffres des 
habitants turcs, puisés aux registres officiels, ne donnent 
que la population mâle. Nous avons doublé ces chiffres 
pour avoir le total de la population mahométane. 



171 



Bulgares chrétiens 1,029,119 

Bulgares mahométans 288,092 

Turcs 240,264 

Grecs chrétiens 212,994 

Grecs mahométans 9,746 

Albanais 78,790 

Valaques 74,375 

Juifs 1 ) 1,612 

Gagaouzes 3,483 

Tsiganes 10,568 

Total 1,949,043 



8. La Macédoine méridionale. 

Statistique grecque de Nicolaïdès, 1899, 

Le D r Cléanthes Nicolaïdès publia à Berlin en 1899 
son ouvrage « Macédonien » avec des tableaux statistiques 
puisés aux sources officielles turques et grecques ; ces der- 
nières ont été recueillies par les communautés grecques 
et par les consuls de Grèce en Macédoine (p. 25 à 28): 

Sandjak de Scopié. 



CAZAS (districts) 


Grecs 


Musnlmans 


Bulgares 


Serties 


Latins (ca- 
tholiques) 


Juifs 


Tsiganes 


2. Chtip 

3. Koumanovo . 

4. Kotchani .... 

5. Radovich . . . 

6. Palanka 

7. Kratovo 

8. Katchanik . . 

9. Maléchévo . . . 


4,337 

87 
90 

396 
37 
69 


23,506 

23,362 

11,885 

10,977 

10,402 

2,125 

3,196 

7,528 

9,900 


21,245 
17,714 
21,106 
16,590 
7,509 
19,937 
16,891 

16,192 


2,208 
7,623 


105 
11 

282 


724 
541 

305 


1,405 
608 
477 
343 
149 
297 
409 
480 
60 


5,036 
En 


117,781 
tout 27( 


137,184 
î,008 hab 


9,831 
itants. 


398 


1,570 


4,208 



*) L'auteur a omis de mentionner les Juifs de Salonique, Monastir, 
Verria, Gavalla. 



— 172 — 



Vilayei de Monasîir. 
a) Sandjak de Monastir. 



Cazas 



Grecs orthodoxes 

et autres 
de sentiment grec 



Schismatlgues 

c.-à-d. Bulgares 

exarchistes 



Musulmans 

c.-à-d. Turcs, Albanais, 

etc. 



Juifs 





33,545 


2. Prilep 


415 


3. Morihovo 


2,400 


4. Pélagonie 


1,800 


5. Okhrida et Prespa 


22,625 


6. Mogléna 


22,225 




62,195 




23,815 



169,030 



11,415 

20,074 

4,670 

31,725 

8,225 

11,050 



87,159 



22,860 
6,000 



8,950 

6,790 

12,790 

6,050 



63,440 



En tout 324,629 habitants. 
b) Sandjak de Serfidjé-Kojani. 



Vilayei de Salonique 

a) Sandjak de Salonique. 



4,200 



800 



5,000 



Cazas 


Grecs 


Musulmans 
(Turcs) 


Valaques 


Juifs 


Tsiganes 


2. Koiani 


14,545 

9,325 

21,830 

25,530 


2,650 

17,055 

4,800 

2,970 


1,275 


21 


180 


3. Grébéna 

4. Elassona 


71,230 
En tout 100,1 


27,475 
81 habitants. 


1,275 


21 


180 



Cazas 


Grecs 


Bulgares 


Valaques 


Turcs 


Tsiganes 
cnrèt. 


Juifs 


TOTAL 


1. Salonique . . . 

2. Lagadina . . . 

3. Katérina 

4. Cassandra. . . 

A reporter 


57,247 
18,965 
15,827 
38,569 
20,320 
13,161 


3,800 
1,100 

3,072 


3,865 

5,449 
56 


33,673 

13,539 

3,000 

3,466 

7,125 

20,257 


430 

100 
652 

1182 


72,700 

250 
10 


172,096 
33,614 
22,692 
42,035 
33,244 
37,208 


164,089 


7,972 


9,370 


81,060 


72,960 


340,889 



173 



Cazas 


Grecs 


Bulgares 


Valaques 


Tnrcs 


Triaanes 
chrét. 


jQifs 


TOTAL 


Report 

7. Vodéna 

8. Ghevghéli . . . 

9. Avret-Hissar 

10. Doïran 

11. Stroumitsa . . 

12. Tikvech 

13. Vélès 

14. Mont Athos . 


164,089 

17,295 

14,985 

3,305 

3,864 

16,481 

3,000 
9,602 


7,972 

4,825 

7,875 

17,379 

8,660 

7,280 

13,403 

24,005 

299 


9,370 

6,760 
30 

1,150 
184 


81,060 
12,824 
16,810 
14,488 
18,059 
11,355 
13,774 
12,340 
25 


1,182 

50 

308 
100 

50 
1670 


72,960 

25 

70 
400 

3,500 
Russes 


340,889 
34,944 
46,455 
35,202 
30,991 
35,616 
27,177 
40,545 
13,650 


232,621 


91,708 


17,494 


180,735 


73,455 


605,469 



b) Sandjak de Serrés. 



Cazas 


Grecs 


Turcs 


Bulgares 


Divers 


2. Zikhna 

3. Nevrokop 

6. Petritch 

7. Melnik 

8. Démir-Hissar . . . 

I 


56,632 

20,925 

5,931 

500 

7,296 

5,899 

17,064 


21,428 
6,710 

45,155 
9,980 
6,430 

15,816 
5,731 

16,560 


7,130 
1,740 
24,903 
18,660 
14,858 
15,510 
7,408 
17,934 


4570 
95 
50 

120 

60 
300 


124,247 
In tout 365,3Ç 


127,810 
15 habitants 


108,143 


5195 



c) Sandjak de Drama. 



Cazas 



Grecs 



Turcs 



Juifs 



Divers 



TOTAL 



1. Drama 

2. Pravichta . . 

3. Sary-Chaban 

4. Cavalla .... 

5. Thasos 



12,800 

12,099 

103 

7,100 

13,100 



45,220 



46,550 
16,200 
27,500 
13,000 



103,250 



3400 



50 



3450 



180 



1500 



1580 



20 
15 

165 



200 



Population totale de la Macédoine 1,825,482. 



63,650 
28,305 
27,630 
21,815 
13,100 



153,800 



— 174 — 

9. La Macédoine géographique. 

Statistique bulgare de Kantchoff, 1900. 

Vassil Kantchoff qui avait parcouru la Macédoine 
en tous sens et étudié ses populations au point de vue 
ethnographique, publia en 1900 son ouvrage capital: 
«Macédoine. Ethnographie et statistique». Avec 11 cartes. 
Sofia 1900. Nous y empruntons le chiffre global se rap- 
portant à la Macédoine géographique avec une partie des 
cazas de Serfidjé et de Starovo, p. 289: 



Nationalités 


Chrétiens 


Musulmans 


Juifs 


TOTAL 


2. Turcs 

3. Grecs 

4. Albanais 

5. Valaques 

6. Juifs 

7. Tsiganes 

8. Russes 

12. Nègres 

13. Géorgiens 


1,032,533 

4,240 

214,329 

9,510 

77,626 

19,500 
4,000 

400 
300 

60 

8,810 


148,803 

494,964 

14,373 

119,201 

3,500 

35,057 

2,837 
300 

200 


67,840 
200 


1,181,336 

499,204 

228,702 

128,711 

80,717 

67,840 

54,557 

4,000 

2,837 

700 

300 

200 

60 

9,010 


1,370,949 


819,235 


68,040 


2,251,224 



10. La Macédoine et la Vieille Serbie. 

Statistique française de G. Routier, 1904. 

Gaston Routier, qui visita la Macédoine après la 
grande insurrection de 1903, donne la statistique suivante 
(p. 268) dans son ouvrage « La Macédoine et les puis- 
sances », Paris 1904: 



— 175 — 

Bulgares 1,136,000 

Turcs 474,000 

Grecs 322,000 

Serbes 1 ) .... 210,000 

Valaques 183,000 

Albanais 2 ) 661,000 

Tsiganes 69,000 

Juifs 93,000 

Total 3, 148,000 



11. Les vilayets de Salonique, Monastir et Kossovo. 

Statistique officielle turque, 1905. 

Le journal turc « Asr » paraissant à Salonique publia 
dans son numéro du 2 janvier 1905 une statistique offi- 
cielle de la population des trois vilayets, puisée, comme 
il est dit, « aux renseignements récents et officiels présentés 
dernièrement à Son Excellence l'Inspecteur Général des 
vilayets de la Roumélie par les Bureaux de recensement 
des vilayets de Salonique, Kossovo et Monastir ». Mal- 
heureusement, et cette statistique partage les défauts de 
toutes les statistiques turques où les notions de nationalité 
et de confession sont confondues. Et pour obvier à cet 
inconvénient, la statistique officielle turque se contente 
de corriger le mal par la phrase: « Une partie de Valaques 
et de Bulgares a été comprise parmi les patriarchistes ». 
Le chiffre des musulmans est enflé, le but de la statistique 
étant de démontrer que la population musulmane possède 
une majorité et que les Bulgares qui aspirent vers une 
autonomie politique sont en minorité. 



*) Les Serbes de la Vieille Serbie faisant partie du vilayet de Kossovo. 
2 ) Y compris les Albanais de la Vieille Serbie et de quelques cazas 
de l'Albanie proprement dite faisant partie du vilayet de Monastir. 



— 176 — 

Vilayet de Salonique. 

Musulmans 485,555 

Patriarchistes 323,227 

Bulgares 217,117 

Total 1,025,899 

Vilayet de Kossovo. 

Musulmans 752,534 

Patriarchistes 13,452 

Valaques et Serbes 169,601 

Bulgares 170,005 

Total 1,105,592 

Vilayet de Monastir. 

Musulmans 260,418 

Patriarchistes 291,283 

Valaques et Serbes 30,116 

Bulgares 188,412 

Total 770,229 

Récapitulation pour les trois vilayeis. 

Musulmans 1,500,507 

Patriarchistes 627,962 

Bulgares 575,734 

Valaques et Serbes 199,717 

Total 2,903,920 

«Dans ce chiffre de 2,903,920 ni les Israélites, ni les 
catholiques ne sont compris, mais le nombre de ceux-ci 
dépasserait le chiffre de 100,000 ». 

Dans son numéro du 29 janvier 1905, le même jour- 
nal « Asr » s'empresse de se rectifier en grossissant le nombre 
des Musulmans. Nous y lisons: «Nous disions que le 
nombre des habitants musulmans de Monastir est de 
260,418, tandis que ce chiffre s'élève à 460,418; dans 



— 177 — 

ce cas, c'est comme ci-après que la statistique doit être 

comprise : 

Musulmans 1,700,507 

Patriarchistes 627,962 

Bulgares 575,734 

Valaques et Serbes 199,717 

Total 3, 103,902 

D'après ce chiffre, le pourcentage doit être calculé 
comme suit: 

Musulmans 55 % 

Patriarchistes 20,20 % 

Bulgares 18,80 % 

Valaques et Serbes 6 % 

Total 100 %» 

12. Les vilayets de Salonique, Monastir et Kossovo, 

Statistique officielle turque de Hilmi Pacha, 1905. 

Un recensement officiel turc a été exécuté en 1905 
d'après les ordres de l'inspecteur général de Macédoine, 
Hilmi Pacha. Les chiffres globaux de cette statistique, 
restée non publiée, ont été dictés à M. René Pinon par 
l'Inspecteur général lui-même (René Pinon, L'Europe et 
l'empire ottoman. 7 e éd. Paris 1913, p. 143 à 144). Quoi- 
qu'un peu plus complète que la statistique publiée dans 
le « Asr », celle de Hilmi Pacha n'en est pas moins fautive 
en ce qui concerne la répartition de la population par 
nationalité : 

Vilayet de Kossovo *). 

Patriarchistes 164,476 

Exarchistes 184,912 

A reporter 349,388 



A ) Nous omettons les chiffres se rapportant aux provinces hors de 
la Macédoine. 

12 



— 178 — 

Report 349,388 
Patriarchiste et exarchistes 

du sandjak de Prizrend 

(Les exarchistes sont 

principalement à Kalkan- 

delen, c.-à-d. Tétovo) . . . 8,108 

Catholiques 3,300 

Israélites 2,639 

Musulmans 420,388 

Total 783,824 

Vilayet de Monastir. 

Patriarchistes grecs 272,586 

Auxquels il faut ajouter (comp- 
tés d'après l'ancien recen- 
sement) 37, 173 

Patriarchistes roumanisants . . 11,301 

Patriarchistes serbes 8,461 

Exarchistes 178,527 

Incertains entre exarchistes et 
patriarchistes, dont la plupart 

sont des Serbes 11,722 

Israélites 7,692 

Musulmans 509,307 

Total 1,036,769 

Vilayet de Salonique. 

Patriarchistes 311,982 

Patriarchistes valaques 22,377 

Exarchistes 244,723 

Arméniens 639 

Arméniens catholiques 55 

Catholiques (latins) 113 

Catholiques grecs 2,000 

A reporter 581,889 



— 179 — 

Report 581,889 

Catholiques bulgares 845 

Israélites (surtout dans la ville 

de Salonique) 52,645 

Musulmans 531,645 

Total 1,166,830 



13. La Macédoine méridionale. 

Statistique roumaine de Noe pour Vannée 1905. 

Cette statistique est insérée dans l'ouvrage de Const. 
Noe, secrétaire de la Société macédo-roumaine de Buca- 
rest: «Les Roumains koutzo-valaques », Bucarest 1913, 
p. 44 à 46. L'auteur grossit démesurément le nombre de 
ses compatriotes, au détriment des Bulgares et des Grecs. 

Musulmans (Turcs, Albanais et 

autres) 1,030,420 

Bulgares chrétiens 512,000 

Grecs 193,000 

Valaques 350,000 

Albanais chrétiens 25,000 

Serbes et serbisants 21,700 

Juifs 65,600 

Divers 2,807 

Total 2,200,527 



14. La Macédoine. 

Statistique allemande de R. von Mach, 1906. 

Richard von Mach, qui a vécu longtemps en Orient 
et qui connaissait les langues balkaniques, publia en 1906 
son ouvrage «Der Machtbereich des bulgarischen Exarchats 
in der Turkei », Leipzig-Neuchâtel, avec des tableaux 
statistiques de la population chrétienne en Macédoine. 



180 



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181 



15. Les vilayets de Salonique et de Monastir. 

Statistique grecque de Chalkiopoulos, 1913. 

A. Chalkiopoulos, secrétaire du consulat de Grèce à 
Scopié, dans sa statistique publiée dans le journal a'AOijvae», 
numéros de mars et avril 1913, répartit les populations 
macédoniennes des vilayets de Salonique et de Monastir 
suivant leur confession. Les Bulgares, les Albanais et les 
Valaques, placés sous la juridiction spirituelle du Patriar- 
cat grec, sont considérés comme des Grecs; de même les 
Bulgares et les Albanais mahométans ne figurent que sous 
la rubrique des Musulmans. Il y a même des « Catholiques», 
compris comme nationalité: 

Musulmans 618,147 

Grecs orthodoxes 660,915 

Bulgares schismatiques 313,270 

Roumanisants 8,500 

Serbisants 4,000 

Catholiques 2,400 

Juifs 88,000 

Russes (au Mont Athos) 3,615 

Divers 6,052 

Total 1,704,899 

16. Le Diocèse de Serrés. 

Renseignements officiels grecs de 1913 et 1915. 

Sur la demande du Ministère des affaires étrangères 
à Athènes, l'archevêque grec de Serrés présenta une liste 
des villages bulgares de son diocèse faisant partie, après 
1913, du royaume de Grèce. L'original de cette liste, 
daté du 13 juillet 1915, s'est trouvé aux archives de l'arche- 
vêché de Serrés (Cf. Ghéorghieff et Chichkoff. Les Bul- 
gares dans la plaine de Serrés, page 58). En voici le texte 
grec avec la traduction en regard: 



— 182 — 



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A/ Kaâapœç Boulyapbipwva 
yjwpia 'EÇap%exà, fjroe pu] àva- 
yvœpi^ovza ztjv '/. MiqzpàTzoXcv, 
rjaav npb zijç xazaÀfaecoS bnb 
'EÀÀyvexov ozpazov zà éfzfs* 



1. Apdvofta 

2. MoiïxÀev 

3. Adxxoç 

4. Aouztt 

5. Pa%o)[iïzça 
. 6. Mndvczaa 

7. "Aveu 0pd<jztavq 

8. Kdza) (Ppdaztavq 

9. Mepzdzc 

10. Mezô^eov 

11. *Jvû> Bpovzou 

12. Auftta 

13. Xpcazàç, 

14. KaÀévâpa 

15. /eviy Airoe 

16. KapazÇâ Kcoï 

17. f, J^° ^%«>*a 

18. '^vras 

19. K£-Ilexeoi 

20. revr}-Ma%aXà 

21. KoùvzeXc 

22. Bedix-MaxaXâ 

23. Bipz&avi 

24. KeotoXix 

25. TooozocovXix 



Etendue du diocèse de 
Serrés. 

I. Les villages bulgaro- 
phones purs, c'est-à-dire les 
villages qui ne reconais- 
saient pas le saint arche- 
vêché, avant l'occupation 
par l'armée hellénique, étai- 
ent les suivants: 

1. Drianovo 1 ) 

2. Mâklen 

3. Lacos 

4. Doutlia 

5. Rakhovitsa 

6. Banitsa 

7. Gorno Frachtani 

8. Dolno Frachtani 

9. Mertatovo 
10. Métokh 

II. Gorno Brodi 

12. Koula 

13. Khristos 

14. Kalendra 

15. Yeni-Keuy 

16. Karadja-Keuy 

17. Ago-Makhala 

18. Adata 

19. Kiz-Pékessi 

20. Yeni-Makhala 

21. Goudéli* 

22. Beylik-Makhala 

23. Virginia 

24. Kechichlik 

25. Tchoutchouligovo 



J ) La transcription est donnée d'après la prononciation du pays. 



— 183 — 



26. Zaxdupzaa 

27. Ilèpau KapazÇâ Kcoï 

B '. Boulyapbipùiva ptcxzà %a)- 
pia eu oïç xazwxouu %peozeauol, èx 
za>u bnoiwu Tcuèç fxkv àueyud)pcC,ou 
ttjv 7. MrjzpoTtoXcv rcueç de ztju 
"EÇapyiav 

28. Upbautx 

29. "EÀaeavq 

30. Maxêae 

31. 'OapauÀTJ KaprjÀa 

r\ BouXfap6(po)va àfiqr) iza- 
zpeap%txà yoipia, rpot àuayuwpi- 
Çpuza jubuou ztju *hp. Mrppbitohv 

32. KafiaxÀjj 

33. Biaaceu 

34. MehuxhÇ, 

35. ^Xpcoztàu Kaprjla 

36. XopLoudoç 

37. v 0phaxo 

38. Pdfiua 

39. Mépreu 

40. "Ancdcèç 

2r)p.. Mezà ttju xazdX^tu zt)ç 
%wpaç bnb zoiï c EÀÀ7jucxou az pareil) 
ànauza zà àucozépa) yoipia aua- 
fuwpiZouacu ztju Y. Mqzpbnohu. 

'EuZèfôatç, TYj Wloutiou 1915. 
'0 2èpp(hu ^AnbaroXoç. 



26. Siakavtché* 

27. Dolno-Karadjovo* 

IL Villages bulgarophones 
mixtes habités par des chré- 
tiens dont les uns reconnais- 
saient le saint archevêché et 
les autres l'exarchat: 

28. Prossénik 

29. Elchani 

30. Makech* 

31. Gorna-Kamila 

III. Villages bulgaro- 
phones patriarchistes purs, 
c'est-à-dire ne reconnaissant 
que le saint archevêché: 

32. Kavakli 

33. Vichène 

34. Melnikitch 

35. Dolna-Kamila 

36. Khomondos 

37. Orliak* 

38. Ravna* 

39. Mérian* 

40. Apidia* 

Note. Après l'occupation 
du pays par l'armée hellé- 
nique, tous les villages ci- 
dessus reconnaissaient le 
saint archevêché. 

Serrés, le 13 juillet (v. s.) 

1915. 

Apostolos, 

métropolite de Serrés. 



*) Les villages marqués d'un 
Strouma. 



astérisque sont situés à l'ouest de la 



— 184 — 

* 
Le 29 octobre (v. s.) 1915, l'archevêché de Serrés 

s'adressa à la Préfecture de Serrés avec prière d'accumuler 

les arrérages de l'impôt d'évêque dans quelques villages 

bulgares, pour les années 1913 et 1914. Dans cette liste 

figurent encore quatre villages bulgares non mentionnés 

dans la liste précédente, à savoir: 



41. KapXrj Kcoï 

42. Kaxapdaxa 

43. NeoXeaviQ 

44. 'Ahjfjuteq Kcoï 



41. Karly-Keu 

42. Kakaraska 

43. Névoliani 

44. Ali-Bey-Keuy 



Par conséquent, l'autorité spirituelle grecque recon- 
naît par les deux listes ci-dessus que le diocèse de Serrés 
renfermait en 1915 quarante-quatre (44) villages bulgares, 
parlant le bulgare, dont 8 à l'ouest de la Strouma et 36 
à l'est de cette rivière. 

Quant aux villages grecs du même diocèse à l'est de 
la Strouma, c'est-à-dire dans la région de la Macédoine 
orientale, ils sont au nombre de cinq, notamment: Vez- 
nikovo, Dovichta, Topoliani, Sarmoussakly, Soubach- 
Keuy. 

En d'autres mots, la population rurale du diocèse 
de Serrés à l'est de la Strouma est exclusivement bul- 
gare, à l'exception de deux ou trois villages turcs, déjà 
migres en 1912, et de cinq villages grecs. 



17. La Macédoine géographique. 

Statistique tchèque de Sis, 1912 — 1917. 

Le Tchèque Vladimir Sis, qui a vécu dans les pays 
des Balkans, connu leurs langues et fait un long séjour 
en Macédoine, publia en 1918 à Zurich un ouvrage bien 
documenté sur cette dernière province : « Mazedonien ». 
Voici ses chiffres pour les années 1912 et 1917 (p. 87 à ^): 



— 185 — 

Pour Tannée 1912: 

, [ chrétiens . . 896,982 1 . A/ir , Aio 

Bul ^ areS | mahométans 150^32 l 1 ' 047 ' 012 

Turcs 520,845 

Grecs 204,367 

Albanais 184,300 

Valaques 67,865 

Tsiganes 43,100 

Divers (Juifs, Circassiens, etc.) 106,360 

Total en Macédoine 2,173,849 



Pour Tannée 1917: 

Bulgares 996,890 

Turcs 480,900 

Grecs 333,360 

Albanais 130,000 

Valaques 58,000 

Tsiganes 43,370 

Divers 106,360 

Total en Macédoine 2,148,880 



18. La Macédoine géographique. 

Statistique américaine de la «Geographical Society» à New-York, 

1917. 

Dans l'ouvrage capital de Léon Dominian: «The 
frontiers of Language and Nationality in Europe. Pu- 
blished for the American Geographical Society of New 
York», 1917, nous lisons à la page 205: 

«Les habitants chrétiens de la Macédoine peuvent 
être divisés en quatre groupes, d'après leur langue mater- 
nelle : 



186 — 

Bulgares 1,172,136 ou 81,5% 

Grecs 190,047 ou 13,22 % 

Valaques 63,895 ou 4,44 % 

Albanais..... 12,006 ou 0,84% 



de la population 

totale 

chrétienne 



19. La Macédoine géographique. 

Statistique de l'auteur de cet ouvrage pour 1912. 

Notre tableau statistique est collationné d'après les 
renseignements détaillés des communautés bulgares et 
grecques, les statistiques électorales turques et les véri- 
fications faites par nous lors de nos multiples voyages à 
travers la Macédoine. Dans cette statistique, la Macé- 
doine est comprise dans ses limites géographiques (v. p. 9 et 
suiv.), avec 51 cazas (districts) et 2 nahiés (cantons) faisant 
partie des cazas de Kortcha et de Serf id je. Les Bulgares, 
les Grecs, les Valaques et les Albanais mahométans sont 
comptés parmi leurs conationaux de race et de langue 
maternelle et non comme des Turcs. Par suite des guerres 
dont la Macédoine a été le théâtre de 1912 à 1918, cer- 
taines populations ont eu à subir de ce fait des pertes 
et des émigrations considérables au point de vue numé- 
rique. Les diminutions affectent surtout les Turcs, les 
Albanais et en partie les Bulgares. La statistique ci-dessous 
expose donc la situation ante bellum 1912: 

Bulgares 1,103,111 

Turcs 548,225 

Grecs 267,862 

Valaques 79,401 

Albanais 194,195 

Tsiganes 43,370 

Divers 106,360 

Total en Macédoine 2,342,524 



ou dans les détails: 



187 



Cazas (Districts) 



Bulgares 



Turcs 



Grecs 



Valapes 



Albanais 



Tsiganes 



Divers 



TOTAL 



1. Solonique 

2. Lagadina 

3. Cassandra 

4. Mont Athos 

5. Koukouch 

6. Doïran 

7. Ghevghéli 

8. Enidjé-Vardar . . . 

9. Verria 

10. Katérina 

11. Vodéna 

12. Sabotsko 

13. Tikvech 

14. Stroumitsa 

15. Petritch 

16. Melnik 

17. Serrés 

18. Démir-Hissar .... 

19. Zikhna 

20. Drama 

21. Cavalla 

22. Pravichta 

23. Sary-Chaban 

24. Nevrokop 

25. Gorna-Djoumaia . 

26. Razlog 

27. Skoplé 

28. Préchovo 

29. Koumanovo 

30. Kriva-Palanka . . 

31. Kratovo 

32. Kotchani 

33. Maléchévo 

34. Chtip 

35. Radovich 

36. Vélès 

37. Tétovo 

38. Gostivar 

39. Monastir 

40. Prilep 

41. Okhrida 

42. Dèbre 

43. Réka 

44. Kitchévo 

45. Florina 

46. Ressen 

47. Castoria 

48. Bilichta (partie du 
caza de Kortcha) . 

49. Anassélitsa 

50. Kailaré 

51. Kojani 

52. Grébéna 

53. Serfidjé 14 



27,500 


28,000 


8,300 


19,500 


— 


3,500 


1,430 


— 


18,236 


18,000 


9,500 


19,900 


20,300 


14,200 


19,950 


12,500 


7,250 


6,280 


— 


2,000 


15,200 


7,200 


29,500 


1,600 


42,500 


1,850 


18,500 


14,200 


22,700 


14,000 


17,500 


6,150 


28,250 


26,600 


22,100 


17,160 


12,000 


6,500 


14,500 


37,500 


5,520 


14,000 


600 


11,160 


115 


20,000 


67,000 


12,000 


25,500 


3,300 


32,300 


— 


49,600 


20,765 


28,000 


— 


33,430 


6,400 


24,250 


2,700 


19,515 


3,850 


18,700 


14,620 


24,350 


700 


19,150 


27,300 


9,050 


12,560 


30,300 


10,160 


22,640 


13,750 


10,300 


7,135 


70,550 


13,250 


50,100 


7,950 


40,400 


5,000 


21.550 


4,500 


17,835 


— 


32,100 


45 


36,320 


13,150 


22,000 


1,750 


41,250 


7,530 


6,890 


— 


1,100 


— 


7,480 


36,740 


— 


20,270 


— 


500 


— 


500 


1,103,111 


548,225 



31,000 
8,900 

33,000 
4,330 



15 
12 

15,000 
14,000 



40 

2,310 

28,410 

215 

13,400 

6,700 

14,000 

10,600 

30 

720 

200 

220 

55 



90 
30 



170 
55 



2,000 
50 

300 
60 

9,200 
1,000 
8,500 
1,500 
1,350 
25 



50 

1,620 

2,480 

1,730 

375 

1,600 

1,250 

50 

30 

1,020 

780 

800 

356 

130 

55 
1,160 

120 

15 

300 

25 

35 

19,500 

115 

1,750 



110 
30 3,860 
740 
12,035 5,150 



31,000 

3,800 

15,490 

18,000 

4,000 



267,862 



180 

500 

30 

9,000 
500 



79,401 



2,500 



30 

80 

500 

20 
15 



10 

35 

40 



55 

40 

600 

13,240 

20,000 

9,300 



30 



5,100 

27,230 

16,000 

14,400 

8,400 

8,000 

33,375 

7,100 

7,800 

5,155 

2,025 

6,515 

6,400 



200 



194,195 



2,500 
150 



500 

750 

620 

1,500 

1,900 

800 

920 

100 

1,800 

700 

1.290 

5,960 

715 

420 

3,000 

2,300 

470 

270 

1,305 

770 

2,800 

1,600 
380 
210 
860 
450 
630 
190 
500 
320 
400 
860 

1,120 
570 

1,050 

565 
725 
400 
320 



380 
300 



67,500! 
200 

4,140 a 

50 
350 

850 3 



900 
800* 
1,1 00 6 

2,240 6 
590 

3,360' 
980 

2,850 8 



115 
215 

7,500» 

1,055 10 



150 
850 
1,950" 
100 
520 
10 

6,500 u 
5 



15 

190 

1,270 13 



43,370 



106,360 



161,000 
37,100 
36,500 
10,200 
36,796 
30,200 
44,715 
35,042 
40,280 
17,500 
24,570 
32,060 
45,350 
35,340 
38,550 
28,870 
93,950 
42,510 
36,090 
64,320 
39,920 
22,880 
20,445 
82,215 
30,805 
33,700 
94,481 
48,000 
51,970 
27,330 
23,630 
35,610 
26,350 
49,180 
21,915 
46.880 
63^80 
33,870 

125,230 
67,745 
55,720 
60,480 
24,935 
40,635 
59,430 
26,915 
74,070 

13,470 
32,600 
48,430 
35,760 
28,000 
5,000 



2,342,524 



1 Dont 64,000 Juifs. — 2 Dont 4042 Russes, 80 Géorgiens, 18 Serbes. — 3 Dont 820 Juifs, 
— * Juifs. — 6 Bosniaques mahométans. — 6 Juifs et Circassiens. — ' Gagaouses. — 8 La 
plupart Juifs. — 9 Juifs, Serbes> Bosniaques mahométans. — 10 Bosniaques. — u Bos- 
niaques. — 12 La plupart Juifs. — 13 La plupart Juifs. — " La partie entrant dans la 
Macédoine géographique. 



VIL 

Les points de vue 
des peuples balkaniques sur la question 

macédonienne. 

Il y a plus d'un siècle déjà que la diplomatie inter- 
nationale est tenue en haleine par le problème du proche 
Orient, source intarissable de malheurs pour les peuples 
des Balkans ainsi que pour ceux de l'Asie Mineure et qui 
fut une des causes principales de la guerre mondiale qui 
vient de se terminer. Néanmoins, la question n'est équi- 
tablement qu'à moitié résolue; on pourrait même dire 
qu'elle est plus embrouillée que jamais, ce qui ne présage 
guère pas l'ère prochaine de tranquillité et de paix durable, 
tant désirée. 

Le problème d'Orient a surgi de deux raisons prin- 
cipales: premièrement, la rivalité de certaines Grandes 
Puissances, telles que la Russie, l'Autriche-Hongrie, l'Alle- 
magne, l'Angleterre, qui toutes tendaient à mettre la main 
sur une partie de la péninsule balkanique, soit remplacer 
le joug cinq fois séculaire des Turcs par le leur, ou bien 
à s'assurer une voie sûre pour leurs intérêts politiques et 
économiques; deuxièmement, les légitimes aspirations des 
peuples balkaniques à l'obtention de la liberté nationale 
et politique, à laquelle ils ont un droit sacré. La disparition 
d'une de ces Puissances (l'Autriche-Hongrie) et la neutra- 
lisation des Détroits, écarteront l'un des principaux ob- 
stacles qui s'opposaient à la solution du problème d'Orient. 
Il reste donc à résoudre les questions locales, balkaniques, 



189 — 

c'est-à-dire les questions albanaise, macédonienne, thra- 
cienne, etc., car certaines résolutions prises par le vain- 
queur au détriment d'autrui sont chancelantes et ne peu- 
vent qu'engendrer de redoutables conflits et de nouveaux 
malheurs. 

Pour cela, il faut d'abord préciser les droits des peuples 
balkaniques et, ensuite, procéder à la fixation des frontières 
de leurs Etats ou de leurs confédérations d'Etats, ce qui 
fera renaître le calme politique et permettra aux peuples 
leur développement social, économique et moral. 

La solution actuelle de la question macédonienne 
étant basée sur la force et non sur les droits et la volonté 
des peuples qui habitent la Macédoine, nous estimons qu'il 
est de notre devoir impérieux d'attirer sur cette question 
la bienveillante attention de la Société des nations, des 
hommes d'Etat et de tous ceux dont les nobles efforts 
tendent à donner à l'humanité souffrante plus de liberté, 
de bonheur et de prospérité. 

Les points de vue des peuples balkaniques, intéressés 
à un règlement équitable de la question macédonienne, 
diffèrent sensiblement les uns des autres. Nous en donnons 
ci-après un exposé suivi de nos considérations critiques. 

La thèse grecque. 

Comme on le sait, l'idée de nationalité envisagée 
comme doctrine politique est d'origine récente; elle remonte 
à la Révolution française. La notion de nationalité a été 
formulée à une époque plus près de nous encore: elle a 
été exprimée pour la première fois dans le célèbre discours 
du professeur de droit international de Turin, Pascal 
Mancini. Malgré le fait que depuis cette époque la litté- 
rature sur cette question s'est considérablement enrichie, 
la définition de Mancini, qui date de 1851, a conservé 
jusqu'aujourd'hui son importance et a acquis, du moins 
dans ses lignes générales la valeur d'un axiome politico- 



— 190 — 

social. La voici : « La nation est une société naturelle 
humaine, basée sur l'unité de territoire, d'origine, de mœurs 
et de langue, qui se manifeste dans une communion par- 
faite de vie et de conscience sociales ». Les chercheurs 
modernes du problème des nationalités, tels p. ex. Ramsay 
Muir, professeur à l'université de Manchester, donnent à 
peu près la même définition de la nation et des éléments 
qui la composent: l'unité géographique, la race, la langue, 
la religion, les coutumes, les traditions, les intérêts éco- 
nomiques et les aspirations communes. Plus ces éléments 
sont manifestes chez telle nationalité, plus le sentiment 
national est prépondérant. 

Ce critère vient d'être consacré par le Traité de paix 
avec l'Autriche et signé à St- Germain par les représentants 
des Etats alliés et associés, le 10 septembre 1919. En effet, 
les articles 51 et 60 de ce traité stipulent que les minorités 
ethniques, c'est-à-dire celles « qui diffèrent de la majorité 
de la population par la race, la langue ou la religion » 
devront être protégées par des dispositions que ces puis- 
sances jugeront nécessaires. 

Alors que cette conception de l'idée de nation s'est 
répandue partout, seuls parmi les peuples européens, les 
Grecs considèrent la religion comme le facteur principal 
pour ne pas dire unique, qui détermine la nationalité. 
Ils sont d'accord sur ce point avec les Turcs pour qui la 
religion est le seul élément constitutif de la nationalité. 

La conception grecque est en honneur non seulement 
dans les milieux politiques grecs, mais aussi dans les mi- 
lieux lettrés et dans le public. Aux yeux des Grecs, est 
Grec tout chrétien orthodoxe qui se trouve sous la juri- 
diction directe du patriarche de Constantinople, qui fré- 
quente une église ou une école grecque. Cette étrange con- 
ception de l'idée de nationalité a trouvé sa consécration 
dans la première constitution grecque de 1822, dont l'ar- 
ticle 2 est ainsi conçu : « Tous les habitants de la Grèce 
qui croient en Jésus-Christ sont des Hellènes ». 



— 191 — 

Le clergé grec emboîtait le pas sur le gouvernement 
grec; il considérait comme Hellènes les populations bal- 
kaniques qui lui étaient immédiatement soumises, quelle 
que fût la race à laquelle elles appartenaient et quelle que 
fût leur langue. Reconnaissant cependant la force de ces 
deux éléments (la race et la langue), le clergé grec entreprit 
de semer la haine contre toute langue non-grecque de ses 
ouailles. L'invitation en vers que lança le pope Daniel 
à la population de Macédoine au début du siècle dernier 
est typique à cet égard. Elle débute ainsi: «Albanais, 
Valaques, Bulgares et vous peuples parlant d'autres 
langues, réjouissez-vous et apprêtez- vous tous à devenir 
Grecs. Délaissez votre langue et vos mœurs barbares, 
délaissez-les si complètement qu'elles puissent paraître 
un jour à vos descendants comme une fable! » 1 ) Cet appel 
devint au XIX e siècle le credo de la « grande idée » grecque 
qui, entre autres, avait pour but de fortifier l'hellénisme 
chez les populations de Macédoine et de Thrace et de la 
propager parmi les peuples hétérogènes de ces deux pro- 
vinces, ainsi que des provinces voisines, qui constitueraient 
un jour la Grande Grèce. En d'autres termes, la dénatio- 
nalisation des Bulgares, Albanais, Koutso- Valaques, vivant 
dans les provinces méridionales de la péninsule balkanique, 
devint la préoccupation principale de l'hellénisme. 

Le Patriarcat grec abondait dans le même sens. Sous 
prétexte que l'Eglise du Christ est une et que son chef 
est le patriarche grec, ce dernier alla jusqu'à déclarer qu'il 
ne saurait reconnaître d'autres religions nationales. Ainsi, 
lorsqu'en 1870 les Bulgares se constituèrent en Eglise 
autonome avec leur clergé et leur langue propres, comme 
ce fut le cas de bien d'autres peuples, les Grecs convo- 
quèrent en 1872 à Constantinople, un Concile œcuménique 
qui excommunia les Bulgares et qui, dans l'article 1 er for- 
mula cette sentence : « Nous blâmons, condamnons et dé- 



*) Eiaaj-coyaij deÔaamiïa, etc. 1802, préface. 



— 192 — 

clarons contraire à l'enseignement de l'Evangile et aux 
canons sacrés des heureux Pères l'ethnophylétisme, soit 
les distinctions de races et les discussions nationales dans 
le sein de l'Eglise du Christ ». Les Grecs ne voulaient pas 
de distinctions de races afin de pouvoir instaurer la domi- 
nation de la race hellénique sur les autres races : bulgare, 
albanaise et koutso-valaque. 

La littérature ethnographique et les statistiques grecques 
de nos jours adoptèrent le même point de vue. Bulgares, 
Koutso-Valaques, Albanais et Gagaouzes de Macédoine 
et de Thrace, se trouvant sous l'autorité spirituelle grecque, 
sont classés comme « Hellènes » et rangés à côté de la race 
grecque dans les statistiques. Alors que ces allogènes 
étaient appelés par les voyageurs de l'Europe occidentale 
« Patriarchistes », chez des Grecs, ils passent pour « Hel- 
lènes » ou bien, d'après leur terminologie, pour des « Hel- 
lènes bulgarophones », « Hellènes albanophones », « Hel- 
lènes valaquophones ». Cette distribution est celle de la 
dernière statistique grecque, la plus détaillée sur la Macé- 
doine, celle de l'ancien secrétaire du Consulat de Grèce 
de Scopié, M. A. Chalkiopoulos 1 ). Afin d'augmenter le 
nombre des Grecs de Macédoine, l'auteur de la statistique 
n'a pas hésité à faire entrer dans le giron de l'hellénisme 
les Tsiganes qui reconnaissent le patriarche comme leur 
chef spirituel. Ces Tsiganes sont dénommés dans la susdite 
statistique « Hellènes d'origine tsigane ». Cette manière 
orientale de comprendre la nationalité est partagée aussi 
par la presse grecque. Le journal grec « Néa Iméra », du 
1 er novembre 1914, déclarait avec suffisance qu'en Macé- 
doine il n'y a pas de Bulgares, et que ceux qui parlent 
cette langue étaient Grecs parce qu'ils se trouvaient sous 
le pouvoir du patriarche grec: « Il n'y a pas, ajoutait-il, 
de plus purs Grecs que les patriarchistes bulgarophones! » 

Enfin, le président du Conseil grec, Vénizélos lui- 
même, dans son exposé des revendications grecques devant 

a ) V. plus haut, p. 181. 



— 193 — 

la Conférence de Paris, déclarait, entre autres, que le seul 
critère de la nationalité est la conscience nationale, non 
pas la race ou la langue. Dans cet ordre d'idées, il s'est 
empressé de citer les noms de quelques personnages d'ori- 
gine albanaise, qui ont joué un certain rôle dans la vie de 
la Grèce moderne, tels : le vice-président actuel du Conseil 
des ministres de Grèce, M. Répoulis; le commandant en 
chef de l'armée hellénique, général Danglis; le commandant 
en chef des forces navales, amiral Coundouriotis, ainsi que 
la majorité des équipages de la flotte grecque, ont l'al- 
banais pour langue maternelle. 

L'exposé qui suit nous montrera cependant si la thèse 
grecque sur la notion de nationalité est juste et jusqu'à 
quel point les «Hellènes bulgarophones », ou «patriarchistes 
parlant le bulgare » ainsi qu'on les nomme, sont Grecs. 

1° — Les patriarchistes bulgarophones qui, à la veille 
des guerres balkaniques de 1912 habitaient les parties 
plus ou moins grandes sur la ligne qui va de Castoria jus- 
qu'à Derkos près Constantinople, sont de pure origine 
bulgare et n'ont rien de commun avec la race grecque. Ils 
se sont établis sur cette zone déjà au moyen âge et y sont 
demeurés jusqu'aujourd'hui. Nous mentionnerons deux ou 
trois seulement des anciens et innombrables témoignages 
grecs. Ainsi, dans les « Actes de St. Démétrius de 
Salonique », où sont narrés en détail les événements du 
VII e siècle et la grande immigration slave en Macédoine 
méridionale, il est dit que la ville de Salonique était entou- 
rée, à cette époque déjà, au nord, à l'est et à l'ouest, de 
tribus slaves 1 ). La chronique grecque du monastère 
Castamonite au Mont Athos, relatant les événements du 
VIII e siècle, ajoute: «Pendant le règne des empereurs 
impies, les iconoclastes, les peuples des confins danubiens, 
les Rynchiniens et les Sagoudates ainsi nommés, profitant 
de l'anarchie des temps, après avoir occupé la Bulgarie 
et s'être étendus peu à peu dans différentes directions, 

J ) Tougard, De l'histoire profane. Paris 1874, p. 148, 150 et passim. 

13 



— 194 — 

conquirent la Macédoine. Enfin, ils vinrent à la sainte 
montagne d'Athos avec leurs familles, n'ayant rencontré 
aucune résistance. Quelque temps après, on leur enseigna 
l'Evangile, ils y crurent et devinrent chrétiens fer- 
vents » 1 ). Jean Cameniate, Salonicien, en sa qualité de 
contemporain, en 904, affirme qu'à cette époque la Macé- 
doine du sud, depuis Verria jusqu'à la Strouma, était 
peuplée de tribus slavo-bulgares, les Sagoudates, les Drou- 
gouvites, les Strymoniens 2 ). Théophylacte, archevêque 
d'Okhrida et écrivain grec de la fin du XI e s., relate comme 
suit l'établissement des Bulgares dans la péninsule bal- 
kanique: «Les Bulgares vinrent des confins de la Scytie. . . . 
Ils occupèrent toute l'Illyrie, l'ancienne Macédoine jusqu'à 
Salonique et une partie de la Thrace, notamment les 
environs de Berrœa, Philippopoli et les régions mon- 
tagneuses adjacentes, et s'y établirent en vrais citoyens» 3 ). 
Mille ans plus tard, les premiers explorateurs étran- 
gers de ces parages y trouvaient les descendants de ces 
mêmes Bulgares. E. M. Cousinéry, consul général de France 
à Salonique au commencement du XIX e s., qui connaissait 
bien la Macédoine méridionale pour l'avoir parcourue dans 
tous les sens, relate, entre autres, au sujet de la plaine 
de Salonique : « Colakia . . . grand village entièrement 
peuplé de Grecs, qui paraissent y avoir toujours résidé, 
malgré la domination des Bulgares, dont ils sont entourés 
dans toute l'étendue de la plaine » 4 ). De la région de Vo- 
déna il dit: « Diocèse peuplé entièrement de Bulgares. . . 
Tous les archevêques qui se succèdent à Vodéna, quoique 
Grecs de nationalité, sont dans l'obligation d'apprendre 
la langue bulgare; leur diocèse se compose de plus de cent 
villages, dont les habitants ne parlent que cette langue » 5 ). 



1 ) V. plus haut, p. 40. 

2 ) J. Cameniata, De excidio Thessalonicensi : Ed. Bonnae, p. 495, 
496, 514. 

3 ) V. plus haut, p. 46. 

4 ) Voyage en Macédoine. Paris 1831, vol. I, p. 6t. 
6 ) Ibidem, p. 77. 



— 195 — 

Et, de la plaine de Serrés: «A compter du X e s. presque 
toute la plaine que parcourt le Strymon et toute la côte 
du mont Cercine furent occupées, comme elles le sont 
encore aujourd'hui, par des Bulgares » 1 ). 

2° — Bulgares d'origine, les Bulgares patriarchistes 
appartiennent à la nationalité bulgare par leur langue, 
leurs traditions, leur folklore, leurs costumes et leurs senti- 
ments. Les écrivains grecs contemporains, la presse 
grecque en témoignent aussi tant qu'ils ne partagent pas 
la manière de voir générale grecque sur la question; ces 
témoignages sont particulièrement précieux si l'on s'adresse 
aux documents secrets grecs qui, ces derniers temps, ont 
été livrés à la publicité. Dans cet ordre d'idées, nous 
donnerons, en premier lieu, quelques extraits des témoi- 
gnages de l'historien grec P. Aravantinos sur quelques- 
unes des villes macédonniennes et leurs provinces : « Péla- 
gonie, ancienne ville et région en Macédoine. Dans cette 
contrée la ville nouvelle de Bytolia, appelée encore Monas- 
tir est peuplée de 20,000 habitants . . . Ses habitants 
chrétiens parlent principalement la langue bulgare ». — 
« Stroumitsa. Ville de Macédoine. . . peuplée aujourd'hui 
de 2000 habitants de race bulgare, avec métropolite, autre- 
fois évêquesous la dépendance de l'archevêque d'Okhrida ». 
— «Tikvech. Ville et diocèse en Macédoine. La ville et 
le diocèse sont peuplés de Bulgares sous la juridiction spi- 
rituelle du métropolite de Vélès ». — « Prilep, ville de 
Macédoine... De nos jours, sa population est de 1200 
familles, mahométanes et chrétiennes; les dernières sont 
de race bulgare et valaque ». — « Niagousta. Ville nou- 
velle en Macédoine, avec une population de 200 familles 
de race bulgare, sous la dépendance administrative de 
Salonique ». — « Kustendil. District et ville de Macédoine 
avec population bulgare; siège du métropolite», etc. 2 ). 



*) Ibidem, p. 53. 

2 ) V. plus haut, p. 34. 



— 196 — 

Dans l'ouvrage de M. Gédéon, secrétaire du Patriarcat 
grec, sur le différend gréco-bulgare 1 ), il est affirmé que la 
majorité de la population chrétienne des diocèses de Serrés, 
Drama et Melnik est bulgare. Au sujet des élèves du cou- 
vent de St-Jean le Précurseur à Serrés, en 1872, il est 
dit: « Ils sont pour la plupart des Bulgares provenant des 
villages des trois diocèses susmentionnés, notamment de 
Drama, de Serrés et de Melnik ». Les pères du couvent 
« eux aussi », y est-il ajouté, « sont des Bulgares, un quart 
à peine sont Grecs ». 

Le correspondant du journal grec « Hellas » (n° 10 de 
1913) raconte ce qui suit de la propagande grecque dans 
le grand village bulgare Nestram, district de Cgstoria: 
« Ce qui m'a particulièrement impressionné, ce furent les 
écoles .... Les instituteurs obligent les enfants à apprendre 
des poèmes épiques et leur défendent de parler la langue 
bulgare, leur langue maternelle. C'est ainsi que l'hellé- 
nisme a été sauvé en Macédoine. Dans le village, il y a une 
école de jeunes filles. Les maîtresses en sont très jolies. . .» 

P. Décasos, chef de l'Agriculture auprès du gouverneur 
général grec de Macédoine en 1913, a publié deux livres 
sur la situation agraire et économique de la Macédoine 
grecque. Concernant la population du district de Nia- 
gousta, l'auteur reconnaît qu'elle « se sert habituellement 
de la langue slavo-macédonienne ». Il énumère 17 villages 
du dit district, avec des « Hellènes » de langue slave. 
Malgré sa manière de considérer, à la grecque, les Bulgares 
patriarchistes comme des Hellènes, l'auteur trouve 15,211 
« Bulgares » dans le district de Florina, 7000 Hellènes et 
« Bulgares » dans le district de Vodéna, et 6770 « Bulgares » 
dans le district de Sabatsko (Karadjova). L'auteur re- 
connaît de même que, dans les «villages grecs au sud de 
la plaine de Salonique appelée Roumlouk, la population 



i) M. redeœv, "Eyypaça narpcap-^cxà xat ouvodexà, etc., p. 484,. 
507, 508. 



— 197 

est moins dense que dans les villages du nord, qui sont de 
langue slave » x ). 

Lors des élections de 1915, les Vénizélistes comblaient 
de promesses et de complaisances les électeurs bulgaro- 
phones. Ils s'adressaient à ces « Hellènes » en ces termes : 
« Si vous nous donnez vos suffrages et que Vénizélos arrive 
au pouvoir, nous donnerons à la Bulgarie non seulement 
Serrés, Drama et Cavalla, mais aussi toute la région slavo- 
phone qui s'étend jusqu'à Castoria » 2 ). 

Le publiciste grec, S.-P. Phocas-Cosmetatos, dans son 
livre, récemment paru, « La Macédoine, son passé et son 
présent », Lausanne-Paris, 1919, affirme entre autres: « Le 
traité de Bucarest (1913) a enlevé le vilayet de Monastir 
aux Bulgares . . . Dans le vilayet de Salonique, il y avait 
25 cazas; les Bulgares possédaient la majorité sur les Grecs 
dans les neufs cazas suivants: Doïran, Avret-Hissar, 
Stroumitsa, Tikvech, Petritsi, Mélénikon, Nevrokop, Djou- 
ma-Bala, Raslog ». (p. 38.) 

Sur la demande du Ministère des affaires étrangères 
d'Athènes, le métropolite grec de Serrés, Apostolos, pré- 
senta le 13 juillet 1915 une liste des villages bulgares de 
son diocèse, au nombre de 40. Dans une autre liste du 
29 octobre 1915, adressée à la Préfecture de Serrés, figurent 
encore quatre villages bulgares non mentionnés dans la 
liste précédente. Par conséquent, l'autorité spirituelle 
grecque reconnaissait que le diocèse de Serrés en Macé- 
doine orientale renfermait en 1915 quarante-quatre (44) 
villages bulgares, parlant le bulgare, dont huit à l'ouest 
de la Strouma et 36 à l'est de la même rivière 3 ). 

Quant aux villages grecs du même diocèse à l'est de la 
Strouma, ils sont au nombre de cinq, notamment: Vez- 
nikovo, Dovichta, Topoliani, Sazmoussakly, Soubach- 
Keuy. Dans son rapport du 31 janvier 1909, adressé au 

l ) V. plus haut, p. 35. 

a ) Cf. le journal grec «T6 0côç» du 24 mai 1915. 

3 ) V. plus haut, p. 181 et suiv. 



— 198 — 

Ministère des affaires étrangères d'Athènes, le consul de 
Grèce à Serrés, M. A. Saktouris, constatait la même chose : 
c'est-à-dire que l'élément grec de la ville de Serrés et des 
cinq villages grecs reste isolé, étant entouré de tous côtés 
de villages bulgares 1 ). 

En ce qui concerne le sentiment national de ces villages 
bulgares appelés « hellènes », après leur annexion au 
royaume de Grèce, il suffit de consulter le rapport, sous 
le n° E. P. 75 du 26 mars 1915, adressé par le commandant 
du 18 e régiment grec tenant garnison à Serrés, au com- 
mandant de la 6 e division. On y lit que « les recrues du 
régiment étaient non seulement des bulgarophones mais 
de purs Bulgares, par conviction et dans l'âme, et cela 
à un tel degré qu'il devient extrêmement dangereux. . . . 
Je vous communique, de même, qu'en qualité de comman- 
dant, je ne puis avoir aucune confiance dans les sentiments 
de ces soldats pour le présent aussi bien que pour l'avenir. 
De sorte que des mesures s'imposent. Je vous fais remar- 
quer, qu'à la répartition des recrues dans mon régiment, 
ont été incorporés, si non presque exclusivement du moins 
dans une grande majorité, des Bulgarophones et surtout 
des Bulgares convaincus. Peu nombreux sont ceux qui 
comprennent le grec, même parmi ceux qui prétendent 
le parler ». A la suite d'autres rapports rédigés dans le 
même sens, le commandant de la 6 e division, le général 
Bairas, adressait, le 15 mars 1915 (n° E. P. V. 195) une 
lettre au commandant du 4 e corps d'armée et sollicitait 
« que tous les habitants des villages du littoral du district 
de Serrés soient installés dans l'ancienne Grèce et remplacés 
par des émigrés grecs imbus de véritables idées helléniques 
et ne sachant pas un mot de bulgare ». Le rapport ci-haut 
mentionné, du commandant de la 6 e division, contient de 
même une statistique de la population des villages soumis 
à la circonscription militaire de Serrés. D'après ce relevé, 
le nombre des habitants de langue grecque est de 1199, 

*) J. Ivanoff, La région de Cavalla, p. 73 et suivantes. 



— 199 — 

les Turcs sont au nombre de 1680 et les Bulgares au nombre 
de 14,363 âmes 1 ). 

3° — La conscience nationale des Bulgares patriar- 
chistes est si peu douteuse qu'il suffit qu'ils jouissent d'une 
certaine liberté religieuse pour qu'ils se déclarent Bulgares 
et se rallient à l'Eglise autonome bulgare. 

Jusqu'il y a un siècle, les Bulgares de Macédoine et 
de Thrace, pris dans les filets du clergé, des écoles et des 
églises grecs, passaient, aux yeux de l'étranger, pour 
« Hellènes ». Cependant lorsque commença la renaissance 
nationale bulgare et surtout lorsque fut proclamée la 
liberté des confessions, de langue et de nationalité par le 
Hatti-Chérif de 1839 et le Hatti-Houmaïoun de 1866, 
l'hellénisme des Bulgares s'évanouit sensiblement. Alors 
commença une lutte religieuse intense entre les éléments 
grecs et bulgares qui débuta en 1830 à Scopié, en Macé- 
doine, dura 40 ans et se termina par le triomphe des Bul- 
gares. En 1870, ces derniers se séparèrent et constituèrent 
une Eglise nationale autonome, avec son clergé, ses écoles, 
sa langue scolaire et liturgique propres. 

L'article 10 du firman impérial qui constituait l'Eglise 
indépendante bulgare englobant outre la Bulgarie danu- 
bienne, la plus grande partie de la Thrace, fit aussi entrer 
dans ses frontières deux éparchies macédoniennes: Vélès 
et Kustendil-Chtip. 

En ce qui concerne les autres diocèses macédoniens 
à population mixte, l'alinéa 2 du même article 10 prévoyait 
que ceux où les 2 / 3 de toute la population chrétienne 
sont formés par les Bulgares seront attribués à l'Eglise 
bulgare, s'ils en manifestaient le désir. Pour donner corps 
à ce désir, on choisit le mode du plébiscite, et ce fut là le 
premier cas historique de consultation de la volonté des 
populations balkaniques se trouvant alors sous le joug turc. 



a ) La question bulgare et les Etats balkaniques. Edition du Minis- 
tères des Affaires Etrangères. Sofia 1919, p. 83-84, et fac-similé n° 9. 



— 200 — 

Ce plébiscite historique eut lieu en avril 1872 dans les 
deux diocèses macédoniens, Scopié et Okhrida; ses résultats 
furent écrasants pour l'hellénisme: les habitants de 880 
villes et villages des deux diocèses se proclamèrent de 
nationalité bulgare et affirmèrent leur ferme volonté d'être 
incorporés à l'Eglise bulgare 1 ). 

Lorsque en 1870, on accorda à la population macé- 
donienne bulgare le droit d'autodisposition, elle commença 
petit à petit à s'affranchir du clergé grec, de ses écoles 
et de ses églises. En 1912, à la veille de la guerre bal- 
kanique, au moment où prit fin le joug cinq fois sécu- 
laire des Turcs en Macédoine, les Bulgares y avaient gagné 
les sept éparchies suivantes avec des métropolites et des 
prêtres bulgares, des écoles et des églises nationales : Vélès, 
Scopié, Okhrida, Monastir, Dèbre, Stroumitsa, Nevrokop. 
Dans les autres sept éparchies: Vodéna, Koukouch, Flo- 
rina, Castoria, Serrés, Melnik et Drama, ils avaient des 
vicariats au lieu de métropolites. L'Eglise orthodoxe auto- 
nome bulgare avait cette année-là, en Macédoine, 1139 
églises, 155 chapelles, 62 monastères, où officiaient 1132 
prêtres et quelques dizaines de moines. Les écoles bul- 
gares étaient au nombre de 1141, avec 1884 maîtres et 
65,474 élèves. Ne sont pas compris dans ces chiffres les 
églises, les prêtres, les écoles et les élèves des Bulgares 
catholiques et protestants. 

4° — Les Patriarchistes bulgares ont aussi manifesté 
leur conscience bulgare lors des grandes insurrections poli- 
tiques de Macédoine et de Thrace contre le régime turc 
en 1902 et 1903. La plus grande partie des patriarchistes 
bulgares de cette époque manifestèrent leur nationalité 
en prenant les armes et en se ralliant à leurs compatriotes 
révoltés, alors que les Grecs aidaient les Turcs à étouffer 
la révolte. Des témoignages français, anglais et turcs ont 
corroboré unanimement ce fait, bien connu, des péripéties 
de la question d'Orient. 

x ) Pour plus détails, v. p. 106 à 107. 



— 201 — 

Ainsi, à l'occasion de la grande insurrection bulgare 
en Macédoine de sud-ouest de 1903, le vice-consul de 
Grande-Bretagne à Monastir, McGregor, écrivait, entre 
autres, au consul général Graves à Salonique : « Pour le 
moment je dois me borner à constater que l'insurrection 
est complète dans les districts de Monastir, Resna, Prespa, 
Okhrida, Kitchévo, Krouchévo, Korechta, Castoria, Flo- 
rina et Morihova et que les patriarchistes de nationalité 
slave et valaque ont notoirement fait cause commune avec 
les insurgés » x ). De son côté, le vice-consul français de 
Monastir, Choublier, communiquait à Delcassé, au sujet 
de l'espionnage des Grecs en faveur des Turcs: «Les 
autorités grecques de Monastir elles-mêmes ne craignent 
pas d'encourager ce mouvement et de prendre le parti des 
Turcs contre ces mêmes populations chrétiennes qu'elles 
prétendent devoir un jour revenir à la Grèce » 2 ). Les 
Grecs d'Hellade adoptaient la même conduite que leurs 
compatriotes de Macédoine: étudiants et officiers grecs 
rivalisaient de zèle dans l'aide à prêter aux Turcs contre 
la population bulgare insurgée en Macédoine et Thrace 
en 1903. Les Turcs eux-mêmes ont reconnu le fait. On 
lit, en effet, dans le journal « Stamboul » de Constantinople, 
du 14 août 1903, ce qui suit: «Les journaux turcs repro- 
duisent des journaux athéniens la nouvelle qu'une dépu- 
tation des étudiants de l'Université d'Athènes s'est adres- 
sée à Saadeddine-bey, chargé d'affaires de Turquie à 
Athènes, pour le prier de vouloir bien obtenir leur admis- 
sion dans l'armée impériale ». Et, dans le même journal 
du 20 mai: « L'Ikdam» annonce que « quelques officiers 
appartenant à l'armée hellénique se sont adressés à la 
légation ottomane à Athènes et ont sollicité, tant en leur 
propre nom qu'en celui d'un millier d'officiers et soldats, 



*) Blue Book. Turkey for the période of March-September 1903, 
n° 308, p. 261. 

2 ) Documents diplomatiques. Affaires de Macédoine 1902. Paris 
1903, p. 4. 



— 202 — 

d'être admis dans l'armée impériale pour la répression 
des bandes bulgares. Le ministre ottoman, tout en les 
remerciant chaleureusement de leurs sympathies, les a 
informés que leur demande ne pouvait pas être agréée, 
attendu que, grâce à l'activité des troupes et des gendarmes 
ottomans, les susdites bandes seront sous peu complète- 
ment dispersées ». Ce fait est attesté et par M. Maurice 
Gandolphe lors de sa tournée en Macédoine insurgée. « Un 
certain nombre de volontaires grecs », dit-il « ont demandé 
à être incorporés ces jours derniers et sont en instruction 
à Constantinople. D'autre part, le Patriarcat œcuménique 
a soumis au Grand-vizir un mémoire signé par les métro- 
polites grecs de Macédoine, de Thrace et les notables des 
communautés .... Une défiance est toujours nécessaire 
de ces manifestations violentes, inspirées visiblement par 
l'éternelle rivalité du Patriarcat œcuménique et de l'Exar- 
chat bulgare. Il paraît que, dans l'intérieur, les évêques 
grecs se sont livrés à de hardies évangélisations, sous forte 
escorte turque. . . -» 1 ) 

5° — En 1908, le régime despotique turc fut renversé 
et remplacé par le régime parlementaire. Cette ère, dite 
de la « liberté » (houriète), permit à la population de la 
Macédoine et de la Thrace, de réclamer devant le nouveau 
parlement ottoman ses droits ecclésiastiques et scolaires 
usurpés par le Patriarcat grec. Les patriarchistes bulgaro- 
phones se rangèrent les premiers du côté des mécontents contre 
Vhellénisme. Des dépêches et des pétitions émanant des 
villes et des villages patriarchistes, depuis Castoria jusqu'à 
la mer Noire, affluaient à la Chambre turque. Cette popu- 
lation, protestant contre l'usurpation de ses droits, déclara, 
en sa qualité de bulgare, qu'elle veut passer sous la juri- 
diction de l'Eglise bulgare et demanda la permission d'ou- 
vrir ses écoles et ses églises bulgares. Protestèrent égale- 
ment, les Bulgares dont les églises et les écoles restèrent 

1 ) M. Gandolphe, La crise macédonienne. Enquête dans les vilayets 
insurgés. Paris 1904, p. 31. 



— 203 — 

fermées sous le régime hamidien qui protégeait la pro- 
pagande grecque au détriment de la population bulgare. 

Du côté des protestants s'étaient rangés des villes 
et des villages suivants, en Macédoine: 

Du caza de Florina, les villages: Armensko, Gorno- 
Névoliani, Nérète, Karpéchina, Gorno-Kotori, Lajani, 
Sourovitchévo, Ekchi-Sou, Patélé, Srébréno, Altos, Lag- 
hen, Pessotchnitsa, Vochtarani, Batch, Gornitchévo, Sé- 
tina. — Caza de Castoria, les villages : Nestram, Gorentzi, 
Dolno-Koumanitchévo, Staritchéni, Osnitchéni, Jélovo. 
— Caza de Kdilaré, les villages: Emboré, Paléor, Dorou- 
tovo, Assam-Keuy. — Caza de Vodéna, les villages : Tsar- 
marinovo, Orizari, Samar, Messimer, Kaménik, Piskopia, 
Svéti-Ilia, Trébouletz, Vertekop, Vladovo, Nissia, Tché- 
gan, Arsen, Golichani, Pranéni. — Caza de Verria, les 
villages: Vechtitsa, Dolno-Kopanovo, Gorno-Kopanovo, 
Monospitovo. — Caza de Enidjé-Vardar, la ville de Enidjé- 
Vardar et les villages: Postol, Guptchévo, Kariotitsa, 
Vethi-Pazar, Vadrichta, Assarbégovo, Mandalévo, Babian, 
Kadiino-Sélo, Kroucharé, Pilorik, Damian, Ramna, Tchi- 
tché-Gass, Tcherna-Réka, Kochinovo, Pet-Gass, Kriva, 
Pétrovo, Bozetzt, Barovitsa. — Caza de Salonique, les 
villages: Toptchiévo, Yalladji, Gorno-Koufalovo, Daout- 
Bal, Zourbata, Sarytchévo, Tchohalari. — Caza de Laga- 
dina, le village: Névrogan. — Caza de Doïran, la ville de 
Doïran et les villages: Valandovo, Fourka. — Caza de 
Ghevghéli, la ville de Ghevghéli et les villages: Mouine, 
Négortsi, Séhovo, Kara-Souly, Ochan, Davidovo, Bog- 
dantsi. — Caza de Démir-Hissar, la ville de Démir-Hissar 
et les villages: Saviak, Barakli, Koumli, Latarévo, Spa- 
tovo. — Caza de Serrés, les villages: Mekech, Elchani, 
Kamila. — Caza de Drama, le village de Prossetchen. — 
Caza de Zykhna, les villages: Gorontsi, Egri-Déré, Kar- 
loukovo, etc. etc. 

6° — Depuis 1913, alors que la Macédoine du sud a été 
attribuée au royaume de Grèce, les Bulgares qui y habi- 



— 204 — 

taient, les patriarchistes et tous les exarchistes, ont été 
soumis au pouvoir du patriarche grec de Constantinople. 
La presse grecque officielle d'alors évite de parler de « Bul- 
gares sous le joug grec »; de temps en temps seulement elle 
fait allusion à des « Hellènes bulgarophones ». Dans son 
exposé devant la Conférence de la paix sur les revendica- 
tions territoriales grecques, Vénizélos ne souffle mot de 
ces Bulgares qui sont environ 290,000 (sans compter des 
Pomaks bulgares au nombre de 40,000) dans la Macé- 
doine du sud. 

Cependant, à la veille de la première guerre balkanique 
de 1912, à l'occasion des élections au Parlement ottoman, 
les Grecs reconnaissaient ouvertement le caractère pure- 
ment bulgare de la population en question de la Macé- 
doine du sud. En effet, le protocole signé le 18/31 janvier 
1912, entre les représentants des Bulgares ottomans et ceux 
du peuple et du Patriarcat grecs, en vue d'une action 
commune aux élections, consacre la proportion suivante 
des candidats bulgares et grecs en Macédoine du sud : sand- 
jak de Monastir: 2 députés bulgares et 1 grec; sandjak 
de Salonique: 1 député bulgare et 2 grecs; sandjak de 
Serrés: 2 bulgares et 1 grec; dans la Macédoine du nord, 
dans le vilayet de Scopié, où il n'y a pas de Grecs, ces 
derniers accordent toutes les places de députés chrétiens 
aux Bulgares 1 ). 

En d'autres termes, en 1912, les Grecs eux-mêmes, 
en accordant cinq mandats de députés aux Bulgares de 
la Macédoine du sud et quatre aux Grecs, reconnurent non 
seulement l'élément bulgare de cette province, mais sa 
supériorité numérique sur l'élément grec. Une année 
après cette reconnaissance, la Grèce officielle « refusait 
d'avoir sur son territoire n'importe quel Bulgare ». 



*) Ce protocole se trouve joint in-extenso comme annexe n° 2 à 
«l'Exposé sur la question de la Thrace occidentale», présenté par la Délé- 
gation bulgare à la Conférence de la Paix. 



— 205 — 

7° — A quel point la population de langue bulgare 
dans la Macédoine méridionale, actuellement sous la do- 
mination grecque, est de sentiment hellénique, le fait sui- 
vant le montrera. Lors de l'occupation grecque de ces 
parages en 1913, l'armée hellénique, par ordre du roi Cons- 
tantin, mit le feu à ces mêmes villages, réclamés maintenant 
comme grecs, dans le seul but d'en finir avec l'élément 
bulgare. Furent incendiés non seulement les villages des 
Bulgares exarchistes, mais aussi des Bulgares patriar- 
chistes y périrent. Dans le rapport de la Commission 
d'enquête internationale à ce sujet, nous lisons entre autres: 
« La liste suivante des villages incendiés est exacte, en ce 
sens qu'elle ne porte aucun village qui n'ait pas été brûlé. 
Mais elle est loin d'être complète, sauf en ce qui concerne 
les régions de Koukouch et de Stroumitsa. Beaucoup 
d'autres villages ont été incendiés, principalement dans 
les districts de Serrés et de Drama. Souvent, nous ne som- 
mes pas parvenus à savoir le nombre exact des maisons 
d'un village. On remarquera que cette liste comprend 
quelques villages turcs brûlés par les Grecs en territoire 
bulgare, et quelques villages brûlés par les Serbes. L'im- 
mense majorité, toutefois, est faite des villages bulgares 
brûlés par l'armée grecque dans sa marche vers le nord. 

« Le nombre des villages détruits figurant sur cette 
liste est de 161 et le nombre des maisons brûlées est d'en- 
viron 14,480. Nous estimons que les Grecs, au cours de 
la seconde guerre, n'ont pas brûlé moins de 16,000 maisons. 

Les chiffres qui suivent les noms indiquent le nombre 
des maisons de chaque village. 

District de Stroumitsa. — Onze villages bulgares brûlés 
par les Grecs: Dabilia (50), Novo-Sélo (160) Veliussa, 
Monastira, Svrabité, Popchévo (43), Kostourino (130), 
Rabortsi (15), Tcham-Tcheflik (20), Baldevetsi (2), Zou- 
bovo (30); 

neuf villages turcs brûlés par les Grecs: Anzali (150), 
Guetcherli (5), Tchanakli (2), Novo-Mahala (2), Ednokou- 



— 206 — 

kovo (80), Sekirnik (30), Souchitsa (10), Svidovitsa (10), 
Borissovo (15); 

deux villages « patriarchistes »: Mokreni (16) el 
Makrievo (10), 

ainsi que les trois quarts de la ville de Stroumitsa, 
soit environ 1000 maisons et boutiques. En tout 1620 
maisons. 

District de Pétrits. — 14 villages brûlés par les Grecs : 
Charbanovo, Breznitsa, Mouraski, Mitinovo, Ormanli, 
Michnévo, Starochévo, Klutch, Koniarené, Kolarévo, Mi- 
krévo, Gahréni, Skrit et Smolari (Zes deux derniers en 
partie). 

District de Razlog (Méhomia). — Dobrinitché (298). 

District de Gorna-Dzumaja. — Simetli, Dolno-Sou- 
chitsa et Serbinovo (200), ce dernier village incendié par 
les Grecs après le traité de Bucarest. 

District de Melnik. — 16 villages bulgares incendiés 
par les Grecs: Makriko- Sténo vé, Sklava (30), Svéti- 
Vratch (200), Livounovo (60), Dolno-Orman (90), Tchifli- 
tsité, Prépetchénévo (20), Kapotovo, Kromidovo, Har- 
sovo (100), Dolno-Oumitsa, Hotovo, Spatovo (16), Span- 
chévo (30), Otovo (60). 

District de Névrokop. — Sept villages bulgares brûlés 
par les Grecs : Dolno-Brodi (300), Libiachovo (400), Kara- 
Keuy (40), Godlévo, Tarlis (10), Obidin, Tcham-Tcheflik, 
et 10 maisons de la ville de Névrocop, ainsi que le village 
turc de Koprivnik (100). 

District de Salonique. — Villages bulgares brûlés par 
les Grecs: Négova, Ravna, Bogorod. 

District de Ziliakovo. — Villages bulgares brûlés par 
les Grecs: Skrijévo, Libiachovo, Kalapot (en partie), 
Alistrati (en partie) et Guredjik. 

District de Koukouch (Kukush). — 40 villages bulgares 
brûlés par les Grecs: ville de Koukouch 1846 maisons, 
612 boutiques, 5 moulins; Idjilar (70), Alivdjalar (50), 
Goliabaché (40), Salamanli (15), Ambarkeuy (35), Karaja- 



— 207 — 

Kadar (25), Atchaklich (15), Seslovo (30), Stresovo (20), 
Chikirkia (15), Irikli (20), Gramadna (100), Alexovo (100), 
Morartsi (350), Roschlévo (40), Motolévo (250), Planitsa 
(en partie), Nimantsi (40), Mostolar (38), Jensko (45), 
Koujoumarli (30), Bigliria (18), Kazanovo (20), Dramo- 
mirtsi (115) en partie, Galavantsi (45), Kretsovo (45), 
Michaïlovo (15), Kalinovo (35), Tsigountsi (35), Harsovo 
(50), Novo-Sélo (20) en partie, Malovtsi (20), Vrighitourtsi 
(15), Garbachel (30), Haïdarli (10), Daoutli (18), Tchem- 
nitsa (40), Rayahovo (150) en partie, Gola (15). En tout 
4725 constructions. 

District de Doïran. — 11 villages bulgares brûlés par 
les Grecs: Akanjéli (150), Dourbali, Nicolitch, Pataros, 
Sourlévo, Popovo, Hassanli, Brest, Vladaia, Dimontsi, 
Ratartsi. 

District de Démir-Hissar. — Cinq villages bulgares 
brûlés par les Grecs: Kruchévo (800), Kirchévo (180), 
Tchernovitsa (170), Gherman (80) et Djouta-Mahala. 

District de Serrés. — 6 villages bulgares brûlés par 
les Grecs: Doutli (100), Orchovats (130), Drénovo, Moklen, 
Trouchtaïn, Banitsa (120). 

District de Ghevghéli. — 15 villages bulgares et trois 
villages valaques brûlés, surtout par les Grecs, deux d'entre 
eux, par les Serbes : Séhovo, Schlopentsi, Matchkoukovo, 
Smol, Baïaltsi, Marventsi, Orchovitsa, Smokvitsa, Ba- 
lentsi, Braïkovtsi, Kortourino, Mouiné, Stoyakovo, Fourka 
et Ohani, Houma et Longountsa (valaque). 

District de Tikvech. — Cinq villages bulgares brûlés 
par les Serbes: Mégotin (800), Kamendol, Gorno-Dissol, 
Haskovo, Kavadartsi (15), en partie, etc. 

District de Kotchani. — Trois villages bulgares brûlés 
par les Serbes : Slétovo, Bézikovo, Priséka, etc. » 

8° — Afin de diminuer le nombre des Bulgares en 
Macédoine, la thèse grecque sur la nationalité considère 
les Bulgares mahométans (Pomaks) comme Turcs. Or, 
154,000 Pomaks habitent cette province ! Tombant ensuite 



— 208 — 

dans une inconséquence inexplicable, ces mêmes Grecs 
considèrent également comme Grecs les Grecs mahométans, 
ceux de l'île de Crète, par exemple! 

9° — Pour leurs prétentions sur la Macédoine, les 
Grecs ont recours très souvent à l'argument des statistiques 
scolaires. Et pour enfler le nombre des élèves fréquentant 
les écoles grecques, ils comptent toutes les écoles grecques 
des vilayets de Monastir et de Salonique, quoiqu'elles 
soient en dehors des limites de la Macédoine proprement 
dite, telles les écoles de Korytsa, en Albanie, d'Elassona, 
en Thessalie, etc. En outre, ce qui est répréhensible: 
ils considèrent comme Grecs tous les élèves d'origine allo- 
gène (bulgare, albanaise, koutso-valaque), qui fréquentent 
les établissements grecs. Telle est « la statistique officielle 
grecque » de 1904 que Delyannis, ministre de Grèce à 
Paris, fit paraître dans « Le Temps » (n° 15897). D'après 
cette statistique, il y arait eu dans les vilayets de Salonique 
et de Monastir, 998 écoles grecques, avec 1463 instituteurs 
et 59,640 élèves. Dans l'ouvrage polémique de V. Colo- 
cotronis «La Macédoine et l'hellénisme», Paris 1919, 
p. 614, on lit: «D'après la statistique officielle grecque, 
nous avons dans les deux vilayets de Salonique et de 
Monastir 1011 écoles, 1463 instituteurs et 59,640 élèves». 
Dans le vilayet de Kossovo, les Grecs n'ont presque point 
d'écoles. Suivant les renseignements puisés à des sources 
grecques, le nombre rond des élèves dans les écoles grecques 
du vilayet de Kossovo se montait à 3000 1 ). 

L'argument grec basé sur les statistiques scolaires, 
avec leurs défauts signalés, perdra de sa valeur si l'on prend 
en considération le nombre des écoles bulgares en Macé- 
doine. Or, à la veille de la guerre balkanique de 1912, 
sans compter les écoles des Bulgares catholiques et pro- 
testants, la Macédoine possédait 1141 écoles avec 1884 



2 ) Johannes Friedrich Dùrr, Das griechische Unterrichtswesen. Unter 
Mitwirkung der kôniglichen griechischen Regierung herausgegeben. Leip- 
zig 1910, p. 129. 



— 209 — 

instituteurs et institutrices et 65,474 élèves, appartenant 
à l'Eglise nationale bulgare. 

Il devient donc évident que la conception grecque 
du principe de nationalité ne repose sur aucune base réelle 
et scientifique, qu'elle est arbitraire et que, comme telle, 
elle se contredit elle-même toutes les fois qu'il s'agit de 
l'appliquer ici ou là. Il est non moins évident que les rai- 
sons qui déterminent cette conception ont pour but l'an- 
nexion à la Grèce de terres habitées par une population 
non-grecque: bulgare, albanaise et koutso-valaque. 



La thèse serbe. 

La façon de voir des milieux officiels et savants serbes 
sur la question macédonienne au cours du siècle dernier 
a passé par deux phases, dont la première englobe la pé- 
riode qui aboutit au Congrès de Berlin (1878) et la seconde 
date à partir de ce Congrès. 

Pendant la première période, l'Etat serbe, les hommes 
politiques et savants serbes ainsi que la presse serbe 
étaient unanimes à reconnaître que le territoire de la région 
macédonienne s'étendait du mont Char à la mer Egée 
et que la population slave de cette région, tant par ses 
origines et son passé que par sa langue et son sentiment 
national, faisait partie de la nation bulgare. Le célèbre 
ethnographe serbe Vouk Karadjitch publia le premier, en 
1815 et en 1822, des chansons populaires recueillies en 
Macédoine, qu'il intitula « Chansons bulgares ». D'après 
Vouk, Razlog et Kratovo, villes de la Macédoine du nord, 
étaient bulgares. D'autre part, les cartes ethnographiques 
serbes (celle de Davidovitch dressée en 1848, celle du pro- 
fesseur Desjardins, dressée en 1853, et celle de Fr. Zach, 
directeur de l'Ecole militaire de Belgrade, dressée en 
1858) excluent toutes de la région ethnique serbe la 
Macédoine comprise entre Scopié et la mer Egée, en la 

14 



— 210 — 

désignant comme région bulgare. En 1850, le Bosniaque 
St. Verkovitch, membre de la Société Savante serbe, de- 
venue plus tard Académie des Sciences, fut chargé par 
le gouvernement serbe d'une mission scientifique en Ma- 
cédoine. Après y avoir fait des recherches qui durèrent 
près de dix ans, il fit paraître à Belgrade un recueil in- 
titulé « Chansons populaires des Bulgares macédoniens ». 
Ce recueil fut imprimé, à l'Imprimerie Nationale serbe, 
aux frais du gouvernement et dédié à la princesse Julie 
Obrénovitch. Un an plus tard, en 1861, à Zagreb, ville 
principale de la Croatie, les frères Miladinoff, originaires 
de Strouga (Macédoine), firent paraître leur ouvrage 
capital intitulé « Chansons populaires bulgares » et con- 
tenant des chansons recueillies surtout en Macédoine. Ce 
recueil fut imprimé sous les auspices et aux frais de l'arche- 
vêque croate Joseph Strossmayer, fondateur de l'Aca- 
démie des Sciences yougoslave. F. Racki, éminent savant 
croate et président de l'Académie yougoslave, parlant 
en 1862 de la future Yougoslavie, désignait le territoire 
s'étendant du Danube à la mer Egée comme peuplé de 
Bulgares. Le Slovène Fr. Miklosich, fondateur de la phi- 
lologie slave, a reconnu dans tous ses ouvrages que la 
Macédoine est une terre bulgare et que les dialectes macé- 
doniens appartiennent à la langue bulgare. Un autre 
Slovène, V. Oblak, qui s'est particulièrement distingué par 
ses recherches savantes sur les dialectes macédoniens, 
établit le caractère incontestablement bulgare de ces der- 
niers. 

Toute la presse serbe, officielle et non officielle, de 
l'époque qui va jusqu'au Congrès de Berlin, était unanime 
à affirmer le caractère bulgare de la Macédoine. Le Srbski 
Dnevnik paraissant sous la rédaction du secrétaire du prince 
Miloch de Serbie, ne manquait pas d'insérer fréquemment 
des articles sur les Bulgares de Macédoine et sur leur senti- 
ment national bulgare qui se manifestait dans les villes 
de Chtip, Vélès, Monastir, Okhrida, Koukouch, Doïran, 



— 211 — 

Drama, etc. (Cf. les numéros des 4 juin 1858, 13 mars 1860, 
14 avril 1860, 20 avril 1860, 26 juin 1860, 3 juillet 1860, 
etc.). Dans le même sens écrivaient aussi les autres jour- 
naux serbes: Srpské Narodné Noviné (de 1841 à 1844), 
le journal officiel serbe Srpské Noviné (1850 et suiv.) 
Vidov-Dan (1862 et suiv.), Yedinstvo (1871 et suiv.) etc. etc. 

C'est ainsi que, pendant le troisième quart du XIX e s., 
lorsque l'idée d'une fédération yougo-slave avec les Bul- 
gares commença à se dessiner de plus en plus nettement, 
le gouvernement serbe, avec le ministre des Affaires étran- 
gères Garachanine en tête, accepta de la manière la plus 
empressée le projet du 5 avril 1867 relatif à la constitution 
d'une confédération serbo-bulgare et dont l'article 2 por- 
tait : « Le Royaume yougoslave se composera de la Serbie 
et de la Bulgarie; dans la Bulgarie seront comprises la 
Thrace et la Macédoine ». A cette époque, la Serbie offi- 
cielle aussi bien que l'élite intellectuelle serbe étaient 
pénétrées de l'idée yougoslave et ne songeaient point à 
émettre des prétentions sur cette région bulgare. Svétozar 
Markovitch, éminent publiciste et précurseur du socia- 
lisme en Serbie, parlant de l'entente serbo-bulgare, écrivait 
en 1871 : « Notre but commun est la libération des peuples 
serbe et bulgare, et jamais nous n'entamerons une dis- 
cussion pour savoir si la frontière entre Serbes et Bulgares 
sera la Morava bulgare ou la Morava serbe. Ce sera finale- 
ment au peuple affranchi d'en décider seul, s'il arrive qu'il 
ait besoin d'une frontière ». 

Plus tard, en 1870, lorsque le peuple bulgare de Mésie, 
de Thrace et de Macédoine, après 40 ans de lutte contre 
le clergé grec, finit par obtenir son Eglise nationale auto- 
nome, les Serbes accueillirent avec une joie non déguisée 
ce succès des Bulgares. L'année suivante, en 1871, une 
assemblée nationale bulgare fut convoquée à Constanti- 
nople en vue d'élaborer les statuts de l'Eglise bulgare. A 
cette assemblée prirent part les représentants des éparchies 
bulgares de Macédoine qui suivent: Okhrida, Vélès, Skopié 



— 212 — 

(Uskub), Monastir, Vodéna, Kostour (Castoria), Kusten- 
dil-Chtip, Nevrokop, etc. A cette occasion, le journal 
serbe Yedvinstvo, dans son numéro du 19 mai, saluait la 
délivrance religieuse des Bulgares de Macédoine dans ces 
termes de sympathie marquée : « Il serait intéressant de 
connaître les noms de ces représentants qui, après 450 ans 
(allusion à la chute du royaume bulgare au XIV e s.), se 
réunirent le 15 mars 1871 dans la capitale de l'ancienne 
gloire et de l'ancienne splendeur byzantines pour délibérer 
fraternellement sur le moyen d'organiser leur Eglise qui, 
il y a dix ans, était asservie aux Phanariotes corrompus 
et qui, même à l'heure actuelle, souffre de leur fait dans 
la malheureuse Macédoine ...» 

Le traité de Berlin (1878), cet acte funeste de la diplo- 
matie européenne qui attira tant de malheurs sur les 
peuples balkaniques et même sur les nations plus éloignées, 
jeta la semence de la rivalité entre Bulgares et Serbes et 
engendra des guerres sanglantes. Ce traité, en enlevant 
aux Serbes les provinces essentiellement serbes de Bosnie 
et d'Herzégovine pour les attribuer au puissant empire 
d'Autriche-Hongrie, brisa l'essor du développement de 
l'Etat serbe et soumit ce dernier à l'oppression économique 
de son grand voisin. Afin de détourner du littoral adria- 
tique les regards de la Serbie, l'Autriche-Hongrie lui montra 
le chemin de Salonique où devait s'affectuer, dans un avenir 
prochain, le partage de la succession de l'Homme malade 
et où les Serbes n'avaient pas à craindre une résistance 
bien sérieuse. La dynastie serbe des Obrenovitch, qui était, 
à cette époque, entièrement au service de l'Autriche- 
Hongrie, ne tarda pas à diriger la politique serbe vers la 
Macédoine. 

En 1882, Miatovitch se rendit à Vienne et négocia 
une alliance avec l'Autriche-Hongrie, alliance qui fut con- 
clue sur les bases suivantes: Les Serbes renonçaient à 
toute agitation en Bosnie et en Herzégovine; de son côté 
l'Autriche-Hongrie s'engageait à soutenir les prétentions 



— 213 

serbes sur la Macédoine. C'est ainsi que l'impérialisme 
austro-hongrois en Bosnie et en Herzégovine engendra 
l'impérialisme serbe en Macédoine. 

Pour justifier ses plans de conquête dans le sud devant 
son peuple et aux yeux de l'étranger, le gouvernement 
serbe s'employa, par l'intermédiaire de la presse et au 
moyen de publications quasi scientifiques, à se convaincre 
lui-même et à convaincre les autres que la population slave 
de Macédoine était tout autant serbe que bulgare, qu'elle 
était dépourvue de conscience nationale, de sorte qu'elle 
pouvait très bien être partagée entre la Bulgarie et la 
Serbie. Dominé par cette idée, il créa auprès du ministère 
des Affaires étrangères, à Belgrade, une section spéciale 
chargée de la direction de la propagande serbe par l'école, 
l'église et les comitadjis. Simultanément il fit quelques 
tentatives de s'entendre avec le gouvernement bulgare au 
sujet d'un partage éventuel du pays. 

Le Bulgare macédonien continuait de gémir sous les 
Turcs, de s'insurger contre leur domination et de mourir 
dans les cachots et sur les gibets, lorsqu'en 1912, au moment 
même où la Bulgarie, dans un élan où il y allait de son exis- 
tence même, s'employait à briser en Thrace la force redou- 
table de l'Empire ottoman, l'armée serbe s'installait en Ma- 
cédoine et proclamait le teritoire occupé partie intégrante 
de son patrimoine, au mépris du traité serbo-bulgare du 
29 février 1912. Pour consolider la mainmise sur la Macé- 
doine, la Serbie conclut, à la date du 19 mai (1 er juin) 1913, 
une convention secrète avec la Grèce, convention dirigée 
contre leur alliée, la Bulgarie, dont les armées continuaient 
à briser les assauts répétés des hordres turques sur la ligne 
de Tchadaldja. La trahison de la Serbie et de la Grèce amena, 
un mois plus tard, la seconde guerre balkanique, celle des 
alliés de la veille, puis la paix de Bucarest qui livrait la 
Macédoine à la nouvelle coalition. En 1915, la plus grande 
partie de la Macédoine devint la possession de la Bulgarie. 
Trois ans plus tard, aux termes de l'armistice conclu le 



214 — 



29 septembre 1918 entre la Bulgarie et le commandement 
de l'armée d'Orient, la Bulgarie devait rentrer dans ses fron- 
tières d'ante hélium et évacuer la Macédoine. Le traité de 
paix de Neuilly, du 27 novembre 1919, ne fit que sanctionner 
les décisions de l'armistice; de plus, il attribua à la Serbie 
un nouveau territoire en Macédoine, notamment l'arron- 
dissement de Stroumitsa. 

Nous avons déjà noté qu'après le Congrès de Berlin, 
la Serbie, sous le règne du roi Milan, se prit à songer sérieuse- 
ment à s'approprier sinon toute la Macédoine, du moins une 
partie de cette province. Elle abandonna tous ses anciens 
projets et tentatives d'accord avec les Bulgares, ainsi que 
l'idée d'une confédération yougoslave avec la Bulgarie, qui 
était déjà reconnue comme héritière de la Macédoine bulgare. 

L'union de la Roumélie-Orientale à la Bulgarie, en 1885, 
fut très mal accueillie par la Serbie qui, sous prétexte de 
rétablir l'équilibre dans les Balkans, déclara la guerre à la 
Bulgarie. Cette guerre créa de nouveaux germes de haine 
entre les deux peuples frères. La Serbie ne se gêna plus de 
contester le caractère bulgare de la Macédoine et de prétendre 
au caractère serbe ou, du moins, slavo-macédonien de la 
population macédonienne. Dans ce but fut fondée à Belgrade 
la société « Saint Sava », destinée à la défense et à la propa- 
gation de l'idée serbe. Cette société élabora ses statuts en 
1886 et l'année après, en 1887, elle commença la publication 
de son organe Bratstvo où trouvaient place des articles ultra- 
patriotiques sur la terre et le peuple serbes. Le point de mire 
de ces articles était la Macédoine bulgare. Deux ans plus 
tard, en 1889, parut à Vienne l'ouvrage connu du chauvin 
serbe Sp. Goptchevitch : Makedonien und Alt-Serbien, qui 
fut traduit en serbe et imprimé à Belgrade en 1890. Toutes 
les sociétés savantes et toutes les académies des pays slaves 
ainsi que tous les spécialistes en ethnographie slave condam- 
nèrent ce pamphlet téméraire: pour cet aventurier de la 
plume, les Bulgares macédoniens n'existaient plus; ils 
étaient convertis en « bons Serbes ! » 



— 215 — 

Simultanément, le gouvernement serbe intensifia l'ac- 
tivité de ses agents consulaires en Macédoine et institua 
des consulats serbes même dans des localités où il n'y avait 
pas une seule âme serbe ni le moindre intérêt économique 
serbe. Il se mit d'accord avec le Patriarcat grec pour la 
nomination d'évêques serbes à la place des évêques grecs, 
et cela au détriment des intérêts ecclésiastiques bulgares. 

A cette propagande du gouvernement serbe s'allia le 

concours de maints savants et publicistes serbes, tels que 

S. Novakovitch, P. Sretkovitch, Y. Tsviitch, A. Bélitch, Pro- 

kitch, Andonovitch et autres. 

* * 

* 

D'après les savants, les publicistes et les hommes d'Etat 
serbes, la thèse serbe peut être résumée par les formules 
suivantes : 

2° — « Le nom de Bulgares, que se donnent généralement 
les Slaves macédoniens, n'est pas un nom ethnographique et 
ne signifie pas Bulgare de nationalité,)) affirme Y. Tsviitch 1 ). 
Un autre serbe, le ministre C. Stoïanovitch, s'aventure plus 
loin dans ce passage où, d'une plume maligne et ignorante, 
il écrit: «Avec le nom de Bulgare on ne désignait pas la 
nationalité bulgare, mais la simplicité, vu que cette appel- 
lation vient du latin vulgaris = homme simple, paysan, 
cultivateur, alors que pour la détermination nationale on 
emploie le mot mongole «bolgare », inconnu en Macédoine! » 2 ) 

L'assertion du professeur Tsviitch est trop hasardée et 
ne poursuit que des buts politiques. Elle est en flagrante 
contradiction avec l'histoire et l'ethnographie. C'est un fait 
de notoriété universelle, que la population macédonienne 
slave manifeste sa nationalité par le nom de Bulgare pour 
se distinguer de ses voisins, Serbes, Albanais, Grecs, Turcs. 
C'est ainsi qu'elle est nommée, depuis douze siècles, par ses 

x ) J. Cvijic, Remarques sur l'ethnographie de la Macédoine, 2 e éd. 
Paris 1907, p. 7. 

2 ) Nuova Antologia, n° de juillet 1915; la revue serbe «DéloD du 
15 août 1915, p. 201. 



— 216 — 

voisins mêmes. L'ancienneté de cette appellation nationale 
est attestée par les nombreux et divers témoignages de sources 
grecques, serbes, turques, européennes se rapportant au 
moyen âge ou à l'époque turque. Au IX e s. déjà, la Macédoine 
faisait partie du royaume bulgare; c'est alors que le prince 
Boris proclama le christianisme religion officielle de ses Etats, 
que les Slaves macédoniens reçurent la dénomination politico- 
nationale de Bulgares et que la liturgie était célébrée, en 
langue bulgare, comme à Brégalnitsa p. ex. (BouÀ^dpcov fXœrzr} 1 ). 
Théophylacte, qui occupa le siège de l'archevêché d'Okhrida 
(en Macédoine) vers la fin du XI e s., reconnaît, dans ses 
œuvres et dans sa correspondance, que ses éparchies macé- 
doniennes étaient habitées par «le peuple slave, appelé 
aussi bulgare* (ro zwv lOXofievœv yévoi eïz obv BouXyâpœv). Grec 
d'Eubée, il hait ses ouailles et dans son mépris il les appelle 
«Bulgares», «barbares», «vêtus de fourrures de moutons». 
Il mentionne particulièrement les Bulgares d'Okhrida, de 
Strouga, de Kitchévo, de Stroumitsa, ceux des régions de 
Mogléna, de Vardar, etc. Parlant des migrations des peuples, 
il ne fait pas de différence entre les Bulgares mésiens et ceux 
de la Macédoine, et affirme que les Bulgares se sont installés 
dans le pays comme de vrais citoyens depuis le Danube jus- 
qu'à Salonique 2 ). 

Nous mentionnerons encore quelques faits d'ordre his- 
torique. Dans la seconde moitié du X e s., lorsque la Bulgarie 
proprement dite est asservie sous l'autorité byzantine, un 
nouvel Etat bulgare se consolide en Macédoine et le Patriar- 
cat bulgare est transféré à Okhrida, sa capitale. L'empereur 
byzantin Basile II, qui plus tard fit la conquête du royaume 
bulgare de Macédoine, reçut le surnom de « Bulgaroctone » 
(tueur de Bulgares). De même, le chef des troupes norvé- 
giennes, Haraldus, qui porta secours aux Byzantins pour 



Theophilacti, Historia martyrii XV martyrum. Patr. gr. t. CXXVI, 
col. 208. 

*) Theophilacti epistola I, II. Ed. Lamio; epistola XXI, XXVII, 
XXXIV, XLI, LXV. Ed. Meursio; epistola XVI, Ed. Finetti. 



— 217 — 

étouffer le soulèvement des Bulgares de Macédoine, en 1040, 
est glorifié dans les poèmes Scandinaves comme «Bolgara 
brennir » (destructeur, incendiaire des Bulgares). Toutes 
les insurrections de la population macédonienne contre By- 
zance et, plus tard, contre la Turquie, sont des insurrections 
bulgares, en vertu des documents byzantins, turcs ou occi- 
dentaux. Telles sont l'insurrection de Skopié, Okhrida et 
Castoria en 1040, celle d' Okhrida en 1081, celle de Roupel 
en 1255. Les soulèvements de Maléchévo en 1876, de Kresna 
en 1878, d'Okhrida en 1881, du mont Pirin en 1895, de Mo- 
nastir en 1903, etc. 

Sans parler de l'ancienne littérature religieuse bulgare, 
dont les représentants en vue ont travaillé aux IX e , X e et 
XI e siècles en Macédoine, nous devons faire ressortir que les 
écrivains et les promoteurs de la renaissance bulgare sont 
sortis de la Macédoine qu'ils considèrent comme patrie bul- 
gare et se servent de l'idiome du pays qu'ils appellent « langue 
bulgare». L'historien Païssi, originaire de la Macédoine du 
nord, publia, en 1762, son « Histoire slavo-bulgare ». Son 
contemporain, Chr. Jéfarovitch, de Doïran, est glorifié par 
les Serbes comme «zélateur de sa patrie bulgare ». Dès 1814, 
Hadji-Yakim, de Kitchévo, fit imprimer les premiers livres 
en idiome bulgare moderne. Cyrille Peytchinovitch, de 
Tétovo, fit paraître, à partir de 1816, ses livres «en langue 
simple bulgare telle qu'elle est parlée à Scopié et Tétovo ». 
C'est encore un Macédonien, Théodossi Sinaïtsky, de Doïran, 
qui, le premier, installa une imprimerie bulgare. Le premier 
pédagogue et philologue bulgare est le Macédonien Néophyte 
Rylsky. Les Bulgares qui, les premiers, ont montré un vif 
intérêt pour la poésie populaire et le folklore national bul- 
gare, sont les frères Miladinoff de Strouga. R. Jinzifoff, 
le premier poète bulgare, qui ait célébré les souffrances de 
sa patrie bulgare, était macédonien, entre bon nombre 
d'autres. Enfin, la lutte organisée contre le clergé grec, con- 
flit qui a commencé en Macédoine en 1830 et a duré 40 ans, 
est une manifestation nationale exclusivement bulgare. 



— 218 — 

Touchant le côté philologique du nom de Bulgare que 
les Slaves macédoniens se donnent depuis des siècles, il faut 
faire ressortir que, suivant les dialectes macédo-bulgares, 
ce nom se prononce comme suit: «Bougarin », dans la Ma- 
cédoine du nord; « Bâgarin », dans la Macédoine du nord-est; 
« Bolgarin », « Bogarin » et « Boulgarin », dans la Macédoine 
du sud et du sud-ouest. A ces nuances correspondent les 
prononciations similaires dans les contrées bulgares de la 
Thrace et de la Bulgarie danubienne, soit : « Bougarin », 
dans la Bulgarie occidentale; « Boulgarin », dans le Rhodope; 
«Blâgarin», à Koprivchtitsa; «Bâlgarin», dans la Bulgarie 
du nord-est, etc. 

Quant au nom de « Slave », ce n'est qu'un mot savant, 
absolument inconnu des populations macédoniennes. 

2° — « La masse des Slaves macédoniens n'a pas de senti- 
ment national ni de conscience nationale bien déterminée. Elle 
ne se sent ni serbe, ni bulgare, quoiqu'elle soit apparentée de 
très près à ces deux nations » affirme Y. Tsviitch 1 ). 

Cette affirmation serbe est non moins téméraire que la 
première. Rappelons donc les principales circonstances du 
passé des Slaves macédoniens où s'est manifestée une cons- 
cience nationale, notamment dans les événements politiques, 
dans les luttes religieuses, dans les écoles et la littérature. 
Or, jusqu'à nos jours, nulle part la population macédonienne 
n'a manifesté un sentiment national serbe; au contraire, 
toute l'histoire de ce malheureux peuple est la manifestation 
la plus convaincante de l'existence d'une conscience natio- 
nale bulgare agissante et bien déterminée. 

Grâce à la puissance de l'Etat bulgare et à l'effervescence 
religieuse et littéraire, le sentiment national bulgare s'était 
affermi à tel point en Macédoine, sous le premier royaume 
bulgare, que, lorsqu'au XI e s. Byzance mit la main sur elle, 
le vainqueur fut obligé de maintenir l'autonomie intérieure 
du pays et de sauvegarder ses droits ecclésiastiques bulgares. 



a ) Remarques, etc., p. 7. 



— 219 — 

Ne pouvant cependant tolérer un joug étranger, les Macé- 
doniens se sont révoltés à plusieurs reprises, comme étant 
Bulgares. «En 1040, raconte un contemporain grec, Jean 
Skylitsès, après une servitude et soumission de 21 ans, les 
Bulgares se révoltèrent. Pierre Délian (petit-fils du roi bul- 
gare Samuel) incita à la révolte le peuple bulgare qui était 
tombé récemment dans la servitude mais gardait bonne sou- 
venance de son antique liberté. Les insurgés se soulevèrent 
en masse à Nich et à Scopié, ancienne métropole bulgare, 
proclamèrent Délian roi des Bulgares aux ovations enthou- 
siastes de la foule et massacrèrent sans pitié tout Grec qu'ils 
y trouvèrent» 1 ). Dans l'espace d'une année, toute la Macé- 
doine, Salonique exceptée, assiégée par 40,000 insurgés 
macédo-bulgares, fut libérée du joug byzantin. Relatant 
le nouveau soulèvement de 1073 en Macédoine, le même 
chroniqueur byzantin l'attribue aux seigneurs bulgares de 
Scopié, qui battirent les Grecs sur le Char et proclamèrent 
Constantin Bodin tsar des Bulgares. Les villes d'Okhrida, 
Castoria firent cause commune avec Scopié 2 ). 

Sans nous arrêter aux soulèvements bulgares de Macé- 
doine en 1081, 1097, 1168, 1195, 1254, 1255, nous passerons 
à l'époque contemporaine et mentionnerons les insurrections 
toujours bulgares -contre le régime intolérable des Turcs en 
Macédoine : celles de Maléchévo en 1876, de Kresna en 1878, 
d'Okhrida en 1881, de Melnik en 1895, l'affaire de Vinitsa 
en 1897, les insurrections de Serrés en 1902, de Monastir et 
de toute la Macédoine occidentale en 1903, que nous avons 
relatée, p. 112 à 119. Lors de la première guerre balkanique 
contre la Turquie, en 1912, 15 bataillons de volontaires ma- 
cédoniens se rangèrent sous les drapeaux bulgares. En 1913, 
pendant la seconde guerre balkanique, ces mêmes bataillons 
se sont battus contre Serbes et Grecs. Pendant la grande 
guerre, la Macédoine a donné à la patrie 60,000 de ses fils 



*) Skylitsès, dans Cedrenus, Hist. compendium, II, p. 527. Ed. Bonnœ. 
2 ) Idem, Ibidem, II, p. 527, 715 à 717. 



— 220 — 

issus de toutes les classes du peuple, pour la revendication 
des droits usurpés de la race bulgare. 

L'intolérable régime turc a chassé de leurs foyers 300,000 
Macédoniens qui se sont réfugiés en Bulgarie où ils ont pour- 
suivi leur tâche politico-culturelle en Bulgares dévoués, s'il 
en fût, à la cause nationale. Cette émigration macédonienne 
a donné au parlement bulgare une centaine de députés, 
huit ministres, neuf ministres plénipotentiaires et consuls, 
plusieurs fonctionnaires et évêques, etc. Pendant la grande 
guerre, la Bulgarie comptait parmi ses officiers environ mille 
Bulgares macédoniens. 

Passant à la vie religieuse des Slaves macédoniens, c'est 
toujours le même sentiment national bulgare qui se manifeste 
dans leurs actes. La Macédoine a donné au peuple bulgare ses 
premiers saints: les frères Cyrille et Méthode de Salonique, 
Clément d'Okhrida, Naoum d'Okhrida, Prohor Ptchinsky, 
Gavril Lesnovsky, Yakim Ossogovsky. Le Patriarcat bul- 
gare avait son siège en Macédoine, à Okhrida. Il devint 
plus tard archevêché, en 1018; il le resta jusqu'en 1767. 
De la sorte, la ville d'Okhrida devint le sanctuaire le plus 
vénéré de la patrie bulgare. Mais ce qui est plus signi- 
ficatif encore pour la conscience nationale des Slaves macé- 
noniens, c'est la combat livré par cette population contre 
le clergé grec, la langue liturgique grecque et les écoles 
grecques. Cette lutte, commencé en Macédoine, en 1830, 
comme l'a remarqué l'Américain E. A. Clark, « met en relief 
toute la force du caractère bulgare. Menée sans violence et 
avec une fermeté inébranlable, cette lutte fut une manifes- 
tation de l'indomptable résolution du peuple bulgare de se 
libérer une fois pour toutes de la tutelle du clergé grec ». 
C'est en Macédoine, dans les diocèses de Scopié et d'Okhrida, 
que, en présence d'une autorité étrangère, la Turquie, eut 
lieu en 1872 le premier plébiscite national dans les Balkans. 
Le 95 % des voix se prononcèrent en faveur de la nationalité 
bulgare et de l'Eglise bulgare. Ce ne fut donc pas l'Exarchat 
bulgare, institué en 1870, qui donna un caractère bulgare 



— 221 — 

à la Macédoine; c'est plutôt à la Macédoine qu'échoit le 
mérite d'avoir levé, la première, en 1830, l'étendard du mou- 
vement religieux panbulgare. Jusqu'en 1912, comme nous 
l'avons relaté plus haut, la Macédoine comptait sept métro- 
polites bulgares et sept vicaires. Pendant la même époque 
il y eut en Macédoine 1132 prêtres avec 1139 églises, 154 
chapelles et 62 couvents abritant quelques centaines de 
moines bulgares (les couvents bulgares du Mont Athos y 
compris). 

Enfin, le sentiment national bulgare des Slaves macé- 
doniens s'est manifesté non seulement parmi la classe des 
paysans, dans laquelle se recrutaient les insurgés les plus 
tenaces et les plus dévoués, mais aussi parmi les habitants 
des villes. Le professeur serbe Y. Tsviitch l'avoue lui-même. 
Il constate en Macédoine « une classe instruite imbue d'idées 
et d'aspirations bulgares, et dans la population slave de pres- 
que toutes les villes, c'est le parti bulgare qui est la majorité, 
généralement une majorité notable» 1 ). En 1912, à la veille 
de la guerre balkanique, les Bulgares avaient en Macédoine 
des gymnases de garçons et de jeunes filles, des écoles nor- 
males, des séminaires, des écoles d'agriculture, des écoles 
primaires, soit un total de 1141 établissements, avec 1884 
professeurs et instituteurs, et 65,474 élèves. En ne comptant 
ni les Bulgares soumis au Patriarcat et qui ne pouvaient 
fréquenter les écoles bulgares en Macédoine, ni les Bulgares 
mahométans, qui fréquentaient les écoles turques, les Bul- 
gares exarchistes l'emportaient au point de vue de l'instruc- 
tion sur les Serbes en Serbie et sur les Grecs en Grèce, qui 
se sont annexé les Macédoniens « dépourvus », disent-ils, « de 
sentiment national déterminé ». En outre, l'émigration ma- 
cédonienne a donné à la Bulgarie maints savants, 12 profes- 
seurs d'université, des académiciens, des publicistes éminents, 
des auteurs-pédagogues. En d'autres termes, en dépit des 
misères et des souffrances d'un long esclavage et animé d'un 



*) Remarques, etc., p. 12. 



— 222 — 

profond sentiment national, le Bulgare macédonien a fait 
davantage pour le progrès bulgare, en général, que tout autre 
peuple, ayant à vivre dans les mêmes conditions. 

3° — En ce qui concerne la langue des Slaves macédo- 
niens, la thèse serbe se sentant chancelante, émet des for- 
mules indécises ou contradictoires. Ainsi, Al. Bélitch, pro- 
fesseur de philologie slave à Belgrade, affirme ce qui suit: 
« C'est bien connu que la Macédoine méridionale a été le berceau 
de V ancienne langue liturgique slave, en laquelle ont été traduits 
les premiers livres de V Ecriture sainte, au temps des apôtres 
slaves, les frères Cyrille et Méthode. Cette langue ne faisait 
qu'une seule langue avec celle de la Bulgarie orientale ». Quant 
à la langue moderne macédonienne, Bélitch la divise en deux 
dialectes, celui de la Macédoine du nord-ouest, qu'il appelle 
dialecte macédo-serbe, et le dialecte du sud-est, qu'il appelle 
dialecte macédo-bulgare, suivant les traits linguistiques pré- 
pondérants, serbes ou bulgares 1 ). 

Le professeur Tsviitch s'exprime ainsi: «On ne peut 
pas, d'après la langue, résoudre dans un sens exclusif la ques- 
tion de V ethnographie, encore moins la question politique macé- 
donienne» 2 ). «Cependant tous les travailleurs sérieux s'ac- 
cordent à reconnaître que les données actuelles ne permettent 
pas encore de se faire une idée exacte des dialectes macédoniens» 3 ). 

Nous reviendrons plus loin sur la langue des Slaves 
macédoniens. Nous nous contenterons ici de rappeler que 
les as sertions ci-dessus vont à l'encontre de la vérité, car tous 
les « travailleurs sérieux » et les spécialistes étrangers les plus 
éminents sont d'accord sur ce points: 1° l'ancienne langue 
slavo-macédonienne était un dialecte bulgare ; 2° les dialectes 
slavo-macédoniens d'aujourd'hui font partie des dialectes 
bulgares modernes (V. Oblak, V. Jagié, A. Leskien, W.Von- 
drak, A. I. Sobolewsky, Th. Florinsky, A. Kalina, A. Sélich- 
tcheff, L. Niederle, etc.). 

*) Serbes et Bulgares clans la guerre balkanique. Belgrade 1913, 
p. 39 à 40 (en serbe). 

2— 3 ) Questions balkaniques. Paris-Neuchâtel 1918, p. 49, 51. 



— 223 — 

La population macédonienne elle-même appelle son 
dialecte, langue bulgare; c'est ainsi que l'appellent les écri- 
vains macédoniens de l'époque du réveil national et de nos 
jours (Païsï en 1762, Hadji Yakim en 1814, Cyrille Peytchino- 
vitch en 1816, Néophite en 1835, Théodossi en 1840, etc.). 
Ce dialecte participe des particularités les plus caractéris- 
tiques qui séparent le bulgare moderne des autres langues 
slaves et surtout du serbe. La langue serbe est synthétique, 
avec déclinaison complète, comportant sept cas au singulier 
ainsi qu'au pluriel; elle a des infinitifs, avec des constructions 
spéciales pour le comparatif et pour le futur; elle présente 
des longueurs dans le système des voyelles, avec un vocabu- 
laire spécial, etc., autant de caractères distinctifs qui le dif- 
férencient nettement du bulgare. Le bulgare et les dialectes 
macédoniens forment un tout et se distinguent du serbe et 
de toutes les autres langues slaves par leur structure ana- 
lytique moderne. Ils sont dépourvus de déclinaisons et de 
cas, et sont seuls parmi toutes les langues slaves qui emploient 
l'article défini. C'est avec raison qu'un savant croate a dit 
que le domaine de la langue bulgare s'étend jusqu'où va 
l'emploi de l'article défini. 

4° — «Les coutumes qui se rattachent à la slava, la fête 
du patron de la famille, sont spécifiquement serbes : on ne les 
retrouve pas chez les Bulgares, mais elles se rencontrent dans 
presque toute la Macédoine », assure Tsviitch 1 ). Le professeur 
Bélitch, se basant sur les allégations du publiciste serbe Ves- 
sélinovitch et sur l'affirmation du consul russe Yastréboff, 
soutient l'opinion énoncée par Tsviitch 2 ). 

Sur ce point, la thèse serbe est dépourvue de sens scien- 
tifique. On sait, d'une part, que les us et coutumes, les rites, 
les façons des costumes, les chansons et les motifs de la poésie 
populaire, etc., se transmettent facilement d'un peuple à 
l'autre et font le tour du monde entier. On sait d'autre part 

*) Questions balkaniques, p. 53. 
a ) Serbes et Bulgares, p. 72 à 73. 



— 224 — 

que la fête de slava, la fête du patron, d'une famille, d'un 
clan ou d'un village est célébrée non seulement chez les Serbes, 
mais aussi chez les Russes, les Bulgares, les Albanais, les 
Koutso-Valaques. Tsviitch et Bélitch ignorent les recherches 
faites sur ce sujet par des savants russes, tchèques, serbo- 
croates, bulgares, tels que P. Koulakovsky, M. Drinoff, Ciro 
Truhelka, St. Banovié, A. Mitrovitch et autres. Dans ses 
travaux à ce sujet, Truhelka est arrivé à la conclusion que 
voici: «La fête de slava n'a rien de praslave ou de serbe; 
elle est d'origine pataraine (bogomiliènne) » 1 ). Et Mitrovitch 
dit: «L'origine de notre fête slava d'aujourd'hui ne doit 
être cherchée ni chez les Serbes, ni ailleurs à une source ortho- 
doxe; elle est issue réellement de la tradition païenne du 
dieu-patron; les patarains du moyen âge ont servi peut-être 
d'intermédiaires et légué la coutume aux générations sui- 
vantes » 2 ). 

Ce qui est plus intéressant encore, c'est que le témiognage 
le plus ancien relatif à la fête de slava chez les Slaves remonte 
à l'an 1018 et qu'il se rapporte à l'histoire bulgare, mais non 
à l'histoire serbe. Le fait est attesté par le chroniqueur 
byzantin, Jean Skylitsès, qui nous raconte que le chef bul- 
gare Ivatsès célébrait sa « sloujba, slava » (èopTy) [le jour 
l'Assomption de la Ste- Vierge 3 ). 

5° — « Il n'y a pas, dans la Macédoine, de traces de civi- 
lisation matérielle bulgare. De plus, les recherches que j'ai 
effectuées parmi les paysans macédoniens m'ont permis de 
constater que les traditions historiques bulgares font défaut 
dans toute la Macédoine », affirme de nouveau Tsviitch 4 ). 

Si l'on voulait tirer des conclusions politiques du nombre 
des monuments du passé, les monuments turcs en Macé- 
doine l'emporteraient sans doute sur tous les autres. Il est évi- 
dent que la civilisation bulgare en Macédoine, aux IX e , X e 

>) Glasnik zemaljskog muzeja, XXIII (de 1911), XXIV, 265 à 274- 

2 ) Ibidem, XXIV (1912), 396. 

3 ) Cedrenus, II, 470 à 471. 

*) Questions balkaniques, p. 53. 



— 225 — 

et XIII e siècles, ne pouvait léguer à la postérité que des 
monuments en nombre restreint: le temps, l'animosité des 
Grecs envers tout ce qui est bulgare et l'intolérance turco- 
musulmane ont anéanti la plupart des monuments histo- 
riques et nationaux du peuple bulgare. A ce propos, nous 
pouvons nous référer aux témoignages historiques émanant 
des Byzantins Jean Skylitsès et Théophylacte : Lors de la 
conquête de la Macédoine, en 1018, l'empereur Basile II 
détruisit la forteresse d'Okhrida pour ôter à la population 
la possibilité « de s'insurger dans ce grand centre du royaume 
bulgare ». En outre, il incendia, à Monastir, les palais du 
prince héritier bulgare. Lorsqu'elle étouffa la révolte bul- 
gare de 1073 en Macédoine, Byzance eut recours à des troupes 
mercenaires franques qui incendièrent, entre autres, le palais 
royal bulgare, ainsi que l'église patriarcale de Prespa, bâtie 
par le roi Samuel, afin de faire disparaître tout vestige de 
l'existence d'un Etat bulgare. Plus tard, lorsque l'Eglise 
bulgare tomba sous l'obédience spirituelle du Patriarcat grec, 
le clergé grec procéda à la grécisation des inscriptions an- 
ciennes en langue bulgare tant sur les édifices publics chré- 
tiens que sur les églises. Les recherches et les fouilles faites 
récemment dans les couvents et dans les églises de Macé- 
doine prouvant suffisamment ce fait. Les Turcs contri- 
buèrent dans une plus large mesure encore à l'anéantissement 
ou à la transformation des édifices chrétiens. C'est un fait 
bien connu que la plupart des mosquées turques sont d'églises 
chrétiennes d'autrefois. En outre, jusqu'au commencement 
du XIX e s., le gouvernement turc donnait l'autorisation de 
restaurer les églises et non d'en bâtir des nouvelles. 

Il ne faut toutefois pas déduire de ce qui précède qu'en 
Macédoine il n'y a aucune trace palpable de civilisation bul- 
gare, comme la thèse serbe le soutient. Bien au contraire, 
la Macédoine, qui possédait dans le passé tant de monuments 
publics et privés, malgré les circonstances désavantageuses, 
exposées ci-haut, a conservé jusqu'à nos jours encore non 
seulement des traces de la civilisation matérielle bulgare 

15 



— 226 — 

d'autrefois, mais aussi des monuments entiers de l'archi- 
tecture religieuse bulgare, des fresques, des inscriptions, des 
objets d'art, etc. 

En voici quelques exemples. Parmi les ruines de Phi- 
lippi, entre Cavalla et Drama, il a été découverte une ins- 
cription lapidaire du VIII e au IX e s., relative aux con- 
quêtes bulgares dans ces parages 1 ). — Trois stèles mono- 
lites qui démarquaient la frontière méridionale de l'Etat 
bulgare en 904; elles avaient été érigées par le roi bulgare 
Siméon à 20 km. au nord de Salonique et ont été décou- 
vertes in situ par l'archéologue danois King 2 ). Près de 
l'ancienne église de Gherman, à Prespa 3 ), on a trouvé 
un document, le plus ancien non seulement parmi les monu- 
ments bulgares, mais slaves en général; il porte une ins- 
cription lapidaire du tsar bulgare Samuel et datant de 
l'année 993. Sur l'île d'Achil, au lac de Prespa, subsistent 
encore de nos jours les ruines de dimensions considérables 
de l'église patriarcale bulgare, bâtie par le même roi Sa- 
muel. — Sur l'île Golémi-Grad du dit lac s'élèvent 
encore les restes d'une forteresse du même roi. Un autre 
fortin en ruines de la même époque ayant la forme d'un 
cône tronqué, a subsisté sur l'élévation méridionale de 
l'île d'Achil 4 ). — Deux autres fortifications analogues de 
l'époque du tsar Samuel se trouvent, l'une au défilé de 
Klutch près Stroumitsa, où fut livrée en 1014 la célèbre 
bataille entre le roi bulgare Samuel et l'empereur byzantin 
Basile II 5 ); l'autre au sud du village Bârzechta, dans la 



*) J, Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 1 et suiv. 

2 ) Cf. Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constantinople, 
vol. III, 184 à 194. — J. Ivanoff, Antiquités bulgares en Macédoine, p. 7 à 9. 

3 ) Bulletin de l'Institut arch. russe de Constantinople, IV, 1 à 20. — 
J. Ivanoff, Ouvrage cité, p. 24 à 26. — Idem, Les Bulgares en Macédoine, 
p. 126 à 127. 

*) Au sujet de ces antiquités v. Bulletin de la Société archéologique 
bulgare, vol. I. 

5 ) Les résultats des fouilles que nous avons pratiquées à Klutch vont 
paraître prochainement. 






— 227 — 

vallée de la Chkoumli supérieure. — Les tours et les ruines 
situées sur la colline dominant la ville de Stroumitsa sont 
connues dans les traditions orales du pays sous le nom de 
« Maisons du tsar Samuel ». — A Okhrida sont conservés 
les fondements et une partie des murs de la forteresse de 
ce même roi. — Sur les hauteurs escarpées qui forment 
le défilé de Démir-Kapou, sur le Vardar moyen, on re- 
marque les ruines des fortifications que le chef bulgare 
Strèze y fit ériger au commencement du XIII e s., forte- 
resses qui étaient reliées autrefois par un pont en fer jeté 
sur le Vardar. — Sur la colline qui domine le village de 
Kirtchévo, district de Démir-Hissar, on voit encore les restes 
de la fortification élevée au XIV e s. par le chef militaire 
bulgare Vrana, avec une ancienne inscription bulgare gra- 
vée sur le rocher. 

L'architecture religieuse est représentée, en Macé- 
doine, par beaucoup plus de monuments qui y ont été res- 
taurés ou dont les ruines sont conservées. 

St. Clément avait été envoyé en Macédoine pour y 
accomplir une mission, sous l'égide du prince Boris. Le 
roi Siméon, fils de ce dernier lui confia ensuite le siège 
d'évêque à Vélika et il fonda, à Okhrida, trois églises, 
dont l'une fut le célèbre couvent de St-Pantéleimon. Après 
cinq siècles d'existence, lors de l'invasion turque, ce mo- 
nastère fut transformé en mosquée musulmane et les re- 
liques de St-Clément furent transférées à l'église de la 
Ste- Vierge où elles sont encore conservées actuellement. 
Le 27 juillet, à Okhrida, se réunit une multitude consi- 
dérable de pieux pèlerins, venus de tous les coins de la 
Macédoine pour célébrer la mémoire de St-Clément. De 
là se répandent dans tout le pays les traditions liées au 
nom du saint, à ses exploits spirituels et à ses travaux 
littéraires. Le nom de Clément (Climé) est un des plus 
en vogue au sein des populations bulgares de la Macédoine 
occidentale. — Sur la rive méridionale du lac d'Okhrida 
s'élève le couvent de St-Naoum, sanctuaire vieux bulgare, 



— 228 

édifié en l'an 900 par Naoum, autre disciples des apôtres 
slaves, que le roi bulgare Siméon envoya en mission apos- 
tolique en Macédoine pour remplacer St-Clément. Suivant 
la tradition, la fille du prince Boris, sœur du roi Siméon, 
ayant été guérie par le saint, le prince combla ce dernier 
de bienfaits et l'aida richement pour la construction du 
couvent. Cette scène de la guérison de la princesse attire 
tout particulièrement l'attention parmi les fresques de ce 
monastère sur lesquelles figurent le prince Boris et les 
apôtres slaves avec leurs principaux disciples. Le saint 
y est vénéré non seulement par les Bulgares, mais aussi 
par les Albanais mahométans qui déposent leurs armes,, 
dont ils ne se séparent pourtant jamais et ôtent pieusement 
leurs souliers avant d'entrer dans le sanctuaire de St- 
Naoum. — - Vers le milieu du X e s., le roi bulgare Pierre 
érigea le couvent de Ryla, situé aux confins septentrio- 
naux de la Macédoine, en l'honneur du premier anacho- 
rète bulgare, St-Jean de Ryla. Grâce à sa situation, au 
milieux des terres bulgares, à son existence millénaire, 
et aux donations dont l'enrichirent les rois bulgares sui- 
vants, tels que Assen, Jean Alexandre, Ivan Chichman, 
le couvent de Ryla devint le vrai centre religieux bulgare 
et le gardien le plus vigilant des traditions nationales 
bulgares. Sa mission évangélique, ainsi que le rôle litté- 
raire et national qu'il a joué parmi les Bulgares, pendant 
la domination cinq fois séculaire des Turcs, ont eu une 
portée considérable. Après le Mont Athos, c'est le lieu de 
pèlerinage le plus important dans toute le péninsule bal- 
kanique. — Le même roi bulgare, Pierre, fit bâtir le cou- 
vent de St- Georges près Scopié, dont les ruines ont été 
découvertes récemment. — Au XI e s., les élèves de St-Jean 
de Ryla fondèrent encore en Macédoine septentrionale trois 
monastères: à Ossogovo, à Lesnovo et à Ptchinia; tous 
trois conservés jusqu'aujourd'hui. — La Macédoine occi- 
dentale, elle aussi, possède ses anciens couvents bulgares 
de Bigor près Dèbre et de Pretchista près Kitchévo. — 



— 229 — 

En Macédoine méridionale, le Mont Athos abrite un autre 
sanctuaire bulgare, le couvent de Zographe dont l'influence 
nationale et littéraire n'a cessé de s'exercer depuis dix 
siècles. Les traditions littéraires et orales font remonter 
sa fondation au X e s. et l'attribuent à la famille royale 
du tsar Samuel et de ses frères. Plus tard, il fut restauré 
par les rois Assen II et Jean Alexandre. C'est là que le 
père de l'histoire bulgare, Païsi, mit la dernière main à 
son ouvrage patriotique de 1762. — Quant aux couvents 
et églises bulgares en Macédoine bâtis à neuf, ou restaurés 
depuis un siècle, v. p. 88 et suivantes. 

En parlant des monuments de l'architecture religieuse 
bulgare en Macédoine, nous ne devons pas passer sous 
silence l'art décoratif bulgare qui se manifeste de la ma- 
nière la plus frappante et la plus originale. Au cours des 
XVIII e et XIX e s., existaient en Macédoine deux écoles 
de sculpture et de ciselure sur bois: l'une à Dèbre, l'autre 
au Razlog. Les artistes confectionnaient surtout des ico- 
nostases, des trônes, des cadres, des corniches, des colonnes. 
Ils sculptaient sur bois, à la perfection et dans les moindres 
détails, des scènes bibliques encadrées de motifs orne- 
mentaux, empruntés aux règnes végétal et animal. Les 
entrelacs et l'élément tératologique, mis en honneur par 
les maîtres de l'art vieux-bulgare, constituent l'originalité 
de cet art bulgare nouveau, dont certains chefs-d'œuvre 
ont exigé dix ans de travail et la collaboration de plusieurs 
artistes, maîtres et élèves. Parmi les boiseries sculptées 
et ciselées dignes d'admiration, il faut mentionner celles 
des églises de Chtip et du Sauvear à Scopié, « exécutées 
par Pierre Philippovitch, de Gari et par Makari de Gali- 
tchnik, Bulgares de Mala-Réka, région de Dèbre, 1824 », 
ainsi que celles du couvent de Bigor. 

La peinture religieuse était cultivée aux mêmes foyers 
artistiques, à Dèbre et au Razlog et, souvent, par les mêmes 
artistes sculpteurs et ciseleurs. Dès la fin du XVIII e s., 
les peintres religieux bulgares commencent à s'affranchir 



— 230 — 

des procédés des vieilles écoles bulgares et byzantines et 
se mettent résolument à faire de l'art réaliste. C'est l'effet 
de l'influence de l'Académie des Beaux-Arts de Vienne 
et des Académies russes, où avaient fait leurs études 
quelques-uns des représentants de la peinture religieuse 
bulgare, tels que Moléroff de Razlog, Dospevsky de Samo- 
kov, etc. 

L'ornementation des anciens parchemins et manuscrits 
bulgares est non moins attrayante surtout pour ce qui est 
des vignettes et des majuscules ornementées. C'est ce 
qu'on appelle en paléographie « style vieux-bulgare », le- 
quel est né sous l'influence des styles oriental et roman, 
puis s'est développé en Bulgarie où des apports nationaux 
et des procédés d'exécution originaux lui ont imprimé 
une nouvelle direction. Le style bulgare du XII e au XIV e s. 
se dégage de l'influence étrangère. Les marques, les plus 
prononcées de son originalité, sont les entrelacs, la bizar- 
rerie et la tératologie. Les manuscrits des régions d'Okhrida 
et de Bytolia, de la Macédoine du nord, du Ryla, des ré- 
gions de Sofia, Tirnovo, ornés tous dans ce style-là, at- 
testent l'unité de culture des différentes provinces bulgares. 

Les mêmes manifestations artistiques se retrouvent 
dans l'ornementation du costume féminin et du mobilier 
bulgares. Elles sont représentées dans les broderies an- 
ciennes et modernes, sur les manches, autour des cols, sur 
le corsage et au bas des chemises, sur les oreillers, les cou- 
vertures, etc. Par leur style, par l'exécution, par leur colo- 
ris, ces broderies rappellent fort l'ornementation des 
manuscrits bulgares et trahissent la communauté des pro- 
cédés de l'ancien scribe bulgare et de la femme bulgare. 

Sous l'influence orientale, romane et, plus tard, sa- 
xonne, l'orfèvrerie de la Bulgarie médiévale et moderne, 
prend un essor considérable, surtout dans la spécialité 
de l'encadrement des icônes, dans celle de la confection 
de châsses pour les reliques de saints, de chasubles, de 
coupes, de croix, de plateaux, de reliures de manuscrits* 



— 231 — 

etc. Les foyers principaux de cet art se trouvaient à 
Sofia, Kratovo, Kiprovtsi, Bytolia, etc. Les travaux en 
filigrane des maîtres de cet art forcent notre admiration 
par leur beauté, leur variété et le fini de l'exécution des 
motifs sur or et argent. Les savants et les profanes s'exta- 
sient à la vue des églises d'Okhrida, des monastères de 
Ryla et de Batchkovo, avec leurs objets d'orfèvrerie, vrais 
chefs-d'œuvre. 

En ce qui touche la question macédonienne, il ressort 
à l'évidence combien l'ancien et le nouveau point de vue 
serbes sont contradictoires et jusqu'à quel degré le second 
correspond au véritable état de choses, étant donné que 
ce point de vue repose sur l'échafaudage des aspirations 
politiques du gouvernement serbe à l'annexion de toute 
la Macédoine ou d'une partie d'elle. 



La thèse bulgare. 

Le point de vue bulgare est basé sur le principe des 
nationalités, tel qu'il a été établi par la sociologie et la 
science politique. En vertu de ce principe, la nationalité 
est une collectivité de citoyens ayant une individualité 
physique et morale, des traditions et des aspirations com- 
munes. Les éléments qui constituent et maintiennent l'in- 
dividualité nationale sont: l'unité de race, l'unité de terri- 
toire, la langue, la religion, l'unité politique, l'histoire et 
les traditions, la littérature, les mœurs et les manifestations 
de la civilisation commune. Plus ces éléments sont mani- 
festes chez telle nationalité, plus ses organes sont unis, et 
plus le sentiment national qui les anime est ardent et vivace. 
Basée sur cette vérité primordiale, la thèse bulgare, 
relative à la population slave en Macédoine, peut être 
soutenue par les arguments suivants qui la résument: 

1° — Les Slaves macédoniens appartiennent au groupe 
oriental ou dacien des Slaves daco-pannoniens qui franchirent 



— 232 — 

le Danube, au cours des VI e et VII e s., et s'établirent dans 
la péninsule balkanique. Les Slaves de Mésie et de Thrace 
rentrent également dans ce groupe, tandis que les Serbo- 
Croates descendent du groupe occidental ou pannonien. 
(Quant à l'exposé des arguments, v. p. 44 à 55.) 

2° — Vers le milieu du IX e s., la plupart des tribus 
slavo-macédoniennes firent partie de l'Etat bulgare et 
portèrent le nom national de Bulgares qu'elles ont gardé au 
cours des siècles suivants et jusqu'à nos jours pour dénommer 
leur nationalité, leur langue, leurs institutions religieuses 
et civilisatrices. (Voir l'exposé des arguments, p. 55 à 60.) 

3° — Au point de vue physique, les Bulgares macé- 
doniens et les Bulgares de Mésie et de Thrace sont identiques. 
Les Serbes en diffèrent sensiblement. 

Ainsi, les Bulgares du nord et les Bulgares macédo- 
niens sont d'une taille moyenne, de 166,5 cm. quant aux 
premiers et de 167,5 cm. quant aux seconds dans la partie 
occidentale de la Macédoine, tandis que ceux de la partie 
orientale mesurent jusqu'à 168,5 cm. Les Serbes sont de 
haute stature: 171 cm. 1 ). 

Par leur indice céphalique, les Bulgares du nord sont 
des mésocéphales en général (79,65 %) comme les Bulgares 
de Macédoine (79,46 % 2 ), tandis que les Serbes accusent 
une brachycéphalie nettement prononcée (84,5 %). 



l ) Cf. D r S. Wateff, Contribution à l'étude anthropologique des Bul- 
gares (Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 1904, 
p. 438 et suiv.). — J.Deniker, Les races et les peuples de la terre. Paris 1900, 
v. les Appendices. — R. Martin, Lehrbuch der Anthropologie. Jena 1914. 
— E. Pittard, Les peuples des Balkans. Recherches anthropologiques dans 
la Péninsule des Balkans, spécialement dans la Dobroudja. Genève et Lyon 
1920. — Nous avons consulté aussi l'étude importante de K. Drontchiloff, 
assistant de géographie à l'Université de Sofia: «Anthropologie des Bul- 
gares macédoniens », qui paraîtra prochainement. 

a ) Les Bulgares de la Macédoine occidentale, ceux d'Okhrida, Monastir, 
Tétovo, etc., sont généralement brachycéphales, probablement sous l'in- 
fluence de l'élément albanais connu par sa brachycéphalie très accusée 
(86,5 %), tandis que les Bulgares de la Macédoine centrale et orientale 
sont mésocéphales, comme les Bulgares de la Bulgarie proprement dite. 



— 233 — 

Quant au pigment (des yeux, des cheveux et de la 
peau), le type brun et le type mélangé dominent chez les 
Bulgares du nord et chez ceux de la Macédoine. Le type 
blond est assez rare. Groupés par types, ils se répartissent 
comme suit: 

Type brun Type mélangé Type blond 

Bulgares du nord 45 % 44,5 % 10,5 % 

Bulgares de Macédoine . 41,96 % 46,27 % 11,77 % x ) 

4° — La langue des Slaves macédoniens est un dialecte 
bulgare, autant dans sa phase médiévale que dans son état 
actuel. 

La langue est, sans contredit, une des caractéristiques 
les plus essentielles d'une nation, puisqu'elle permet à 
ses divers membres de communiquer leur pensée, dont 
elle est l'expression; elle conditionne l'éclosion et l'épa- 
nouissement d'une littérature nationale; c'est par elle, 
enfin, qu'une nation manifeste son idéal, c'est son meilleur 
instrument. 

La langue bulgare, cet organe puissant de la natio- 
nalité bulgare, date de plusieurs siècles. Elle est connue 
par les documents, dont les plus anciens remontent à 
mille ans en arrière. C'est en cette langue bulgare, en 
vieux dialecte sud-macédonien, que, au IX e s., les apôtres 
slaves, les Saloniciens Cyrille et Méthode, ont traduit les 
livres liturgiques, ainsi que cela est établi aujourd'hui par 
la linguistique slave et par ses représentants les plus émi- 
nents du monde entier, soit par Leskien, professeur à 
Leipzig, Jagié et Vondrak de Vienne, Sobolevsky et Lav- 
roff de Pétrograde, Florinsky de Kiev, L. Léger de Paris,etc. 
Les slavistes serbes eux-mêmes, comme nous l'avons 
mentionné plus haut, ne font pas exception à ce sujet et 



l ) Dans l'étude de K. Drontchiloff nous avons, pour la Macédoine, 
un groupement un peu différent: 

Type brun 41 % 

Type mélangé 56,7 % 

Type purement blond 2,3 %. 



234 



reconnaissent que le dialecte macédonien en lequel les 
livres liturgiques ont été traduits, au IX e s., était un dia- 
lecte bulgare. L'inscription lapidaire du tsar bulgare 
Samuel, portant la date de 993, découverte dans la région 
de Prespa, en Macédoine, est le plus ancien document daté, 
en vieux bulgare. C'est également le plus ancien monu- 
ment linguistique slave. 

C'est aussi en ce dialecte macédo-bulgare que se déve- 
loppa une littérature considérable pour les besoins du 
clergé, de l'Etat et des œuvres sociales de la nation bul- 
gare tout entière. Alors que, au moyen-âge, toute l'Europe 
centrale et occidentale se servait d'une langue morte et 
étrangère, le latin, seuls les Bulgares furent assez heureux 
pour créer leur langue littéraire issue d'un dialecte parlé 
et compréhensible, de développer une littérature natio- 
nale, de la transmettre plus tard aux Serbes, Russes et 
Roumains, et de la conduire, après bien des vicissitudes, 
jusqu'à nos jours. Tandis que le parler populaire était ban- 
ni, en tant que langue littéraire, pendant des siècles dans 
les pays occidentaux, le Bulgare n'a cessé de glorifier son 
Dieu et d'écrire en sa langue maternelle, depuis mille ans 
environ 1 ). Ainsi, le dialecte macédo-bulgare, grâce aux 
travaux des saints Cyrille et Méthode et de leurs élèves, 
devint la langue sacrée du monde slave, la clef de sa cul- 
ture spirituelle, la pierre angulaire de sa philologie et l'ins- 
trument puissant de la science linguistique indo-euro- 
péenne. 

Déjà au X e s., le macédo-bulgare ou le bulgare en 
général différait sensiblement du serbe, comme cela a été 
démontré, entre autres, par le philologue serbe L. Stoïa- 
novitch dans son discours inaugural à l'Académie des 



l ) En 1199, le pape Innocent III condamna à l'autodafé la traduction 
de l'Ecriture sainte en langue française. Il n'y a pas longtemps, les Grecs 
brûlèrent à Athènes, en pleine rue, la traduction de l'Evangile en grec 
moderne. En outre, ce qui est plus suranné encore, l'art. 2, alinéa 2, de la 
Constitution de l'Etat de Grèce interdit l'emploi du texte biblique en grec 
moderne. 



— 235 — 

sciences à Belgrade 1 ). Différent du serbe à cette époque 
lointaine, le bulgare dans tous ses dialectes en diffère encore 
plus sous sa forme moderne. 

Le dialecte moderne des Slaves macédoniens n'est pas 
uniforme; il se manifeste, au contraire, par des parlers dif- 
férents. Ainsi, à l'extrême nord de la Macédoine, le long 
de la Pchinia supérieure, de la Moravitsa, des contreforts 
de la Forêt-Noire et en partie du Char, règne le parler 
qui vient de la vallée de la Morava bulgare. Le plus ré- 
pandu est le parler central qui tient le cœur de la Macé- 
doine: Monastir, Prilep, Kitchévo, Vélès, Chtip, la ville 
de Scopié avec ses régions du sud et de l'est (Kàrchi- 
Yaka, Blatia), etc. Le parler du sud englobe les régions 
méridionales de la Macédoine: Okhrida, Dèbre, Castoria, 
Vodéna, Koukouch, Salonique. A l'est de Salonique et 
de la Strouma inférieure, jusqu'à la mer Noire, régnent 
les parlers du bulgare oriental. 

Tous ces parlers macédoniens se caractérisent par les 
signes les plus typiques de la langue bulgare moderne, 
qui les différencient des autres langues slaves et surtout 
du serbe. Voici ces particularités les plus caractéristiques: 

a) La langue bulgare, seule entre toutes les autres 
langues slaves, est devenue analytique. En général, elle 
se sert d'un seul cas, et ce n'est que par exception qu'elle 
emploie parfois le vocatif et l'accusatif. Les parlers macé- 
doniens partagent les mêmes particularités que le bulgare 
commun. Les Serbes, au contraire, ont une langue syn- 
thétique, avec déclinaison complète, comportant sept cas, 
tant au singulier qu'au pluriel. Cas échéant, la différence 
entre le serbe d'un côté et le macédo-bulgare, de l'autre, 
est donc énorme. Voici, p. ex., la déclinaison, au singulier, 
du nom « jéna » (femme) en serbe, en bulgare et macédo- 
bulgare : 



') « Glas » de l'Académie des sciences serbe, vol. III, 14. 



— 236 — 



Serbe : 

Nom. jén-a 


Bulgare 


et macédo-bulgare : 
jéna-ta 1 ) 


Gén. 


jén-é 


na, ot 2 ) 


jéna-ta 


Dat. 


• > • 
jen-i 


na 


jéna-ta 


Ace. 


jén-ou 




jéna-ta 


Voc. 


jén-o 




jén-o 


Instr. 


jén-om 


s, so 


jéna-ta 


Loc. 


jen-i 


v, vo 


jéna-ta 



b) La langue bulgare, seule entre toutes les autres 
langues slaves, se sert largement de V article défini pour 
tous les trois genres; cet article suit les substantifs, les- 
adjectifs, les adjectifs numéraux, les pronoms, les parti- 
cipes. Cette particularité, même si elle était isolée, est 
suffisante pour distinguer le bulgare du serbe car, comme 
Fa dit un savant Croate : « Le domaine de la langue bulgare 
s'étend jusqu'où va l'emploi de l'article défini ». Cet ar- 
ticle se rencontre également dans tous les parlers macé- 
doniens. En outre, ces derniers, comme les parlers du 
Rhodope en Bulgarie, possèdent même trois formes dif- 
férentes d'articles définis, servant à exprimer trois nuances 
différentes 3 ). 

c) La langue bulgare et les parlers macédoniens, seuls 
parmi les autres langues slaves, n'ont pas d'infinitif, alors 
que le serbe l'emploie régulièrement. 

d) Par la richesse, de leur conjugaison, la langue 
bulgare et les parlers macédoniens occupent la première 
place parmi toutes les langues slaves. Ils surpassent le 
serbe par le large emploi des formes de l'aoriste et de l'im- 
parfait, tombés en désuétude dans le serbe. 

1 ) Ta, art. déf. pour le féminin. 

2 ) Na, ot, prépositions à, de. 

3 ) L'emploi de l'article défini, même dans le parler de l'extrême nord 
de la Macédoine, est constaté dans les travaux philologiques des Serbes et 
des étrangers: S. Tomitch, La Forêt Noire de Scopié (Naselja srpskih ze- 
malja, 1905, vol. III, p. 485, 486, 487, 489, 490, 491, 498. - Y. Hadji- 
Vassiliêvitch, La Vieille Serbie méridionale. Belgrade 1909, vol. I er , passim, 
vol. II, passim. — A. Sélichtcheff, Rapport sur mes occupations pendant 
les vacances d'été de 1914. Kazan 1914, p. 18 et suiv. 



— 237 — 

e) La langue bulgare, seule parmi toutes les langues 
slaves, forme le comparatif des adjectifs et des adverbes 
au moyen du préfixe po 9 et le superlatif par l'emploi du 
préfixe naï. Il en est ainsi de tous les parlers macédoniens. 
En serbe, le comparatif se forme d'une autre manière et 
le superlatif se fait en faisant précéder le comparatif du 
préfixe naï. Une autre particularité inconnue dans le 
serbe, mais commune au bulgare et aux parlers macédo- 
niens, consiste dans l'emploi des degrés de comparaison 
pour les substantifs et les verbes. P. ex. : younak (= héros, 
homme vigoureux, gaillard), po-younak, naï-younak; obi- 
tcham (j'aime), po-obitcham (j'aime plus), naï-obitcham 
(j'aime le plus), etc. 

f) La langue bulgare et tous les parlers macédoniens 
ne connaissent pas de longueur et de brièveté des voyelles; 
ils se servent de l'accent tonique, qui, comme en russe, 
peut se déplacer d'une syllabe à l'autre, d'après une règle 
donnée. Le serbe, en revanche, est très sensible aux vo- 
yelles longues et brèves, qu'il emploie sous quatre nuances 
différentes; il n'a pas d'accent tonique proprement dit. 

g) Les voyelles du slavon T> (ù) et b (ï), excepté les 
groupes avec r, 1, ont dans le serbe une seule variante, la 
voyelle a, tandis que les dialectes bulgares et macédoniens 
remplacent le T> par i>, o, le l par t>, e. 

h) A la voyelle nasale a* (o n , a n ) du slavon, correspond 
toujours un ou dans le serbe. Les parlers bulgares et ma- 
cédoniens la remplacent par i> n , t>, a, o n , o. Celui de l'ex- 
trême nord macédonien y substitue ou dans les racines 
des morts et a dans les suffixes et les terminaisons. 

i) Les anciens groupes cht, jd (de *tj, *dj) donnent 
toujours en serbe é, gj. Les parlers de la Bulgarie et de la 
Macédoine les remplacent par cht, jd; chtch, jdj; k\ g\ 
Les variantes k\ g' dans la Macédoine septentrionale s'ex- 
pliquent par l'influence du serbe. 

j) Le vieux slave 5 (dz) qui n'est pas connu dans le 
serbe, est trop employé par les Bulgares du nord et ceux 



238 — 



de la Macédoine, surtout à Scopié, Tétovo, Okhrida, Vo- 
déna, Salonique, etc. 

k) La labiale 1', si caractéristique et fréquente dans 
le serbe, fait défaut ou est très rare dans les parlers bul- 
gares et macédoniens. 

I) Alors que le serbe vocalise la consonne 1 en o, quand 
elle termine une syllabe, les parlers bulgares et macédo- 
niens la conservent. 

m) La langue bulgare et les parlers macédoniens ont 
une unité lexique beaucoup plus grande que le serbe et 
ces mêmes parlers. 

n) La toponymie macédonienne reflète la manière 
de prononcer bulgare. 



Toponymie macédonienne 
à prononciation bulgare: 

Scopié 

Chtip 

Dèbre 

Sâmbotsko 

Lâgadina 

Blatets 

Gradets 

Dambovo 

Dâmbéni 

Glâmbotchani 

Râmbets 

Kândrevo 

Rojden 

Grajdino 

Radojda 

Bârjdani 

Mejdourek 

Ograjden 

Krivogachtani 

Pechtnik 

Pechtani 

Païak 



La prononciation serbe 
aurait été: 

Scoplié 

Chtiplié 

Dabar 

Subotsko 

Lugadina 

Blatats 

Gradats 

Dubovo 

Dubéni 

Dubotchani 

Rubats 

Kudrevo 

Rogjen 

Gragjino 

Radogja 

Brgjani 

Megjourek 

Ogragjen 

Krivogacani 

Peénik 

Pecani 

Paouk, etc. 



— 239 — 

5° — La Macédoine et la Bulgarie du nord ont partagé, 
pendant des siècles, la même destinée politique. 

Depuis le milieu du IX e s. jusqu'en 1018, la Macédoine 
prit une part très active à la vie politique du royaume de 
Bulgarie. Vodéna, Mogléna, Prespa, Okhrida furent tour 
à tour les capitales de l'Etat bulgare. Au cours de la do- 
mination byzantine, aux XI e et XII e siècles, les deux pays 
furent de nouveau soumis au même régime politique. Le 
vainqueur octroya une certaine autonomie au pays et 
maintint ses droits ecclésiastiques. La ville macédonienne 
de Scopié fut désignée comme capitale des « ducs de Bul- 
garie ». Les fréquents soulèvements des Bulgares de Scopié, 
Okhrida, Philippopoli, de la région du bas Danube contre 
les Byzantins, contribuèrent à l'affermissement du senti- 
ment national bulgare et au maintien de son unité politique 
et morale dans tout le territoire peuplé de Bulgares. Au 
déclin du XII e s., la Macédoine, entrant de nouveau dans 
les frontières du second royaume bulgare, obtint sa li- 
berté nationale pour la perdre au cours de la seconde moitié 
du XIII e s. Vers la fin du XIV e s., le joug cinq fois sécu- 
laire des Turcs s'appesantit sur tous les pays bulgares: la 
Bulgarie danubienne, la Macédoine et la Thrace formèrent 
une grande province turque, celle de Roumélie, et la ville 
de Sofia devint le siège administratif et militaire du chef 
de la Roumélie, Beyler-Bey. En 1878, la Bulgarie du 
nord et une partie de la Thrace, obtinrent leur autonomie, 
après tant de souffrances et d'insurrections. La Macédoine 
eut le malheur de gémir quelques décades encore, sous le 
régime du sultan. Ce ne fut qu'après plusieurs révoltes, 
comme celle de Maléchévo en 1876, de Kresna en 1878, 
d'Okhrida et de Prilep en 1881, du Pirin en 1895, de Mo- 
nastir en 1903 x ), et après la première guerre balkanique, 
en 1912, que les forces turques furent brisées à Lulé- 
Bourgas par l'armée bulgare, que la Macédoine fut sauvée 



') Voir p. 108 et suiv. 



— 240 — 

d'une tyrannie néfaste, pour être rejetée, hélas, peu après, 
sous le régime de nouveaux maîtres. 

6° — Les Bulgares de la Macédoine ainsi que ceux 
de la Bulgarie danubienne et de la Thrace ont eu durant des 
siècles la même vie religieuse et ecclésiastique. 

Après qu'en 865, le prince Boris et son peuple se furent 
convertis au christianisme, la nation bulgare, dans sa grande 
majorité, se rattacha à cette religion, rite orthodoxe. Le 
siège du Patriarcat bulgare changeait de place, selon les 
circonstances politiques, Preslav, Okhrida, Tirnovo; et 
lorsqu'en 1767 1'« Archevêché bulgare d' Okhrida» fut usurpé 
par le clergé grec, il y avait plus de capitale religieuse 
bulgare, le Patriarcat grec de Constantinople étant devenu 
chef spirituel de tous les Bulgares chrétiens. C'est au cours 
du XIX e s., après une lutte organisée contre le clergé grec, 
lutte qui dura 40 ans, le peuple bulgare se vit octroyer, 
en 1870, le droit d'avoir une Eglise nationale et autonome. 
Cette lutte débuta en 1830, en Macédoine, à Scopié, elle 
est considérée par tout le monde comme la manifestation 
la plus convaincante de l'existence d'une conscience natio- 
nale bulgare active, et des sentiments qui animent toute 
âme de Bulgare. C'est en Macédoine, dans les diocèses 
de Scopié et d'Okhrida, qu'eût lieu, en 1872, le premier 
plébiscite national dans les Balkans. 95 % des voix se 
déclarèrent en faveur de la nationalité bulgare et de l'Eglise 
bulgare. Jusqu'en 1912, la Macédoine comptait sept métro- 
polites bulgares, sept vicaires, 1132 prêtres avec 1139 
églises, 154 chapelles et 62 couvents. La Macédoine a 
donné à l'Eglise nationale bulgare, après 1870, 11 métro- 
polites: Ghennadius d'Okhrida, Panarète de Florina, 
Nathanaïl de Scopié, Mélétius de Stroumitsa, Cosma de 
Kitchévo, Théodosius de Nevrokop, Méthodius de Prilep > 
Parthénius de Galitchnik, Méthodius de Zarovo (départe- 
ment de Salonique), Mélétius de Monastir, Néophyte 
d'Okhrida. 



— 241 — 

Il y a plus : la Macédoine a participé à la vie religieuse 
du peuple bulgare auquel elle a donné ses premiers saints : 
les frères Cyrille et Méthode de Salonique, Clément d'Okh- 
rida, Naoum d'Okhrida, Jean de Ryla, Prohor Pchinsky* 
Gavril Lesnovsky, Yakim Ossogovsky. Durant la domi- 
nation turque, une série de martyrs macédoniens ont donné 
leur vie pour le christianisme, tels St- Georges de Kratovo, 
brûlé vif à Sofia par les Turcs, Ste-Zlata de Vodéna, St- 
Spass de Radovich, St-Anghel de Monastir, etc. 

Les Bulgares du nord et, enfin, ceux de la Macédoine, 
ont coopéré à l'évolution générale de l'humanité, par la 
doctrine religieuse et sociale du « bogomilisme », précur- 
seur de la Réforme de Huss, de Calvin, de Zwingli et de 
Luther et pionier des doctrines démocratiques des temps 
modernes. Le bogomilisme apparût dans les pays bulgares 
au X e s. et se développa par ses deux écoles: l'une en 
Bulgarie proprement dite et l'autre en Macédoine dont 
les localités de Bogomila, Babouna, Koutoughertsi, etc., en 
évoquent le souvenir. Dans maintes manifestations de la 
vie sociale, religieuse et littéraire des Bulgares, le bogo- 
milisme ramène les esprits à la réalité par ses incitations 
à la révolte contre les seigneurs et le clergé corrompu, ses 
commandements enjoignant au peuple de ne plus travailler 
pour le compte de ses maîtres, ses conceptions religieuses 
dualistes et le genre de vie austère qu'il préconise. Il fran- 
chit les frontières bulgares, provoque de violentes com- 
motions en Byzance, favorise ï'éclosion de communautés 
bogomiliennes en Bosnie, en Italie, en France, où ses 
adeptes, sous le nom d'Albigeois (Bugri, Bougres, Bulgares) 
donnent le signal d'une croisade et d'une longue et sang- 
lante guerre. 

7° — La Macédoine a pris une part considérable à la 
vie littéraire bulgare. Sans parler de la vieille littérature 
religieuse bulgare, dont les auteurs en vue ont travaillé 
en Macédoine pendant les IX e , X e et XI e s., tels que 

16 



— 242 — 

Clément, Hrabre, le prêtre Jean, etc., pour ne nous arrêter 
qu'à l'époque moderne, nous devons faire ressortir que les 
premiers écrivains bulgares et les promoteurs du réveil natio- 
nal bulgare, viennent de la Macédoine. Le mouvement lit- 
téraire et national ne se propagea que plus tard en Bul- 
garie danubienne et en Thrace. Le père de cette renais- 
sance est le macédonien Païssi qui, en 1762, lançait par 
son « Histoire des Bulgares » cet avertissement si profon- 
dément national : « Bulgare ! ne te trompe pas, aie cons- 
cience de ta race et de ta langue, enseigne en bulgare: la 
simplicité et la bonne foi bulgares dépassent la finesse 
grecque ...» Le premier écrivain bulgare, Hadji Yakim 
Kirtchovsky, qui, depuis 1814, se servit de la langue bul- 
gare moderne dans ses publications, est également un Ma- 
cédonien, de Kitchévo. Dès 1816, le cadet de ses contem- 
porains, Cyrille Peytchinovitch de Tétovo (Macédoine du 
nord), fit imprimer des livres « en langue simple bulgare 
telle qu'elle est parlée à Scopié et Tétovo ». Le Bulgare 
qui installa la première imprimerie bulgare, à Salonique, 
était encore un Macédonien, Théodossi Sinaïtsky de Doïran. 
Il y imprima ses propres ouvrages et ceux de ses compa- 
triotes, écrits « en langue slavo-bulgare » ou « en langue 
populaire bulgare ». Un autre macédonien, Néophyte 
Rylsky, est le premier pédagogue bulgare. Le premier 
philologue bulgare, qui compulsa les manuscrits du Mont 
Athos est C. Petkoff de Vélès. Les premiers grands folk- 
loristes bulgares sont les frères Miladinoff, de Strouga, sur 
les bords du lac d'Okhrida. Le premier poète bulgare qui 
a chanté les tristes destinées de son pays natal, la Macé- 
doine, c'est R. Jinzifoff, qui s'écriait en 1862: «Je suis 
Bulgare. Des Bulgares vivent dans ce pays! » 

8° — Après la promulgation du Hatti-Chérif et surtout 
du Hatti-Houmaïoum, en 1856, par lequel le gouvernement 
turc proclama l'égalité de race, surgirent en Macédoine 
maintes corporations d'artisans et nombre de salles de lec- 



— 243 — 

ture, avec désignation de leur nationalité. Tandis que le 
mot de « bulgare » figurait sur leurs sceaux et enseignes, 
celui de serbe p. ex. ne s'y rencontrait jamais. Ainsi: 
« Corporation des tailleurs bulgares » à Salonique (1817), 
« Corporation des tailleurs bulgares » à Prilep (1867), 
« Corporation des boulangers bulgares » à Monastir (1867), 
« Salle de lecture bulgare », à Vodéna (1870), « Salle de 
lecture bulgare » à Vélès (1870), etc. 

9° — Le caractère bulgare de la population slave en 
Macédoine a été, à maintes reprises, consacré par la science. 
A ce sujet, voir le chapitre suivant. 

10° — La majorité de la population de la Macédoine 
a été consacrée bulgare en vertu des actes officiels et des 
décisions diplomatiques et internationales. Voici les prin- 
cipaux de ces documents: 1° Le projet de fédération de 
1867 entre la Serbie et la Bulgarie, dans lequel on lit que 
la Bulgarie comprend les Bulgares, habitant la Bulgarie, 
la Thrace et la Macédoine. — 2° Le firman impérial de 
1870, instituant une Eglise nationale bulgare. Sous l'auto- 
rité de cette Eglise entraient directement (art. 10) les dio- 
cèses macédoniens de Vélès et de Chtip-Kustendil; pour 
les autres diocèses, on prévoyait (art. 10, alinéa 1) le plé- 
biscite. Le plébiscite de 1872 fit entrer dans le giron de 
l'Eglise bulgare les diocèses de Scopié et d'Okhrida, et 
ainsi de suite. — 3° Les décisions des Grandes Puissances 
à la Conférence de Constantinople, en 1876 — 1877, selon 
lesquelles toute la Macédoine, excepté la région de Salo- 
nique, devenait partie intégrante de l'Etat de Bulgarie. — 
4° Le traité de San-Stéfano, de 1878, qui faisait entrer 
dans les limites de la Bulgarie presque toute la Macédoine 
géographique, excepté la ville de Salonique, la presqu'île 
Chalcidique. — 5° L'action entreprise par les Grandes 
Puissances, en vue des réformes à introduire en Macédoine. 
— 6° Le traité serbo-bulgare de 1912, qui consacrait le 
caractère bulgare de la Macédoine. — 7° La note remise 



— 244 — 

au gouvernement bulgare le 29 mai 1915, par les Puissances 
de l'Entente (la France, l'Angleterre, la Russie et l'Italie), 
note d'après laquelle toute la Macédoine centrale avec 
Monastir, Okhrida, Vélès, la Macédoine orientale avec Ca- 
valla sont concédées à la Bulgarie. Pour plus de détails 
sur les actes, voir « Les Bulgares devant le Congrès de la 
paix». 2 e éd. 1919, passim, de J.Ivanoff. 



VIII. 



La question macédonienne devant 

la science. 



Parmi les éléments d'ordre politique, économique et 
ethnographique qui constituent le problème macédonien, 
la place la plus importante doit être assignée à l'élément 
relatif à la nationalité des Slaves macédoniens qui forment 
la majorité de la population du pays. Et comme les points 
de vue des peuples balkaniques intéressés ne sont pas tou- 
jours d'accord sur la question, on doit avoir recours à 
l'avis des savants et des spécialistes les plus éminents de 
l'étranger qui ont élevé leur voix en faveur de la vérité, 
d'autant plus que leur opinion est unanime et désintéressée. 
Les hommes d'Etat et les hommes politiques qui sont 
appelés à régler le sort de la Macédoine n'ont qu'à suivre 
les suggestions de ces spécialistes, s'ils veulent obtenir la 
pacification longtemps attendue des pays balkaniques. 

Dans la revue des décisions de la science, émises sur 
la question qui nous occupe, nous avons omis intentionnel- 
lement toute citation de source balkanique, surtout bul- 
gare. Néanmoins, nous nous sommes servi des assertions 
des savants serbes provenant de l'époque antérieure au 
conflit macédonien. 

L'exposé des appréciations suit l'ordre chronologique. 

1. — Vouk Karadjitch, Serbe, le plus grand ethno- 
graphe de son peuple et le créateur de la langue littéraire 
et de l'orthographe serbes modernes. 



— 246 — 

Il estimait que la Macédoine est une terre bulgare 
et que le territoire ethnographique et linguistique serbe 
s'arrête à la haute montagne Char-Planina. Dans le brouil- 
lon de Karadjitch du 17/29 août 1836 on lit: «Limites 
extrêmes de la Serbie au sud: la plaine de Kossovo, la 
Métochie avec Prizrend, Ipek. etc. » (La Correspondance 
de Vouk. Belgrade, 1907—1912, vol. III, p. 577.) Kratovo, 
ville de la Macédoine septentrionale, est considérée par 
lui comme ville bulgare (Correspondance de Vouk. I, 
p. 348). 

Karadjitch est le premier qui, en 1815 et 1822, publie 
des chansons populaires de la Macédoine, chansons qu'il 
a intitulés « chansons bulgares », notamment dans son 
recueil de chansons « Pesnaritsa » de 1815 et dans le sup- 
plément aux dictionnaires comparés de St-Pétersbourg, 
1822. C'est toujours lui, le premier, qui dans son « Supplé- 
ment » a publié des notes sur la grammaire bulgare et des 
textes en langue bulgare. Cette première contribution 
scientifique du « Grand » Serbe, sur la langue bulgare a 
été basée sur le dialecte macédonien. 

En 1859, Karadjitch écrivait à Naïden Ghéroff, vice- 
consul de Russie à Philippopoli une lettre pour lui demander 
quelques renseignements relatifs aux terres bulgares alors 
sous la domination turque. La Macédoine entre autres 
y était comprise, comme on peut en juger par la missive 
suivante : 

«Vienne, le 16/28 mars 1859. 

Très honoré Monsieur, 

En me référant à la courte entrevue que nous avons 
eue ici et à votre zèle patriotique, je prends la liberté 
de vous déranger par cette lettre et la prière qui en fait 
l'objet. 

Je vous envoie ci-inclus une liste de noms de plusieurs 
bourgs, villes et cours d'eau en Bulgarie, Macédoine, 
Roumélie, ainsi que dans l'Archipel et vous prie: 



— 247 — 

1° de rectifier les noms qui y figurent s'ils sont faux 
ou si le peuple chez vous les désigne autrement; 

2° de m'indiquer, pour chacune de ces localités, le 
nombre des maisons turques, bulgares, grecques ou va- 
laques, le nombre des mosquées turques, des églises, 
prêtres, écoles et instituteurs .... 

Je sais que cela est très difficile, mais j'espère que vous 
vous y prêterez avec plaisir, surtout si je vous dis que ces 
données me sont indispensables pour un ouvrage sur les 
Serbes et les Bulgares que je suis en train d'écrire .... 

Je suis respectueusement votre 

Vouk Steph. Karadjitch. 

Villes en Bulgarie: 

Vidin, Artchar-Palanka, Lom-Palanka, Drénovets, 

Metkovets, Tchiprovets, Pirot, Berkovitsa, Nich, Rahovo, 

Vratsa, Sopot, Nikopol, Svichtov, Pleven, Lovetch, Sév- 

liévo, Rousse, Tirnovo, Osman-Pazar, Toutrakan, Silistra, 

Razgrad, Djoumaïa, Choumen, Rassovo, Kutchouk- 

Kaïnardji, Kustendja (Constantsa), Mangalia, Pazardjik, 

Raltchik, Provat, Varna, Vrania, Katchanik, Babadagh, 

Hirsovo, Kozloudja, Djoumaïa, Tikvech, Tétéven, Dria- 

novo, Radomir, Kaménopolé, Bélogradchik, Koumanovo 1 ), 

Scopié, Sofia, Doupnitsa, Kratovo, Etropol, Zlatitsa, Sa- 

mokov, Tatar-Pazardjik, Grabovo, Kalofer, Plovdiv, Ka- 

zanlyk, Klissoura, Yambol, Sliven, Zagar ou Zagra, Kotel, 

Karnavad, Aïtos, Missivria, Bourgas, Chtip, Vélès, Kava- 

dartsi, Prilep, Radovitch, Stroumitsa, Petritch, Doliani, 

Nevrokop, Melnik, Souchitsa, Stanimaka, Ouzoundjovo, 

Issaktcha, Matchine, Toultcha, Ikhtiman, Novi-Han, Trn, 

Béla-Palanka, Djezaïr, Tchirpan, Sozopoli, Enidjéli, An- 

hialo. 

Cours d'eau en Bulgarie: 

Lom, Ogoust, Isker, Vit, Rossitsa, Drista, Taban, 
lac Devno, Kamtchik, Sitnitsa, Lépènitsa, Vardar, Strouma, 



l ) Les noms en italique sont en Macédoine. 



— 248 — 

Strema, Maritsa, Toundja, Tcherna-Réka, Brégalnitsa, 
M esta, Téka, Stroumitsa. 

Villes en Macédoine, en Roumélie et dans l'Archipel: 

Vlaho-Klissoura, Salonique, Serrés, Drama, Orfano, 
Oladjik, Yénidjé, Cavalla, Gumuldjina, l'île de Thasos, 
Tchirmen, Orta-Keuy, Dimotika, Makri, Troïanopol, 
Féredjik, Hass-Keuy, Enos, Drenopol ou Edréné (Andri- 
nople), Kirk-Klissé, Eski-Baba, Ouzoun-Kupri, Hieropol, 
Ypsala, Aïnadjik, Malgara, Kéchan, Ahtopol, Sergan, 
Midia, Viza, Sérail, Tchatal, Ormanli, Gallipoli, Silivria, 
Erekli, Rodosto, Kilia, Tsarigrad (Constantinople), Scutari. 

Cours d'eau en Macédoine, en Roumélie et dans l'Archipel: 

Matnitsa, Anghista, Arda, Régina, Tchorlou, Bélo- 
Moré (Archipel)» 1 ). 

2. — Le professeur Victor Iv. Grigorovitch, un des 

fondateurs de la slavistique en Russie, après son voyage 
dans les Balkans en 1844 et 1845, a publié en 1848 son 
« Aperçu d'un voyage en Turquie d'Europe ». C'est « un 
livre classique, dit un slaviste russe contemporain, d'où 
émane l'amour le plus profond et le plus intense pour les 
Slaves et leur culture ». Grigorovitch, cette grande auto- 
rité dans le domaine des études slaves, reconnaît que les 
Slaves macédoniens sont des Bulgares par leur langue, 
leur passé et leurs aspirations. Voici quelques extraits 
de cet ouvrage, tirés de la 2 e édition, de Moscou 1877. 
« Etant donnée l'impossibilité de parcourir le vaste 
champ de la langue bulgare dans toute son étendue, j'ai 
cherché à visiter au moins les endroits où je croyais pou- 
voir trouver des particularités de dialectes. Au fond, 
mon plan de voyage était dominé par une idée : recueillir 
des renseignements dans des régions où la situation géo- 



*) Archives de Naïden Ghéroff. Publiées par l'Académie des Sciences 
bulgare, 1911, vol. I, p. 739. 



— 249 — 

graphique faisait prévoir des différences de dialectes. C'est 
pour cela que j'ai atteint les frontières de l'Albanie, pé- 
nétré dans les forêts du Dospat, parcouru les plaines de 
la Thrace et visité deux fois la Bulgarie danubienne . . . En 
général, les Bulgares connaissent le turc ou le grec et cette 
circonstance empêche de déterminer, dès le premier entre- 
tien, quelle est leur langue maternelle. Ce n'est que dans 
leur vie domestique, en présence des femmes, qui sont, 
comme on le sait, très soumises, qu'il m'a été permis d'ap- 
précier la richesse de leur langue et des formes employées. 
En Macédoine, surtout, le Bulgare ne cherche pas dans les 
entretiens au dehors à faire un choix de mots ; quelquefois 
il emploie un langage qui est un mélange des trois langues 
(le bulgare, le turc et le grec). Mais, dès qu'il est, dans 
sa famille, il se sent à l'aise, sa langue se délie, son parler 
devient plus pur et atteint la précision classique . . . En 
ce qui concerne les dialectes, les Bulgares mêmes n'en ont 
pas encore des notions précises. Ils en jugent plutôt par 
le lexique; c'est pourquoi, en Macédoine par exemple, les 
habitants, surtout ceux des villes, distinguent plusieurs 
dialectes. Ainsi, on cite ceux de Vodéna, de Prilep, de 
Vélès, le dialecte des Chopos. Cependant, tous ces idiomes, 
étudiés de plus près, n'en font qu'un seul. On en peut 
dire autant des autres régions où l'on parle le bulgare . . . 
Je suis d'avis que la langue bulgare comprise dans toute 
son acception peut être divisée en deux sections ... La 
première, que j'appellerai occidentale, embrasse toute la 
Macédoine jusqu'aux Rhodopes; puis, en suivant cette 
chaîne de montagnes vers le nord, elle englobe une partie 
de la Bulgarie danubienne, jusqu'à Vidin. La section 
orientale comprend le pays à l'est des Rhodopes, au nord 
et au sud du Balkan » (p. 162 et suiv.). 

«De Salonique à Enidjé-Vardar, sont situés les vil- 
lages ... Ils sont habités principalement par des Bulgares 
qui se rencontrent déjà aux portes de Salonique, du côté 
de l'ouest . . . Vodéna (anciennement Edessa) a une po- 



— 250 — 

pulation mixte, cependant bulgare en majorité. J'y ai 
visité neuf églises et l'école nouvellement ouverte, fré- 
quentée seulement par des enfants bulgares, fait digne d'être 
signalé . . . Ostrovo, village remarquable sur un lac de 
montagne, a une population moitié bulgare, moitié turque... 
Bytolia (Monastir), avec une forte garnison, logée dans des 
casernes construites par les Bulgares, a une population 
de Bulgares, de Valaques et de Turcs. On m'a raconté, 
ce que j'ai moi-même remarqué, que les Bulgares forment 
la majorité ... La ville d'Okhrida est actuellement peuplée 
de Bulgares, de Valaques et de Turcs et en partie aussi 
de Grecs et d'Albanais. Les premiers sont les plus nom- 
breux. Les Bulgares d'Okhrida se distinguent par leur 
instruction et par la vivacité de leur caractère ... A 
Strouga, il y a une église dédiée à St- Georges où se trouvent 
quelques manuscrits et de vieux livres slaves imprimés. 
Près de l'église, il y a une école grecque. Les habitants 
de la ville sont Bulgares et Albanais, mahométans et 
chrétiens ... La ville de Ressen est peuplée de Bulgares . . . 
Les habitants de Serrés sont des Turcs, des Bulgares, des 
Valaques et des Grecs. Les deux derniers éléments sur- 
passent considérablement l'élément bulgare ... A Démir- 
Hissar (Valovichta) j'ai visité le varoch, c'est-à-dire la 
partie supérieure (élevée) de la ville, peuplée de Bulgares » 
(p. 91, 93, 96, 101—104, 107, 114, 121, 123). 

3. — A. Hilf erding, autre slaviste russe éminent, 
voyagea en Serbie, Bosnie, Herzégovine, en 1856 et 1857, 
et pénétra en Macédoine. Il estime que le mont Char 
sépare la Bulgarie de la Serbie et que les Bulgares ont passé 
même au nord de cette limite. « Prizrend », dit-il, « est 
situé encore en pays serbe, mais à son extrémité même, 
au pied de l'énorme crête (le mont Char) qui a arrêté le 
mouvement de la race serbe vers le sud. Cette crête sert 
de limite entre elle et la race bulgare, laquelle a contourné 
cette crête du côté sud-est, et a occupé la Macédoine et 



— 251 — 

la partie orientale de l'Albanie ... On y compte (à Priz- 
rend) environ 3000 maisons mahométanes, 900 maisons 
orthodoxes et 100 maisons catholiques abritant environ 
12,000 habitants mâles. La majorité des musulmans et 
la totalité des catholiques sont des albanais; les Serbes 
forment la majorité des orthodoxes, mais on compte aussi 
bon nombre de Valaques-Tsintsares, des Bulgares et des 
Grecs. La langue des Serbes de Prizrend se rapproche déjà 
sensiblement du dialecte bulgare ... Il serait instructif 
d'étudier cette fusion du serbe avec le macédo-bulgare de 
la population habitant les vallées du Char et le district 
de Tétovo ou Polog » (Oeuvres complètes. Vol. III. 
Pétrograde 1873, pages 141—142). 

4. — J. G. von Hahn, consul autrichien à Joannina 
et à Syra, connu par ses savantes publications sur la langue 
et les légendes populaires des Grecs et des Albanais ainsi 
que par ses voyages scientifiques à travers la péninsule 
balkanique et surtout à travers la Macédoine. 

Ses investigations sur l'ethnographie de la Macédoine 
ont une importance capitale. Dans son premier voyage 
en automne 1858 (Reise von Belgrad nach Salonik. Wien 
1861) il était accompagné de Fr. Zach, de nationalité 
tchèque, chef de l'Ecole d'artillerie de Belgrade. Grâce 
à la collaboration de son compagnon officiel serbe, Hahn 
a pu dresser sa carte ethnographique d'une manière plus 
satisfaisante, les deux voyageurs s'entr'aidant par la 
connaissance des langues de la péninsule. Les hommes 
savants et politiques serbes s'intéressaient beaucoup aux 
résultats de cette mission. Le grand ethnographe serbe, 
Vouk Karadjitch, en fut averti tout de suite. En date 
du 7 janvier 1859, Yovan Gavrilovitch écrivait de Bel- 
grade à Karadjitch, entre autres : « M. Fr. Zach, directeur 
de l'Ecole d'artillerie de notre ville, a voyagé avec M. Hahn 
de Belgrade jusqu'à Salonique et vient de rentrer ces 
jours-ci de son voyage. Je suis allé le voir aujourd'hui et 



— 252 — 

lui ai demandé s'il a noté au cours de son voyage les loca- 
litées habitées par les Serbes, les Bulgares et les Albanais 
dans ces régions. Il m'a répondu que non seulement il 
avait noté, mais à ma très grande joie il m'a montré une 
carte où il a marqué tout ce que nous désirons connaître » 
(Correspondance de Vouk. Vol. III, p. 420). 

Cette carte, qui ne répondait pas aux espoirs des 
Serbes, n'a pas été admise dans la littérature serbe. Elle 
a paru cependant dans l'ouvrage précité de Hahn, sur deux 
grandes feuilles, sous les titres suivants : 1° « Croquis de 
la région occidentale de la Morava bulgare, par J. G. von 
Hahn et Fr. Zach »; 2° « Croquis du bassin occidental du 
Vardar supérieur, par J. G. von Hahn ». Sur ces cartes, 
chaque nom de village est suivi des signes de convention 
pour désigner la nationalité des habitants : a = albanaise, 
b = bulgare, s = serbe. 

Eh bien, d'après ces cartes, la frontière ethnographique 
serbo-bulgare longe la rivière la Morava bulgare et va 
jusqu'à la ville de Prizrend. Au sud-est de cette ligne 
habitent les Bulgares, au nord-ouest les Serbes et les Al- 
banais. La population à Kourchoumly, Prokouplié, entre 
Prokouplié et Nich est serbe (Reise von Belgrad nach Salo- 
nik, pages 22, 136, 137), tandis que Kourvin-Grad, Les- 
kovets, Vrania sont peuplés de Bulgares (Ibidem, 28, 45, 144, 
145, etc.). Ghilani, sur la haute Morava bulgare a une 
population mixte, des Albanais et un peu de Bulgares. Au 
nord du mont Char, la population est serbe et albanaise, 
sauf à Prizrend où l'auteur signale des Bulgares. 

En ce qui concerne l'intérieur de la Macédoine, Hahn 
et Zach reconnaissent que sa population slave est bulgare 
de langue et de nationalité. Hahn est arrivé aux mêmes 
résultats après le second de ses voyages en 1863, accompli 
sur l'invitation de l'Académie Impériale des Sciences à 
Vienne et décrit dans le « Reise durch die Gebiete des Drin 
und Wardar unternommen im Jahr 1863 » (paru en 1867 
dans les Mémoires de la même Académie). 



— 253 — 

Nous laissons de côté les passages se rapportant au 
centre macédonien bulgare et mentionnerons seulement 
les notes de l'auteur relatives à la périphérie de la Macé- 
doine: 

« Koumanovo. Ville de 650 maisons, dont 300 maho- 
métanes et 350 chrétiennes, bulgares; il y a en outre 30 
hameaux tsiganes, de sorte que la population se monte 
approximativement à 3500 habitants » (Reise von Belgrad 
nach Salonik, page 56). Des 134 villages du district de 
Koumanovo, 90 sont bulgares. 

« Florina ... Le nombre de maisons (3000) qu'on 
nous a indiqué pour Florina est peut-être exagéré. Les 
Albanais mahométans et les Turcs forment la moitié de 
la population, et l'autre moitié est représentée par les 
Bulgares chrétiens » (Ibidem, p. 120). 

« Okhrida ... Le quartier appelé Varoch est habité 
principalement par des Bulgares chrétiens qui se consi- 
dèrent comme des véritables citadins et forment une com- 
munauté à part » (Reise durch die Gebiete des Drin und 
Wardar, p. 113). 

« Strouga est situé sur les deux bords de la rivière 
Drin à la sortie du lac. La rivière le partage en deux. La 
moitié bulgare chrétienne compte 361 maisons et occupe 
le côté occidental, tandis que la moitié orientale compte 220 
maisons mahométanes et 30 chrétiennes » (Ibidem, p. 99). 

« Ressert a 600 — 700 maisons dont 150 mahométanes, 
60 tsiganes (10 chrétiennes), 100 koutsovalaques chré- 
tiennes et le reste (300 à 400) bulgares chrétiennes . . . 
Dans les villages de la Haute-Prespa, on parle seulement 
le bulgare et dans ceux de la Basse-Prespa — l'albanais » 
(Ibidem, p. 139). 

« Ghevghéli . . . Là, il y a une école lankastrienne dans 
laquelle, dit-on, l'enseignement est donné en grec par un 
maître d'école grec. Les environs cependant sont tout- 
à-fait bulgares et même dans la ville, la langue des familles 
est le bulgare » (Ibidem, p. 179). 



— 254 — 

« Prizrend, d'après le recensement officiel, a 11,540 
maisons, dont 8400 mahométanes, 3000 orthodoxes et 
150 catholiques. Le total de sa population serait de 46,000, 
dont 36,000 mahométans, 8000 orthodoxes (Bulgares et 
Koutso-Valaques) et 2000 catholiques» (Ibidem, p. 79). 

5. Stéphan Verkovitch, Serbe. Subsidépar legouverne- 
ment serbe, il fut chargé d'une mission scientifique en 
Macédoine, y passa quelques dizaines d'années pour acheter 
des manuscrits et des antiquités pour le Musée serbe* En 
1863 il fut élu membre de la « Société savante serbe », et 
plus tard fut reçu à l'Académie Royale des sciences à Belgrade. 

Outre quelques études archéologiques et historiques, 
Verkovitch publia en 1860 un recueil de « Chansons popu- 
laires des Bulgares macédoniens. Livre 1 er , chansons de 
femmes. Belgrade ». Ce recueil, fruit de dix ans de séjour 
et de recherches en Macédoine, a été dédié à la princesse 
serbe Julie Obrénovitch et imprimé dans l'imprimerie 
de l'Etat serbe. Dans une longue préface, l'auteur énumère 
les régions sud-macédoniennes peuplées de Bulgares, tels 
les districts de Castoria, Vodéna, Enidjé-Vardar, Négouch 
(Niausta), Koukouch, Doïran, etc. Le cours de la rivière 
Bystritsa forme la ligne de partage des éléments grecs 
et bulgares; puis, de Salonique cette ligne passe par les 
villes de Koukouch, Doïran, Démir-Hissar, Serrés, Drama 
pour aboutir à la basse Mesta qui sépare la Macédoine 
de la Thrace (p. II à VIII de la préface). 

En 1868, Verkovitch publia à Moscou son ouvrage 
«Description de la vie des Bulgares macédoniens» conte- 
nant de précieuses notes ethnographiques sur le terri- 
toire de la Macédoine peuplé de Bulgares, notamment 
de Char-Planina à Salonique, du lac d'Okhrida à la Mesta, 
avec les villes de Scopié, Chtip, Kustendil, Vélès, Monastir, 
Prilep, Okhrida, Castoria, Vodena, etc. 

Dans son dernier ouvrage : « Esquisse topographique 
et ethnographique de la Macédoine », paru à Pétrograde 



— 255 — 

en 1889, Verkovitch pose comme frontière ethnique entre 
Serbes et Bulgares la haute Char-Planina (p. 43). Il y 
donne la statistique de la population macédonienne que 
nous avons reproduite. 

6. — Stoïan Novakovitch, président de l'Académie 
Royale des sciences serbe, le savant le plus éminent parmi 
les Serbes des temps modernes. 

Le précurseur des prétentions serbes sur la Macédoine 
fut Miloch Miloévitch. En 1872, il présenta à la « Société 
savante des Serbes », plus tard «Académie Royale des 
Sciences », son recueil de chansons populaires serbes de 
la « Vraie Serbie » (y compris le Kossovo, la Macédoine, 
etc.), la plupart composées par l'auteur. Miloévitch trouve 
des Serbes partout, dans les Indes, en Asie Mineure, en 
Afrique; les Romains et les Hellènes en venant en Europe, 
s'installent sur des « terres serbes », etc. La commission 
(S. Novakovitch et M. Kouyoundjitch) chargée d'examiner 
le recueil, présenta son rapport dans la séance de la Société, 
le 1 er février 1873: le recueil fut rejeté. 

A propos des prétentions de Miloévitch sur la Macé- 
doine comme terre serbe, nous lisons dans le rapport de 
la commission ce qui suit: «D'après les données ethno- 
graphiques de ces chansons populaires, c'est à peine s'il 
y aurait des Bulgares dans la péninsule des Balkans . . . 
L'auteur manque tout-à-fait de sentiment de fraternité 
et de tact envers nos voisins à l'est (les Bulgares). C'est 
par une telle mentalité et une politique d'accaparement 
que nous fûmes livrés au moyenâge à la servitude des 
Turcs. De nos jours, de nouveau, nous risquons de nous 
exposer aux calamités d'autrefois si par notre conduite à 
l'égard des Bulgares, nous imitons les procédés de M. Mi- 
loévitch » (Glasnik XXXVIII, p. 346, 347). 

7. — A. Dozon, Français, correspondant de l'Institut, 
fit sa carrière consulaire à Philippopoli, à Salonique, à Mos- 
tar (Herzégovine). Il se fit connaître par sa connaissance 



— 256 — 

des langues balkaniques et par ses travaux sur la poésie 
populaire des Serbes, des Bulgares, des Albanais, etc. Do- 
zon fut chargé par le gouvernement français d'une mis- 
sion scientifique concernant le folklore bulgare. Voilà ce 
qu'il a dit de la langue bulgare: « Cette langue est aujour- 
d'hui dominante non seulement dans la Bulgarie, mais 
dans la plus grande partie de la Thrace et de la Macédoine, 
et elle a dû assez longtemps régner en Albanie et en Epire, 
comme en témoignent de nombreuses dénominations géo- 
graphiques et autres, dont une partie cependant doit être 
rapportée à la domination serbe, qui précéda de peu celle 
des Turcs. Ses limites occidentales sont le district de Bitol 
ou Monastir, le lac d'Okhrida et la région des Dibras, 
qu'elle dispute à l'albanais. Elle se divise en un grand 
nombre de dialectes, qu'on peut ramener à trois types: 
les orientaux ou de la Bulgarie et de la Thrace, les occi- 
dentaux ou de la Macédoine méridionale et ceux de la 
Macédoine du nord et de la vieille Serbie, qui se rapprochent 
du serbe par certaines formes grammaticales. Les dia- 
lectes occidentaux ou du sud-est de la Macédoine, diffèrent 
beaucoup des autres, notamment en ce qui concerne la 
prononciation et les élisions, dont l'abus semble trahir une 
influence étrangère » (Chansons populaires bulgares. Paris 
1875, p. XII). 



8. — Louis Léger, membre de l'Institut, professeur 
au Collège de France, par ses multiples et érudits travaux 
sur les Slaves et ses voyages dans les Balkans, est peut-être 
le Français le mieux qualifié pour dire la vérité sur la ré- 
partition ethnique des Slaves du sud. Nous citons les 
extraits suivants de ses ouvrages: 

En parlant du paléoslave, un dialecte macédonien: 
« Cet idiome n'est point, comme on pourrait le croire, une 
langue-mère d'où dérivent les idiomes slaves modernes, 
c'est simplement une sœur aînée, c'est l'ancienne langue 
des Slaves bulgares, dans laquelle l'apôtre Cyrille (de Salo- 



— 257 — 

nique) traduisit les Ecritures au neuvième siècle » (Cyrille 
et Méthode. Paris 1868). 

« Au point de vue politique, on désigne sous le nom 
de Bulgarie: 1° La principauté établie par le traité de 
Berlin entre le Danube et les Balkans, avec Sofia pour capi- 
tale; 2° le groupe formé par cette principauté et la province 
autonome de Roumélie orientale, réunies à la suite de la 
révolution qui s'est accomplie en septembre 1885 à Phi- 
lippopoli. C'est de ce groupe que nous allons nous occuper 
ici; mais il est bon de faire remarquer qu'il ne comprend 
pas encore tout l'ensemble des Bulgares. Il laisse en dehors 
les Bulgares de la Macédoine et de la Roumélie occidentale 
destinés vraisembablement à être réunis quelque jour à 
leurs frères affranchis, ceux de la Dobroudja, abandonnée 
à la Roumanie par le traité de Berlin, ceux des départe- 
ments de Pirot, Nich et Vrania, que le traité de Berlin 
a donnés à la Serbie » (Grande Encyclopédie, t. VIII, 
p. 400). 

« L'intégrité de la Bulgarie comporte certains débou- 
chés sur la mer Egée et la possession de la Macédoine, 
pays essentiellement bulgare » (Brochure sur « Les luttes 
séculaires des Germains et des Slaves ». Paris 1916, 
p. 22 à 23). 

« Privée de la Bosnie et de l'Herzégovine, la Serbie 
étouffait dans ses frontières. On lui persuada qu'elle avait 
ailleurs des frères à délivrer, que la plus grande partie de 
la Macédoine était serbe — alors qu'elle est en réalité bul- 
gare — et on sema de nouveau des germes de discorde 
entre les deux nations » (Ibidem, p. 35). 

« Je reviens aux Bulgares. Ils ont pris rang parmi 
nos ennemis et nous n'avons aucune raison d'avoir pour 
eux une tendresse particulière. Mais le devoir des savants 
est avant tout de rechercher et de proclamer la vérité. 

La Macédoine, malgré les affirmations contraires des 
Grecs et des Serbes, est à peu près entièrement peuplée de 
Bulgares. Les prétentions des Grecs et des Serbes ne 

17 



— 258 — 

sauraient prévaloir contre les constatations précises des 
ethnographes indépendants tels que Lejean, Kiepert, Rit- 
tich, Grigorovitch, Hilferding, Mackenzie. En réalité, le 
mont Char (Char Dagh) indique la limite des nationalités 
bulgare et serbe. Les Slaves macédoniens se considèrent 
comme Bulgares et parlent un dialecte bulgare. 

Ce n'est qu'après le traité de Berlin, lorsque la Serbie 
s'est vu définitivement enlever la Bosnie et l'Herzégovine, 
que certains de ses hommes d'Etat ont eu l'idée de chercher 
une compensation du côté de la Macédoine et de supposer 
des Serbes dans les pays peuplés de Bulgares » (Le pan- 
slavisme et l'intérêt français. Paris 1917, p. 12). 

9. — Constantin Jirecek, de nationalité tchèque, 
professeur à l'Université de Vienne, est le connaisseur le 
plus autorisé des Balkans. Il se rendit célèbre surtout par 
ses: «Histoire des Bulgares» (1876) et «Histoire des 
Serbes » (1911 — 1918). Sur les limites de l'élément bul- 
gare en Macédoine il se prononce comme suit: 

« Les Bulgares se sont établis dans les anciennes pro- 
vinces de Mésie, de Thrace et de Macédoine (d'après la 
nouvelle nomenclature turque, ces provinces s'appellent 
vilayets du Danube, d'Andrinople, de Salonique et de 
Monastir) et. en outre, dans une partie de la Bessarabie. 
Les Bulgares occupent ainsi un territoire d'environ 4000 
milles carrés. 

« La ligne de démarcation limitant le territoire où l'on 
parle bulgare est formée par le cours inférieur du Danube, 
de son embouchure jusqu'à Vidin; elle se dirige ensuite 
sur le Timok, atteint la frontière de la Serbie qu'elle dé- 
passe rarement, puis elle tourne vers Prokouplié et To- 
plitsa. En longeant les hauteurs, sur la rive gauche de 
la vallée de Morava, elle contourne la ville de Vrania, 
gagne la Tcherna-Gora, se prolonge sur le Char, englobe 
le Haut-Dèbre et aboutit à la rive occidentale du lac 
d'Okhrida, au village de Line. Le pays situé au sud de ce 



— 259 — 

lac et de celui de Prespa, comprenant la plaine de Kortcha 
et la vallée de Dévol, a une population mixte d'Albanais, 
de Bulgares et de Valaques. Plus loin, la ligne de démar- 
cation passe du Dévol par le lac de Castoria, les villes de 
Vlaho-Clissoura, Niausta, Salonique, en englobant les 
environs de Drama, et près des pentes sud du Rhodope » 
(Histoire des Bulgares. Edition russe d'Odessa, 1878, p. 743). 
Quant aux Serbes, il place leurs habitations hors 
de la Macédoine, entre le Monténégro et la Morava : « Parmi 
les tribus slaves qui s'établirent dans les Balkans, les 
Serbes proprement dits se sont installés à l'origine dans 
l'intérieur du pays, habitant un peu loin du Danube et de 
la mer, dans les vallées du Lim, de l'Ibar et de la Morava 
occidentale» (Geschichte der Serben. Gotha 1911, vol. I, 
p. 9). 

10. — Léon Lamouche, écrivain français contempo- 
rain, connu par ses ouvrages sur les Balkans, prit part 
à l'action réformatrice que les grandes puissances avaient 
entreprise dans la Turquie d'Europe. Sa connaissance des 
langues balkaniques et son long séjour en Macédoine lui 
ont permis d'approfondir les causes de la querelle des races 
de l'Orient européen. 

Voici quelques appréciations glanées dans ses ouvrages : 

« Le groupe de la population bulgare le plus important, 
en dehors des limites de la Principauté est celui de la Macé- 
doine, au sujet duquel les appréciations varient de un à 
deux millions et pour lequel on peut accepter un chiffre 
moyen de 1,500,000 âmes » (La Bulgarie dans le passé 
et le présent. Paris 1892, p. 140). 

« En Macédoine donc, la campagne intérieure est 
exclusivement peuplée de Bulgares; mais ceux-ci, sauf dans 
la ville de Salonique, où ils sont du reste très peu nombreux, 
n'atteignent jamais le bord de la mer. La limite méridio- 
nale de leur race passe à Vodéna, Salonique, Sérès, Drama, 
puis remonte vers le Rhodope » (p. 144). 



— 260 — 

« En Macédoine, la nationalité des Slaves qui forment 
la grande majorité de la population, a été, particulièrement 
depuis 1878, l'objet de discussions passionnées entre les 
Serbes et les Bulgares qui revendiquent, chacun pour sa 
race, la totalité de ces Slaves macédoniens. 

« Jusqu'en 1878, on peut dire que le caractère bulgare 
des Macédoniens ne faisait de doute pour aucun de ceux 
qui avaient étudié cette question. Des voyageurs d'ori- 
gines diverses, français, allemands, autrichiens, anglais, 
tels que Lejean, Hahn, Ami-Boué, Kanitz, l'historien 
tchèque Jirecek, etc., sont d'accord sur ce point. Les 
Macédoniens eux-mêmes ont, depuis longtemps, cons- 
cience de leur communauté de race avec les habitants de 
la Bulgarie; lors des luttes religieuses entre Grecs et Bul- 
gares, les habitants d'Uskup, de Prilep, de Monastir, furent 
les plus ardents à défendre les intérêts bulgares. Aussi» 
la nationalité bulgare de la Macédoine était-elle alors con- 
sidérée comme de notoriété publique. Dans le projet de 
réorganisation de la Turquie d'Europe, élaboré en 1876 
par la conférence des ambassadeurs à Constantinople, la 
Macédoine est rattachée à un vilayet ayant pour chef-lieu 
Sofia; le traité de San-Stéfano la fait entrer presque tout 
entière dans les limites de la principauté de Bulgarie, de 
cette Grande-Bulgarie coupée plus tard en trois tronçons 
par le Congrès de Berlin 

« Les autorités turques, du reste, reconnaissent égale- 
ment que les habitants des vilayets de Salonique, de Monastir 
et du sandjak d'Uskup sont en majorité bulgares. J'ai pu 
interroger à ce sujet des fonctionnaires de plusieurs villes 
de Macédoine et leurs réponses ont été identiques » (La 
Péninsule balkanique. Paris 1899, p. 21—22). 

... « Pendant ce temps, on étudiait le tracé des fron- 
tières. Là aussi, le travail avançait lentement, car les dif- 
ficultés étaient nombreuses. L'ensemble du tracé avait 
été, dès l'origine, divisé en deux sections destinées à être 
étudiées séparément. La première section dite du nord 



— 261 — 

et du nord-est, partant de la mer Adriatique dans la région 
de Scutari et aboutissant au lac d'Okhrida, intéressait 
les Etats slaves, le Monténégro, la Serbie et, dans une cer- 
taine mesure, la Bulgarie, à laquelle pouvaient revenir les 
pays essentiellement bulgares de Dibra, Strouga et Okhrida. 
La section sud qui s'étendait du lac d'Okhrida à l'Adria- 
tique, vis-à-vis de Corfou, touchait surtout aux intérêts 
grecs » — (« La naissance de l'Etat albanais » — Revue 
politique et parlementaire, numéro du 10 mai 1914, p. 221). 

Il publia dans le « Journal de Genève » du 17 octobre 
1913 un article sur les événements politiques de 1913, en 
Orient européen. Nous en extrayons les passages suivants: 

« Il est impossible à quiconque connaît tant soit peu 
la situation ethnographique, culturelle et politique de la 
partie occidentale de la Péninsule balkanique de penser 
que l'Etat de choses établi par le traité de Bucarest 
puisse être définitif ou même seulement de longue durée. 
On ne peut imaginer défi plus complet à la logique et à 
l'équité. Il est un fait primordial reconnu par tous les 
témoins désintéressés, par les fonctionnaires turcs comme 
par les consuls européens ou les officiers italiens, russes, 
français, etc., qui ont travaillé depuis 1904 à réorganiser 
la gendarmerie de cette région, c'est que, malgré sa bigar- 
rure ethnographique, la Macédoine est, au fond, un pays 
bulgare . . . 

« Non seulement la majorité des Macédoniens est bul- 
gare par la langue et les moeurs, mais la conscience nationale, 
à laquelle les Grecs attachent tant d'importance quand 
il s'agit d'étayer les revendications helléniques, est plus 
développée peut-être chez eux que dans aucune autre 
fraction des populations balkaniques. On peut dire que 
depuis plus de cinquante ans, les Macédoniens n'ont pas 
cessé de combattre pour l'idée bulgare, d'abord contre 
le clergé grec pour l'autonomie de leur Eglise et de leurs 
écoles, puis contre les Turcs pour l'autonomie politique 
de la Macédoine. 



— 262 — 

« Quoique les organisations révolutionnaires aient pris 
pour devise la Macédoine aux Macédoniens et que certains 
de leurs chefs fussent ouvertement hostiles à toute idée 
annexionniste, leur mouvement n'en était pas moins nette- 
ment bulgare. On connaît l'importance de l'immigration 
macédonienne en Bulgarie et la place prise dans la vie 
politique et intellectuelle du royaume par les Macédoniens. 
La solidarité bulgaro-macédonienne s'est encore affirmée 
pendant la dernière guerre par la formation de bataillons 
de volontaires macédoniens, d'un effet total de 15,000 
hommes, les uns déjà fixés en Bulgarie, les autres venus 
tout exprès pour combattre sous les drapeaux bulgares. 

Rien de semblable n'existe à l'égard de la Grèce ou de 
la Serbie ». 

11. — Arthur John Evans. Au nombre des Anglais 
qui ont parcouru la péninsule balkanique de long en large 
et ont fait paraître des ouvrages sur le passé et le présent 
des peuples balkaniques, il convient de placer au premier 
rang le savant Arthur John Evans, un des connaisseurs 
les plus experts des Balkans, qui s'est illustré par ses « An- 
tiquarian Researches in Illyricum », « Illyrian Letters », 
« Through Bosnia and the Herzégovine », etc. Il voyagea 
en 1889 en Serbie, en Bulgarie et surtout en Macédoine, 
alors province turque, et publia son article « La Macédoine 
telle qu'elle est », dont nous citons ci-après quelques notes 
ethnographiques : 

« Rien n'est plus frappant pour le voyageur qui par- 
court la Macédoine 1 ) que la haine profonde de la minorité 
grecque envers l'élément bulgare dont elle est entourée. 
Cette haine dépasse toute expression et s'il s'agissait de 
l'anéantissement du slave détesté, je craindrais que plu- 
sieurs Grecs fussent tout prêts à s'unir, dans ce but, aux 
bachi-bouzouks turcs. A Castoria, petite ville dans la 



*) D'après Evans, la chaîne du Char forme la frontière septen- 
trionale de la Macédoine. 



— 263 — 

région du Pinde, située sur un promontoire du lac du même 
nom, un Grec ne put se contenir et s'écria en ma présence: 
« Nous devons préparer aux Bulgares un nouveau Batak! » 
L'archevêque grec de la même ville s'évertua à me persua- 
der de la justice du point de vue grec dans cette animosité 
de race. Quand vous verrez, me dit-il, nos églises et 
nos monuments avec leurs inscriptions grecques, vous 
serez stupéfait que les Bulgares puissent contester que le 
pays ait de tout temps fait partie de la Grèce. Mes con- 
naissances parmi les Grecs nièrent tout d'abord la présence 
de Bulgares à Castoria; plus tard, cependant, quelques 
habitants bulgares me rendirent visite, accompagnés du 
maître d'école, et me donnèrent quelques renseignements 
à ce sujet. Selon eux, le quart de la ville, soit 250 maisons, 
seraient purement bulgares. En dehors de la ville, comme 
j'ai eu la pleine possibilité d'en faire l'observation, toute 
la population, sauf les Valaques du Pinde, est purement 
bulgare. Le dialecte local possède la particularité la plus 
caractéristique de la langue bulgare, c'est-à-dire l'article 
postpositif qui fait défaut dans toutes les autres langues 
slaves. 

«D'autre part, il est urgent que les Grecs deviennent 
enfin objectifs et reconnaissent la nécessité de regarder 
en face le fait palpable et indéniable que Vêlement bulgare 
surpasse numériquement les autres dans toute la Macédoine, 
soit depuis les frontières de l'Epire et de l'Albanie jusqu'à 
celles de la Roumélie orientale et de la principauté bulgare 
actuelle. Ce n'est que dans certaines villes des districts 
de l'extrême sud que l'on rencontre, par-ci par-là, l'élé- 
ment grec, mais encore y est-il neutralisé et totalement 
éclipsé par la masse rurale bulgare. Salonique, la seule 
grande ville de la province, n'est habitée, à vrai dire, ni 
par des Grecs, ni par des Bulgares, mais par des Juifs 
espagnols et par des Turcs. Déjà à Monastir, la population 
urbaine est plutôt bulgare et la langue bulgare est celle 
du marché. Prilep, Scopié, Chtip, Kratovo, Palanka, 



— 264 — 

Stroumitsa, Melnik, Mogléna et autres villes de V intérieur 
sont exclusivement bulgares. Ce n'est pas par ouï-dire que 
j'avance mes affirmations, mais je me base sur ma propre 
connaissance du pays. J'irai même plus loin et déclarerai 
qu'on peut parcourir toute la Macédoine, depuis Pinde 
jusqu'à la frontière bulgare, sans rencontrer un seul Grec ». 

... « Personne ne peut nier que les Grecs ont certains 
droits historiques sur une grande partie de la Macédoine. 
Mais, en examinant minutieusement cette question, on 
arrive à conclure que la population aborigène s'était plus 
apparentée aux Albanais qu'à n'importe quelle tribu. 
Avant la domination romaine, tout le pays était sous 
l'influence hellénique. A l'époque de l'empire romain, la 
partie septentrionale du pays fut notoirement romanisée. 
Cependant, les migrations slaves qui s'ensuivirent sub- 
mergèrent les éléments grecs et romains et la Macédoine 
devint le centre d'un royaume bulgare. Le rétablissement 
de la suprématie grecque conséquemment aux victoires 
de l'empereur Basile, « le Tueur de Bulgares », puis les 
dominations serbe et turque, n'altérèrent nullement le 
noyau de la population qui est toujours resté bulgare dès 
cette époque» 1 ). 

12. — Antoine Kalina, Polonais, professeur de phi- 
lologie slave à l'Université de Lwôw (Lemberg), a fait 
paraître en 1891 dans les publications de l'Académie des 
sciences à Krakovie un travail important: «Etudes sur 
l'histoire de la langue bulgare ». Son ouvrage est basé non 
seulement sur les recherches antérieures, mais il a examiné 
le sujet lui-même et a voyagé en Bulgarie, en Macé- 
doine, à Constantinople, etc. Dans l'introduction (his- 
torique, géographique et ethnographique) il délimite le 
territoire de la langue et de la nationalité bulgares en y 



*) N'ayant pas sous la main l'original anglais, nous nous sommes 
servi de la traduction insérée dans la « Revue périodique » de Sofia, livrai- 
son XXXI, pages 58 et suivantes. 



— 265 

faisant entrer toute la Macédoine. A chaque page de son 
ouvrage, il considère le dialecte macédonien comme bul- 
gare par excellence. Il fixe la frontière ethnographique 
bulgare en Macédoine comme suit: 

«... A partir de la petite rivière Lipkovka la fron- 
tière se dirige vers Koumanovo à partir duquel, par un 
grand arc, elle se dirige au-dessus de Scopié vers le Vardar 
en se guidant sur les bases orientales de Tcherna-Gora 
(Kara-Dagh). Enclavant le Char, elle se dirige par Kri- 
tchévo vers le Drin Noir et par la Haute Dibra vers Okhri- 
da. A partir du bord sud du lac d'Okhrida elle emprunte 
une direction orientale jusqu'à Castoria vers laquelle elle 
s'achemine en suivant au début le cours de la rivière 
Dévol. Quittant le bord sud du lac de Castoria, elle se 
dirige au-dessus de Bystritsa dans la direction sud-est, 
qu'elle quitte au nord de Chatista et se poursuit au-dessus 
de Verria vers Salonique. D'ici elle court par Langaza 
vers le nord, contournant le lac Takhyno au sud de Serrés 
et descend à petite distance de la mer jusqu'à l'embouchure 
de la Maritsa » (II, p. 270 et suiv.). 

• 

13. — P. A, Lavroff, Russe, professeur de philologie 
slave à l'Université de Pétrograde, considère aussi les dia- 
lectes macédoniens comme partie de la langue bulgare. 
Dans son étude « Aperçu des particularités phonétiques 
et morphologiques de la langue bulgare », Moscou 1893, il 
dit entre autres: 

«La langue bulgare appartient sans contredit au 
nombre de celles qui avaient les voyelles nasales o n et e n . 
La preuve en est que dans certaines localités de la Macé- 
doine s'est conservée jusqu'à nos jours la prononciation 
nasale dans les syllabes qui, dans la langue liturgique slave 
accusaient un & et <a. En outre, la flexion nominale a 
conservé un lien assez sensible avec le passé lointain non 
seulement dans les dialectes macédoniens, mais sur tout 
le territoire de la langue bulgare . . . Comme il est notoire, 



— 266 — 

le bulgare diffère des autres langues slaves par l'emploi 
de l'article. Dans quelques dialectes bulgares l'article 
offre trois formes; par exemple, le parler des Roupalans 
(des Bulgares du Rhodope) et le parler de Dèbre » (p. 13, 
123, etc.). 

Dans son « Précis de grammaire bulgare » (supplément 
au Dictionnaire bulgaro-russe par L. A. Mitchatek, Pétro- 
grade 1910) ainsi que dans le « Précis de grammaire serbe » 
(supplément au Dictionnaire serbo-russe par L. A. Mitcha- 
tek, Pétrograde 1903) le professeur Lavroff traite le dia- 
lecte des Slaves macédoniens comme un dialecte bulgare. 
Il considère cependant certains parlers de la Macédoine 
septentrionale au point de vue phonétique (^ = ou) comme 
serbes, mais il s'empresse d'ajouter: «La proximité des 
territoires des deux langues (serbe et bulgare) explique 
suffisamment le fait que les serbismes de la langue bulgare 
et les bulgarismes de la langue serbe ont dépassé les fron- 
tières politiques et géographiques » (Précis de grammaire 
serbe, p. 1 — 2). 

• 14. — Vatroslav Oblak, Slovène, est le spécialiste le 
plus éminent peut-être en matière de dialectologie macé- 
donienne. En 1891 — 1892, il se rendit en Macédoine et 
y étudia spécialement les dialectes de Dibra et de Salo- 
nique (celui du bas Vardar et de Souho). En 1894, il publia 
dans le Sbornik du Ministère de l'Instruction publique, 
XI, ses « Contributions à la grammaire bulgare »; en 1895: 
« Quelques chapitres concernant la grammaire bulgare», 
dans l'Archiv fur slavische Philologie, XVII; en 1896 
parut un ouvrage classique : « Macedonische Studien » 
dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences de 
Vienne, n° 134, etc. 

Dans tous ses travaux, V. Oblak considère les dialectes 
macédoniens comme incontestablement bulgares. Dans 
la première de ses études précitées, il classe dans le do- 
maine de la langue bulgare tous les parlers macédoniens, 



267 — 

ceux de Salonique, Koukouch, Serrés, Démir-Hissar, 
Nevrokop, Melnik, Razlog, Vodéna, Castoria, Okhrida, 
Monastir, Prilep, Florina, Dèbre, Vélès, Koumanovo, 
Chtip, Kratovo, etc. 

Dans la seconde de ses études précitées, V. Oblak 
fait des investigations détaillées sur le système des voyelles 
et des consonnes des dialectes macédoniens. Il constate 
que ce système, différent du serbe, est conforme à la pho- 
nologie des autres dialectes bulgares. Il constate de même 
que, par la perte de la déclinaison et par l'emploi des ar- 
ticles définis, les dialectes macédoniens et ceux de la Bul- 
garie proprement dite font un ensemble différent de toutes 
les autres langues slaves, et avant tout du serbo-croate. 
D'un autre côté, il constate (p. 102) que la langue bulgare, 
et spécialement ses dialectes macédoniens, par la richesse 
de ses formes verbales, par l'emploi surtout de l'aoriste 
et de l'imparfait, tient la première place entre toutes les 
autres langues slaves. 

Comme conclusion de ses études sur la langue des 
Slaves macédoniens, on peut citer le passage suivant 
(Archiv fur slavische Philologie, XVI, p. 313): «A com- 
mencer par Grigorovitch et pour finir avec Kalina et 
Lavroff, les dialectes macédoniens, dans leur ensemble et 
jusqu'à quelques exceptions près, ont été rangés dans la 
famille de la langue bulgare et, d'après notre connaissance 
actuelle de ceux-ci, il ne se trouvera presque pas un seul 
linguiste sérieux pour contester cette liaison ». 

15. — G. Weigand, professeur à l'Université de Leip- 
zig, maître des séminaires roumain et bulgare à la même 
université, a voyagé plusieurs fois dans les Balkans et 
a publié des ouvrages importants sur les langues et l'ethno- 
graphie des peuples balkaniques. Dans son travail « Die 
nationalen Bestrebungen der Balkanvôlker », Leipzig 1898, 
nous lisons, entre autres: 

« Interrogés au sujet de leur nationalité, les Slaves de 
la Macédoine se considèrent comme Bulgares . . . La langue 



— 268 — 

de la population de la Macédoine du sud et celle du nord 
est sûrement bulgare . . . Quant à l'emploi de la langue 
bulgare au nord-ouest de la Macédoine, la question n'est 
pas encore tranchée positivement. Il est difficile d'indiquer 
la ligne de démarcation entre les dialectes limitrophes 
bulgares et serbes, étant donné que ces derniers, apparte- 
nant à des langues apparentées, sont mixtes. En tout cas, 
il n'y a aucun doute que Von parle bulgare à Okhrida et 
dans la région de Dèbre, située au nord de cette ville, à 
Monastir (Bytolia), à Prilep, à Scopié et même dans les 
localités les plus méridionales de la Serbie, notamment 
dans les environs de Vrania» (p. 19). 

« Toute la propagande serbe n'est qu'une duperie in- 
solente dictée par la jalousie de ce qu'il écherra aux Bul- 
gares une grande partie de l'héritage turc, le jour d'un 
partage équitable de l'empire caduc. Les Serbes ne veulent 
pas abandonner ce projet d'autant plus qu'ils n'ont, 
pour le moment, aucune espérance d'avoir le vaste ter- 
ritoire serbe qui est sous la domination autrichienne. Leur 
insolence est d'autant plus blâmable qu'ils pensent profiter 
de l'ignorance du grand public au sujet des affaires bal- 
kaniques, quoique tous les voyageurs et les philologues soient 
unanimes à reconnaître que la Macédoine est un pays bul- 
gare » (p. 21). 

Ensuite de ses voyages scientifiques à travers la 
partie sud-ouest de la péninsule balkanique, il a publié 
son ouvrage « Die Aromunen », en deux volumes, Leipzig 
1894 — 1895, accompagné d'une carte ethnographique dé- 
taillée de la Macédoine du sud-ouest, de l'Albanie du sud, 
de l'Epire et de la Thessalie. D'après cette carte, l'élément 
bulgare forme la majorité de la population depuis le lac 
d'Okhrida jusqu'à Salonique, notamment dans les districts 
d'Okhrida, Ressen, Monastir, Krouchévo, Prilep, Florina, 
Castoria, Karadjova, Vodéna, Enidjé-Vardar, Ghevghéli, 
Doïran, Koukouch, Salonique. 






— 269 — 

16. — T. D. Florinsky, Russe, professeur de philo- 
logie slave à l'Université de Kiev, s'est arrêté trois fois 
à la question macédonienne dans ses travaux linguistiques 
et ethnographiques. 

Dans son « Cours de philologie slave », vol. I er , Kiev 
1895, il dit à propos de la langue bulgare: «La langue 
bulgare est parlée par les Slaves qui habitent la moitié 
orientale de la péninsule balkanique, à savoir les anciennes 
contrées de Mésie, Thrace et Macédoine ou, d'après la 
terminologie ultérieure des Turcs, les vilayets du Danube, 
d'Andrinople, de Salonique et de Bytolia et, en outre, une 
partie de la Bessarabie . . . Quant à la Macédoine, elle est 
l'objet jusqu'à présent d'une violente polémique entre les 
savants: les uns la considèrent comme terre serbe, les 
autres comme bulgare. Cette dernière opinion doit être 
reconnue comme plus juste; nous considérons les dialectes 
slavo-macédoniens comme bulgares, nous basant sur les 
considérations exposées en détail dans le chapitre des 
dialectes du bulgare. Mais à part la question macédo- 
nienne, la frontière occidentale du territoire bulgare n'est 
pas sujette à une délimitation exacte. Là, la langue bul- 
gare se confond imperceptiblement avec la langue serbe 
et des parlers de transition se forment, parlers que les 
philologues d'aujourd'hui rattachent tantôt au serbe, 
tantôt au bulgare. Néanmoins, malgré toutes ces vicis- 
situdes, on doit admettre qu'en général dans le traité de 
San-Stéfano de 1878 les frontières ethniques bulgares sont 
fixées exactement » (p. 58). 

Tandis que dans cet ouvrage, p. 173, Florinsky con- 
sidère le dialecte de la Macédoine septentrionale (les dis- 
tricts de Scopié, Tétovo, Koumanovo, Chtip, Kratovo) 
comme dialecte de transition bulgaro-serbe, douze ans 
plus tard, dans son livre « La race slave », Kiev 1907, 
p. 65 — 66, sous l'influence de quelques études serbes, il 
estime plus juste d'attribuer la population slave de la Ma- 



— 270 — 

cédoine du nord à la race serbe, ce qu'il a marqué aussi 
sur la carte ethnographique jointe au même livre. 

Quatre ans plus tard, dans sa « Carte ethnographique 
du monde slave occidental et de la Russie de l'ouest », 
Kiev 1911, grâce à des nouvelles investigations, Florinsky 
apporte quelques corrections à sa carte qu'il appelle « plus 
détaillée et plus exacte ». Eh bien, sur cette carte, les dis- 
tricts entiers de Chtip, Kratovo, ainsi que la moitié des 
districts de Scopié et de Tétovo sont indiqués comme pure- 
ment bulgares. L'élément bulgare touche la ville de Scopié. 
De même la population slave de la Macédoine centrale et 
méridionale y figure comme bulgare et non comme serbe. 

17. — L'Académie russe des sciences envoya en 1900 
une mission de spécialistes en Macédoine, en vue d'étudier 
sur place les questions concernant l'histoire, l'archéolggie, 
l'ethnographie et la langue des populations macédoniennes, 
ainsi que pour amener l'éclaircissement de la question 
macédonienne, contribuer à sa solution équitable et par 
cela même au rétablissement de la tranquillité dans les 
Balkans. A la tête de la mission fut placé l'académicien 
N. P. Kondakoff qui publia le résultat de ses recherches 
dans les éditions de l'Académie, sous le titre « La Macé- 
doine. Voyage archéologique ». Pétrograde 1909. 

Au point de vue historique et ethnographique, Kon- 
dakoff est arrivé à constater que la population slave de 
Macédoine appartient à la race bulgare depuis son établisse- 
ment dans le pays et s'y rattache encore de nos jours. Les 
conclusions du savant académicien sont bien catégoriques : 
« Tout le monde se rend compte qu'étant données la dif- 
ficulté et même l'impossibilité de prouver que la popula- 
tion macédonienne est de nationalité serbe, on s'efforce 
d'embrouiller toute la question, afin de présenter la po- 
pulation macédonienne, non pas comme appartenant à 
un seul groupe national, mais comme un mélange de races 
de toutes espèces, un chaos sui generis . . . D'autre part, 



— 271 — 

il suffit même d'une courte excursion dans le pays pour se 
convaincre pleinement que les Slaves de Macédoine forment 
un groupe national déterminé, correspondant d'une manière 
très nette à la population qui habite la Bulgarie proprement 
dite. Sur tous les territoires que nous avons passés en revue, 
d'Okhrida à Scopié et Koumanovo, vit un seul et même peuple, 
qui déjà au IX e siècle s'appelait bulgare, que les Grecs ap- 
pelaient du même nom et que les premiers voyageurs 
européens ont aussi appelé bulgare » (p. 293 — 294). 

Les autres membres éminents de la mission, envoyée 
en Macédoine, étaient l'historien et homme politique russe 
bien connu, P. N. Milukoff, et le professeur P. A. Lavroff. 
Leurs rapports à l'Académie ne sont pas encore publiés, 
mais ils ont déjà émis leurs opinions dans d'autres publi- 
cations. Ainsi, le professeur Lavroff, dans son « Aperçu 
des particularités phonétiques et morphologiques de la 
langue bulgare », étudie les dialectes macédoniens dans 
l'ensemble des dialectes bulgares (v. plus haut). Milukoff 
aussi, dans son importante étude sur « Les rapports serbo- 
bulgares dans la question macédonienne » (1900), et dans 
d'autres travaux, a proclamé catégoriquement le caractère 
bulgare de la population slave en Macédoine. 

18. — Lubor Niederle, le plus grand ethnographe slave 
moderne, professeur à l'Université de Prague, s'est pro- 
noncé plus d'une fois dans ses érudits travaux sur le litige 
serbo-bulgare concernant la Macédoine. Tout d'abord, il 
a traité « La question macédonienne » dans une étude spé- 
ciale parue à Prague en 1901 (2 e édition 1903), puis dans 
son ouvrage « La race slave » paru en 1909, dans les édi- 
tions de l'Académie des Sciences de Pétrograde 1 ), et plus 
tard dans quelques articles de journal. 

Arrêtons-nous à la conclusion de sa première étude: 
« Si Von pouvait placer la question du sort futur de la Macé- 

*) Il existe une édition en tchèque et deux éditions en français, 
traduction de L. Léger, de l'Institut. 



— 272 — 

doine sur le terrain du droit naturel, la Macédoine devrait 
être attribuée à la Bulgarie » (p. 36). Enfin, toujours dans la 
même conclusion, l'éminent érudit s'exprime par ces mots 
vraiment prophétiques de 1901 et déjà réalisés: «D'après 
tout, ce qui s'est passé, le litige macédonien ne peut être 
arrangé à l'amiable ... il finira à la fin par une guerre 
entre la Serbie, la Bulgarie et peut-être la Grèce, et dans 
laquelle prendront part les grandes puissances, l'Autriche 
avant tout »... (p. 37). 

Et dans « La race slave » (2 e édition française, 
p. 214): «Les Slaves de Macédoine . . . Il est hors de doute 
que la partie la plus considérable de ce peuple se sent et se 
proclame Bulgare, qu'elle se rattache à l'Eglise bulgare 
autocéphale dont le chef est l'exarque résidant à Ortakiôï. 
D'autre part, il est certain que le nom des Bulgares est 
dans ces régions un nom historique et qu'il n'y a pas pé- 
nétré par la propagande religieuse des dernières années. 
Bien que ces régions aient été naguère annexées à l'Etat 
serbe, le nom de Serbe n'a pas pris dans le peuple ». 

La frontière ethnique bulgare par rapport aux élé- 
ments serbes, albanais et grecs en Macédoine est délimitée 
comme suit: «(La frontière) suit la route de Nich et 
Skoplie, contourne cette ville et se dirige à travers les 
contreforts orientaux du Chardagh vers la Dibra. Sur 
cette ligne très peu connue, le territoire des Bulgares et 
de leurs voisins les Serbes est pénétré dans la direction 
du sud-ouest par un coin albanais. De Vrania à Kouma- 
novo, de Skoplie à Tétovo on rencontre un grand nombre 
de villages slaves plus ou moins albanisés. Il est difficile 
dans ces régions de tracer une frontière bien nette. 

« Vers la Dibra la frontière bulgare tourne vers le 
sud et suit la rive gauche du Drine noir dans la direction 
du lac d'Okhrida qu'elle contourne en partie, puis suit la 
rivière Devola, le lac Malik, gagne la ville de Goritsa et 
ensuite celle de Kostour. Les environs de Kostour sont 
encore bulgares jusqu'à Kroupichté sur la rivière Bystritsa. 



— 273 — 

Ici la frontière tourne au nord-est, vers le lac d'Ostrovo, 
puis elle passe à Voden vers le cours inférieur de la Bys- 
tritsa et gagne le golfe de Salonique qu'elle suit jusqu'à 
cette ville». 

« Les environs de Salonique sont slaves. Après cette 
ville la frontière court à travers la plaine de Langadino 
vers la Chalcydique, passe à Visoka, Zarovo, Soukho, 
Niegovan jusqu'au confluent de la Strouma dans le lac 
de Takhin et vers Serrés où se heurtent les populations 
grecque, turque et bulgare » (La race slave, 2 e édition fran- 
çaise, p. 191—192). 

Provoqué par certains politiciens, le savant tchèque 
publia le 4 juin 1914, dans le « Narodni Listy » de Prague, 
une lettre dont nous extrayons les passages suivants : « Je 
dois répéter de nouveau que, d'après les résultats acquis 
des recherches scientifiques faites jusqu'ici, la Macédoine 
se révèle terre bulgare, et la politique serbe serait mieux 
inspirée, si elle s'abstenait, en général, de se servir d'argu- 
ments ethnographiques pour justifier ses plus récentes 
prétentions . . . J'aime donc bien mieux qu'on nous dise 
franchement que la raison d'Etat commande à la Serbie 
d'exiger la Macédoine centrale. Si la raison d'Etat exige 
la conquête de cette province, quoiqu'elle soit pour ainsi 
dire le coeur bulgare, c'est cette raison qui décide. Il ne 
faut donc plus produire des arguments douteux ou géné- 
ralement faux en faveur de la thèse insoutenable que la 
Macédoine ne serait pas bulgare ». 

L'ouvrage de L. Niederle « La race slave » est accom- 
pagnée d'une carte ethnographique représentant la répar- 
tition territoriale des peuples slaves. La population slave 
de la Macédoine, de Scopié à Salonique, d'Okhrida à 
Drama, est présentée comme purement bulgare. 

19. — Vaclav Vondrâk, Tchèque, professeur de phi- 
lologie slave à l'Université de Vienne, est un des spécialistes 
les plus approfondis en matière du paléoslave. 

18 



— 274 — 

Il estime que le dialecte macédonien, dans son passé 
et dans son présent, est un idiome bulgare : « Le bulgare », 
dit-il, « est suffisamment caractérisé par les consonnances 
cht et jd au lieu des paléoslaves//, dj. Naturellement d'autres 
signes s'y sont ajoutés au cours de l'histoire, comme la 
disparition de la déclinaison et de l'infinitif. Au groupe 
des dialectes macédoniens appartenait le slave liturgique 
qu'on appelle aussi vieux bulgare. C'est le dialecte macé- 
donien qui fut fixé par écrit par les deux apôtres slaves 
Cyrille et Méthode; de ce fait, l'écriture slave était fondée » 
(Vergleichende slavische Grammatik I, II, 1906 — 1908, 
p. 3). Dans son «Altkirchenslavische Grammatik», 2 e éd. 
1912, p. 3, 5 — 6, il développe et précise le même point de 
vue. 

20. — A, Leskien, professeur de philologie slave et 
indo-européenne à l'Université de Leipzig, le représentant 
le plus éminent en matière de slavistique en Allemagne. 
Il affirme que l'ancienne slave liturgique du IX e s. est un 
dialecte macédonien appartenant à la famille bulgare et 
que le serbe moderne du côté de la Macédoine s'arrête au 
Char vers Prizrend: 

« On a abouti aux plus grandes invraisemblances ou 
paradoxes, lors de tous les essais tentés pour établir, par 
d'autres moyens que ceux que la langue même offre, 
quelle est l'origine du vieux bulgare liturgique et sa pa- 
renté avec l'une des branches de la langue slave, à nous 
connues. Que la langue de la vieille église slave appartient 
à la branche bulgare, cela est démontré catégoriquement 
par le fait que les tj, dj, kt, gt sont remplacés par cht, 
jd . . . » (Grammatik der altbulgarischen, altkirchenslavi- 
schen Sprache. Heidelberg 1901, p. XXVII). 

«... Lorsqu'il (Constantin) créa, étant encore à Cons- 
tantinople, avant son activité en Moravie, un alphabet 
pour la langue slave et qu'il traduisit l'Evangile dans la 
langue slave, il ne pouvait être question que de la langue 



— 275 — 

slave qu'il connaissait, c'est-à-dire celle de sa patrie, la 
Macédoine » (Ibidem, p. XIX). 

« Ce fut l'œuvre de deux hommes instruits de Salo- 
nique, Constantin (Cyrille) et Méthode. Tous deux Grecs 
de naissance et par leur éducation de souche noble, ils 
étaient arrivés, ensuite des circonstances extérieures, à 
entrer en contact avec la population slave de la contrée . . . 
Quant au dialecte lui-même, que ces deux hommes em- 
ployèrent dans leurs traductions, il devait être parlé par 
une tribu slave qui s'était fixée quelque part dans les régions 
de l'hinterland, sur les bords de la mer Egée, entre Salo- 
nique et Constantinople. Les populations de ces régions 
se donnaient elles-mêmes le nom de « Slaves », nom qui 
se répète si souvent dans les documents ; leur langue était 
le « slave ». Plus tard, cette dénomination ethnique fut 
remplacée par le nom politique de Bulgare. Ceci explique 
pourquoi la science donne à la langue de l'Eglise slave 
tantôt le nom de « vieux slave » et tantôt celui de « vieux 
bulgare » (ibidem, p. 9 à 10). 

Quant à la langue serbe moderne, Leskien place sa 
frontière du sud-est sur la ligne de Timok-Morava-Char: 
« Le territoire linguistique, esquissé ci-haut grosso modo 
d'après la division politique, se trouve précisé plus exacte- 
ment par la frontière suivante: à l'est et au sud par une 
ligne allant de l'embouchure du Timok jusqu'au Danube, 
en remontant le cours du Timok jusqu'à Zaïtchar; de là, 
jusqu'à Stalatch, à la jonction de la Morava occidentale 
et méridionale, puis dans la direction du sud par Prokou- 
plié et Kourchoumlia jusqu'à Yanevo (quelque peu au 
sud-ouest de Prichtina); plus loin, jusqu'à Prizrend ou 
jusqu'au confluent du Drin Blanc et du Drin Noir; de là, 
en suivant la frontière du sud du Monténégro actuel jus- 
qu'à l'embouchure de la Boïana dans la Mer Adriatique » 
(Grammatik der serbo-kroatischen Sprache. Heidelberg 
1914, p. XX à XXI). 



— 276 — 

21. — A. J. Sobolevsky, Russe, professeur de philo- 
logie slave à l'Université de Pétrograde, membre de l'Aca- 
démie russe des sciences. Sobolevsky regardait toujours 
avec amertume les dissensions entre les peuples slaves 
et s'efforçait par ses écrits de réconcilier les frères en lutte 
et les amener à la solidarité slave dont il était toujours 
un fervent défenseur. 

Pour lui, il n'y a aucun doute que le dialecte macé- 
donien a été de tout temps un dialecte bulgare, autant 
dans sa période médiévale que dans son état actuel. 
« . . . . Les données ci-énumérées », dit -il, «envisagées 
dans leur ensemble, nous autorisent de faire la conclusion 
suivante : la langue liturgique slave, dans sa base, n'est 
autre chose que le dialecte de Salonique de l'ancienne 
langue bulgare, dialecte peut-être mort durant le temps 
ou bien conservé en partie jusqu'à nos jours et mêlé à 
d'autres dialectes bulgares parlés dans les endroits voi- 
sins de la patrie (Salonique) de Cyrille et Méthode» (Le 
paléoslave liturgique. Kiev 1910, p. 14). 

A propos du livre du philologue serbe A. Bélitch 
« Serbes et Bulgares dans l'Alliance balkanique », Pétro- 
grade 1913, le professeur Sobolevsky s'arrête à la question 
macédonienne et dit: « Il y a tout aussi peu de raisons 
de parler du dialecte « serbo-macédonien »... Quelle que 
soit notre opinion sur les travaux ethnographiques de Flo- 
rinsky et de Niederle, publiés par notre Académie des 
sciences, le fait qu'ils sont d'accord sur la langue et l'as- 
pect ethnographique de la population slave de Macédoine 
est très important. Aucun des philologues slaves ne 
désigne comme serbe une langue qui ignore la déclinaison 
et qui possède une série de traits incontestablement bul- 
gares et très peu de traits serbes. Tous les plus récents 
travaux concernant la langue bulgare écrits en Russie 
incorporent à cette langue les dialectes slaves de la Macé- 
doine; cela n'a provoqué jusqu'ici d'objections que de la 
part des savants serbes . . . Mais si important que soit 



— 277 

le classement scientifique de la langue des Slaves macé- 
doniens, l'attraction de ces derniers vers la Bulgarie est 
d'une importance encore plus grande » (Bulletin de la 
Société slave du 26 mai 1913). 

22. — Alfred Jensen, Suédois, prof esseur à l'Université 
de Stockholm, est peut-être le seul Scandinave qui ait 
étudié sur place la question macédonienne et les rapports 
des peuples balkaniques dont il connaît les langues. En- 
suite d'un voyage à travers la Bulgarie, la Serbie, le Kos- 
sovo et la Macédoine, il a publié en 1911 «La croix et le 
croissant. Esquisses de voyage à travers l'Orient euro- 
péen. Avec 38 images. Stockholm » (Kors och halfmâne. 
Reseskissen frân den europeiske orienten. Med 38 bilder. 
Stockholm). 

D'après Jensen, Char-Planina est la frontière qui di- 
vise la Vieille Serbie de la Macédoine, l'élément serbe de 
l'élément bulgare. Il a visité Scopié, Vélès, Prilep, Monas- 
tir, Okhrida, Vodéna, Salonique, Mont Athos, etc. Partout, 
de Scopié à Salonique, d'Okhrida jusqu'à la Macédoine 
orientale, il ne trouve qu'une seule population slave, les 
Bulgares, dont il décrit la situation politique, l'état cul- 
turel et scolaire, les révoltes, etc. 

23. — Vatroslav Jagic, Serbo-Croate, professeur à 
l'Université de Vienne, est considéré comme le connaisseur 
contemporain le plus compétent de la philologie slave. 
Dans tous ses travaux insérés dans les éditions des aca- 
démies des sciences serbe, croate, russe, ainsi que dans ses 
multiples publications parues à part, il affirme avec une 
compétence qui lui est universellement reconnue que le 
dialecte macédonien de nos jours fait partie de la langue 
bulgare et que la traduction des saintes Ecritures par les 
apôtres slaves, Cyrille et Méthode, au IX e s., a été faite 
en dialecte bulgaro-macédonien. 

Son ouvrage classique sur l'« Histoire de l'origine de 



— 278 — 

la langue slave ecclésiastique » (Entstehungsgeschichte der 
kirchenslavischen Sprache, 2. Auflage 1913) est imbu d'un 
bout à l'autre d'une documentation magistrale prouvant 
l'unité du dialecte macédonien avec les autres dialectes 
bulgares de l'époque ancienne et moderne. Même un cha- 
pitre spécial est consacré aux «Preuves de l'origine bulgaro- 
macédonienne de la langue liturgique slave » (Beweise fur 
den mazedo-bulgarischen Ursprung der kirchenslavischen 
Sprache), p. 270 et suiv. 

Dans un autre de ses ouvrages sur «Les langues slaves» 
(Die Kultur der Gegenwart. Teil I, Abteilung IX, 1908) 
il s'arrête de nouveau à notre question. Comme elle y est 
traitée d'une manière pas trop spéciale mais à la portée 
de tous, nous en reproduisons quelques extraits. En par- 
lant du vieux slave liturgique, il s'exprime comme suit: 

« La langue bulgare. Parmi toutes les langues slaves, 
le dialecte liturgique slave, si riche en formes grammaticales, 
est originaire, comme il vient d'être dit, des contrées qui, 
de nos jours, font partie du domaine des idiomes bulgares. 
Le lien de parenté caractéristique entre le vieux slave 
liturgique et la langue bulgare actuelle consiste dans l'em- 
ploi des groupes de consonnes cht, jd (au lieu des groupes 
praslaves //, dj); le Bulgare prononce encore de nos jours 
nocht, mejda, et il est le seul parmi les Slaves à le faire 
(peut-être le prononce-t-il un peu plus dur), principe que 
nous avons à admettre d'avance, relativement au dialecte 
duquel la langue liturgique slave a pris naissance. Mais 
tandis que la langue liturgique slave se distingue par une 
plus grande richesse de formes de déclinaison et de con- 
jugaison, la langue bulgare moderne est la seule, par contre, 
de toutes les langues slaves, qui ait perdu toutes les formes 
originales de la déclinaison. Par l'emploi d'un article post- 
positif (pouvant s'appliquer à n'importe quel nom), elle 
n'a qu'une seule forme au singulier, comme casus generalis, 
pour tous les cas du singulier et également une seule forme 
plurielle pour tous les cas du pluriel. Les différentes pré- 



— 279 — 

positions viennent ici en aide, comme dans les langues 
romanes » (p. 19). 

« Dialectes bulgares. La langue bulgare se divise en 
plusieurs dialectes qui, récemment, ont fait l'objet des 
études assidues moins directement, il est vrai, par des dis- 
sertations scientifiques qu'indirectement par la publication 
du folklore, lequel a soigneusement respecté les particu- 
larités de la langue, le plus fidèlement possible. Avant 
tout, on établit une distinction entre les dialectes bulgares 
orientaux et les dialectes bulgares occidentaux. Les pre- 
miers, qui se subdivisent en idiomes bulgares du nord et 
du sud-est, ont sous plusieurs rapports un cachet plus 
original et plus indépendant que les derniers. La langue 
littéraire actuelle se fonde aussi sur le bulgare de l'est, 
parlé au sud des Balkans (Panagurichté, Koprivchtitsa, 
Kotel, etc.) un peu atténué, il est vrai, par le voisinage 
immédiat du bulgare occidental. Sofia même, la résidence, 
est située dans le domaine du bulgare occidental, celui des 
Chopes, comme on les nomme. Les dialectes macédoniens, 
par contre, occupent une position quelque peu spéciale; 
par leur consonnance et la richesse de leur vocabulaire, ils 
ont quelque analogie avec la langue serbe. Par la perte 
de la déclinaison et l'emploi de l'article postpositif (même 
sous une triple forme), le dialecte macédonien, se rattache 
dans une plus grande mesure au bulgare qu'au serbe » 
(p. 21). 

24. — A. Sélichtcheff, professeur à l'Université de 
Kazan (Russie), fut chargé en 1914 d'une mission scien- 
tifique dans la Macédoine du nord par la Faculté des lettres 
de l'Université de Kazan. Malgré la surveillance des auto- 
rités serbes qui redoutaient que la vérité ethnographique 
de la Macédoine vînt à être dévoilée aux spécialistes, Sé- 
lichtcheff a pu faire une moisson linguistique suffisante 
dans les régions de Scopié et de Tétovo, précisément dans 
les régions sur lesquelles certains Serbes émettent des pré- 



— 280 — 

tentions d'ordre linguistique. Il en donne connaissance 
dans son « Rapport sur mes occupations pendant les va- 
cances d'été de 1914 ». 

Eh bien, dans ces dialectes nord-macédoniens, il a 
constaté toutes les particularités caractéristiques de la 
langue bulgare, particularités qui la distinguent du 
serbe et des autres langues slaves, ainsi l'emploi de l'article 
défini, le manque de conjugaisons, d'infinitifs, etc. Il 
donne quelques détails sur Cyrille Peytchinovitch de Té- 
tovo, un des écrivains de la renaissance bulgare, qui, il y a 
cent ans, écrivait ses livres « en langue simple bulgare telle 
qu'elle est parlée à Scopié et Tétovo ». Sélichtcheff cite 
également maintes épitaphes rédigées en slavon ou en 
bulgare et empruntées aux cimetières de Scopié et Tétovo. 

De son « Introduction à la grammaire comparée des 
langues slaves », Kazan 1914, nous faisons les extraits 
suivants relatifs aux frontières de la langue bulgare, y 
compris du dialecte macédonien: 

« Le territoire bulgare est délimité en grandes lignes 
comme suit: Au nord, par le Danube, du Timok à la mer 
Noire; à l'est, la mer Noire; au sud, par une ligne très 
brisée allant de la banlieue de Constantinople vers Tchor- 
lou, Ouzou-Kupru, la Maritsa inférieure, Drama, Serrés, 
Salonique. Par endroits, cette ligne descend à la mer. 
De Salonique elle longe la côte septentrionale du golfe 
du même nom, se dirige à l'ouest vers la région de Castoria, 
pour remonter ensuite au nord-ouest vers le lac d'Okhrida 
et Dibra. Dans la Macédoine du nord commence la région 
litigeuse entre Bulgares et Serbes; les contrées litigeuses 
s'étendent plus au nord encore, vers Prichtina, Vrania, 
Leskovets, Pirot, Zaïtchar, Vidin». 

« Les investigations impartiales sur les données dia- 
lectiques existantes permettent d'affirmer que la partie 
septentrionale de la Macédoine, les districts de Tétovo, de 
Scopié et de Kratovo, d'après leurs parlers doit être attri- 
buée au domaine de la langue bulgare. A ce dernier appar- 



— 281 — 

tiennent aussi les dialectes à l'est de la ligne Vrania, Pirot, 
Bélogradtchik, ainsi que le cours inférieur du Timok, jus- 
qu'au Danube » (p. 24). 

Quant à l'époque ancienne du bulgare, le professeur 
Sélichtcheff dit: «Dans la seconde moitié du IX e s., la 
langue bulgare ou mieux dire son dialecte de la Macédoine 
méridionale fut fixé par l'écriture. Ce furent notamment 
les apôtres slaves Constantin (Cyrille) et Méthode qui les 
premiers usèrent de la langue des Slaves bulgares habi- 
tant à Salonique et dans ses alentours. Les principales 
particularités de la langue dont Cyrille et Méthode se sont 
servis dans leurs traductions sont conservées de nos jours 
encore dans le bulgare : cht, jd (pour *//, *dj), dz (provenant 
de g devant e et i dans les racines et dans certaines suffixes 
des mots), la prononciation de e comme à, certaines par- 
ticularités lexiques, etc. » (p. 29 — 30). 

25. — La Société slave de Bienfaisance à Pétro- 
grade qui joua un rôle considérable dans l'affranchissement 
et la renaissance des Slaves du sud, déplora toujours les 
querelles néfastes entre Serbes et Bulgares au sujet de la 
Macédoine. La guerre fratricide de 1913 entre les deux 
nations sœurs obligea les membres de la société à faire 
entendre un vibrant appel à la concorde entre Serbes et 
Bulgares; il y va donc de leur bonheur futur. « L'opinion 
de la Société slave, à propos de la question macédonienne » 
fut publiée dans le « Bulletin slave » de Pétrograde, numéro 
de janvier 1915. En voici quelques extraits: 

« Depuis longtemps, la Société slave de Bienfaisance 
à Pétrograde, a acquis la conviction que, dans le domaine 
politique, tous les efforts des Slaves doivent tendre à la 
constitution d'Etats nationaux dans les limites naturelles 
de chaque nationalité, prise à part ... Il est nécessaire 
pour cela de provoquer à Belgrade et à Sofia une conver- 
sion de la psychologie politique des deux peuples, de ma- 
nière que les Bulgares adoptent de plein gré l'idée de l'an- 



— 282 — 

nexion des côtes de l'Adriatique à la Serbie, et que les 
Serbes se persuadent enfin, dans la même mesure, que la 
Macédoine est une terre bulgare, par la majorité de sa popu- 
lation, dans laquelle l'élément serbe, n'est que très faible- 
ment représenté et qu'ils devraient consentir, par consé- 
quent, à ce qu'elle fasse partie intégrante de la Bulgarie 
de San-Stéfano ». 

26. — N. S. Derjavine: « Les rapports bulgaro-serbes 
et la question macédonienne ». Pétrograde 1914. Traduc- 
tion française, Lausanne 1918. 

L'auteur de l'ouvrage, professeur à l'Université de 
Pétrograde, appartient à la jeune génération des slavistes 
russes. Pour compléter ses connaissances académiques sur 
la vie et la culture intellectuelle des Slaves, il a fait de 
fréquents voyages, surtout dans les pays des Slaves du 
sud. Tout imbu de l'idée de l'unité de la civilisation des 
peuples slaves, et éprouvant une profonde tristesse des 
luttes entre nations sœurs, telles que celles des Serbes et 
des Bulgares, Derjavine a mis le doigt sur la plaie, source 
de dissensions, — la question macédonienne. Et guidé par 
ses sympathies, comme par son amour pour la vérité, il 
étudie les rapports bulgaro-serbes en insistant tout parti- 
culièrement sur le problème macédonien et sur sa com- 
plexité au point de vue historique, linguistique et ethno- 
graphique, pour aboutir à la conclusion que « les Slaves 
de Macédoine sont des Bulgares et que leur langue est un 
dialecte bulgare ». 

Il est convaincu que seule une politique de sincérité, 
basée sur le droit national des peuples de disposer d'eux- 
mêmes, est en état de faire disparaître les cloisons établies 
par les intéressés eux-mêmes et apporter le bonheur à tous. 
« Puisse enfin », dit-il, en terminant son ouvrage, « l'hé- 
roïque peuple serbe trouver en lui la force morale néces- 
saire — et cette force morale il l'a, elle vit en lui — pour 
reconnaître spontanément ce qu'ont reconnu depuis long- 



— 283 — 

temps et à l'unanimité l'histoire, la science et le sentiment 
national de la population macédonienne elle-même, une 
population qui voit dans les Bulgares ses frères de langue 
et de sang, et qui a lutté avec eux la main dans la main 
pour la religion, pour la vie et pour la liberté ». 

27. — La Mission évangélique protestante (anglaise 
et américaine) en Macédoine. Il y a déjà un siècle que 
cette mission poursuit son œuvre de propagande dans les 
Balkans. Sa traduction de l'Evangile en langue bulgare mo- 
derne date du premier quart du XIX e s. Ce n'est d'ailleurs 
qu'après la guerre de Crimée que les sociétés bibliques 
anglaises et américaines se vouèrent à un travail organisé 
au point de vue littéraire et scolaire. En tête de cette 
œuvre fut placé la section balkanique du Board américain 
créée en 1858 — 59 sous le nom de « Mission évangélique 
américaine en Turquie d'Europe ». 

En 1873, son activité scolaire s'étendit en Macédoine. 
Il fallut néanmoins pour la propagande adopter la langue 
de la population prépondérante du pays. Dans ce but, 
on procéda de la manière suivante, comme nous le raconte 
le vieux missionnaire américain, John W. Baird, qui a à 
son actif une activité de plus de quarante ans en Macédoine : 

« Nous avons choisi », dit-il, « une commission formée 
d'Américains avec un représentant pour chacun des peu- 
ples: grec, bulgare, valaque et turc. Il fut adopté à l'una- 
nimité que la commission fît un tour dans Bytolia (Monas- 
tir) un jour de marché, au moment de la plus grande afflu- 
ence des habitants du vilayet, pour se rendre personnelle- 
ment compte de la langue employée par les masses. A la 
fin de la tournée, le soir du jour du marché, il était clair 
pour tous les membres de la commission que la langue la 
plus généralement connue et parlée de tout le monde, 
Grecs, Valaques et Turcs y compris, était le bulgare. Nous 
avons donc adopté cette langue dans les écoles et les églises 
que nous avons ouvertes en Macédoine ». 



— 284 — 

Lorsqu'en 1913, après quarante ans d'activité féconde 
de la mission évangélique américaine, le régime serbe fut 
inauguré en Macédoine, toutes les écoles bulgares furent 
supprimées et les établissements bulgaro-américains durent 
mettre terme à leur activité sur ordre du gouvernement 
serbe. La mission américaine adressa alors aux Puissances 
et au chef du Foreign Office d'alors, Sir Eduard Grey, 
son appel que nous reproduisons ci-après dans ses passages 
essentiels : 

« Excellence, 

C'est un fait bien notoire que, pendant une période 
de plus de cinquante ans, des missionnaires américains 
protestants se sont consacrés à une œuvre religieuse et 
civilisatrice dans diverses parties de la péninsule balka- 
nique. Ils s'acquittaient de cette mission sans viser des 
buts et sans avoir des attaches d'ordre politique ayant, 
par principe, constamment évité toute immixtion dans les 
affaires politiques. En considération de ces faits, un exposé 
succint des pays où s'est accomplie cette tâche peut pré- 
senter quelque valeur, en ce moment où se résoud le sort 
de grandes portions de la péninsule balkanique. Vers le 
milieu du siècle dernier, l'attention des missionnaires amé- 
ricains était attirée par les Bulgares établis à Constantinople 
et dans le voisinage de cette ville. L'impression qu'ils en 
recueillirent fut si favorable que la mission décida d'étudier 
les pays d'origine de ces Bulgares . . . 

En 1873, après un voyage d'études, la ville de Bytolia 
fut choisie comme centre le plus propice à notre activité 
en Macédoine. De ce centre, l'œuvre de la mission s'étendit 
dans toute la Macédoine; des temples et des locaux de pré- 
dication furent créés à Bytolia, Ressen, Prilep, Vodéna, 
Enidjé-Vardar, Kavadartsi, Vélès, Scopié, Prichtina, Rado- 
vich, Raclich, Stroumitsa et dans les villages Velussa, Mour- 
tino et Monospitovo près de de cette ville . . . 

Quoique le plan initial de la mission prévît une action 
aussi bien parmi les mahométans de la Turquie d'Europe 



— 285 — 

que parmi les Bulgares, elle dut en fait se borner à agir 
parmi les Bulgares. La bible fut traduite en bulgare mo- 
derne et vendue dans toute la Bulgarie, en Macédoine et 
en Thrace. Plus de 600 cantiques furent aussi traduits 
en bulgare et utilisés par tous les adeptes de la mission, 
aussi bien en Bulgarie qu'en Macédoine. Toute la littéra- 
ture imprimée par la mission est en bulgare. Partout où 
avaient lieu des réunions, les prières étaient dites en bul- 
gare, sauf à Prichtina et à Mitrovitsa où nous prêchions 
en serbe. A Samokov et à Bytolia nous avons créé des 
lycées avec un institut agricole et industriel à Salonique. 
La mission entretenait des écoles dans beaucoup de villes 
et villages. En Bulgarie, elle possédait ses écoles. En Macé- 
doine, elle en avait: à Bytolia, Thodorak, Mejdourek, 
Koukouch, Enidjé-Vardar, Koléchino, Monospitovo, Strou- 
mitsa, Drama, Bansko, Bania, Méhomia et Elechnitsa. 
Dans toutes les localités, l'enseignement se donnait et se 
donne en bulgare, sauf au collège pour les jeunes filles à 
Monastir où nous l'avons remplacé par l'anglais. Nous 
étant librement réunis avec les populations, ayant vécu 
parmi elles au cours d'un long séjour en Macédoine, dans 
les villes, et durant des voyages fréquents dans l'intérieur 
du pays, nous sommes absolument convaincus que la 
grande majorité de la population du pays que nous avons 
désignée comme champ de notre activité en Macédoine est 
bulgare par ses origines, par sa langue, par ses coutumes 
populaires, et qu'elle fait partie intégrante de la nation 
bulgare ». 

Le 5 août 1913. 

Signé: 

J. F. Clarke, D. D., missionnaire dans la Turquie d'Eu- 
rope depuis 54 ans. 

J. W. Baird, missionnaire dans la Turquie d'Europe 
depuis 40 ans. 

R. Thomson, d'Edimbourg, missionnaire depuis 30 ans 
à Constantinople et dans la Turquie 
d'Europe. 



— 286 — 

Les déclarations faites au sujet de la Macédoine par un 
autre missionnaire américain, le D r Edward B. Haskell, 
ont le même poids. Elles ont paru dans un des journaux 
de la propagande, la « Zornitsa », du 19 juillet 1917, sous 
le titre « La nationalité de la population macédonienne ». 
En voici les principaux passages: 

« On reparle encore dans les journaux de la population 
en Macédoine. Ayant vécu 21 ans dans ce pays, je veux 
bien croire que mes observations à ce sujet ne sont pas 
sans intérêt. Je fus nommé missionnaire en 1891. Arrivé 
à Samokov en décembre de la même année, j'appris, pendant 
un an et demi, le bulgare. Puis je fus envoyé à Bytolia 
(Monastir) exactement vingt ans après la désignation de 
cette ville comme centre d'action évangélique parmi les 
Bulgares de Macédoine. 

«Après un séjour d'environ un an à Bytolia, je fus chargé 
d'ouvrir un siège de propagande à Salonique avec le Dr. 
Haus, ancien directeur à Samokov. Je restai à Salonique 
depuis le 10 octobre 1894 jusqu'au 24 juin 1914. Il n'est 
peut-être pas un Américain ayant parcouru, comme moi, 
presque toute la Macédoine et l'Albanie. Après l'insurrec- 
tion de 1903, je passai plusieurs mois à distribuer des secours 
aux victimes et je visitai à cet effet 60 villages dans les 
régions d'Okhrida, Ressen, Kitchévo, Florina et Castoria. 
Pour les affaires de notre mission, je visitai les villes et les 
régions de Prilep, Vélès, Scopié, Tétovo, Prichtina, Mitro- 
vitsa, Chtip, Kotchani, Maléchévo, Radovich, Tikvech, Vo- 
déna, Enidjé-Vardar et tous les pays à l'est jusqu'à Xanthi, 
Gumurdjina, Daridéré et Akhâ-Tchélébi. Il va sans dire 
que je connaissais parfaitement les régions comprises entre 
le Vardar et la Mesta, car c'est là que j'avais le plus à faire. 

«Comme missionnaire, je ne pouvais pas être partisan 
de telle ou telle nationalité. Je m'efforçais d'être impartial 
envers tous ... Je ne suis ni historien, ni géographe. Je 
puis parler seulement de ce que j'ai vu et entendu sur les 
lieux que je visitais en personne. 



— 287 — 

«Mon long séjour et mes tournées en Macédoine m'ont 
convaincu que la grande majorité de la population chrétienne 
en Macédoine est bulgare. En traçant une ligne de Drama 
jusqu'à Castoria, il restera peu de Bulgares au sud et peu 
de Grecs au nord, mais les neuf dixièmes de la population 
chrétienne au nord de cette ligne sont Bulgares. Les neuf 
dixièmes sont aussi complètement Bulgares à l'est de la 
frontière Castoria — Okhrida — Dèbre-Char — Tcherna- Gora 
et jusqu'aux anciens confins de la Serbie. 

«Prenons par exemple Bytolia (Monastir). J'y ai trouvé 
assez d'Albanais et de Turcs, beaucoup de Bulgares et un 
certain nombre de Grecs et de Valaques. Mais, je n'ai ren- 
contré aucun habitant serbe à Bytolia. Il est vrai qu'il y a 
des nuances entre l'idiome des Bulgares à Philippopoli et 
leur idiome à Bytolia. Cependant, ceux-ci se servent aussi 
de l'article et les formes grammaticales de la langue sont 
bulgares et non serbes. En 1893 — 1894, il n'y avait pas 
d'organisation révolutionnaire et point d'agitateurs venus 
de Bulgarie, néanmoins la population se déclarait bulgare. 
Le Vendredi- Saint, en 1907, m'étant rendu à la cathédrale 
grecque, j'entendis un des prêtres donner des ordres en 
bulgare pour allumer des cierges ». 

28. — Vladimir Sis, Tchèque, est le dernier savant 
étranger qui, après ses voyages à travers tous les pays 
balkaniques, s'est occupé de la question macédonienne. 
Sa parfaite connaissance du serbe, du grec et du bulgare 
et son séjour prolongé en Macédoine, lui ont permis d'ap- 
profondir la question surtout au point de vue linguistique 
et ethnographique. Dans la conclusion de son livre « Ma- 
zedonien », paru à Zurich en 1918, l'auteur émet une fois 
de plus la vérité constatée déjà tant de fois et sans excep- 
tion par tous les savants spécialistes qui se sont occupé 
depuis un siècle de la brûlante question macédonienne: 

« Pendant cette guerre », dit-il, « on a beaucoup parlé 
en Europe du principe des nationalités. Tous proclamaient 



— 288 — 

que chaque peuple doit être maître de ses propres destinées 
et on demandait que les petits peuples obtiennent leur 
unité et leur indépendance nationales. 

« Il faut maintenant que ce principe soit enfin appliqué 
en première ligne dans la péninsule balkanique. La future 
conférence de la paix doit se pénétrer d'une vérité, à savoir 
que si on arrachait la Macédoine à la Bulgarie, ce serait 
porter au principe de l'unité bulgare un coup mortel et 
perpétuer le mécontentement. C'est pourquoi, il est absolu- 
ment nécessaire, que les frontières de la Bulgarie, enfin 
unifiée, englobent la Macédoine dans son intégrité; question 
vitale pour la paix européenne, chroniquement mise en 
péril par les querelles et les discordances balkaniques. 
L'Europe veut avoir la paix, il faut que le spectre d'une 
guerre future disparaisse. Or, qui veut la fin veut les 
moyens, ce qui signifie que la Macédoine doit être réunie 
à la Bulgarie. 

«L'agrandissement de la Serbie aux dépens de la Macé- 
doine ne saurait être justifié; il serait contraire au prin- 
cipe des nationalités, car la Macédoine est bulgare, ce que 
plusieurs Serbes ont reconnu, alors que la politique serbe 
ne se souciait guère de la Macédoine. Je le répète, ce n'est 
ni l'Exarchat, ni la politique de la Bulgarie libérée qui ont 
bulgarisé la Macédoine, c'est la Macédoine même qui fut 
le berceau de la renaissance bulgare. La Macédoine a donné 
au peuple bulgare ses premiers promoteurs et protagonistes 
nationaux: Païssi, Néophyte Rylsky, Peytchinovitch, 
Kârtchovsky, les frères Miladinoff, etc. En fondant 
l'Exarchat, la Macédoine s'est acquis les plus grands 
mérites, car elle a travaillé de la sorte à la liberté de cro- 
yance du peuple bulgare. Elle lui a donné une littérature 
nationale écrite en langue populaire, car les premiers livres 
bulgares ont été imprimés à Salonique. La Macédoine ne 
cacha jamais ses sentiments patriotiques; elle comprit par- 
faitement les besoins nationaux du peuple bulgare, qui 
a souffert et dont le sang coulera encore, s'il le faut pour 



— 289 — 

sa nationalité jusqu'à ce que le soleil de la paix et de la 
liberté se lève enfin sur toutes les régions bulgares unifiées. 
Bulgare par tout son passé, la Macédoine est bulgare aussi 
par le présent, malgré les deux années de domination serbe 
et grecque. Il faut qu'elle reste bulgare pour l'avenir. 

« Mais, qu'adviendra-t-il si les puissances européennes 
détachent la Macédoine entière ou seulement une partie 
d'elle, du corps national bulgare? 

«La plaie saignante ne se cicatrisera jamais. Le peuple 
bulgare, ainsi dépouillé, ne se taira pas longtemps. La 
lave brûlante recommencera à s'échapper du volcan bal- 
kanique; de sombres nuées s'amoncelleront et obscurciront 
de nouveau le ciel, le spectre de la guerre reparaîtra et 
l'heure sonnera où le paysan bulgare abandonnera pour 
la troisième fois sa charrue, saisira le glaive vengeur et 
versera les derniers gouttes de son sang pour la libération 
de la Macédoine. Puisqu'il est profondément vrai que la 
Macédoine est bulgare au point de vue ethnographique et 
national, alors il faut qu'elle devienne aussi politiquement! 
La science impartiale doit prononcer à ce sujet son ultime 
sentence, avant que la diplomatie européenne prenne sa 
décision. Qu'on rende enfin leur patrie aux milliers de 
fugitifs macédoniens, qui fuyant devant les Turcs d'abord, 
puis devant les Grecs et les Serbes ensuite, ont cherché 
et trouvé un asile tutélaire en Bulgarie ! Sur les tombeaux 
de milliers des Bulgares ayant combattu pour la libération 
de la Macédoine, qu'on érige un monument digne de leurs 
sacrifices et de l'idéal national pour lequel ils se sont im- 
molés! 

«Telle est la seule solution équitable de la brûlante 
question macédonienne. Alors se trouvera réalisée le de- 
vise du grand Gladstone: «Le Balkan aux peuples bal- 
kaniques ! » Alors seront paralysées définitivement les vel- 
léités des autres puissances de s'immiscer dans les affaires 
purement balkaniques. 

«Mais, l'Europe veut-elle vraiment la paix?» 

19 



— 290 — 

29. — Emile Kûpfer, Suisse, philologue, professeur 
au collège de Morges, canton de Vaud. Il a vécu dans 
les Balkans et en a appris les langues. Dans son étude 
consciencieuse « La Macédoine et les Bulgares », Lausanne 
1918, il écrit entre autres ce qui suit: 

« Revenant maintenant à la Macédoine, nous aurons 
donc à résoudre le problème de la nationalité de ses habi- 
tants slaves. Nous procéderons par les deux voies indiquées : 
celle de la détermination objective, afin de savoir si ces 
Slaves sont — du point de vue ethnographique — Serbes 
ou Bulgares; puis celle de la détermination psychologique 
(ou subjective), pour connaître si jusqu'ici (1912 — 13), ils ont 
manifesté clairement leur volonté d'être Serbes ou Bulgares. 
Deux questions se présentent donc — une d'ethnographie, 
puis une d'histoire. Pour les résoudre, une méthode unique, 
celle des faits dûment constatés par des étrangers au débat » (p. 8). 

Au lieu d'instruire ce procès dans les nuées, ne serait-il 
pas infiniment plus simple d'interroger cette population 
elle-même, ainsi que ses voisins? Or, dans leur immense 
majorité, et avant l'occupation serbe de 1912 — 15, ces 
Macédo- Slaves se nommaient « Bougari », ou « Bolgari », 
ou « Bogari ». Jamais leurs voisins — Grecs ou Turcs, 
Albanais ou Valaques, Juifs ou Tsiganes — ne les ont 
désignés autrement. Jamais non plus ces « Bougari » ne 
se sont appelés simplement « Slaves » ou « Macédoniens ». 
Dans la réalité ces noms ne s'emploient pas, car ce sont 
de simples concepts scientifiques » (page 12). 

« Nous avons admis, dans l'introduction à cette étude, 
que le principal indice objectif de la nationalité ethnogra- 
phique, c'est la langue. Quoi de plus probant, de plus 
péremptoire? La langue d'une population paraît une des 
rares choses indiscutables dans ce domaine. Mais hélas! 
dans cette malheureuse Macédoine que l'on dépèce comme 
une proie, tout est sujet à controverse, et l'idiome macédo- 
slave a fourni la matière de longs débats. Nous devons 
donc aborder ce sujet. 



— 291 — 

«Les langues serbe et bulgare sont de même souche 
slave. Elles sont voisines par le vocabulaire, au point que 
beaucoup de mots leur sont communs, et que beaucoup 
d'autres ne se distinguent que par l'accentuation ou par 
quelque nuance phonétique. Malgré cela, pourtant, sous 
le rapport des sons déjà, chacune des deux langues a ses 
caractères propres très marqués. Mais c'est au point de vue 
des formes grammaticales que la différence des deux 
idiomes est la plus grande. Le serbo-croate, comme les 
langues slaves en général, possède des déclinaisons très 
complètes. Seul le bulgare les a perdues, sauf quelques 
vestiges. En revanche, il emploie un article qui présente 
la particularité (comme en roumain ou en suédois) de 
s'ajouter au nom ou à l'adjectif: gorà = forêt; gorà-ta 
== la forêt. Les rapports des mots, marqués en serbe par 
la déclinaison, s'expriment en bulgare par des prépositions. 
D'autre part, ce dernier idiome a aussi perdu complète- 
ment le mode infinitif du verbe. Il ne peut donc exprimer 
l'action en général que par une circonlocution. « Désirez- 
vous ce livre ? » se traduira par « Désirez-vous que (vous) 
lisiez ce livre ? » Cette structure grammaticale particu- 
lière sépare avec une absolue netteté le bulgare du serbe, 
et fait qu'il est difficile, quand on ne connaît qu'une des 
deux langues, de comprendre vraiment l'autre . . . 

«Depuis Schafarik, les maîtres de la linguistique slave 
ont tous rattaché sans réserves au bulgare le plus authen- 
tique les parlers de la Macédoine. C'est simplement qu'à 
tous égards, et particulièrement sous le rapport fondamen- 
tal de la structure grammaticale, ces parlers présentent 
sans exception les traits caractéristiques du bulgare » 
(p. 13—15). 

«Au cours de notre rapide enquête, un fait a été établi 
rigoureusement. C'est que les Slaves macédoniens, sauf une 
fraction infime, ont été universellement reconnus comme 
Bulgares de langue (ou de race) jusqu'il y a quarante ans. 
Par conséquent ils ne peuvent être autre chose aujourd'hui. 



/ 



— 292 



Et si nous soulignons cette vérité, c'est qu'il le faut bien 
en un temps où il est si difficile de se faire entendre. 

«Mais, nous tenons à rappeler le principe admis en com- 
mençant, que la nationalité ethnographique d'une popu- 
lation ne permet pas encore de préjuger de sa véritable 
nationalité politique. En d'autres termes, et dans le cas 
particulier, il ne suffit pas à nos yeux que les Macédo- 
Slaves soient de langue bulgare pour qu'ils doivent, en 
vertu de ce fait, être incorporés à la Bulgarie. Il faut pour 
cela savoir s'ils sont aussi Bulgares de sentiments et d'es- 
prit, si leur conscience nationale s'est prononcée dans le 
sens de cette réunion. Cette enquête psychologique, l'his- 
toire récente de ce peuple peut seule permettre de la faire 
en connaissance de cause » (p. 22). 

Puis, l'auteur passe en revue les différentes mani- 
festations nationales bulgares de la population macédo- 
nienne: la lutte contre le clergé grec pour l'autonomie 
scolaire et religieuse, lutte commencée à Scopié (Macé- 
doine), les insurrections sanglantes (surtout celle de Mo- 
nastir, en 1903, toujours en Macédoine, contre le joug 
séculaire des Turcs, l'enrôlement volontaire des Macé- 
doniens soUs les drapeaux bulgares lors des guerres de 
1912, 1913, 1915 — 1918, etc. Enfin, pour exprimer l'ardeur 
du sentiment national bulgare chez les Macédoniens, 
E. Kûpfer relève les vers du poète macédonien R. Jinzi- 
foff (1862): 

« La Macédoine, ce pays merveilleux, 

Jamais, jamais ne sera grecque! 

Les fourrés, les bois et les monts, 

Les pierres mêmes de ce sol, 

Les oiseaux, les poissons du Vardar, 

Les vivants et les morts se lèveront 

Pour crier à l'Europe et au monde: 

« Je suis bulgare 1 Des Bulgares vivent ici ! » 

Hélas! Jinzifoff ne pouvait supposer que sa patrie, 
souffrant de l'hellénisme, se verrait un jour menacée par 
les Serbes . . . 



Carte de la Macédoine 



LEGENDE 



Frontière géographique 
de la Macédoine 



Frontière politique 
Yougoslave 

Frontière grecque 

albanaise 

„ bulgare 



Itinéraire suivi par 
l'auteur de cet ouvrage 




Arghyrocastro 



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Echelle 1 : 1.500000 



Lipsa C°. Berne (Suisse J 



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Carte ethnographique de la Macédoine 




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D Ivanov, Iordan 

651 La question macédonienne 

B8I82 au point de vue historique, 

ethnographique et statistique